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LA PRODUCTION DU CHEVAL DE REMONTE

remonte sont aussi beaucoup plus difficiles que bien des éleveurs de pur sang.

Donc, pour pouvoir simplement joindre les deux bouts, l'éleveur du cheval de remonte qui veut nourrir ses chevaux autrement qu'avec des pommes de terre et des topinambours, a besoin de subventions autres que les prix d'achat.

Ces subventions, il appartient à l'administration des haras de les donner. Les distribue-t-elle de façon à favoriser et encourager l'élevage du cheval de guerre? C'est ce que nous allons voir.

Considérons d'abord les poulains mâles : j'ai dit que le propriétaire, sans subvention, ne pouvait élever sans y perdre, eh bien, pour les poulains mâles, les subventions n'existent pas. Un poulain castré, si réussi qu'il soit, ne peut, jusqu'au moment de sa vente, à trois ans et demi, bénéficier d'un centime; de plus il n'est pas payé à cet âge plus cher que les pouliches. Que fait donc l'éleveur? Il vend ses mâles au sevrage, évitant ainsi les risques de la castration et de l'élevage, et beaucoup, achetés par des étrangers, sont exportés.

Restent les pouliches. À deux et trois ans, celles-ci peuvent concourir pour des primes de conservation données dans chaque arrondissement par l'administration des haras. Ces primes, quoique peu importantes, seraient suffisantes comme indemnité d'élevage, mais grâce à la façon dont elles sont distribuées depuis peu, et surtout à la manière dont on songe à réglementer celte distribution, elles sont nuisibles : 1° à la remonte; 2° à l'élevage en général.

Je m'explique : le propriétaire pour toucher la prime de sa pouliche doit prendre l'engagement de la faire saillir deux années de suite par les étalons de l'Etat. Donc, impossibilité de la vendre à la remonte, et comme il a déjà vendu ses mâles au sevrage, il ne lui reste rien à présenter. De plus, cette mesure prise en faveur de L'élevage lui est forcément nuisible.

Voici pourquoi : je prends comme exemple un propriétaire qui, après des sacrifices coûteux ou un long sélectionnement, s'est composé un lot de dix poulinières de demi-sang de choix (ceux qui élèvent uniquement en vue de la remonte en ont rarement davantage) ; ses poulinières lui donneront en moyenne quatre ou cinq pouliches par an, au bout de quelques années, il se trouvera donc, s'il veut toucher ses primes de pouliches sans recourir ù des moyens louches, à la tète d'une quantité de poulinières beaucoup trop considérable pour le genre d'élevage qu'il veut et peut faire.

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Et ce nombre de poulinières ira en augmentant, à moins que le propriétaire ne se décide à vendre les mères, il le fera forcément et ce sera un tort : il est rare, en effet, qu'une jument de choix, fasse des produits qui lui soient supérieurs.

Le propriétaire sera donc obligé de vendre une bonne poulinière, encore jeune, dans des conditions souvent onéreuses, et cela pour la remplacer par une de ses filles qui ne la vaudra à aucun point de vue. La fille se serait très facilement vendue à la remonte, la mère qui vaut mieux se vendra mal, car elle sera déformée par la production et généralement sans dressage. Résultat : perte pour l'éleveur et perte pour l'élevage.

Je ne parlerai que pour en faire mention de l'obligation de faire courir au trot les pouliches primées, imposée dans les villes pourvues d'un hippodrome : cette mesure est si opposée à celle de la saillie obligatoire et par cela même si incompréhensible que je n'insisterai pas.

Et il serait si facile, il me semble, de concilier l'intérêt de la remonte et celui de l'élevage !

D'abord en ce qui concerne les pouliches : l'idée d'obliger un propriétaire à remplacer une poulinière par sa fille est très bonne dans le cas où la tille vaudrait mieux que la mère, mais pourquoi généraliser et forcer aussi le propriétaire à remplacer une bonne jument par une plus mauvaise? Pourquoi donc ne pas prendre dans cette mesure ce qu'elle a de bon et l'appliquer ainsi :

Le propriétaire sera tenu de présenter au concours des pouliches de trois ans les juments mères des dites pouliches, et la saillie ne sera obligatoire pour la pouliche primée que si elle est reconnue supérieure à sa mère conservée comme poulinière chez le même propriétaire.

Ce système ne serait peut être pas encore parfait, mais en l'appliquant il se produirait une amélioration à tous les degrés de l'échelle.

Passons maintenant aux poulains mâles : pour encourager l'éleveur à les garder pour la remonte, ne pourrait-on, comme cela se faisait autrefois, et se fait même encore dans certains départements, leur distribuer à deux et trois ans des primes comme aux pouliches?

