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LE CHEVAL ET L AUTOMOBILE

préoccupe nombre de bons esprits ; mais aujourd'hui, le problème se complique par suite du développement de l'automobilisme.

Certes, rien n'est plus ridicule que de vouloir entraver la marche d'une industrie appelée peut-être à prendre une extension considérable ; mais, d'autre part, rien n'est plus rationnel que de s'inquiéter à l'avance des modifications qui peuvent en résulter.

Il ne s'agit donc pas ici de prêcher une croisade contre l'automobilisme, mais de rechercher les inlluences néfastes que peut avoir cette invention nouvelle sur la valeur de nos chevaux et de nos cavaliers.

L'organisation de notre armée, tant de première ligne que de seconde ligne, a été conçue selon un certain idéal qui ne peut évidemment être entièrement atteint, mais qu'il est bon de considérer.

Le rôle du cheval dans les armées a de tout temps été considérable. Non seulement il est indispensable à la cavalerie, au train des équipages, aux états-majors, mais l'importance chaque jour croissante de l'artillerie lui réserve un rôle décisif à jouer sur le théâtre de la guerre. Sans le cheval, pas d'armée.

Quant aux chevaux de réquisition et aux réservistes, ils ne sont immédiatement utilisables que dans une très faible proportion, qui constitue un véritable danger en cas de guerre.

Telle est la situation actuelle, bien éloignée de l'idéal.

Loin de s'améliorer, l'état de choses dont nous souffrons ne peut que s'aggraver encore du fait de l'automobilisme. Si cette invention, malgré le prix considérablement élevé des machines automobiles, doit prendre l'extension que certains de ses adeptes se plaisent à lui prédire, elle peut avoir, au point de vue de la défense nationale, les plus funestes conséquences. 11 convient de les envisager sans parti pris, mais avec la plus scrupuleuse attention, car il y va de la force de notre armée.

Quelle sera donc l'influence de l'automobilisme sur les ressources en chevaux, tant de réquisition que de troupe et sur la valeur des cavaliers de l'armée active, de la réserve et de la territoriale?

Parmi les chevaux réservistes, le nombre de chevaux de luxe diminuera sensiblement, du moins en ce qui concerne les chevaux de voiture. En effet, la plupart des voitures automobiles qui circulent à l'heure actuelle dans Paris, sont des voitures de luxe qui représentent peut-être chacune la suppression de deux chevaux.

Les chevaux de voiture de cette catégorie seraient donc appelés à disparaître en partie. Quant aux chevaux de selle, de course et de chasse, il est évident que la nouvelle invention n'aura que peu d'influence sur leur marche, mais il ne faut pas oublier que ces animaux ne représentent qu'une infime partie des chevaux de luxe, si les chevaux de voitures venaient à disparaître, la catégorie des chevaux de luxe ne serait plus qu'une bien faible ressource pour les effectifs de l'armée.

Mais c'est dans les rangs des chevaux de commerce que l'automobilisme s'apprête à exercer ses ravages, chevaux de tramways, d'omnibus, de voitures de livraisons sont déjà fortement diminués du fait des véhicules à traction mécanique. En outre nous sommes menacés à présent de liacres automobiles qui peut-être, la mode aidant, feront disparaître les fiacres attelés de chevaux, sans aucun avantage pratique, puisque l'autorité supérieure limite leur allure dans Paris à une vitesse qui est égalée et dépassée bien souvent par la plupart des chevaux de fiacre et que, d'autre part, le prix élevé de ces voitures ne permettra par d'abaisser le tarif des transports. Ici chaque automobile équivaut à la suppression certaine de trois chevaux. Or, je crois avoir prouvé que, parmi tous les chevaux de réquisition, la catégorie dont on devait attendre le plus de services en temps de guerre était précisément la catégorie des chevaux de commerce. Et c'est celle-là justement que, dans sa marche inconsciente, l'automobilisme s'acharne à détruire ! Le danger est réel et immense.

L'automobilisme aura une répercussion moins sensible sur la production du cheval de ferme, parce que, pour le moment du moins, les travaux agricoles se font encore en France avec le concours des chevaux et que si le machinisme a fait de grands progrès en agriculture, le moteur de ces machines est le plus souvent le cheval.

Toutefois le nombre des chevaux diminuera fatalement dans les campagnes, parce que les débouchés manqueront aux éleveurs par suite de la suppression presque complète de l'emploi du cheval dans les villes. La remonte sera presque le seul acquéreur de chevaux. Et voilà du même coup le cheval de troupe atteint par l'iuvention nouvelle, car il est clair que, si les commissions d'achat prennent la même quantité d'animaux, bien qu'on leur en présente dix fois moins, il n'y aura plus de sélection possible et force sera d'acheter des animaux que, dans l'état de choses actuel, elles refuseraient impitoyablement.

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