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L'étalon de race pure est-il, par contre, le sire le plus apte à produire des huniers de gros poids? La question a été discutée depuis qu'existent les chasses à courre, les chasses au renard en particulier, et personne n'est encore d'accord sur la solution pratique qu'elle comporte.
Les uns s'en tiennent exclusivement à l'étalon de race pure, d'autres préfèrent les hunters, qui ayant établi leurs aptitudes gymnastiques et leur endurance pendant plusieurs saisons de chasses, leur paraissent qualifiés pour bien produire, en vertu de l'adage « tel père, tel fils », qui, par malheur, est loin d'être strictement exact en matière d'élevage. Certains préconisent le hackney, d'autres enfin, demandent la substance indispensable au weight-carrying hunter, au cheval de charrette bien trempé. L'incertitude est la même pour les mères ; il semble toutefois que la jument qui a été employée comme hunter, soit celle qui réunisse le plus grand nombre de suffrages, à la condition de posséder au moins trois ou quatre courants de sang très rapprochés.
Un hunier bien venu se vendant fort cher, il est pour les éleveurs très intéressant d'en produire le plus possible, le débouché à des conditions rémunératrices étant toujours assuré dans un pays où, comme en Angleterre, on trouve plus de 100. 000 chevaux dans les équipages. Cetle branche de l'industrie chevaline doit donc être encouragée à tous les titres, les résultats étant plus incertains encore qu'avec les races fixées. Aussi le gouvernement anglais, dont l'action ne s'exerce guère en général que d'une manière toute platonique, a-t-il jugé nécessaire d'intervenir directement, tandis qu'une Société se constituait dans le but unique d'encourager l'élevage des huniers, en créant un registre spécial d'origines où seraient inscrits les juments et les étalons reconnus hunters qualifiés, puis en distribuant des primes dans des concours aux animaux les plus susceptibles de bien produire, issus de reproducteurs inscrits à son stud-book. La Hunter's Improvement Society, fondée depuis plus de vingt ans, a ainsi obtenu des résultats qui justifient son existence.
On connaît la méthode qu'a adoptée le gouvernement anglais pour encourager l'élevage des hunters. Les fonds que la Liste Civile consacrait à un certain nombre de Queens plates, courus sur divers hippodromes, ont été attribués à des primes pour étalons de race pure bien conformés en hunter-sires. Le Parlement a ajouté une petite subvention. Les crédits ainsi accordés, ont permis de créer vingt-neuf primes royales de 150 livres (3.750 francs) chacune, qui sont distribuées chaque année par les soins de la
Commission royale d'élevage, présidée par le Grand-Ecuyer. Le territoire a été divisé en treize régions, à chacune desquelles sont attribuées, suivant son importance, au point de vue de l'élevage, un, deux, trois ou, au maximum, quatre étalons primés. Un certain nombre d'étalons concourent pour chaque région et ceux
Chevaux de chasse.
auxquels sont accordées les primes doivent faire la monte dans cette région. La prime n'est payée que s'ils ont, pendant la saison, sailli cinquante juments de demi-sang, au prix maximum de cinquante francs (plus 3 fr. 75 pour l'écurie). Ce chiffre réglementaire atteint, les propriétaires ont le droit de fixer pour les juments supplémentaires qui seraient envoyées à leurs étalons, le prix qui
leur convient et de les mettre en station où il leur plaît; pour les cinquante premières juments, l'étalon doit, au contraire, se rendre à l'endroit qui a été choisi par la Commission royale, et où il est envoyé et entretenu aux frais de son propriétaire.
Le concours des étalons pur sang de croisement a lieu chaque année au mois de mars à Londres en même temps que celui qu'organise la Société d'Encouragement des Hunters, tout en formant une catégorie absolument distincte. Le premier concours de la Hunter's Improvement Society a eu lieu, du reste, en 1885, tandis que les primes royales ne sont instituées que depuis 1888 et n'ont commencé à être données à Londres que Tannée suivante.
En moyenne, 110 à 113 étalons concourent chaque saison pour les vingt-neuf primes royales; une décision récente de la Commission a fixé à quinze ans la limite dïige qui, jusqu'en 1899, avait été de vingt ans, des plaintes assez nombreuses ayant été adressées sur l'incapacité de certains reproducteurs primés à bien remplir les juments. Peut-être aurait-on, cependant, pu maintenir la limite d'âge primitive, la moyenne des naissances ayant toujours été, comme on le verra plus loin, absolument normale.
Les trois juges auxquels la commission délègue le soin de répartir les primes, attachent à la conformation et à l'action, l'importance qu'elles méritent, mais, surtout depuis trois ou quatre ans, ils sont souvent assez embarrassés pour trouver l'étalon du type qui convient bien à ces croisements. Des performances, ils ne s'en inquiètent que dans les cas fort rares où l'étalon a fait preuve de tenue ; les animaux bien équilibrés, libres dans leur épaule et leurs articulations, compacts, avec de la substance et des aplombs réguliers sont, naturellement, ceux qu'ils préfèrent, tandis que, quels que puissent être sa qualité, son élégance et son sang, le cheval léger est écarté par principe. Seulement on trouve beaucoup plus facilement des animaux de ce modèle que du type qu'ils recherchent. Aussi plusieurs chevaux un peu légers de substance ont-ils quand même été primés ; il est vrai que leur action était particulièrement brillante.
