‹ Le démon de midi (volume 2)Chapitre 9 sur 13 · EPILOGUE 3G · texte numérisé non relu

EPILOGUE 3G

Vous vivrez l'un à côté de l'autre, vous, votre vie, lui, la sienne. Ce qu'il vous demande, c'est de lui tenir son salon de député, car il le sera, comme vous lui avez tenu son salon de grand industriel, avec votre tact et votre entente du monde. Madame, croyez-en ma vieille expérience et ma sympathie, acceptez ces propositions. Rentrez chez vous, rentrez. Vous le devez à M. Galvières. Vous ne pouvez pas oublier ce qu'il a été pour les vôtres. Vous le devez à ces humbles gens de Soléac et des environs, pour qui vous êtes la Dame. Un scandale autour de vous leur serait un véritable désastre moral. Vous vous le devez à vous-même, pour la dignité de votre existence. Vous le devez à celui auquel nous pensons tous deux. Il porte déjà sur le cœur un poids si lourd. N'y ajoutez pas le chagrin de vous savoir abandonnée et solitaire, sans qu'il puisse revenir à vous. Car il ne le peut plus. Il ne le pourra plus, jamais. »

Il y eut un silence entre eux. Geneviève avait écouté ce long discours sans une interrogation, sans un geste, le visage immobile, les lèvres serrées, les yeux baissés. Ses paupières se relevèrent et, regardant fixement Lartigue, elle lui demanda :

— " Est-ce que vous lui avez dit la démarche que vous faisiez auprès de moi? "

— " Oui, " répondit le vicaire.

Il y eut un nouveau silence. Geneviève s'était

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levée, l'abbé Lartigue aussi. Elle marcha vers la fenêtre, releva le rideau et appuya son front contre la vitre. Cinq minutes se passèrent, après lesquelles elle se retourna. Elle avait sur ses traits ce calme effrayant dont s'accompagne le suicide physique ou moral, et elle dit :

— Il Monsieur l'abbé, ma réponse sera très simple, et elle est définitive. Je ne me considère pas comme libre, vis-à-vis de M. Savig^nan. S'il me dit ou s'il m'écrit qu'il désire que je rentre chez mon mari, j'y rentrerai. Mais je n'y rentrerai qu'à cette condition. N'insistez pas. Toute autre pression serait inutile. Adieu. »

Elle allait sortir de la pièce quand Lartig^e la retint d'un mot :

— « Hé bien! madame, il vous l'écrit. »

De la poche de sa soutane, il avait tiré un portefeuille, et de ce portefeuille une enveloppe très épaisse sur laquelle Geneviève lut son nom. Elle reconnut l'écriture et devint très pâle. Puis, frémissante :

— « Pourquoi ne m'avez-vous pas donné cette lettre tout de suite puisque vous l'aviez! Prenez garde ! S'il y a une intrigue autour de moi. . . »

— « Il n'Y a pas d'intrigue autour de vous, madame, » interrompit le vicaire. " Il y a simplement que la séparation entre Louis et vous est irrévocable, que vous le sentez tous les deux. Il eût mieux valu qu'elle s'accomplit dans l'absolu

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