LES CHEVAUX DE SANG ALLEMANDS
gaulois. Il existait en Lithuanie des bandes de chevaux sauvages que l'on retrouvait encore, quoique considérablement réduites, en Westphalie et en Prusse à la fin du xvmc siècle. On s'y livrait à la chasse du cheval. La dernière réunion cynégétique du genre eut lieu au mois de septembre 1829, en Westphalie.
Au moyen âge, période comprise entre les temps anciens et les temps modernes, les petits chevaux de l'Allemagne furent mariés avec les arabes, au retour des Croisades.
En Prusse, les chevaliers créèrent des haras, en vue de grossir le
Azur.
type du cheval aborigène et d'obtenir des destriers massifs et de grande taille, lis s'adressèrent à des étalons achetés en Danemark, dans laThuringe et dans les Pays-Bas (Belgique et Zélande).
Plus tard, le soin d'améliorer les races germaniques fut confié aux napolitains et aux noirs genêts d'Espagne. C'était sous Charles- (Jnint au xvif siècle.
Maintenant, les différents royaumes, grands-duchés, duchés et principautés, qui constituent par leur groupement l'empire d'Allemagne, possèdent un total de 3.500.000 chevaux, en chiffres ronds, dont les neuf dixièmes ont été améliorés à l'intervention du sang anglais et du sang arabe ou encore de l'anglo-arabe.
Les haras ont toujours été nombreux en Allemagne. C'est surtout après la guerre de Trente Ans (de 1618 à 1048), qui décima la population chevaline, que leur nombre s'accrut pour combler les vides et que furent créés les principaux haras de la Germanie : En 1732, le haras de Trakehnen et celui de Frédéric-Guillaume à Neustadl ; en 1750, celui de Zweibrùcken, en Bavière. Ceux de Herrenhausen, en Hanovre; ceux de Graditz et de Beberbeek. La Prusse, qui compte la plus forte partie de la population chevaline de l'Empire allemand, possède à elle seule les trois grands haras {Hauptgestiite) de Trakehnen, Graditz et Beberbeek avec environ 650 poulinières ; elle a établi cinq dépôts d'étalons [Landegestùté] ayant une population totale de 2.000 reproducteurs, soit en moyenne 130 par dépôt. C'est la Prusse qui approvisionne d'étalons les autres pays de la Confédération.
Dans la Prusse Rhénane, à Wickralh, le gouvernement allemand a créé un haras de trait et un dépôt d'une certaine quantité d'étalons de trait belge pour produire le Bheinische Pferd, ou cheval de Irait de la vallée du Rhin.
Dans la Silésie occidentale, le Schleswig-Holstein, les Saxes, etc., quelques tentatives d'élevage de chevaux de trait ont été entreprises, mais la préférence est accordée aux chevaux adultes, propres aux lourds travaux, importés de Belgique.
En Allemagne, les haras élèvent en vue de l'approvisionnement des dépôts d'étalons : 1° des chevaux de pur sang anglais (au haras de Graditz) ; 2° des chevaux de pur sang arabe ; 3° des anglo-arabes; 4° des demi-sang mélangés du type trakehnen. Beaucoup de haras particuliers sont calqués sur le modèle de ceux de l'Etat. Au commencement du xixc siècle, le haras privé du roi Guillaume de Wurtemberg était célèbre par la belle qualité des arabes de la plus pure race qu'il produisait. A côté de ce haras arabe établi à Stuttgart, il en existait un autre, également au roi Guillaume, où l'on élevait pour les services de la Cour : 1° des chevaux bais (juments du type hunter, étalons arabes) ; 2° des chevaux noirs (mélange de trakehnen, de hanovrien et d'anglais) ; 3° des chevaux gris (mélange d'irlandais et de yorkshire). Après la mort du roi Guillaume, ses haras ne tardèrent pas à péricliter. Dans le haras des carrossiers, on a introduit en dernier lieu des étalons anglo-normands pour augmenter la taille.
Les chevaux de la Prusse orientale. — Sont bâtis sur le modèle du trakehnen; comme lui, ils ont donc 50 0/0 d'anglais 25 0/0 d'arabe
et 25 0/Ode sang indigène lithuanien. Produits on grande quantité, ces chevaux servent surtout aux remontes de l'armée. Leur taille va de lm,60 à lm,70, leur conformation est harmonieuse, leur tempérament doux et docile, leur rapidité d'allures et leur endurance très satisfaisantes.
Dans la Prusse orientale, le cheval issu d'une jument d'un particulier et d'un étalon de l'Etat est estampillé à la fesse d'une couronne limitée en bas, par une barre horizontale.