La Commission tient, d'une manière très stricte, à ce que les chevaux primés soient absolument sains et nets. Aussi, tous ceux qui ont été réservés par les juges après un premier classement, sont-ils, avant l'épreuve définitive, l'objet d'un examen vétérinaire très sévère. Les étalons rouleurs qu'on employait à la production des hunters avaient, dans bien des cas, «empoisonné» l'espèce; les
cornours étaient fréquents, beaucoup avaient des membres tarés. Depuis l'institution des primes royales, l'exclusion des étalons affectés de maladies ou de tares héréditaires, a permis de réaliser de très sensibles progrès. Les jarrets sont devenus nets, en général, et les cas de cornage assez rares; enfin la fluxion périodique est maintenant à peu près inconnue.
Les primes royales ont donc, grâce à la manière pratique et intelligente dont elles ont été distribuées, donné d'excellents résultats et il semble que la Commission n'aurait pu mieux employer les crédits fort limités en somme (111.250 francs) dont elle dispose. Les étalons qui concourent sont maintenant, à très peu d'exceptions près, tous acceptés par les vétérinaires qui ne se plaignent plus guère que de la négligence de certains propriétaires dans les soins à donner aux pieds des chevaux; plusieurs, dont l'action et le modèle auraient bien convenu, ont dû être écartés en raison de pieds encastelés par suite de mauvaise ferrure.
Les étalons primés ont sailli, en 1903, 1.158 juments au prix réglementaire et 146 au prix fixé par leurs propriétaires, soit 1.304 en tout; pour 1905, le nombre des saillies a été de 1.429 dont 118 seulement au-dessus du prix normal. La moyenne des naissances correspondantes s'est élevée à 55 et 58 0/0 des saillies, moyenne satisfaisante, rien de plus. ïl est vrai que certains étalons, ceux dont se sont plaints les éleveurs, ont eu à peine une moyenne de 40 0/0; d'autres, au contraire, ont atteint 75 0/0 et il est même arrivé à Button Park l'heureuse chance d'avoir autant de produits que de saillies faites ; les éleveurs n'ont-ils pas aidé un peu au hasard en confiant à des étalons dépourvus du cachet officiel le soin de suppléer aux défaillances de leurs congénères primés dont les produits ont toujours une valeur particulière? Ce qui se faisait en France pour certains trotteurs peut fort bien avoir lieu pour les hunters anglais.
Quoi qu'il en soit, et toute limitée que soit cette production officielle, elle permettra certainement de former une bonne pépinière de reproducteurs, qui faciliteront la tâche de la Société du Hunter. Toutefois, la Commission royale désirerait que l'industrie privée, par une action parallèle à la sienne, contribuât à élargir ce terrain d'action trop limité. Aussi a-t-elle adressé aux maîtres d'équipage une circulaire où elle les invite à instituer des primes pour les poulinières de leur district qui sont aptes à produire des hunters ou qui ont déjà fait leurs preuves, primes qui seraient distribuées
pendant les concours hippiques locaux. Cet appel a été entendu dans bien des cas. En outre, en 1904, 235 prix ont été accordés à des produits d'étalons primés par la Commission; on sait la valeur que donnent ces prix aux animaux auxquels ils sont attribués, et en dehors des bénéfices qu'ils assurent à leurs éleveurs, ils provoquent chez eux une émulation à laquelle on doit toujours de bons résultats.
On est ainsi autorisé à conclure de ceux qui ont été obtenus que le pur sang bien choisi est le hunler-sire le meilleur à employer, mais il n'est certainement pas le seul. Je ne parle pas du hackney, qui peut réussir sans doute avec des poulinières pur sang bien choisies et avec des juments éprouvées; mais son dessus est en général trop peu soutenu, il est trop près de terre pour que son emploi puisse être généralisé pour l'élevage des hunters. Je ne parle pas de son action qui est par excellence celle du trotteur; comme tempérament, je reconnais qu'il remplit toutes les conditions désirables. Qu'il soit susceptible de donner de bons hunters, cela n'est pas contestable, mais avec lui, ce sera, beaucoup plus encore qu'avec le pur sang, une question de chance, ou plutôt il faudra une chance exceptionnelle pour réussir. Sur ce point, je crois être d'accord avec la majorité des éleveurs anglais, des éleveurs irlandais surtout.
L'étalon qui, comme hunter, aura fait ses preuves, sera à son tour employé avec profit comme hunter-sire, mais à la condition expresse qu'il ait au moins trois ou quatre pur sang parmi ses ascendants directs, sans qu'on ait, pour les trouver, à remonter plus loin que le troisième degré. 11 réussira bien avec des juments qui, comme lui, auront chassé sous des poids assez élevés et auront aussi, ainsi que je l'ai dit plus haut, des pur sang parmi leurs auteurs. Si le produit n'est pas assez développé et assez fort pour porter 15 ou 16 stones, il pourra presque toujours convenir à un poids moyen et se vendra à un prix fort convenable, cela, bien entendu, comme dans les cas précédents, si le hasard est favorable. Je crois inutile de répéter ce qui a été dit ici sur les points caractéristiques d'un bon hunter.
Quant à l'emploi du cheval de trait pour faire du hunter, je crois que les bons résultats que l'on peut obtenir avec lui sont absolument exceptionnels, beaucoup plus encore qu'avec le hackney, alors même, comme cela est indispensable, qu'il posséderait plusieurs courants de sang. La substance, les produits la posséderont ;