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CHAPITRE III ENTRAINEMENT DU TROTTEUR

Depuis une vingtaine d'années, les éleveurs ont redoublé d'efforts pour augmenter la vitesse du trotteur par le choix et le croisement de sujets issus d'animaux connus par leur aptitude au trot. Ces efforts ont été couronnés de succès, comme le prouvent les records du trotting. Dans quelques années d'ici le poulain de trois ans qui ne sera pas capable de trotter le kilomètre en l'40", n'obtiendra aucune considération, tandis que maintenant on le considère encore comme un bon cheval.

Les trotteurs peuvent se diviser en deux catégories : 1° le cheval dont l'entraînement fait un trotteur et le trotteur spontané ou naturel. Ces expressions sont purement comparatives, car aucun trotteur ne peut avoir atteint une vitesse respectable, sans posséder l'aptitude, comme base à son développement artificiel ; d'autre port, aucun poulain quelle que soit son aptitude naturelle, n'est jamais arrivé à trotter de manière à se faire remarquer, sans avoir subi un entraînement plus ou moins long. On voit cependant, tous les jours, des poulains qui montrent d'excellentes dispositions à trotter, sans avoir subi une grande préparation.

Une vitesse naturelle au trot comme au galop est plus à désirer chez le poulain, parce que cet avantage permet de le classer immédiatement, sans lui faire subir l'entraînement sévère qui ruine souvent les sujets moins bien doués.

Dressage et entraînement du trotteur. — Le dressage des chevaux au trot est une chose d'autant plus importante pour l'objelqui nous

occupe, que c'est le but même des courses, il ne faut pas l'oublier. S'il ne s'agissait, comme dans certains pays, que d'obtenir la plus grande vitesse possible au détriment de la régularité de l'allure et de l'harmonie des mouvements qui doivent être la base de l'éducation du cheval appelé à produire des chevaux de service, la chose serait facile ; mais nous avons, il me semble, un but différent. Il faut que le cheval marche droit devant lui et trotte franchement.

Il faut d'abord accoutumer le cheval à se laisser monter facilement : on se sert d'une selle garnie de sa croupière, afin de l'accoutumer tout d'un coup à ce qui peut le gêner. On le fera trotter à la plate longe pendant quelques jours seulement, en employant toutes les précautions pour qu'il n'en résulte aucun inconvénient; on aura soin de le corriger sans brutalité, chaque fois qu'il voudra se lancer au galop. Au bout de quelques jours on mettra le cheval sur la ligne droite, on lui fera faire de longues promenades au pas, enfin on le laissera aller au petit trot en ayant soin de le maintenir aune allure ferme et bien décidée. Il faudra commencer par de très courts parcours, de un kilomètre environ; peu à peu on augmentera la distance.

De même que pour la distance il faudra observer une gradation bien marquée dans la vitesse de l'allure ; on passera du petit trot au trot ordinaire, de celui-ci au grand trot, avec précaution et intelligence, suivant la vigueur et la condition du cheval.

On ne peut trop le répéter, ce serait une grande erreur de croire que, pour entraîner un cheval au trot, il faille le pousser à toute sa vitesse ; de même que pour les courses au galop, c'est en le laissant aller à son allure naturelle qu'on le dispose au besoin de prendre un grand développement, tandis qu'en amenant au contraire le cheval à tout ce qu'il peut faire, on le fatigue, on l'épuisé et on n'en fait plus qu'une machine à trotter, très vite détraquée.

Tant que cela durera il gagnera peu à peu en vitesse, preuve que l'on est en bonne voie; mais s'il paraît se fatiguer ou devenir indocile, diminuer le travail aussitôt. Il faut soigneusement épier ces symptômes car c'est là un moment critique.

Il faut mesurer le travail à la constitution, à la croissance et à l'appétit de chaque sujet.

Dans tout son travail, il faut apprendre au poulain à trotter sans tirer fort sur le mors; car c'est à ce moment qu'on peut lui abîmer la bouche pour le reste de sa vie, et lui apprendre à lui-même à tirer.

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