L ANGLO-ARABE
ce débouché est médiocre, quoique relativement rémunérateur.
La remonte qui est le grand débouché du pays, dédaigne tout produit qui n'a pas le modèle exclusif du petit chasseur et il est rare de voir acheter un cheval pouvant convenir aux dragons et à plus forte raison à l'artillerie.
La spécialisation de l'élevage à Y anglo-arabe est donc la règle et les éleveurs s'en tiennent là, regardant comme un accident regrettable un produit qui par sa taille, son poids, sa membrure pourrait faire un petit dragon ou un artilleur, se sachant à l'avance à la
Isaac, fils de Chêne-Royal et Sarah, par Gingembre.
merci du marchand qui vient acheter son cheval bon marché pour le revendre un peu plus loin dans un dépôt fournisseur de dragons et d'artilleurs. L'éleveur déplore souvent que son dépôt de remonte soit si sévère et lui enlève ainsi le bénéfice de trois pénibles années d'élevage.
Par contre, Yantjln-arabc sous toutes ses formes — avec ses différentes échelles graduées de sang (25 0/0, 50 0/0, 68 1/2 0/0, 75 0/0), permet à l'éleveur du Midi de satisfaire son goût du cheval et de lui assurer à peu près ses débours — avec un petit intérêt, — car il est bien démontré qu'au prix moyen de 900 francs que la remonte paye ses sujets, l'éleveur ne peut donner à son cheval
une ration quotidienne d'avoine qui serait cependant indispensable pour assurer une bonne production.
Voici les différentes façons dont Y anglo-arabe est « fabriqué » dans la région du Sud-Ouest.
On emploie en effet pour l'obtenir :
1° La poulinière de pur sang anglais ; 2° La poulinière de pur sang arabe ; 3° La poulinière de pur sang anglo-arabe ; 4° La poulinière de 1/2 sang anglo-arabe.
Cette dernière catégorie la plus nombreuse et aussi la plus belle au point de vue utilitaire renferme des juments aussi parfaites que la catégorie des pur sang anglo-arabes ; elles pourraient être considérées comme telles ; ce qui les différencie c'est l'inscription au Stud-Book qui leur fait défaut.
Examinons succinctement chaque catégorie. La poulinière de pur sang anglais est légion dans le Midi; il en est de toutes les catégories : la première catégorie est servie par les étalons de tête des baras de Pau et surtout de Tarbes. De cette partie de l'élevage sont sortis des produits remarquables dont les noms ont été dans toutes les bouches Héro, Merlin, Caudeyran, Cazabat et beaucoup d'autres. Le baras de Tarbes avait alors des étalons de pur sang anglais de premier ordre.
Les débouchés pour les produits de pur sang anglais devenant pénibles, en raison de la surproduction et des importations d'Outre- Manche, les éleveurs ont utilisé leurs juments de race pure pour la production de l'anglo-arabe.
Les poulinières anglaises livrées à l'arabe peuvent être primées par l'Administration des Haras et prendre part aux concours des juments suitées d'anglo-arabes. Aucune prime n'est accordée aux poulinières de pur sang anglais suitées d'anglais; l'Administration n'ayant pas à encourager l'industrie privée de ce côté.
La poulinière de pur sang arabe employée à la reproduction de Langlo-arabe n'est pas en grand nombre. Les encouragements se traduisent par des primes assez fortes de 400, 300, 200 francs suivant la qualité et le sexe du produit; les mâles sont préférés à tous les points de vue.
Les dérivés du sang arabe, anglais ou anglo-arabe en Allemagne. — Dans les principaux haras de l'Empire, on a pratiqué le mélange
LES CHEVAUX DE SAiNG EN ALLEMAGISE 133
du pur sang anglais avec le pur sang arabe ; la principale mention revient au haras de Trakehnen.
Le cheval de Trakehnen. — Le haras de Trakehnen (petit village de la pointe nord-est de la Prusse orientale) fut fondé en 1732 par la réunion de plusieurs petits haras (Gestùthofe) de la localité. Les chevaux de l'effectif (1.100 chevaux et poulains, dont 513 poulinières) étaient le résiliât du croisement des petites juments communes de la Prusse orientale et de celles que les chevaliers faisaient venir de la Hollande, du Danemark et de laThuringe (Saxe), avec des étalons arabes ramenés des Croisades.
