‹ Le demon du foyer comédie en deux actesChapitre 31 sur 39 · I.E DRUON DU FOYER · texte numérisé non relu

I.E DRUON DU FOYER

Eh bien, oui, c'eût toi que je quiue» c'est toi que je fuis, c'est toi qui me tues?

C'est donc vrai? O ma sccur! que tu me fais de mal? Mon Dieu? je croyais t'avoir si bien aimée! Depuis le jour où notre mère nous laissa orphelines... j'avais douze ans... et j'avais déjà renoncé à vivre pour moi-même. Déjà je sentais que je me devais à loi tout entière ! Je comprenais bien que Nina, celante de dévouement et de courage, manquait parfois d'adresse pour le convaincre et le diriger. Je m'en attribuais davantage. Mc suis-je donc trompée? Où est le mol blessant, ou seulement froid, que je t'aie jamais dit? Quel est celui de tes désirs, de tes caprices que je n’aie pas contenté ? O Flora ? voici la première fois que je remets sous tes yeux une vie de tendresse et d’abnégation que je l'ai consacrée... Ne prends pas cela pour un reproche; c’est toi qui me forces à me justifier. Pardonne-lc-moi ! Quand on supplie l'objet aimé, on ne veut pas être méconnu; on a le droit de lui montrer qu'on le préfère a soi-même?

FLORA

Eh bien, Camille... je veux te croire... Oui, tu m'aimes... oui, tu m'as toujours aimée... Mais tu nu» peut-être pas toujours fait ton possible pour ne pas m'écraser de ta supériorité Il fallait attendre pour te produire au grand jour que jeu toc autant de talent que toi.

CAMILLE

Elle me reproche cela aussi ! Elle ne se souvient plus de rien! Moi, qui avais l’effroi et la haine du théâtre! moi, qui n'aimais que la retraite, la campagne, la vie intime! Elle a déjà oublié que je n'ai consenti a débuter que pour lui procurer un peu de richesse et do luxe, à elle !

FLORA

C'est vrai, Camille ! ccsl moi qui t'ai tourmentée pour signer ton engagement! J'étais folle... Comment as-tu pu m'écouter, toi qui étais si sage? Eh bien, vois-tu, ce sont les débuts, c’est ton succès qui m’ont anéantie ! 0 Camille! tu n'as rien compris à la matinée d'hier?

CAMILLE

Hier? non! que s'étail-il donc passé? Je ne m’en souviens plus, moi! J'ai la tête brisée!

FLORA

Hier... il est venu cher, nous un jeune homme riche, beau, charmant! l'air aisé d'un grand seigneur avec l'âme ardente d'un artiste... J'aurais pu l'aimer peut-être, cet homme-là .. Il n'avait rien de ce qui me rond dédaigneuse pour le» autres. Il arrive, il me prend pour loi : comment cola se fait-il? je n'en sais rien... Peut-être parce que j'avais une belle robe et de l'assurance. Il me parla... avec quelle passion, quel enthousiasme et quel respect! Ah! Camille, tout ce qu’il ta dit en me parlant a laissé là... une trace brûlante, un monde de délices, d'orgueil, de rage cl de honte!... Et moi, je ne m’apercevais pas de sa méprise! Je buvais le poison de scs louanges maudites!... Tu lui es apparue. Il s'est avisé de son erreur... cl, dés ce moment, il a su trouver pour toi des louanges plus exquises, des adorations plus humbles et plus tendres que toutes celles qu'il m'avait adressées. Tu ea devenue son Dieu, et moi, je n'ai plus été pour lui que l'enfant gâté dont on raille les caprices cl à qui on fait la leçon. 0 Camille ! cct homme m'a perdue; car il a mis, entre toi et moi, un abîme de désespoir et de jalousie que rien ne pourra combler!

CAMILLE, troublée.

Dis-moi, Flora, ce jeune homme, l'as-lu vu depuis que lu es ici ?

FLORA

Lui? ici’ C’était donc lu»? J’en étais sûre! Il est venu avec toi!

CAMILLE

Il est parti seul, le premier, pour le suivre, pour te sauver.

FLORA

Pour me sauver, lui? 11 m'aimcrail donc *

Qui sait? Pourquoi non? Ce que je l’aflirme, c'est qu'il u fait serment de le ramener... e'est qu’il te cherche.

FLORA

Camille, tu me trompes : c’est toi qu’il aime ! Aie donc la franchise et le courage de me le dire!

CAMILLE

Quel air de menace! Est-il possible, 6 mon Dieu ! que pour un étranger, pour un inconnu, ma soeur me maudisse et m’abandonne !

FLORA

Tu ne m’abandonnerais donc pas pour lui, toi? Eh bien, écoule. Tu veux que je retourne avec loi?

CAMILLE

Si je le veux! Ne le veux-tu donc pas aussi ?

A une condition. Tu ne permettras pas à cet homme de l'ailier. Il ne te parlera plu». Tu no lo reverrai jamais.

CAMILLE

Est-ce sérieux, ce que tu demandes là? Quelle folie! Tu crois donc...

FLORA

Camille, tu hésites, tu l’aimes I CAMILLE-

Comment pourrais-je déjà l'aimer? Mais si cela était, le sacrifice aurait quelque mérite, et je serais heureuse de le faire pour te sauver.

FLORA

Avec ou sans mérite, fais-lo donc, ie 'exige.

Eh bien, je le ferai.

FLORA

Tu le jures?

CAMILLE

Je m'y engage. Tu va» revenir?

FLORA

Partons!

CAMILLE. r«a»hr*uant.

Oh merci, merci, ma w*ur !

{Elle va «u fond.) .

FLORA, à part.

Alt ! je serai vengée de lui I

CAMILLE, revenant.

Voilà Nipa. Tu veux bioo la revoir, à présent? Elle va être si heureuse I

{Elle va «a devant de Nina et du maestro qui entrent par le fond.)

If.

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