‹ Le démon de midi (volume 2)Chapitre 10 sur 13 · ÉPILOGUE «C · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE «C

silence. C'est lui-même qui m'a dit, en me flonnant cette lettre : — "Tu "ne la remettras que ») si elle refuse de rentrer chez elle . »

Geneviève déchira l'enveloppe. Il s'y trouvait un pli fermé qu'elle posa sur la table, et une feuille à part. G était la lettre de Savig^nan. Elle commença de la lire. L'abbé Lartigfue épiait ce visage encore si beau, que ces quelques jours de souffrance avaient tant creusé, tant vieilli. Si Geneviève se révoltait, une fois cette lettre lue , contre lidée de perdre à jamais son amant, si elle répondait en implorant, en exigeant un rendez-vous, le père de Jacques ne faiblirait-il pas de nouveau? Il avait pu s'arracher à sa passion, dans Ihorreur d'une mort dont son égarement était la cause indirecte. Ne retomberait-il pas? Et cependant Geneviève lisait toujours, visiblement remuée jusque dans les profondeurs les plus intimes de son âme par cet adieu. Quel adieu, et prononcé dans quels termes! Si le prêtre les avait sus, il eût hésité davantage encore à remettre ce message d'où s'exhalait un tel gémissement d'amour. Cette plainte désespérée dans la rupture, qu'elle a précipité aux bras l'un de l'autre d'amants résolus à se quitter, par remords, par devoir, par honneur!,.. Et cet effort de délivrance n'a fait que les lier d'une chaîne plus imbrisable. Mais voici cette lettre :

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(i Mon aimée, car vous Fêtes et vous la serez toujours, ils sont venus me dire que l'on vous offre de reprendre votre place dans votre maison, et ils croient que, si je vous ai demandé d'accepter cette offre, vous l'accepterez. Je leui obéis, parce que je vols trop que ce retour est la résolution sage. Si, vraiment. Ton vous accorde les garanties dont ils me parlent, ûfaut rentrer. Je sais bien dans quels sentiments vous rentrerez. Mais ce sera, pour vous, une autre forme de la mort dans la vie, comme pour moi d'habiter cet appartement, d'être dans cette ville, de travailler, si je dois travailler encore. Il n'y a plus rien, rien, rien! Alors, il vaut mieux supprimer les événements, s'abriter dans la monotonie des anciennes habitudes, écarter ainsi la curiosité des indifférents. A cause décela, si vous rentrez, je penserai à vous, avec moins de désespoir, ce n'est pas possible, mais avec moins d'anxiété. Enfin, c'est ce que je vous demande de faire, si ce n'est pas insupportable.

«Je vous renvoie les lettres que vous m'avez écrites, depuis ces deux semaines. Vous verrez que je ne les ai pas ouvertes. Comprenez qu'il n'y a pas là un reniement. Je garde le droit, ne pouvant plus vous revoir, de vous dire que je n'ai pas cessé de vous aimer, mais dans trop de douleur, dans trop de remords. Lire ces lettres était au-dessus de mes forces. Rien que de les

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voir arriver me faisait trop de mal. Je retrouvais, à toucher seulement leur enveloppe, ce frémissement de tout mon être que votre présence me donnait. Et puis j'entendais celui qui n'est plus me dire ce qu'il m'a dit dans son agonie, et quand il mourait à cause de moi : " Pour que » tu te reprenîies ! Pou?- que tu reviennes ! » Si je vous revoyais, il serait là. Il me rejjarderait, comme il m'a regardé, en offrant pour moi son sacrifice, pour mon âme, pour que Je ne vous revisse plus. C'est cela qu'il a voulu dire. Il me le redirait, du fond de sa tombe, et vous me verriez défaillir de douleur devant vous, me haïr de tant vous aimer, vous en haïr vous-même. Ce serait l'enfer icibas. Ne m'y entraînez pas. Je vous répète que je n'ai plus la force. . .

a Oui, rentrez! Que je ^puisse avoir un peu l'illusion de n'avoir pas détruit entièrement votre vie. Je revois, à cette minute, aussi nettement que si nous étions encore à cette heure, cette maison de Besse-en- Ghandesse, où la vieille Religieuse vous regardait avec tant de reconnaissance dans les yeux. Gomme je vous aimais du bien que A ous aviez fait ! Gomme je sentais qu'il y a, dans la charité, un pouvoir sacré, sinon de guérison, au moins d'apaisement! En vous suggérant de reprendre votre existence d'alors, c'est à cela aussi que je pense. A une autre époque, je vous aurais dit, comme dans cette promenade, de regarder

par delà les jours qui passent si vite, et de croire que la destinée humaine a un sens ailleurs. Je n'ai plus de mots pour vous le dire, parce que la grande lumière est, non pas éteinte, mais voilée en moi. Je n'ai pas dit une prière, depuis ces douze jours, pas une. Je ne peux pas. Et pourtant, si je ne devais pas revoir cet enfant, s'il n'y avait pas cette résurrection que promet l'Église, ce serait une cruauté trop monstrueuse. Je sens cela et je suis dans la nuit. Je ne comprends pas. Je ne sais pas. La foi complète me reviendra. Je le désire tant! J'en suis sur. Pour cela non plus, en ce moment, je n'ai pas la force. Je n'en ai plus pour rien, pas même pour continuer à vous écrire. Adieu! Je vous ai aimée, je vous aime encore plus que le salut de mon âme. Mais comme on. est hors la loi, on peut être aussi hors la vie. J'ensuis là. Je vous répète : Par pitié, ne m'écrivez pas. Ne me cherchez pas. Rentrez. Adieu, adieu, mon aimée! »

— «Je ferai ce que me demande cette lettre, » finit par dire Geneviève à Lartigue. « Mais il faut que j'y réponde. "

Elle alla s'asseoir au hureau, prépara du papier, une plume, voulut écrire, puis hésita. Elle reprit la lettre et la relut longtemps, une

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