FÉCONDATION DES POULINIÈRES
ondulations de leur flagellum, et bientôt un ou plusieurs les rencontrent. Cette rencontre n'est pas le simple effet du hasard. Il y a une véritable attraction à distance des éléments l'un par l'autre, mais le spermatozoïde seul en manifeste les effets, car la masse de l'œuf est trop considérable pour être déplacée.
Lorsqu'un spermatozoïde est arrivé assez près de la surface de l'œuf, l'attraction devient assez énergique pour déplacer, non pas l'œuf, mais une partie de son vitellus qui s'élève en un cône d'attraction à la surface, juste en face du spermatozoïde, qui est dirigé vers lui la tête en avant. Le cône s'allonge, la tète s'avance, les deux parties s'accolent l'une à l'autre et le cône rentrant dans le vitellus entraîne le spermatozoïde avec lui. La queue se détache et n'entre pas dans l'œuf ou reste à la surface et, en tout cas, paraît ne jouer aucun rôle dans les phénomènes ultérieurs. La fécondation externe est accomplie. Aussitôt une même membrane vitelline se forme autour de l'œuf à partir du point où le spermatozoïde a disparu et oppose une barrière aux autres spermatozoïdes. D'ailleurs, l'attraction sexuelle diminue peu à peu et bientôt se disperse la foule de spermatozoïdes qui assiégeait l'œuf quelque temps auparavant. L'effet de la fécondation ayant presque aussitôt une répercussion sur tout l'organisme de la jument, les chaleurs cessent le plus souvent quelques heures après.
La génération sexuelle a donc pour condition première l'attraction sexuelle du spermatozoïde par l'œuf ou affinité sexuelle.
Sur la nature de cette attraction, on ne sait rien de positif. Naegeli la croit électrique. Il n'y a là qu'une vague ressemblance entre des effets dont les conditions de production n'ont rien de commun. 0. Hertwig voit en elle un phénomène complexe qu'il ne définit pas d'une manière précise.
W. Pfeffer doit se rapprocher davantage de la réalité lorsqu'il la considère comme un phénomène chimiotactique. Il a constaté, en effet, que les diverses substances chimiques exercent une attraction positive ou négative variable selon leur nature et selon celle de l'organisme attiré. II est possible, eu effet, qu'il y ait dans l'œuf mûr une substance qui attire le spermatozoïde et réciproquement.
Avant d'aborder le rôle de la fécondation dans la descendance, nous allons passer en revue les expériences de Delage, Loeb, etc., qui jettent sur ce phénomène un jour tout nouveau.
Delage a fait l'expérience suivante. Il prend un œuf, il le coupe
sous le microscope en deux moitiés. Les deux parties de l'œuf s'arrondissent, et on peut voir l'une avec son noyau et l'autre à côté sans noyau. Il ajoute du sperme de la même espèce. Les spermatozoïdes entrent également dans les deux parties.
La partie de l'œuf qui n'a pas de noyau ne s'en développe pas moins et ne donne pas moins naissance à un embryon parfaitement constitué.
Cette expérience permet de conclure que. pour la formation d'un nouvel être, le noyau d'un seul des deux parents peut suffire ; la participation des noyaux paternel et maternel n'étant utile qu'à un autre point de vue : pour fournir au produit les avantages d'une double lignée ancestrale.
D'autres expériences montrent la chose peut-être encore mieux. Ce sont celles de parthénogenèse expérimentale. Dans la nature, la fécondation se fait toujours par l'union d'un spermatozoïde avec un œuf. Mais prenons un œuf, éloignons, avec tous les procédés d'aseptie les plus rigoureux, toute possibilité de contamination par un spermatozoïde, et soumettons cet œuf à un réactif chimique d'ordre très simple, du chlorure de sodium et du chlorure de potassium, ainsi que l'a montré un naturaliste américain, Loeb, ou encore du chlorure de manganèse. Plus récemment, Delage a trouvé un nouveau réactif qui réussit beaucoup mieux que les précédents et qui ne le cède en rien à la fécondation normale. Ce réactif est simplement l'acide carbonique. Il se sert d'un flacon d'eau de seltz fabriquée avec de l'eau de mer au moyen de l'appareil à sparklets utilisé dans l'économie domestique.
Il met dans une cuvette un grand nombre d'œufs de l'animal qu'il étudie, l'Etoile de mer ou Astérie, il déverse sur eux de cette eau de seltz faite avec de l'eau de mer et une heure après, reportés dans l'eau de mer, tous se développent comme s'ils avaient été fécondés.
11 résulte de cette expérience que la participation d'un noyau mâle n'est pas nécessaire et que l'excitation qu'apportent les spermatozoïdes pour faire développer l'œuf n'est pas biologique, mais purement physico-chimique. On peut considérer que c'est là une découverte très importante parce qu'elle ramène à un phénomène physico-chimique plus simple un phénomène biologique mystérieux.
Les mêmes expériences ont résolu ainsi une question sur laquelle on aurait encore pu discuter bien longtemps, si on s'en était tenu