SCENE IL
JVri« DE RANZAU, M"" DE LANSTEIN, LA BARONNE, MATHILDE, CARO- LINE, M^i» DE BIRNEFF.
MATHILDE , entrant gafment du fond.
Grande nouvelle, mesdemoiselles! . . grande nouvelle!... vous pouvez préparer vos toir letles de bal , la princesse va mieux...
TOUTES. Vraiment?..
MATHILDE. Vous devricz m'embrasser contes pour la peine!..
CAROLINE, ri(/ni. Vous embrasser!..
MATHILDE. Ticus.. il y a des gens qui ne se le foraient pas dire deux fois...
LA BARONNE. Taisez-vous , petite fcJle..
MATHILDE. Pardon!., madame... 4^ que je suis si contente!., si v^iy^avien la princesse m'a dit des choi^J^Tune bonté, ^ d'une oblige ancc !. . eJ^oi, qui me croyais
disgraciée, dédaignée par elle, comme par son frère le prince Fiédéric...
i.A BAR^NE^Et qu'est-ce qui vous a donné cesroées^ ?.f Te princenfsf si bon..* si aimable pour toute la cour^..
m'''^ DE LANSTEIN. Surtout , pour Ics danseuses...
CABOLINE. Quand elles sont jolies...
MATHILDE. Jolies !.. iWîe me^arle ja- y mais., il mè-i»egQr(Je^à^cîne. y» - •
CAROLINE. Cela vous chagrine?*
MATHILDE. Certainement! D'abord, je veux qu'on m'aime., ça me fait plaisir., et moi, j'aime si aisément...
Ain {/u Baiser au Porteur.
Aimer, c"'est le bonheur suprême, Dans mon cœur, je le sens déjà, Et sans rien craindre, puisque j'aime, Je SUIS sûre cju''on m'aimera, [bis.) A cet espoir je me confie...
Ai-je tort? non, je ne crois pas :
Comme nous quand on est jolie.
Peut-on rencontrer des ingrats ?..
CAROLINE. Et cependant le prince en est un... car il ne vous déplaît pas... {Soupirant d'unemanîère ironique.) Au contraire!..
MATHILDE. Caroline!..
LA BARONNE Qu'est-ceque cela signifie?
CAROLINE. Cela signifie, madame... demandez au démon de la nuit, il vous le dira...
( Elles se mettent tontes h rire.)
LA BARONNE. IMesdemoiselles , je vous ai défendu de prononcer ce mot-là., ici!., ne parlons pas religion , s'il vous plaît...
CAROLINE. Ah! je ne me permets pas...
d'abord, j'y crois., au démon de la nuit..
M^^^ DE LANSTEIN. Et inoi aussi..
M^'^ DE RANZAU. Et moi aussi...
MATHILDE , à part, avec joie. Et moi aussi... -^
LA BARONNE. C'est bien!., c'est bien...
mesdemoiselles!., mais, que peut avoir de commun je vous prie, le démon de la nuit, avec les secrets de M" ^ Mathilde.?..
CAROLINE. Mon Dieu, madame la baronne., c'est qu'il lésa entendus, un soir que... mais je ne veux pas lui faire de la peine.
MATHILDE. A moi... oli I je puis tout dire à madame., ce que j'ai dit, je puis le répéter..
LA BARONNE. Yoyons, inoD enfant., contez-moi ça..
MATHILDE. Avcc plaisir !. . Un soir... il n'y avait que quelques jours que j'étais arrivée dans ce château, nous étions toutes réunies dans un des bosquets du parc... et là , ces demoiselles me demandaient ma pensée sur ce que je voyais à la cour...
séjour si nouveau et si brillant pour moi ! . . je parlais comme une folle, du bonheur que je trouvais dans ces riches demeures, au milieu de cet éclat, de ce luxe qui m'enivraient... moi, habituée aune vie simple et obscure dans le vieux et triste château de ma mère... moi, élevée dans l'exil, si loin de vos palais et de vos fêtes., à chaque aveu de ma surprise et de mon ignorance , il y avait un grand éclat de rire... car ces demoiselles se moquaient de moi tout haut...
