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LES CHEVAUX MÉTIS ANGLAIS

tances, il est trop lourd pour les grandes courses. Ce cheval était un bon améliorateur de races de luxe ; à ce titre, il a été importé en beaucoup de contrées. Mais les Anglais, qui n'ont de passion que pour les galopeurs et dédaignent les courses au trot, ont laissé péricliter le Norfolk trotteur.

Les chevaux d'attelage de l'Angleterre ou Harness-Horses. — Ils étaient jadis le produit de la jument commune fécondée par le pur sang de course plate.

Actuellement, les procréateurs sont souvent des métis, les uns et les autres. Les meilleurs centres de production sont le Yorkshire, le Lincolnsbire et le Shropsbire.

Jadis, les métis de voiture les plus renommés étaient élevés dans le Cleveland (contrée de Yorkshire) et à cause, d'autre part, de leur robe baie, on les connaissait sous l'appellation de Clevcland-Baij.

Aujourd'hui, les chevaux d'attelage de l'Angleterre peuvent être distingués en grands carrossiers, dont le prototype est toujours le Cleveland- Bay, et en chevaux d'attelage légers dont le meilleur représentant est le Hackney.

Le cheval bai du Cleveland est le cheval du Yorkshire et des comtés voisins, ceux de Durham, de Lancashire, de Cheshire, de Noilhumberland, etc., pays des herbages plantureux, convenant à l'élevage des herbivores de grande taille.

D'après Sanson, le Cleveland-Bay ou carrossier du Yorkshire proviendrait de l'ancienne race germanique introduite en Angleterre par les barbares Scandinaves et germains (comme les anciens chevaux de la Normandie). Croisé avec le pur sang anglais, il adonné un carrossier étotTé, grand, membru, à l'allure distinguée, mais aussi apte à exécuter les travaux de la ferme qu'à traîner la voiture de luxe. Les plus beaux se vendaient fort cher. Le règne du grand carrossier atteignit son apogée au commencement du xixc siècle ; les grands propriétaires anglais et les seigneurs possédaient des écuries nombreuses de chevaux de coacb, qu'ils attelaient à quatre et à six pour elfectuer d'énormes trajets. Quant au vulgaire public, il s'entassait dans des malles-poste traînées par des carrossiers moins distingués : les déchets de l'élevage. Le chemin de fer et l'automobile ont changé tout cela. Le grand carrossier ne trouve plus son emploi de nos jours comme jadis, à moins de circonstances exceptionnelles; aussi ne le produit-on plus guère. Aujourd'hui, le cheval d'attelage de luxe ne sert plus qu'à la promenade ou à des travaux peu fatigants; c'est pourquoi on lui

demande moins de taille, plus de légèreté, mais des allures relevées, du geste et du bouquet. Telles sont les causes qui ont amené l'éclosion du hackney.

Le hackney, c'est le vrai modèle du cheval d'attelage léger; son nom anglais a la même signification que le mot haquenée, ancien cheval de dame, doux et docile autant qu'élégant cheval de selle. Le hackney, c'est un métis léger et beau, possédant autant de brio que de bouquet. Il provient de croisements répétés entre les anciens petits chevaux de selle ou d'attelage connus jadis sous le nom de nay ou de pad en Angleterre et des étalons de pur sang. Le type nouveau parut fixé en 1885 et la première exposition de la Société du hackney horse eut lieu à Londres cette année-là. Un des piliers du Hackney Stud-Book, c'est Obi Shales, remontant à Darley Arabian, un véritable Nedjed.

Le hackney est très recherché et se vend des prix élevés ; il s'exporte. Le hackney est trop petit, ce n'est qu'un grand poney. On est en train d'en augmenter la taille. C'est un cheval bien construit, de taille et de corpulence au-dessous de la moyenne, à peau souple et mince, chargée de veines, de robe baie, alezane ou noire, parfois aubère ou rouane. Tout bon hackney doit tenir le juste milieu entre le type orientalis et le type occidentalis , sa tète doit être petite, courte et jolie, élégamment portée, pleine de douceur et d'énergie. OEilgrand et beau, paupières tines, oreille courte et légère, attentive et bien portée, encolure de longueur moyenne, plus courte que celle du pur sang, plus longue que celle du cheval ordinaire, avec une légère courbe gracieuse en haut, vers la nuque. Port de tète haut et lier. Ligne de dessus horizontale, large et bien musclée, surtout au niveau des reins et de la croupe, queue bien attachée, tronçonnée très court. Bonne conformation d'épaule, de garrot et de poitrine : bons membres, secs et nerveux; grande puissance de chasse de V arrière-main.

Excité, le hackney trotte en l'air, dédaigneux du sol, qu'il se borne à effleurer du bout de ses pinces. Le hackney ne possède que deux allures, toutes deux excellentes, le pas et le trot; le galop lui est pénible, et il avance moins à cette allure qu'au trot.

Le hackney est le cheval le plus élégant de notre époque ; il est surtout destiné aux voitures légères à deux roues.