Et si les fonds manquent aux haras, les remontes ne pourraientelles distribuer de cette façon une partie du crédit de 1.200.000 francs volé ces dernières années? L'obligation de présenter à trois ans

et demi à la remonte le poulain primé serait la conséquence de la prime.

Enfin, sans vouloir de parti-pris critiquer l'administration des haras, on est bien obligé de reconnaître, qu'elle ne possède pas un assez grand choix d'étalons destinés à faire du cheval de remonte.

Elle emploie une grosse part de ses crédits à payer 125, 150, 160 000 francs des chevaux comme Ragotsky, Clamart, Bérenger, Frontier, Fonrire, Ratap/an, qui ne sont utiles qu'à l'élevage du cheval de course, qu'elle n'a pas pour mission de subventionner. Au lieu de paver très cher des cracks célèbres, elle ferait mieux d'acheter un plus grand nombre d'étalons de croisement, des étalons de trois quarts-sang, bâtis en chevaux de selle destinés à fournir des chevaux de tète de cavalerie de ligne et de réserve, et surtout des pur sang anglo-arabes qui réussissent parfaitement pour la production du cheval de légère et même de ligne. Ces chevaux payés de 15 à 20.000 francs rempliraient toutes les conditions de conformation voulues et amélioreraient sur une grande échelle, parce qu'ils seraient plus nombreux, la production du cheval de guerre.

Il manque, paraît-il, 130.000 chevaux à notre cavalerie : encouragez donc les éleveurs à produire ce genre de cheval, mettez-les surtout à même de le produire sans y perdre et sa production augmentera. Sinon, l'exemple du Midi et de la Normandie sera suivi de plus en plus, toutes les régions abandonneront à leur tour le demi-sang léger pour s'orienter vers un autre genre de production.

Le cheval de troupe en France, en Allemagne et en Angleterre. — On a tellement discuté sur la condition du cheval de remonte, on a si souvent réclamé en sa faveur, que je crois intéressant de faire connaître en quelques mots, dans l'exposé qui va suivre, la situation respective de la cavalerie dans trois des plus grands pays d'élevage, au point de vue du cheval d'armes, le seul auquel je puisse ici me placer. L'armée anglaise n'a sans doute pas la même importance que celles des deux autres puissances, mais, en matière de cheval, il est bien difficile de ne pas parler de l'Angleterre, qui a sous ce rapport le droit indiscuté d'être placée au premier rang.

En ce qui concerne le nombre, la population chevaline est à peu près la même dans les trois pays : trois millions de têtes environ,

mais il n'est pas besoin d'ajouter que l'Angleterre est loin de posséder une cavalerie aussi nombreuse que celle de la France ou de l'Allemagne. La proportion du nombre des chevaux par rapport aux hommes est toutefois la même, soit d'un cheval par cinq hommes. Les armées allemande et française comprennent chacune sur le pied de guerre 2.500.000 hommes ; elles doivent employer 500.000 chevaux, soit le sixième de leur population chevaline. Gomme on le sait, il est pourvu à cette lourde exigence par un système de conscription analogue à celui qu'on emploie pour les hommes; seulement, tandis que l'homme n'est pour ainsi dire pas payé, le propriétaire du cheval reçoit une indemnité très appréciable, à laquelle il a du reste tous les droits. 11 est vrai qu'elle est presque toujours très inférieure à la valeur de l'animal qu'on lui prend.

Cette immense quantité de chevaux n'est pas, cela va sans dire, destinée à la seule cavalerie ; l'artillerie et le service des transports en emploient même la plus grande partie. Mais il n'en faut pas moins, en dehors du service des états-majors, de celui des officiers d'infanterie montés et enfin des réserves, 100.000 chevaux en chiffres ronds pour la cavalerie seule, dont l'effectif est à peu près le même en France qu'en Allemagne. La première possède un nombre un peu moins élevé de régiments actifs, mais sa réserve est plus importante, de telle sorte qu'il y a dans les deux armées un nombre égal de chevaux, à peu de chose près. Pour l'Angleterre, avec ses deux corps d'armée et ses six régiments de la Garde, 32.000 chevaux suffisent en temps de paix ; sur ce nombre 5.000 sont affectés à la Garde seule. Ce chiffre serait un peu plus que doublé sur le pied de guerre. Il existe dans les trois armées une réserve permanente de chevaux de troupe, qui est laissée dans les dépôts des corps.