TOUTES. Ah!., c'est vrai!..
MATHiLDE. Et moi, je leur rendais cela tout bas. . .
TOUTES. Comment...
LA BARONNE. Après?., après?..
MATHILDE. Enfin, Tune d'elles... c'était Mi^^ de Lanstein , je crois , me demanda quel était le jeune homme de la cour que je trouvais le mieux et qui me plaisait davantage.. ,
LA BARONNE. Plaît-il?...
M^^^ DE LANSTEIN. Mais , je vous assure. . .
MATHILDE. Oh! il n'y a pas de mal...
on se fait souvent de ces questions-là entre demoiselles. Je ne savais trop que répondre , j'hésitais , je n'avais pas encore fait mes études et mes observations sur ces messieurs.. . comme à présent... Cependant, on insista , et j'avouai que celui que j'aimerais., s'il m'était permis de l'aimer... c'était le prince Frédéric. . .
CAROLINE. Rien que cela.
MATHILDE. Non parce qu'il avait une figure charmante..» des regards pleins de feu... un sourire enchanteur... je l'avais à peine aperçu , à la cour , de loin... mais à cause de son air de bonté... de douceur... parce que , pour réparer des injustices , il m'avait accordé une place que ma pauvre mère lui avait fait demander en mourant... par le comte Oscar de Pirner, mon cousin . . . que vous dirai- j e ? . . . parce qu'enfin, mon cœur allait à lui!... Et ces demoi-. selles de rire de ma naïveté et de ma franchise... quand tout à coup cet éclat de rire fut répété dans le feuillage qui m'environnait... Nous fûmes un moment immobiles d'effroi... et quand, revenues à nous , nous voulûmes voir qui nous avait écoutées, il n'y avait personne... personne !... rieni qu'un parfum d'ambre , et un léger murmure qui se perdait dans le feuillage.
LA BARONNE. Et VOUS avcz supposé que céuit...
MATHILDE. Le démon de la nuit !...
TOUTES. Oui... oui!...
LA BARONNE. Vous croyez?...
MATHILDE , vÎQement, Oh ! maintenant , j'en suis sûre !...
LA BARONNE. Comment cela?..
MATHILDE , se reprenant. Mais... nous lisions encore hier, ces demoiselles et moi, l'ouvrage du docteur Richard , sur les croyances du Nbrd... N'est-ce pas toujours le démon de la nuit qui se glisse le soir partout où des voix se font entendre , qui baise votre chevelure , qui rôde autour de vous comme pour vous protéger , et qui promet , à celle qui croit en lui , de l'amour et du bonheur.
TOUTES. Oui , madame. . . oui ! . , .
Air nouveau de Doche.
3i le soir entendez h peine
Glisser dans l'air,
Comme un e'clair , Sylphe embaumant de son haleine
Palais, manoir ,
Grange ou boudoir ; Vers vous, s'il s'abat en cachette , Et le matin, quand le jour luit,
S'enfuit. . .
.Ne tremble pas, jeune fillette ] C'est le démon de la nuit.
Voyez -vous pauvjre damoiselle Que dévorait Trouble secret?
La voilà , riante et plus belle, ^ Et le bonheur
Rentre en son cœur.
Mais le soir, pour calmer sa peine ," Quel ange ailé dans son réduit
La suit?...
Ah ! priez que Dieu vous l'amène , C'est le démon de la nuit.
LA BARONNE , les obseroani. Est-ce que par hasard quelqu'une de vous aurait reçu sa visite ?
CAROLINE, riant. Du démon de la nuit...
. TOUTES. Quelle idée !
. LA BARONNE , à part. Et SOUS cet air d'ingénuité... il y a une coupable ici!... mais laquelle?
(Malhilde se détourne en riant.)