Les chevaux légers de l'Irlande. — L'Irlande ne paye de taxe, ni sur les chevaux ni sur les voitures, et élève plus de chevaux de bonne

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race, en comparaison de son étendue, qu'aucun autre pays du monde. L'élevage du cheval se trouve éparpillé entre les mains d'une foule de petits fermiers qui produisent chacun de deux à quatre poulains par an. Le grand élevage n existe plus dans ce pays. L'Irlandais n'apprécie que le jumper, c'est-à-dire le cheval qui sait sauter, et il n'a d'yeux que pour les courses d'obstacles.

L'Irlande produit deux catégories de chevaux : le cheval de troupe et le cheval de chasse ou hunter.

Le cheval de troupe irlandais est léger, agile, bon sauteur, résistant à la fatigue; ses membres sont secs et nerveux, et il sait s'en servir. Il ne possède pas l'élégance du cheval anglais, sa tête est moins expressive, sa ligne fronto-nasale est toujours droite, son dos parfois un peu plongeant est tranchant, ses hanches saillantes, sa croupe anguleuse; sa robe souvent foncée : baie, alezane, etc. Ce cheval est élevé à la dure, vivant toute l'année au dehors, ne recevant une brassée de mauvais foin, l'hiver, que lorsque la neige recouvre l'herbe morte de la prairie depuis quatre jours. Les pâtures étant entourées de murs compostas d'un amoncellement de pierres anguleuses (wall stone ou mur de pierre) ou de haies vives de gorse (ajonc épineux), les poulains qui franchissent ces clôtures ont appris à éviter le contact de leurs arêtes; de là, le saut à l'irlandaise, aptitude qui est devenue héréditaire dans la race.

On croise le cheval irlandais avec le pur sang anglais; les métis ont souvent plus de taille et plus de branche, plus d'élégance, dans la croupe et le port de la queue.

Le hunter irlandais est l'un des chevaux les plus résistants et les pins utiles du Royaume-Uni, non pas tant à cause de ses aptitude> pour la chasse, mais bien par les précieuses qualités de fond et d'endurance qu'il communique à ses croisés, notamment comme producteur de chevaux pour la remonte des troupes.

On en élève partout, mais c'est l'Irlande qui produit les meilleurs types. Toutefois le hunter irlandais n'a pas la grande taille du hunier anglais; il mesure en moyenne lm,55 à lm,60 au garrot et il convient surtout pour la chasse au lièvre en terrain limité. Le hunier est élevé comme les chevaux communs de la ferme; à deux ans, il travaille aux champs; à quatre ans, il commence à chasser. A ce rude service, il supplante le hunter anglais, car il est capable de chasser de deux jours l'un, l'anglais ne pouvant guère être employé qu'une fois par semaine. Il existe en Irlande une des plus importantes sociétés hippiques, qui organise chaque année, pen-

dant trois jours, une grande exposition avec concours hippique (Horse Show) à Dublin, où se rendent les sportsmen du monde entier. Les jeunes chevaux y sont soumis à des épreuves d'obstacles ■I mu ping Compétition); ils ont à franchir des barrières fixes de lm,40, et le fameux mur de pierre [wall atone) ou banquette irlandaise, un des obstacles les plus sérieux que je connaisse.

L'Irlande se livre aussi avec succès à l'élevage d'excellents hackneys, qui figurent audit concours de Dublin.

Les dérivés français du cheval de pur sang anglais. — L 'anglo-normand. — La Normandie fait naître chaque année 40.000 poulains au minimum, représentant à trois ans et demi, un effectif de 30.000 jeunes chevaux, dont 4.500 sont acceptés par la remonte; c'est peu, mais les rebuts sont nombreux dans cet élevage et beaucoup de chevaux normands sont de qualité inférieure et ne savent pas galoper; c'est ce qu'on appelle par dérision dans l'armée : des cochonnets.

L'Administration des haras français entretient en Normandie un grand nombre d'étalons de pur sang anglais, ou de demi-sang ou carrossiers servant à la saillie de milliers de poulinières, à partir du mois de février jusqu'à la Saint-Jean (fin juin), moment où tous les étalons de l'Etat sont retirés des stations et réintégrés dans les dépôts jusqu'à l'année suivante. Chaque étalon a sailli de 50 à 75 juments.

En France, la somme accordée annuellement en faveur de l'élevage du cheval est énorme; elle s'est élevée à près de 18 millions de francs en 1905 et la part contributive de l'Etat a été de 2.231.125 francs. La Normandie absorbe une bonne part de ces subsides.

La population chevaline primitive de la Normandie accusait le type du cheval allemand. D'après Sanson — dont l'opinion est contestée — ce sont les Northmans (hommes du Nord, Normands), formés de Cimbres unis aux Teutons et de Scandinaves, peuple de pirates, qui se montrèrent en 820 à l'embouchure de la Seine et assiégèrent Paris en 885, qui implantèrent, en sol normand actuel, la souche de leurs chevaux allemands.

