‹ Le demi-sangChapitre 43 sur 101 · TROTTEUR · texte numérisé non relu

TROTTEUR

les hippodromes, mais qu'elle ne peut avoir qu'une inlluence bien lointaine sur l'amélioration du cheval de selle et du carrossier. Il est un point sur lequel tout le monde est d'accord : C'est l'augmentation de la vitesse chez nos trotteurs. On pourrait à ce sujet multiplier les exemples et trouver la matière d'un livre, qui ne manquerait pas d'intéresser les amateurs. Pour nous en tenir à une seule preuve, prenons le Derby des trotteurs dis-

Beaumanoir.

puté à Rouen et qui, jusqu'à ces dernières années, était l'épreuve de trot la plus richement dotée. Nous voyons que la distance de 3.200 mètres était parcourue, lors du Derby de 1882, en 5' 41" par le vainqueur Beaugé. En 1887, Gérance fournissait le parcours en 5' 25". En 1892, V Estafette trottait les 3.200 mètres en 5' 17". Enfin en 1898, Redowa obtenait le record de 4' 59", vitesse qui a été encore augmentée par le fameux Trinqueur et quelques autres. Il en résulte qu'un cheval qui, il y a dix ans, pouvait trotter le kilomètre sur le pied de l'40" était considéré comme extraordi-

naire et susceptible de glaner les plus belles épreuves; quand nous aurons dit que le meilleur trotteur de l'année fournit son kilomètre couramment en 1 ' 3 1 " et qu'en 1906, plus de 80 chevaux de trois ans ont obtenu le record l'40", nous aurons, ce semble, donné les indications suffisantes pour que l'on puisse mesurer d'un seul coup d'œil toute l'importance des résultats obtenus. Il était juste que des subventions, chaque année plus considérables, vinssent récompenser d'aussi sérieux efforts et consacrer le succès. Mais l'utilité incontestable des courses au trot n'avait pu commander l'intérêt que les joueurs pouvaient y trouver, en tant que spectacle, et jusqu'à ces dernières années le public parisien les délaissait totalement. Fort heureusement, la Société du Demi-Sang eut l'excellente idée de donner des courses plates sur son hippodrome, et de consacrer aux trotteurs les bénéfices qu'elle pouvait en retirer. De même furent instituées des réunions mixtes, dans lesquelles deux épreuves de trot adroitement intercalées au milieu d'épreuves d'obstacles, amenèrent le public à comprendre et à apprécier un sport qu'il ne connaissait point.

Toutes ces tentatives ont été couronnées de succès. Le budget de la Société du Demi-Sang a suivi, chaque année, une marche progressive, et les allocations distribuées en 1900 se sont élevées au chiffre considérable de 1.834.300 francs.

Les augmentations paraîtront encore beaucoup plus sensibles, si l'on s'en tient uniquement au montant des prix principaux. Il n'y a pas bien longtemps, et cette assertion est encore aujourd'hui vraie pour la province, qu'une somme de 1.000 francs donnée au premier paraissait être une généreuse rémunération. Le Derby de Rouen, dont le vainqueur recueillait environ 25.000 francs était le trophée que rêvait de gagner, pour consacrer sa réputation, tout éleveur de demi-sang. Que de chemin parcouru dans l'espace de cinq ans, quand on considère que les prix de 10.000 francs offerts par la Société du Demi-Sang, sur ses hippodromes, sont aujourd'hui chose courante et qu'en 1900 un prix de 100.000 francs a été disputé à Vincennes !

Malgré tout, il y a encore beaucoup à faire et les résultats des réunions internationales disputées en octobre dernier, en sont la preuve la plus convaincante. Le meilleur de nos champions à l'attelage n'a pu exister contre les Russes et pas un seul de nos chevaux n'a osé se mesurer avec les Américains. Il serait néanmoins hors de propos de se désoler, car notre infériorité vis-à-vis des

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étrangers comporte beaucoup d'atténuations. Remarquons d'abord que, si nous n'avons pas osé affronter la lutte dans les courses au trot attelé, la réciproque est presque vraie pour les courses au trot monté dans lesquelles un cbeval italien s'est présenté, d'ailleurs sans succès, sous la selle; donc, notre supériorité ne semble pas pouvoir être mise en doute.

