‹ Le demi-sangChapitre 48 sur 101 · EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EN ANGLETERRE

Cavalerie légère 127 kilogrammes

Grosse cavalerie 138 —

Il est presque incroyable que le poids que l'on fait porter aujourd'hui aux chevaux de grosse cavalerie soit inférieur de 25 kilogrammes seulement à celui qu'avaient à porter les chevaux du

moyen âge, au temps jdes hommes bardés de fer et de lourdes armures. Sous ce rapport, les Etats-Unis et la Belgique, qui ne possèdent pas, il est vrai, de grosse cavalerie, ont un avantage sensible : on y a réduit le poids à 95 kilogrammes et on s'applique à le diminuer encore. En Amérique, l'expérience acquise pendant la guerre de sécession a été concluante; en Belgique, la taille moyenne des hommes est relativement petite et on a allégé l'équipement autant que cela a été possible.

C'est ce qu'on n'a pas fait en France, pas plus, d'ailleurs, qu'en Allemagne ou en Angleterre. Il est probable qu'on s'en est préoccupé, mais jusqu'ici on en est resté à la théorie, car dans la pratique on ne s'aperçoit guère qu'on se soit appliqué à calculer le poids, suivant les aptitudes et la force du cheval qui doit le porter.

En effet, en prenant le détail de la charge qu'on impose au cheval de troupe, on arrive à la moyenne suivante :

Homme 67 kilogrammes

Selle complète 22

Paquetage, armes et munitions 17

Effets de rechange et de campement 20 —

Total 120 kilogrammes

Soit un minimum moyen de 126 kilogrammes; il est évident, en effet, que le poids moyen d'un dragon ou d'un cuirassier est sensiblement supérieur à 67 kilogrammes.

D'autre part, il est reconnu par les vétérinaires et les zootechniciens compétents que le poids de l'animal fournit des indications précises, sur celui qu'il est susceptible de porter, le travail qui lui sera demandé étant un second facteur essentiel de ce calcul. Or, un animal qui doit marcher avec sa charge pendant des heures et des journées entières, plusieurs semaines de suite, ne peut pas porter normalement plus du cinquième de son propre poids.

Le poids moyen d'un cheval de troupe étant de 460 kilogrammes, sa charge doit être limitée à 95 ou 96 kilogrammes. Admettons même qu'elle soit portée à 100 kilogrammes, puisqu'il serait impossible de réduire le poids actuel de l'équipement. On voit que nous sommes loin encore du poids réel indiqué plus haut.

Il serait peu pratique, ce serait même une imprudence de compter sur des voitures pour alléger le poids, car trop souvent les convois sont incapables de suivre les troupes. Il est, d'un autre

côté, évident par ce qui précède que les chevaux ont une charge trop forte à porter, pour pouvoir la porter rapidement pendant longtemps. Cette charge ne pouvant être diminuée d'une manière appréciable, quel est le remède qui permettra de sortir de ce cercle vicieux?

C'est ici que la question de sélection s'impose, c'est-à-dire celle de l'origine et de l'élevage.

11 est assez difficile de comparer d'une manière un peu précise le degré de résistance des chevaux de troupe dans les trois pays dont je m'occupe. En Angleterre, on n'a guère, pour apprécier l'endurance actuelle des chevaux en campagne, que la marche de la cavalerie sur le Caire, après la bataille de Tel-el-Kebir; ils ont fait alors tout ce qu'on leur a demandé, mais on conviendra que cela se réduisait à peu de chose.

Il est certain que, pendant la guerre de 1870, la cavalerie allemande a montré plus de résistance que la notre, mais elle se trouvait dans de tout autres conditions. En outre, depuis vingt-six ans de grands progrès ont été réalisés en France. Si, après les manœuvres d'automne, les chevaux allemands conservent leur condition, on peut en dire autant des nôtres, qui seraient certainement plus résistants qu'eux, si les manœuvres duraient plus longtemps. Il n'y a guère qu'un seul avantage que nous puissions envier aux Allemands : l'absence de blessures ou d'excoriations sur le dos, qui est due à l'adoption d'une selle meilleure que la nôtre. En outre, si leur nourriture était plus substantielle, si leurs écuries habituelles étaient mieux aménagées, la supériorité absolue de nos chevaux deviendrait incontestable.

Pour la charge, où la masse la plus pesante aura toujours un avantage décisif, aussi bien que pour l'endurance et la force qui permettra à l'animal de porter le poids, les chevaux vigoureux, étoffés et bien membres devront être recherchés et c'est ici que la question d'origine importe avant tout.

Les chevaux forts et lourds ne possèdent en effet aucune endurance réelle s'ils n'ont pas une certaine dose de sang. Un animal commun, pesant, n'aura jamais une charpente aussi résistante qu'un cheval bien né et bien élevé, auquel le sang aura donné plus d'influx nerveux, plus de volonté et d'énergie cérébrale, en un mot plus de cette puissance mystérieuse d'où dépendent le courage et l'endurance. Une alimentation substantielle permettra de conserver et de développer ces qualités, une fois acquises.

Les caractéristiques des chevaux anglais, allemands et français peuvent se résumer en quelques mots. Le cheval anglais est, bien entendu, au moins d'aussi bonne origine que le cheval allemand, il a autant de sang que lui, mais il est en général d'un tempérament plus vigoureux et il a plus de substance. Il rendra par suite les mêmes services dans les marches et à la manœuvre, mais en campagne et dans la charge son action sera plus efficace. Le cheval français de grosse cavalerie ne possède pas autant de sang que le cheval allemand, mais celui de dragons et de légère en a au moins tout autant, ses membres sont meilleurs, et la lymphe est beaucoup moins développée chez lui. Nous n'avons donc qu'à continuer ce que nous avons fait depuis vingt-cinq ans, mais à la condition de lui donner, autant que cela est possible, une conformation pour la selle et d'exiger une alimentation substantielle dès le jeune âge. Quant au sang, nous en possédons maintenant à une dose presque suffisante.

Les chevaux de notre cavalerie peuvent donc dans leur ensemble soutenir avec avantage la comparaison avec ceux des deux autres pays comme qualité et comme quantité; ils ont encore à gagner en conformation. C'est à l'action de l'administration des haras qu'est due notre bonne situation relative actuelle ; c'est à elle qu'il appartient de nous la conserver et de l'améliorer encore, en maintenant l'élevage dans la voie où elle a pour mission de le diriger. A cet égard, le passé peut nous répondre de l'avenir.

Pour cela, et pour assurer encore les progrès nécessaires, elle doit s'inquiéter un peu moins des courses qui peuvent fort bien aujourd'hui se passer de son aide, et un peu plus du cheval de service dont certains politiciens cherchent constamment à détourner son attention.

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