En France aussi bien qu'en Allemagne, les chevaux ne font leur service de campagne qu'à partir de six ans, et chaque cheval est soumis à un dressage et à un entraînement de deux années avant d'être envoyé à l'escadron. Il a été reconnu qu'un animal plus jeune est incapable de résister aux fatigues d'une campagne, et que deux ans de dressage préparatoire sont indispensables pour que le cheval connaisse bien son métier. Cette durée de la période préparatoire est devenue d'autant plus nécessaire, que la réduction à deux ans du service militaire rend bien difficile l'instruction complète de l'homme appelé à le monter. Il est en effet à peu près impossible

de former un bon cavalier en deux années, ou plus exactement en vingt-deux mois, et le cheval est chargé de compléter ce que l'instructeur n'a pas eu le temps de faire. En Angleterre, où la durée du service est de huit ans, on a estimé inutile de consacrer autant de temps au dressage; mais il est peut-être imprudent de compter sur le tact des hommes pour monter sagement des chevaux trop jeunes, et au lieu d'admettre à l'escadron, comme on le fait, des animaux âgés de moins de cinq ans, il serait plus rationnel d'adopter le minimum d'âge que les deux autres pays ont fixé.

Le dressage parfait du cheval de troupe est indispensable à tous les points de vue. Une charge ne saurait avoir d'effet utile que si elle est faite bien en ligne, l'action devant être simultanée pour que le choc et surtout l'effet moral aient toute leur puissance. On n'y réussira qu'avec des animaux ayant bien l'habitude du rang et tous « du même pied ». Pour le service d'éclaireurs, les chevaux doivent être en état de passer partout sans hésiter, sans presque que l'homme qui les monte ait besoin de les soutenir, et sans se laisser effrayer par rien. Deux années suffisent donc à peine pour que l'éducation du cheval de troupe soit vraiment complète.

Ce n'est pas tout. Un animal admirablement dressé ne sera qu'un mauvais serviteur s'il ne possède pas l'endurance qui lui permettra de supporter, en portant un gros poids, les exigences du service pénible qu'on lui demandera en campagne. Plus que l'homme encore, le cheval est mis à réquisition, c'est à lui surtout qu'on demande le plus fréquemment des efforts anormaux. Régulièrement un animal doit pouvoir faire de 130 à 140 kilomètres en trois étapes consécutives sans en être éprouvé ; mais la cavalerie n'est plus guère appelée à agir souvent par grandes masses, et le service d'éclaireurs ou d'estafettes exige un effort beaucoup plus considérable. Il n'est pas rare alors qu'un cheval ait à parcourir 90 et même 100 kilomètres en vingt-quatre heures.

Ainsi s'expliquent ces expériences faites fréquemment, en ces dernières années surtout, ces courses à très longs parcours qui ont pour but d'établir le degré de résistance des forces du cheval. Epreuves cruelles, sans doute, et impossibles à généraliser ; mais les indications qu'elles fournissent, font connaître ce qu'il est permis à un moment donné d'exiger d'un animal sans atteindre la limite extrême de ses forces. Elles établissent également que l'effort normal qu'on est en droit de demander à un cheval est plus grand qu'on ne le croit généralement. Elles ont donc une raison d'être

indiscutable, comme l'ont pour l'homme, à un degré moindre il est vrai, les courses à pied de six jours consécutifs dont le gros public ne comprend guère le véritable but et qui, si populaires en Angleterre, ne provoqueraient en France aucun intérêt.

Seulement, on n'aurait jamais dû oublier ce principe fondamental : à la fin de la marche la plus longue, de l'entreprise la plus pénible, le cheval doit, comme l'homme, posséder une certaine réserve de forces lui permettant au besoin de se rendre encore utile. En d'autres termes, il ne faut jamais atteindre l'extrême limite de ses moyens, et c'est pour cette raison que dans ces courses à longue distance, l'état à l'arrivée, du cheval et du cavalier, doit être pris en considération pour la répartition des récompenses.

J'examinerai maintenant la condition du cheval de troupe dans les trois pays dont je m'occupe ; on pourra ainsi juger de son aptitude à faire, sans fatigue exagérée, le service qu'on en attend.

Je viens de dire qu'il était indispensable de ne jamais atteindre les limites des forces d'un cheval; j'examinerai aujourd'hui si l'on fait bien tout ce qu'il faut pour observer ce principe fondamental.

La charge qu'on lui fait porter est-elle, en premier lieu, rationnelle et en proportion normale avec sa force de résistance? Les tableaux comparatifs qui suivent nous édifieront à ce sujet. Ils donnent, pour les différentes armes, les poids portés par les chevaux de troupe dans les trois pays. Les voici :

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