En ce qui touche l'attelage, une explication est également nécessaire, et il serait môme surprenant de ne pas être battu par des Américains et par des Russes, qui récoltent le fruit des efforts faits pendant plus d'un siècle, alors que c'est seulement depuis quarante ans que nous nous appliquons à produire des trotteurs; sans compter que les champions étrangers, contre lesquels il nous aurait fallu lutter, étaient âgés d'au moins sept ans, tandis que nos chevaux qui servent de terme de comparaison, sont dans leurs troisième et quatrième années. Ce qui prouve une fois de plus que les faits pris dans leur ensemble n'ont de valeur qu'autant que les mêmes circonstances et les mêmes conditions président à l'élevage des animaux dont on veut apprécier le mérite comparatif.

Pour être complet, nous devons signaler la création de l'hippodrome de la Fouilleuse, inauguré il y a quatre ans. Ce nouveau champ de courses est, au point de vue des platers, le modèle du genre mais les trotteurs se perdent sur la vaste étendue de terrain de ses pistes, ce qui ne tardera pas à faire perdre aux courses au trot la vogue que Levallois leur avait acquise.

Ces quelques explications sufliront pour montrer les immenses services rendus par la Société du Demi-Sang à la cause du trotting, et cela, dans un espace de temps relativement très court. Ces succès sont d'autant plus méritoires, que les initiateurs de 186iavaient à combattre des idées préconçues très enracinées, et que pour faire triompher leurs projets, ils ne disposaient que de modestes ressources.

Le public parisien est-il amateur de courses au trot ? Oui, sans doute, mais il serait indispensable d'offrir à ce public des programmes qui attirent toutes les personnes qui s'intéressent au cheval. Cela n'est possible qu'en créant des épreuves originales, ce qui, entre parenthèses, ne doit pas être difticile à établir.

De plus, il y a lieu de comprendre le rôle d'une société de courses, de deux grandes façons : 1° diriger l'élevage en veillant à l'amélioration de la race; 2° encourager l'élevage en lui permettant

d'écouler ses produits, en fournissant même aux chevaux indignes le moyen de gagner leur avoine.

Voyez ce qui se passe dans le milieu du pur sang. La Société d'Encouragement s'inspirant de principes immuables imprime à l'élevage telle direction qui lui plaît dans le but de conserver à la race pure les qualités de vitesse et de résistance qui sont son apanage.

Mais à côté d'elle la Société des Steeples et la Société Sportive offrent des allocations énormes, fiches de consolation somptueuses, dont la destination est moins rigidement déterminée.

Ces allocations ont créé un marché, marché qui a même pris une extension excessive. Grâce à elles les éleveurs trouvent à écouler ceux de leurs produits qu'ils ne peuvent ou ne veulent consacrer à la reproduction. Le pur sang en tant qu'animal d'hippodrome a acquis ainsi une valeur, évidemment artificielle, mais qui permet d'éteindre une partie des frais d'exploitation du stud.

Dans le milieu du demi-sang cet état de choses n'existe pas. La Société mère s'est retranchée dans la partie de son rôle qui consiste à surveiller et à encourager l'élevage d'une façon directe. Les programmes sont conçus en vue de mettre en valeur les chevaux aptes au métier d'étalon. On veille même à ce que les futurs sires et les futures poulinières ne s'attardent pas outre mesure sur le turf.

Mais on a négligé d'une façon absolue de créer des débouchés au trop plein. Or, comme il n'existe à côté de la Société du Demi-Sang aucune société secondaire de quelque importance, le marché du trotteur en tant que cheval d'hippodrome n'existe pas.

