DES FAMILLES ISSUES DE TROTTEURS
la croupe relativement courte, les membres grêles et trop longs pour le corps. De plus, ils manquent de saillies musculaires, et dans leurs heats (épreuves d'un mille), si l'allure est, il est vrai, généralement belle et haute, il semble que l'animal manque de force et que l'effort ne saurait se prolonger longtemps.
Bien autres sont les trotteurs qui ont dans leurs veines une forte proportion de sang anglais, qui comptent dans leurs ascendants les plus rapprochés plusieurs chevaux de cette dernière race, surtout quand ils sortent d'une écurie dont le maître possède la science des croisements, et que l'herbe du pays où ils ont été élevés a pu donner à leurs os et à leurs muscles tout le développement désirable. Alors on trouve des animaux comme on sait les produire dans certains haras du Kentucky ou du Tennessee, par exemple, et dont Mambrino-King était le plus merveilleux spécimen qu'il ait été donné d'admirer. Ce cheval appartenait à M. le D' L. Herr, de Lexington (Kentucky). Qu'on se figure un cheval alezan brûlé, zain, de lm,60, avec une tète expressive, de grands yeux intelligents et fiers, la ganache bien ouverte, les oreilles bien plantées, l'encolure admirablement dessinée, longue et gracieusement arrondie, l'épaule puissante et bien renversée, le garrot sorti, bien à sa place, le dessus très musclé, la côte ronde, le rein superbe, la croupe longue et large, des membres magnifiques, des articulations puissantes et près de terre, un port de queue splendide et les actions les plus belles, les plus hautes et les plus étendues qu'on puisse imaginer, et l'on aura une idée de cet étalon, aussi ouvert vu de face qu'il l'est dans son carré de derrière, aussi pur de lignes qu'élégant et souple dans tout son être. C'était une perfection, on assure qu'il était aussi agréable monté que facile à la voilure, et il était difficile de dire s'il était plus beau comme cheval de selle ou comme cheval de harnais.
11 faut reconnaître, cependant, que les éleveurs les plus éclairés ne sont pas encore bien fixés sur la question des trotteurs. L'un d'eux, qui dirige un des haras les plus considérables et les plus intelligemment compris des environs de Frankfort (Kentucky), pense être arrivé à fixer à peu près la race des siens. Il croit que cette famille va pouvoir maintenant se continuer sur ellemême par des croisements judicieux faits entre ses propres produits. Partant de ce principe qu'il faut les empêcher de retourner au sang froid, il admet qu'un trotteur doit compter dans ses derniers ascendants un tiers ou au moins un quart de pur sang an-
glais. Il applique depuis de longues années ce principe dans son haras, et il en est arrivé à pouvoir dire justement aujourd'hui que chacun de ses élèves trotteurs remplit ces conditions. Il pense avoir fait aussi bien qu'il est possible, et il va voir maintenant s'il pourra, comme il l'espère, attendre plusieurs générations avant de remettre du sang anglais dans ses croisements. Mais il n'hésitera pas à le faire beaucoup plus tôt s'il juge que cela devient nécessaire et que la chaleur, la trempe et le fond de ses produits diminuent.
Alix, que cet éleveur a fait naître, est une jolie jument qui accuse beaucoup de sang. Elle est fine de tissus et a de superbes saillies musculaires. La tète manque peut-être un peu de distinction, le dos est légèrement trop long, et rattache du rein laisse à désirer; mais les jarrets sont magnifiques, la croupe est puissante, quoique un peu courte, les articulations sont près de terre et les genoux larges; le garrot est un peu bas, mais la direction des épaules est bonne et le devant bien ouvert.
Quelle que soit, d'ailleurs, l'opinion individuelle des ditférents propriétaires des haras de trotteurs, on doit les diviser en deux grandes classes : ceux qui font les bons, c'est-à-dire des produits bien conformés, bien trempés, susceptibles de devenir des pères à leur tour et de faire, sinon des trotteurs rapides, du moins de parfaits chevaux de service ou de luxe, réguliers dans leurs formes et résistants au travail ; et ceux qui font les mauvais, c'est-à-dire des animaux à sang froid, pauvres d'aspect, manquant d'ampleur et de muscles, sans se préoccuper de la conformation ou des tares héréditaires.
Ces derniers sont une plaie pour l'Amérique, parce qu'ils « empoisonnent », par leurs détestables produits, les meilleures espèces locales.