Le cheval du Hanovre. — Le Hanovre, qui fait suite en quelque sorte au nord de la Hollande, continuant la série des plaines du littoral do la mer du Nord et de la Baltique, possède d'excellents pâturages, surtout dans sa partie occidentale, YOstfriesland; aussi ses chevaux étaiont-ils déjà réputés pour leurs belles qualités au xvue siècle.
Au xviue siècle, avec le pur sang comme amélioralour, on y lit naître des chevaux de selle de haute taille; les carrossiers reçurent aussi du sang anglais.
Avant l'annexion du Hanovre à la Prusse, l'élevage du cheval do selle dans ce pays agricole plus que manufacturier fut plutôt l'œuvre des rois de Hanovre que des cultivateurs, mais il fut restreint, numériquement parlant, et. perdit en qualité. Deux haras hanovriens, Herrenkausen et Radbruck, ont eu une certaine célébrité. Il existe à Celle un dépôt de 200 étalons, en partie anglais.
Les carrossiers du Hanovre plaisent à l'œil; ils sont faits sur le modèle des anglo-allemands, voire mémo dos anglo-normands, mais ils sont un pou mous et leur développement est si tardif qu'on ne peut les considérer comme faits avant l'âge de six à sept ans. Dans rOstfriosland, on élève des chevaux plus lourds, propres au gros trait.
Le haras de Herrenhauscn, de môme que celui de Fredericksbory , en Danemark, a produit deux singulières variétés de chevaux que l'on a cessé do propager; ce sont les chevaux royaux blancs de naissance du Danemark (les weissgeborenen) et les chevaux caféau-lait, aux crins dorés (les yelben).
La race albine du Hanovre et du Danemark était représentée sur les armes de la Maison allemande de Brunswick. Sous le règne de Georges II, de 1730 à 1740, les chevaux blancs de naissance formaient déjà un groupe bien typique, qui avait son quartier général au haras de Mernsen (Hanovre1. Celte tribu provenant de l'union
d'un étalon blanc de naissance, nommé Auguste, avec des juments nées blanches ou d'autres juments d'un gris très clair ou des isabelles. Mais le blanc lai/eux ne fut obtenu qu'après l'introduction en 1746 de l'étalon danois appelé si justement Le Blanc. En 18i0, lors de la réforme du haras danois de Fredericksborg, l'étalon de ce nom passa du Danemark en Hanovre et devint le réel créateur d'un groupe fixe de chevaux qui naquirent blancs, à partir de 1841. La tribu des weissgeborenen se maintint tant bien que mal jusqu'en 1895, époque où fut abattu, au haras de Herrenhausen même, le dernier de ses reproducteurs officiels en Hanovre.
Au reste, l'infécondité croissante des reproducteurs des deux sexes aurait fatalement anéanti la race.
Quant à l'élevage du cheval isabelle, ou café-au-lait aux crins dorés, dit le gelbcn, au haras de Radbruck, il n'a eu qu'une durée de cent soixante-quinze ans et a cessé brusquement au début de 1897. On conserve un groupe rie ces chevaux dans les ("curies royales d'Angleterre et un autre dans les écuries de l'empereur de Russie. Peut-être est-il encore possible de s'en procurer chez certains éleveurs des pays, le Hanovre et le Danemark, qui ont vu naître cette singularité hippique.
Ces chevaux étonnent, par l'originalité de leurs formes, de leur aspect et de leur robe. De taille moyenne (1™,57 à lm,60) ou beaucoup plus grands, ces chevaux ont quelque chose de carnavalesque dans leur ensemble comme dans leur démarche. Leur tête est fortement busquée, courbée comme une vielle. L'œil a un aspect étrange avec son iris couleur bois de noyer; l'oreille est petite et dressée, de couleur plus foncée que le reste du corps. L'encolure est droite, le ventre moyennement développé, le rein trop long, la croupe assez bonne, plutôt ronde; leur carène sternale tranchante se porte démesurément en avant du poitrail; les membres, longs et secs, les jarrets plus ou moins crochus. Leur robe est d'un blanc laiteux ou d'un alezan clair, café-au-lait ou soupe de lait. Les crins, longs au point que la queue se souille dans la litière et que la crinière recouvre les épaules, sont plus foncés, couleur or vierge.
Des taches de ladre fort étendues se remarquent en ditférents endroits du corps, surtout au pourtour des ouvertures naturelles. Ces chevaux s'efforcent de prendre les allures lentes ou cadencées de l'aristocratie chevaline. Ils ont le tempérament lymphatique et manquent de l'énergie qui fait le bon cheval.