De cela résultent deux inconvénients graves : 1° la dépréciation hâtive des trotteurs lorsqu'ils ne sont pas bâtis pour le service du stud; 2° le manque d'intérêt absolu au point de vue sportif des courses au trot.

Comprises comme elles le sont à l'heure actuelle les courses au trot sont réduites à être des épreuves de reproducteurs. Nous avons déjà critiqué le manque de progression des programmes; l'uniformité des distances à parcourir, etc.

Mais à côté de toute la partie, certes la plus importante qui doit être réservée aux jeunes chevaux, il serait bon d'en réserver une infiniment plus modeste pour les vieux lutteurs d'hippodrome, partie sportive dont l'attrait pourrait attirer et captiver le public. Nous ferons remarquer d'abord que par une décision certainement sans

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pareille clans l'histoire des sociétés de courses, la Société du Demi- Sang a cru devoir se retirer une de ses prérogatives les plus enviables. Elle a rayé de ses programmes les handicaps. On sait la place qu'ils tiennent tant en plat qu'en steeple; l'élément d'intérêt qu'ils apportent dans les journées môme les mieux remplies par les courses classiques.

Les handicaps sont entre les mains des commissaires un moyen de corriger les écarts de la fortune, ils permettent de faire en quelque sorte cadeau d'une course aux écuries méritantes et malheureuses. Pour cette seule raison on devrait les inventer s'ils n'existaient pas.

Il est donc difficile de comprendre comment la Société du Demi- Sang a pu se priver de ce moyen d'action. Quelques propriétaires patients et peu scrupuleux auraient déjoué la perspicacité du handicapeur à plusieurs reprises, et c'est à la suite de victoires d'une facilité ridicule qu'on aurait décidé la suppression des handicaps.

Cela aurait simplement dû servir d'avertissement et avec un peu d'attention il est facile de se garer des trop malins. On le fait bien ailleurs.

La suppression des internationaux a également enlevé un grand élément de spectacle à nos courses au trot. On n'a du reste pas empêché, pour cela, les Américains de courir, on les a simplement forcés à se naturaliser clandestinement. Le but cherché a été manqué et le trotting en pâtit.

C'est encore un excès de scrupule qui a fait rayer les courses de heats des programmes. L'interversion de l'ordre des places dans les différentes épreuves semblait bizarre aux joueurs malheureux ! Sont-ils moins soupçonneux quand il s'agit d'épreuves en une manche? Et doit-on se laisser guider par ces considérations.

A notre sens le grand tort de la Société du Demi-Sang est de vouloir supprimer des vices inhérents aux courses même. Chaque genre d'épreuves comporte ses inconvénients. Chacun peut faire naître des abus que l'expérience apprendra à réprimer.

Il ne faut pas, par un excès de scrupule, louable à la vérité, et dans le but d'éviter quelques irrégularités, d'empêcher quelques fraudes, portera la cause du trotting un coup fatal.

Avec les programmes actuols, on s'ennuie aux courses au trot et l'on devrait s'y distraire. Car il est très facile de varier le spectacle. La spécialité dispose de moyens nombreux.

Après avoir tracé une piste de 1.300 à 1.400 mètres, sablée, il sut-

firait de rétablir les handicaps, les beats, quelques internationaux (pour chevaux de grande classe afin de ne pas fournir de prises à la fraude). On pourrait créer quelques courses attelées en paire, à l'instar de celles données à Nice. Etablir des primes aux records qui seraient l'objet de tentatives intéressantes à chaque journée de courses.

Le public apprendrait vite à apprécier les essais surtout si les concurrents avaient le droit de se faire entraîner par des galopeurs.

En un mot créer à côté de la partie purement technique une partie sportive, une partie de spectacle.

Nous ne demandons pour elle que de très modestes allocations. Assez de chevaux se disputeront les miettes de la table dressée pour les éleveurs normands.

Le public y viendra vite nombreux. Il suffit pour s'en convaincre de constater le succès toujours croissant que remportent en province les sociétés de courses où quelques-uns de ces éléments d'attraction sont employés.

