LES APTITUDES DU DEMI-SANG
Le cheval de selle. — II n'y a plus que deux sortes de. chevaux de selle, dont l'importance comparative se différencie de plus en plus. Il y aie cheval de promenade ou de chasse, et le cheval de guerre. On ne voyage plus à cheval, nous ne perdrons point notre temps à disserter sur le fait, à exposer les changements de l'état social qui se traduisent par ce fait et à les regretter. Nous le constatons purement et simplement, comme devant servir de base à notre étude présente.
Le cheval de promenade, son qualificatif l'indique assez, est un animal de luxe, accessible seulement à une petite minorité, à notre époque occupée, où le travail devient chaque jour davantage une nécessité, en même temps qu'un signe de moralité et une condition de conservation sociale. L'importance de sa production va donc en décroissant. Le cheval de guerre, au contraire, dans l'état actuel de l'Europe, est devenu plus indispensable que jamais. C'est ce qui n'a pas besoin d'être prouvé. La situation militaire des nations européennes, les convoitises de quelques-unes d'entre elles et les besoins de défense des autres sont connus de tout le monde.
Cette situation commande par conséquent les qualités qui font le meilleur cheval de selle, considéré en général. Elle rend évident que les qualités solides doivent avoir le pas sur les qualités brillantes, contrairement, il faut le dire, à l'opinion la plus répandue.
En vertu d'un raisonnement qui n'a malheureusement rien de
physiologique, leur objectif est le cheval de luxe, dont la réussite, par la nature môme des choses, ne peut être qu'exceptionnelle, et dont les qualités principales sont exclusives de celles qui sont indispensables au cheval de guerre. Il s'ensuit que la méthode de production adoptée fait obtenir, pour un 1res pelit nombre de sujets réussis au point de vue du luxe, qui n'en utilise d'ailleurs guère, un très grand nombre de sujets incapables de suffire aux exigences des armées en campagne (Sanson).
La première de toutes les qualités, pour le cheval de guerre, surtout pour le cheval de cavalerie, est la rusticité, la facilité de
Cheval de selle.
résister aux privations, aux marches forcées inséparables des campagnes militaires. C'est une vertu de tempérament. Pour le cheval de luxe, dont la crèche est toujours bien garnie, l'habitation confortable, le travail minime, et qui est l'objet de soins minutieux, cette vertu est superflue, n'ayant pas l'occasion de s'exercer, son éducation, d'ailleurs, ne l'y prépare point, bien au contraire. Le diminutif ou le rebut de cheval de luxe ne peut donc pas être un cheval de guerre. Leurs qualités respectives sont d'ordre différent, ceci s'entend, il faut le remarquer, du cheval de selle tel que la mode le préfère actuellement, dans tous les pays d'Europe, et comme nous le représentons, du cheval de selle anglais ou dérivé
de l'anglais. Ce cheval, on ne le conteste point, est véritablement beau. Il a tontes les qualités d'élégance désirables, ses formes sont harmonieuses ; sa physionomie est lière et noble. Il a tout ce qu'il faut pour faire l'orgueil d'un cavalier, sur une promenade publique. En vue de la production de ses pareils, pour le commerce de luxe, il n'y a évidemment rien de mieux à faire que de le choisir comme étalon. En le considérant attentivement, on voit qu'il est doué de. toutes les beautés corporelles ayant une valeur absolue. Il les a toutes, quand il est réussi au degré montré par notre figure. Le producteur de chevaux de selle pour le luxe ne risque évidemment pas de se tromper en le prenant comme modèle idéal.
Mais nul n'ignore que le débouché de la production est en ce genre-là très restreint, et que par conséquent, pour se conformer aux conditions économiques, cette production doit elle-même rester dans des limites peu étendues. Le grand débouché des chevaux de selle est offert par les armées. Ce sont donc les chevaux de guerre qu'il faut produire, en général, si l'on exerce une industrie profitable.
En décrivant les dérivés de la variété anglaise dont il s'agit ici, nous avons vu, par les résultats de l'expérience universelle, qu'ils manquent absolument de la* qualité indispensable aux chevaux de guerre. A l'égard de ceux-ci, on ne peut donc point les prendre pour type, sauf à faire fausse route, ainsi que nous en avons depuis trop longtemps le spectacle sous les yeux.
La production des chevaux de selle ne s'entreprend point par préférence, nulle part on ne s'y livre que par impossibilité de faire autrement.
En général, cette impossibilité est imposée par les conditions de climat ou de milieu, qui ne permettent pas l'entretien des races de grande taille et de fort volume. Les chevaux de selle sont, en effet, des chevaux légers de corps.
Nous savons qu'ils se produisent surtout dans les régions centrales et méridionales de l'Europe, dans l'Asie centrale, en Asie Mineure et au nord de l'Afrique. Partout ailleurs, ce sont seulement les individus les moins grands de leur race ou de la variété cultivée qui sont affectés au service de la selle, faute de pouvoir atteindre à un autre plus recherché et plus estimé.
Ces chevaux de selle, formant la généralité, appartiennent, comme nous le savons, à plusieurs races, mais particulièrement à deux mélangées ensemble dans des proportions diverses. Ces deux
races sont l'asiatique et l'africaine. Par la taille qu'atteignent leurs sujets, par le volume du corps de ceux-ci, par leur poids vif, en un mot, ils ne sont véritablement utilisables d'une manière générale qu'à porter un cavalier.
Les conditions naturelles dans lesquelles ils se développent les douent au plus haut degré de la qualité maîtresse dont nous avons parlé, comme étant indispensable au cheval de guerre.