Dix ans plus tard (en 1742) le haras de Trakehnen reçut 281 étalons à tète busquée, de race napolitaine, mais achetés en Bohème. Ils ont imprimé leurs caractères à leur descendance. Puis l'administration du haras fit l'acquisition de quelques étalons turcs, anglais (?) et danois. Sous Frédéric-Guillaume II (1786 à 1797), le haras fut épuré et débarrassé de tous les déchets d'élevage. Les reproducteurs vinrent d'Orient, d'Angleterre et du haras des Deux-Ponts (Zweibriicken), en Bavière (fondé en 1750), célèbre par le succès de ses croisements entre la race indigène norique et des étalons arabes.
Arrive l'invasion de Napoléon Ier qui dispersa le haras alors en pleine prospérité.
Pour reconstituer l'élevage, on acquit un grand nombre d'étalons et de juments de pur sang anglais en Angleterre, des chevaux arabes en Orient et en Turquie.
Jadis, c'était le sang arabe qui prédominait dans le Trakehnen; aujourd'hui, c'est le pur sang anglais et l'on admet que le vrai cheval trakehnen possède 50 0/0 de sang anglais (et même davantage), 250/0 de sang arabe et 25 0/0 de vieux sang indigène de l'Est Prussien. C'est à l'influence du haras de Trakehnen que les chevaux delà Prusse doivent leur amélioration ; c'est lui qui a créé le type « Ost-Preussen » des excellents chevaux de la cavalerie allemande.
On élève à Trakehnen : 1° des chevaux de cavalerie légère; 2° des chevaux massifs de cavalerie ; 3° des chevaux d'attelage de trois robes déterminées : noirs, alezans, bais. Au début de la période de reconstitution actuelle, les chevaux de selle étaient obtenus de l'union des anglais avec les arabes (anglo-arabes) et les chevaux de carrosse étaient des demi-sang résultant de la fécondation des juments prussiennes soit par l'arabe soitpar l'anglais.
134 THÉORIES GÉiNÉRALES
Aujourd'hui, le Trakehnen s'est propagé partout eu Allemagne, mais surtout dans la Prusse orientale.
Le cheval de Trakehnen est bien bâti ; c'est un type de cheval d'armes, mais il ne possède pas le cachet de distinction de l'anglais ni une uniformité absolue de caractères. Sa tête est osseuse, l'œil souvent petit, l'oreille un peu lourde, le cou droit, le dos assez horizontal, la croupe trop étroite aux hanches effacées, la poitrine cylindrique et pas assez descendue, le poitrail étroit. Les membres sont secs mais trop rapprochés, la corne de bonne qualité. Le Trakehnen est souvent noir jais, parfois alezan ou bai.
Outre le haras de Trakehnen, il existe en Allemagne des établissements d'élevage à l'aide du sang mélangé anglo-arabe. Tels sont le haras de Frédéric Guillaume Ie' fondé en 1732 à Neustadt (Brandebourg) et transféré à Beberbeck (Hesse-Nassau) en 1877, et le haras de Zweibrùcken créé en Bavière en 1750, qui sont devenus propriétés de L'État. On rencontre encore en Allemagne de nombreux haras privés où dominent le sang anglais ou le sang arabe ou leur mélange. Le haras de chevaux arabes du roi de Wurtemberg, près de Stuttgart, est l'un des plus beaux qui se puissent voir.
Le cheval Orlofif, en Russie. — Ce splendide cheval russe porte le nom d'un grand dignitaire de l'Etat, du temps de l'impératrice Catherine II, le comte Alexis Orloff de Tschesmé. C'est au comte Orloff que ce cheval doit d'exister. Il l'obtint en son haras de Khrenovoë sous trois formes : le trotteur Orloff, le cheval de selle Orloff-Bostopchine et le cheval d'attelage Orloff.
Le comte Orloff eut recours à des chevaux arabes introduits directement de l'Orient, à des demi-sang orientaux, à des chevaux russes; mais le père de la race trotteuse d'Orloff, c'est Bars Ier, étalon gris, fils d'une jument hollandaise du type Hart-Druver (fort trotteur) et de Polkan Ier. Polkan Ier descendait du célèbre étalon Smétanka amené d'Arabie et d'une jument danoise.
Le trotteur Orloff possède les belles qualités nécessaires au cheval de course : la légèreté de lavant-main, l'harmonie de l'ensemble, l'élégance de la ligne, la respiration libre et facile (le cornage est inconnu dans cette race), la facilité d'acclimatation partout, une grande vitesse d'allures. Le cheval Orloff a le « cou de cygne », particularité qu'il tient de sa mère hollandaise. Entre les années 1865 et 1875, un assez grand nombre de trotteurs russes, surtout