Quand on songe à la qualité ultra-médiocre des champions qui alimentent les meetings cependantprospères de Bordeaux et de Marseille, on se prend à rêver à ce que l'on pourrait faire à Paris avec les protagonistes qui fréquentent nos hippodromes. Ces réflexions nous sont suggérées par la vogue croissante de la réunion annuelle que donne à Nice le Trottingdu Littoral.

Malgré l'éloignement et les frais de déplacement de nombreux chevaux viennent d'Italie, du Centre et du Nord.

Les courses réunissent un nombre considérable de partants. Il y en aeujusqu'à vingt-cinq. Les meilleurs spécialistes de l'attelage de France et de nombreux champions étrangers célèbres s'y sont donné et s'y donnent régulièrement rendez-vous tous les ans. Il serait trop long de citer les noms de tous les brillants trotteurs qui viennent d'Italie, d'Autriche-Hongrie, etc., pour fournir des courses animées et passionnantes.

Depuis huit ans qu'on court tous les ans à cette époque, l'éducation sportive des habitants s'est développée et les Niçois viennent aussi nombreux au Var pour les courses au trot que pour les courses au galop.

Bien plus, le trotteur est entré dans les mœurs au point que de nombreux habitués du littoral ont acheté des chevaux très vites, incomparables animaux de service, qui prennent part non sans succès, soit aux courses d'amateurs, soit aux courses régulières.

Nous avons vu notamment le prince Lubomirski prendre part à plusieurs épreuves et conduire avec maestria sa jument Quarterouw avec laquelle il s'est placé dans des lots nombreux.

Cet exemple sera suivi, sans aucun doute, et la cause du trotting y gagnera.

Croit-on qu'on n'arriverait pas au même résultat à Paris si l'on demandait quelques concessions à l'esprit, un peu trop puritain, qui préside actuellement aux destinées du trotting?

On peut l'affirmer hardiment et tous les efforts de ceux qui s'intéressent au demi-sang, des véritables amis de la Société de Saint- Cloud et de Vincennes, doivent tendre à ce but.

Cela doit être également le souhait de tout véritable sportsman qui suit avec intérêt les réunions de trotting parisiennes.

La déformation du demi-sang trotteur. — On se souvient de la querelle qui a divisé un moment le monde du cheval lors de la fondation de la Société du cheval de guerre, qui avait comme aujourd'hui encore, pour objet l'encouragement du demi-sang galopeur. C'est alors qu'on vit surgir la fameuse théorie de la -déformation qui fut le grand cheval de bataille des organisateurs de cette Société. M. de Gasté chercha à démontrer que l'augmentai ion de vitesse demandée aux trotteurs modifiait leur forme dans un sens préjudiciable à la solidité de leur mécanisme et les rendait impropres au service de la selle.

La question ayant été posée au point de vue anatomique, il est intéressant, croyons-nous, de rappeler l'opinion de M. G. Barrier qui publia sur ce sujet un fort intéressant article dans le Recueil de médecine vétérinaire, dont nous allons résumer les points essentiels.

Le trot, a-t-on prétendu, ne développe que les muscles qui commandent les mouvements des membres. Mais les lois de la mécanique animale n'indiquent-elles pas que pour obtenir à cette vitesse le déplacement de la masse, il est essentiel d'assurer la rigidité de la colonne vertébrale, précisément dans la partie où elle est le plus exposée à se déformer, à l'encolure et aux reins, « pour laisser à l'impulsion du derrière toute sa puissance, pour donnerai! centre de gravité, par l'attitude de la tête, une position en rapport avec le degré de vitesse obtenu, enfin pour placer le mastoïdo-huméral dans les meilleures conditions d'une contraction efficace et étendue. Or, cette rigidité de l'encolure et des reins n'est possible que par la contraction énergique de tous les muscles spinaux, et, qui plus est, des

muscles thoraciques et abdominaux... La preuve en est fournie par ce fait que, pendant la course, les mouvements respiratoires sont à peine supérieurs à ceux du repos, tandis qu'après la course leur nombre peut être sept, huit, dix fois plus considérable... »