Reproduits par eux-mêmes, ils sont sobres et rustiques autant qu'on puisse le désirer. Nous n'avons donc qu'à indiquer, en ce qui
Travail à ta lonse.
les concerne, les qualités corporelles spéciales à rechercher dans leurs reproducteurs comme chez eux tous, pour qu'ils soient à juste titre considérés comme les meilleurs chevaux de selle.
Ces qualités ne sont, d'ailleurs, pas moins nécessaires pour le service de luxe.
La fonction mécanique du cheval de selle nécessite avant tout de la souplesse dans les mouvements. Il doit pouvoir évoluer avec facilité sur un petit espace, pivoter en quelque sorte sur ses membres ou faire demi-tour à toutes les allures, à la moindre invitation de son cavalier. A la guerre, notamment, la sécurité de celui-ci dépend, dans un grand nombre de cas, de cette qualité. La
célèbre charge des lanciers anglais, à Balaklava, charge qui leur fut si funeste, fournit à cet égard un enseignement très précis. La perte du beau régiment britannique n'a été due qu'à la raideur, au manque de souplesse de ses chevaux, qui, lancés à fond de train sur les rangs ennemis, les ont traversés sans que leurs cavaliers pussent réussir à les ramener. Un fait semblable s'était déjà produit en 1809, dans la guerre de Portugal.
Nous ne parlons pas de la solidité de la sustentation, parce qu'elle est une qualité absolue, à rechercher conséquemment dans tous les cas. Disons seulement qu'ici elle est tout à fait indispensable, son absence à un degré quelconque étant plus dangereuse que dans aucun autre. Il en est de môme pour la vitesse des allures. Tout le monde sait que le salut du cavalier est dû le plus souvent à la solidité et à la vitesse de sa monture.
Donc, souplesse, solidité et vitesse sont les trois qualités spéciales du cheval de selle.
La première de ces qualités est due (à part l'éducation ou le dressage) à la conformation de l'encolure et à la mobilité de la tète sur elle, ainsi qu'à sa légèreté relative. Nous savons le rôle de l'encolure dans l'exécution des mouvements coordonnés. Ses propres mouvements déplacent le centre de gravité du corps et déterminent le sens des déplacements de celui-ci, plus elle est longue et légère, plus elle peut se plier facilement, surtout dans ses parties antérieures, n'ayant à porter à son extrémité qu'un faible poids, meilleure est sa conformation.
Il y a des encolures trop courtes et trop épaisses. Avec une bonne conformation de la poitrine, il n'y en a point de trop longues. L'encolure mince et grêle, qu'on appelle encolure de cerf, ne se rencontre qu'avec une poitrine étroite, à côtes insuffisamment arquées, et avec le garrot tranchant qui en est la conséquence. Elle est l'indice habituel d'un caractère irritable à l'excès et facile à l'emportement, qui rend le cheval dangereux à monter. Sous le moindre excitant il perd le sens de l'obéissance.
La solidité de la sustentation, nous savons quelles sont les conditions de conformation qui l'assurent.
Il n'y a rien de particulier à cet égard pour le cheval de selle.
Toutefois, il y a un rapport nécessaire entre le degré d'ouverture des angles similaires et la vitesse des allures normales, qui exige pour le cheval de selle une condition spéciale. Cette vitesse, en raison môme de sa fonction, doit atteindre le maximum pos-
sible. La monture la plus rapide, nous l'avons déjà dit, est toujours la meilleure; le maximum de vitesse, pour la môme dépense de force, correspond à la moindre ouverture des angles et à la plus grande longueur des avant-bras. C'est ce que nous avons démontré1 en faisant remarquer que, dans les conditions les plus voisines de la perfection, cette ouverture n'est jamais moindre que 90°. D'où il suit que la force du cheval de selle devant être le plus souvent dépensée en mode de vitesse, il convient de considérer, comme une condition nécessaire chez lui, des angles droits, en outre de leur similitude parfaite.
La taille des chevaux de selle varie beaucoup. A son sujet, c'est la taille et le poids du cavalier lui-même qui donnent la mesure.
Toutes choses d'ailleurs égales, il est évident que l'aptitude à porter une charge est proportionnelle au poids vif, qui, lui-même, est, en général, proportionnel à la taille. Dans l'armée française, les chevaux de la cavalerie de réserve ont jusqu'à 1"',70, et ils pèsent jusqu'au delà de (300 kilogrammes. Ceux de la cavalerie légère, chasseurs et hussards, descendent jusqu'au-dessous delm,56.
Les statistiques de la mortalité nous fournissent un éclaircissement très significatif à l'égard de leur aptitude comparative.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, la catégorie des chevaux de selle comprend le cheval de chasse (limiter et cob) le hack et le cheval de cavalerie.
Le cheval de chasse. — On le considère généralement comme le type du genre, car, pour bien remplir sa mission sans s'user prématurément, il doit présenter des qualités qui le mettent hors de pair dans n'importe quel service de sello ou de trait léger. En Angleterre et en Irlande on l'appelle limiter. Voyons comment il est produit :
Les éléments principaux auxquels on s'adresse en Angleterre pour obtenir le hunter dont l'élevage n'est basé sur aucune règle fixe sont assez confus; il n'est pas, on a pu le voir, d'animal dont la production soit plus chanceuse, par l'excellente raison qu'il n'appartient à aucune race fixe, et qu'avec des pur sang, des hackneys et même des chevaux de trait, on a pu en avoir de bien réussis. Je parle, cela va sans dire, du hunter capable de porter un gros poids, le pur snng étant pour les poids légers et même les poids moyens ne dépassant pas 85à!>i i kilogrammes, le meilleur hunter qu'on pourra jamais trouver.