Les anciens chevaux de la Normandie seraient donc d'origine allemande, ce qui explique leur nez busqué. Sous l'influence du milieu, en regard de l'île de Jersey, dans la presqu'île du Cotentin et dans tout le département de Ja Manche (où se trouve actuellement le haras de Saint-Lô), il se produisit tout naturellement une variété lourde, apte au service des grandes voitures, qui fut bientôt connue

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sous le nom de grands carrossiers du Cotentin. Il y en avait des noirs et des bais; puis des chevaux plus petits, dits de la Bague, nerveux, propres à la selle, issus de chevaux arabes ramenés de Sicile lors de la conquête de l'Italie méridionale par les Normands. Ces chevaux étaient élevés dans le pays montagneux du nord du Cotentin, près de Cherbourg'. Plus au sud de la Normandie, dans l'ancien Merlerault (déparlement de l'Orne), se forma la variété normande de selle. Enfin, dans le Calvados et la plaine de Caen naquit une variété intermédiaire, apte aux deux usages, la variété augeronne, du nom de son berceau d'origine, la vallée d'Auge, partie du Calvados renommée pour la qualité de ses pâturages.

Les chevaux anciens de la Normandie avaient reçu du sang oriental, une première fois, lors des invasions des Maures et des Sarrasins en Europe, une deuxième fois au retour des Croisades.

A la fin du règne de Louis XV, la comtesse du Barry (1709) mit à la mode les carrossiers à lête fortement busquée. Conséquence : des étalons danois au nez en bec de corbin furent amenés en Normandie comme procréateurs de tètes bombées. La plupart de ces importés étaient corneurs et ils transmirent ce dernier vice en même temps que la forme disgracieuse de leur chanfrein.

Vers la tin du xvme siècle, on songea à améliorer les trois variétés chevalines de la plaine normande par l'intervention du cheval de course anglais, le thoroughbred, mais on commença par se servir du demi-sang. Par ordre du prince de Lambesc, grand-écuyer de Louis XVI, 2i étalons de demi-sang furent importés d'Angleterre et stationnèrent au haras du Pin, en Normandie. Ce sont là les premiers facteurs de la race métisse anglo-normande; mais la révolution de 1789 vint réduire à néant les améliorations qu'ils avaient apportées.

Sous le premier Empire, on essaya d'améliorer les chevaux de la Normandie par toutes sortes de reproducteurs, à l'exception des étalons anglais. (L'Angleterre était alors fermée pour la France.) Résultats mauvais.

Sous la Restauration (règne des Bombons, 1814), quelques étalons de pur sang anglais furent employés en Normandie, mais sans ordre ni méthode; ils ne firent aucun bien au pays et sous le règne de Louis-Philippe Ier (1830 à 1848) le cheval normand était une affreuse bête que l'on a décrite comme suit : « Formes disgracieuses, peu harmonieuses, tête lourde, longue, horriblement busquée, air stupide. Encolure courte, commune, épaisse, garrot

eiïacé, clos bas et foulé, rein long et mou, mal attaché; hanches hautes et droites, croupe horizontale mais bombée, queue attachée haut, mais molle et sans énergie, poitrail en carène, épaules courtes et grosses, membres grêles, canons minces; jarrets coudés presque toujours tarés, tendons faibles, peau épaisse, poils rudes, tempérament lymphatique. » Peut-on imaginer description moins flatteuse d'un plus mauvais cheval !

La véritable régénération du cheval normand par l'anglais ne commence qu'après 1830, sous le règne de Louis-Philippe. L'Administration des haras, qui eut à sa tête, à cette époque de la rénovation du cheval normand, des hommes de véritable valeur, tels que Eug. Gayot, Dittmer, de Bonneval, etc., procéda en Angleterre à de judicieux achats d'étalons de pur sang particulièrement propres au croisement. Les chevaux qui contribuèrent le plus à la formation de la race anglo-normande sont les suivants, d'après des documents administratifs : Tigris, Captain-Candid, Vampyre, Eartham, Royal-Oak, Y.-Emilius, The Jtiggler, tous étalons sous poil bai.

Les étalons de l'époque actuelle, en service dans la Normandie, sont des demi-sang français et des étalons trotteurs.

Il est aisé pour l'observateur de se convaincre que l'anglo-normand n'a pas un type fixe comme les chevaux de race pure élevés en sélection; rien n'est plus variable que les lignes de ces métis, que la forme, le volume et l'expression de leur tête surtout. Tantôt, trop de sang anglais, tantôt trop de sang normand avec réapparition du nez romain.

La région la plus célèbre et la mieux cotée de la Normandie au point de vue de l'élevage du cheval, c'est le Merlerault, contrée de riches herbages, dans le département de l'Orne. « C'est aux herbes vives, énergiques et nutritives de cette contrée, écrivait Thippologue du Hays, aux eaux qui contiennent du fer, qu'il faut attribuer la densité des os et des muscles des chevaux du Merlerault, la netteté de leurs membres, la vigueur, la distinction dont ils sont doués. »

L'anglo-normand joue un grand rôle dans la transformation des races chevalines du nord de la France, de même que les races du sud sont sous la coupe de l'anglo-arabe.

Il est malaisé de tracer un portrait exact du cheval anglo-normand, car la même description ne s'appliquerait pas à tous les individus de ce nom, tant s'en faut. Essayons.

Le cheval anglo-normand est haut de lm,55 à lm,60 au garrot et

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