Sans doute, pour les raisons qui précèdent, l'encolure du trotteur a besoin d'être tenue haute et droite; mais il n'est pas exact d'en conclure que l'épaule doit être droite et courte, en avant et le bras aussi horizontal que possible, pour éviter que la contraction du mastoïdo-huméral relève trop la pointe de l'épaule et le membre tout entier, ce qui aurait pour conséquence un ralentissement dans la vitesse, le pied posant moins rapidement à terre. Or, il a été prouvé par des mensurations que chez les trotteurs américains bien conformés et ayant des performances, la longueur de l'épaule était considérable et l'axe scapulaire convenablement incliné ; la longueur est très grande également chez les trotteurs russes, mais l'humérus est plutôt droit. L'épaule est droite, en général, chez le normand ; mais ce n'est pas parce qu'on l'entraîne à fournir de plus en plus de vitesse, c'est tout simplement parce que telle est et que telle semble avoir toujours été sa conformation.

« Si, lors de la course, l'élévation de la pointe de l'épaule est nécessaire pour commander une enjambée de grande amplitude, il en faut pas oublier qu'elle est bien plus fonction de la longueur des muscles chargés d'opérer la bascule du rayon scapulaire que delà direction même de celui-ci. Le membre antérieur ne se porte pas en avant tout d'une pièce ; ses divers rayons se déploient comme l'épaule, et il est facile à l'un d'eux, l'avant-bras par exemple, de corriger par un peu plus de flexion l'insuffisance relative du déplacement angulaire commencé par le rayon initial. Rien ne peut compenser l'insuffisance de la longueur des muscles, car l'étendue de leur contraction est proportionnelle à la longueur de leurs corps charnus... »

Est-il plus exact de dire que la croupe participe seule à l'impulsion, et que seule dans l'arrière-main, elle doive être puissante chez le trotteur? Mais« l'impulsion résulte de l'ouverture simultanée ou successive, non pas d'un seul angle locomoteur, mais bien de tous les angles articulaires du membre à l'appui, convenablement arc-bouté dans le tronc. Aussi faut-il rechercher la puissance dans l'arrière-main tout entière, dans la cuisse, la fesse, la jambe au même titre que dans la croupe ». L'entraînement développe la musculature en général, une gymnastique spéciale celle de tel groupe

musculaire. L'entraînement au galop donnera au trotteur, l'expérience Ta prouvé, la puissance nécessaire pour assurer à l'allure nouvelle tout ce qu'on aura à lui demander.

Est-il donc nécessaire que chez le trotteur la croupe soit fortement abattue pour que les membres postérieurs puissent se mieux déployer en avant? En aucune façon. « L'obliquité de l'ilium commande l'amplitude de la llexion fémorale. Plus elle se rapproche de la verticale, plus le fémur est éloigné de sa limite de flexion, plus ce rayon peut effectuer en avant une oscillation angulaire étendue.

Alénjon.

mais moins aussi il est capable de fournir, lorsqu'il a à franchir en arrière la verticale passant parle centre coxo-fémoral, une extension de grande amplitude, utilisable pour la chasse de l 'arrière-main. D'où il suit que pour laisser à la cuisse un jeu de flexion et d'extension suffisantes, soit un champ d'action permettant aux membres postérieurs de se déployer largement en avant et en arrière de la verticale, il importe que l'ilium ne soit ni trop horizontal, ni trop oblique, car, ce que le pas gagnerait en amplitude, il le perdrait en action impulsive et réciproquement... L'horizontalité de la croupe en fermant l'angle coxo-fémoral, accroît le travail et la fatigue demuscles qui s'opposent à sa flexion pendant lastation, ou, lorsdu choc

locomoteur, au cours de l'allure. C'est une des raisons pour lesquelles les trotteurs de selle dont la voûte dorso-lombaire a plus de poids à supporter, et qui sont du reste plus massifs que les trotteurs d'attelage, ont et doivent avoir la croupe plus oblique... »

On nous a dit que le trot attelé allongeait le corps pour éviter les chances d'atteiutes, et que la musculature des reins s'appauvrissait, la colonne dorso-lombaire restant presque passive, tandis que — ce qui parait bizarre — le rein était l'organe qui fatiguait le plus. Ce serait pour cette raison que, pour échapper à la souffrance qui en résulte, le cheval prendrait le galop. L'étude du jeu des membres pendant la transition du trot au galop suffit pour rectifier cette assertion que l'examen des photographies sériées ou la méthode graphique du professeur Marey viennent également réfuter. Le simple raisonnement aussi bien que lanotation graphique de la transition du trotau galop établissent que « l'enlever » des trotteurs n'est autre chose que la conséquence de l'accroissement de vitesse demandé et fourni, et non pas d'une souffrance éprouvée par les reins.

Le galop n'atténuerait pas cette souffrance, si elle était réelle, il l'accuserait, au contraire, car, à cette allure où le balancement vertical du corps esquisse un peu des mouvements du cabrer, les lombes « peinent », fatiguent, plus que dans le trot. Le seul moyen que le cheval pourrait employer pour se soustraire à la soi-disant douleur qu'il ressent, serait donc de ralentir son trot et non pas d'augmenter sa vitesse.

De même, si le dessus est bien musclé, il y aura assez de place sous le tronc pour que les membres postérieurs puissent se développer sans risques d'atteintes, quand la distance entre l'angle dorsal du scapulum à l'angle de la hanche sera égale à la longueur de l'épaule et dans ce cas le dos ne peut être regardé comme trop long, ni comme manquant de soutien. Les mensurations ont donné ces proportions chez tous les pur sang, des « galopeurs » selon l'expression nouvelle, bien conformés.

Après avoir l'ait ressortir certaines inconséquences sur lesquelles il serait trop long d'insister, M. Barrier fait remarquer « qu'étant donné que la charge dorsale énorme imposée par le service de la guerre, ne se répartit pas également sur les deux bipèdes du cheval, alors môme qu'elle se réduitau poids du cavalier ; qu'elle surcharge davantage l'antérieur et fatigue les reins, il faut au cheval d'armes de la taille, une certaine ampleur, peu de longueur de corps, de

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la puissance, beaucoup de solidité et une légèreté' relative du devant,... il doit posséder, d'autre part, une bonne vitesse, un caractère docile et du tempérament. Mais les commissions d'achat ne sont et ne peuvent se montrer aussi exigeantes; elles ne sauraient demander que les conditions de dressage qu'on réclame fussent remplies. Les limites des prixqui leur sont fixéesnele leur permettent pas. Il est inutile dès lors de réclamer ce qui, par force majeure, est impossible à obtenir.

Rien n'a été prouvé pour établir que les haras achètent des étalons trotteurs n'offrant pas le modèle du cheval de selle. Une visite aux dépôts de Saint-Lo et du Pin pourrait convaincre du contraire. D'ailleurs, un des plus ardents adversaires des haras n'a-t-il pas, à l'époque de cette discussion, envoyé ses juments de race pure à l'un des étalons trotteurs les plus en vue que possède l'Administration, Cherbourg, pour ne pas le nommer? S'il avait craint d'obtenir des produits aussi mal conformés qu'il l'a dit, il n'aurait certainement pas risqué et renouvelé l'expérience comme il l'a fait.

En terminant, M. Barrier faisait remarquer avec beaucoup d'à propos que l'on n'a pas à demander au cheval d'armes, les aptitudes du hunter qui a une tout autre mission à remplir. Et il rappelle qu'en 1897, la remonte a donné 3.000 francs d'un cheval, fils, petit-lilset arriôre-petit-fils de trotteurs, et que sur les trentehuit chevaux payés le plus cher par les Comités de Saint-Lô et d'Àlençon, il s'en trouvait dix-neuf issus directement de ces trotteurs qui « déforment » alors que les produits d'étalons de pur sang étaient achetés à des prix relativement inférieurs.

L'explication du professeur Barrier est rigoureusement exacte, précise, scientifique. Mais ce qui a surtout préoccupé les écrivains qui ont pris part à cette controverse, c'est l'horizontalité du bras, constatée chez quelques sujets. Il semblerait cependant, que c'est le contraire qui aurait dû se produire, car sous l'action des phénomènes de compression et d'extension, etc., qui augmentent d'intensité avec l'augmentation de la vitesse, le bras par suite de la réactivilé naturelle à tous les organismes aurait dû se rapprocher de la perpendiculaire sans exagérer la force des deux résultantes que forment le bras et l'épaule.

'Vilains facteurs, lels que la compression, l'extension, etc., lorsqu'ils agissent pendant un certain temps, comme c'est le cas chez les trotteurs à l'entraînement, dans une direction donnée sur des agré-

gats de cellules, exercent une action importante sur divers processus, notamment sur la direction des places de division des cellules, sur leur forme et leur disposition, ainsi que sur la formation des tissus mécaniques.

Ces phénomènes démontrent que l'extension et la compression agissent comme un excitant, qui stimule la formation dans le protoplasme, de substances résistant à l'extension et à la compression, et qui favorise leur localisation dans les points du corps les mieux appropriés. Si le développement des tissus mécaniques est une réaction à des excitations mécaniques, on doit s'attendre à ce que la réaction se produise surtout aux points qui sont spécialement soumis à Faction de l'excitant, c'est-à-dire aux points utilisés mécaniquement. Les structures engendrées de cette façon doivent donc apparaître comme parfaitement adaptées à ces actions, attendu qu'elles correspondent aux conditions mécaniques réalisées en elles. Des exemples très nombreux nous démontrent que des dispositions parfaitement appropriées peuvent s'être développées par adaptation aux conditions extérieures dont l'entraînement fait partie.

Les formations squelettiques ont une structure conforme aux lois delà mécanique ainsi qu'aux principes delà science de l'ingénieur, qui en découlent. Étant donné qu'il est peu de systèmes d'organes qui prouvent aussi nettement que les conditions mécaniques externes exercent une influence directe sur la conformation, il conviendrait de nous y arrêter quelques instants, mais nous croyons inutile, pour aujourd'hui du moins, de fatiguer le lecteur par une démonstration sur la déformation dans les solides de résistance.

Il règne une harmonie et une dépendance mutuelle entre les organes et les tissus de telle sorte qu'une transformation survenue dans l'un des organes a pour conséquence inévitable de nombreuses transformations dans d'autres organes.

La corrélation évidente entre le système musculaire et le système squeletlique n'est pas la seule qui existe; il y en a d'autres encore. Chaque fibre musculaire recevant une iibre nerveuse, les nerfs subissent, par croissance corrélative, une augmentation de volume correspondante. Il est probable que d'autres transformations, en rapport avec la précédente, intéressent aussi les origines de ces nerfs dans la moelle épinière, attendu que les fibres nerveuses motrices sont les prolongements cylindraxiles de cellules nerveuses motrices, qui siègent dans la substance grise delà moelle; peut-être même les transformations corrélatives touchent-elles

jusqu'à l'écorcc cérébrale, où les voies pyramidales ont leurs origines centrales.

De même que le système nerveux, de môme aussi le système vasculaire sanguin s'est modifié. Le calibre des artères qui fournissent aux muscles, a augmenté proportionnellement au développement pris par ces muscles. L'augmentation du calibre de ces artères a entraîné l'épaississement de leurs parois, dont les différentes tuniques se sont histologiquement modiliées par corrélation. La tunique interne, plus épaisse, doit en effet contenir plus de tissu élastique, et la tunique moyenne, des cellules musculaires lisses plus nombreuses. Nous voyons donc que le développement pris par les muscles a entraîné, par croissance corrélative, celui des nerfs moteurs de ces muscles, ainsi que des transformations dans les vaisseaux sanguins qui s'y distribuent.

De plus, le tissu tendineux qui unit ces muscles au squelette subit aussi des transformations corrélatives. Le muscle grand pectoral étant devenu plus puissant, son tendon d'insertion à l'humérus est devenu plus volumineux, ce qui a eu pour conséquence la formation d'une tubérosité plus saillante au point d'insertion de ce muscle à l'humérus. Le tissu conjonctif intramusculaire du grand pectoral est aussi devenu plus abondant et la gaine conjonctive du nerf grand thoracique antérieur a pris un développement proportionné à l'épaisseur de ce nerf lui-môme.

Le développement des muscles thoraciques, déterminé par l'adaptation au train rapide, a donc entraîné un très grand nombre de transformations, dues à une croissance corrélative, dans une foule d'organes et de tissus, sans compter des modifications nombreuses, dont nous n'avons pas parlé, et qui se sont produites dans d'autres organes du corps, tels que les poumons, le cœur, etc.

Dans l'exemple que nous venons d'examiner, on se rend parfaitement compte des rapports de causalité qui existent entre les transformations corrélatives. Mais il n'en est pas de même dans d'autres cas, auxquels nous empruntons notre second exemple.

Nous pouvons résumer notre manière de voir de la façon suivante : les modifications squelettiques se produisent toujours à la suite de l'exercice, de la gymnastique fonctionnelle, mais il n'est pas possible de les limiter à certaines parties du corps plutôt qu'à certaines autres. En envisageant le problème au point de vue héréditaire voici nos conclusions :

Il n'est pas évident a priori que des modifications de structure

causées par des changements de fonction, doivent se transmettre au descendant. De ce qu'un changement dans la forme d'un organe s'est produit par suite d'un changement dans son activité, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il doive se produire dans les unités physiologiques de l'organisme tout entier une modification telle que, quand des groupes de ces unités se détacheront des parents sous la forme de centres de reproduction, les organismes auxquels ils donneront naissance doivent aussi présenter la même modification de l'organe en question.

En traitant de l'adaptation, nous avons vu qu'il faut heaucoup de temps à un organe modifié par accroissement ou décroissement de fonction, pour réagir sur l'organisme en général, de façon à faire surgir les changements corrélatifs nécessaires à la production d'un nouvel état d'équilibre; et pourtant c'est seulement quand cet équilibre nouveau s'est établi, que nous pouvons nous attendre à en trouver l'expression complète dans les unités physiologiques dont l'organisme est construit ; alors seulement nous pouvons compter sur une transmission complète de la modification aux descendants.

Néanmoins il semble que les changements de structure causés par des changements d'action, doivent aussi se transmettre, bien qu'obscurément, d'une génération à l'autre, en vertu d'un corollaire des premiers principes; sinon d'un corollaire spécifique, du moins d'une conséquence qui y est impliquée d'une façon générale. En effet, si un organisme A se trouve, en vertu d'une habitude ou d'une condition particulière d'existence, modifié en la forme A', il en résulte inévitablement que toutes les fonctions de A', la fonction de reproduction comprise, doivent différer à quelque degré des fonctions de A.

Un organisme n'étant qu'une combinaison de parties qui jouent rythmiquement un rôle dans la constitution d'un étal d'équilibre instable, il est impossible de changer l'action et la structure de l'une quelconque de ses parties, sans déterminer des modifications dans l'action et la structure de l'organisme tout entier, tout comme aucun membre du système solaire ne saurait être modifié dans son mouvement ou sa masse, sans produire un arrangement nouveau dans le système solaire tout entier. Si l'organisme A, pour devenir A' doit s'être modifié dans toutes ses fonctions, le rejeton de A' ne saurait être ce qu'il aurait été s'il avait été engendré par A. Ce serait nier implicitement la persistance de la force que dédire que A peut

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