CHAPITRE IX
PRÉCEPTES GÉNÉRAUX POUR CONSERVER LES DENTS RF.LLES ET BONAES JUSQü’a l’aGE LE PLUS AVANCÉ.
Des conseils ne suffisent pas pour guider ceux qu’on veut persuader et servir, en leur montrant les avantages et les dangers semés sur la route qu’on leur indique et qu’ils ont à parcourir, pour les préserver d’étre forcés de s’y arrêter trop tôt ou d’y languir. Il faut savoir y joindre aussi les préceptes dont l’invariable utilité peut être adoptée et suivie méthodiquement dans tous les temps. J’ai donc cru devoir consacrer ce dernier chapitre à des préceptes généraux , d’autant pins Ta i ts pour cire accueillis et goûtés que, d’après la lecture attentive des avis salutaires et mûrement réfié-
chis que je donne dans tout ce qui précédé, on saura mettre mieux à profit quelques règles qu'il m’a fallu tracer succinctement pour terminer ce travail , quelqu’imparfait qu’il puisse être, et satisfaire à la fois mes amis et mes concitoyens.
Dès les premiers âges du monde, dans les siècles recules qui nous ont transmis tant de chefs-d’œuvre d'agrément et pas assez dans les sciences les plus utiles , l’homme reconnut qu’il fallait s'occuper de la bouche , avant même de savoir ce que l’expérience seule a pu lui découvrir , et ensuite perfectionner, pour l’entretien et la conservation des dents. Si les anciens ne se sont pas expliqués, étendus sur cet objet, on remarque que des poètes, des orateurs qui ont écrit sur les arts et sur les sciences, et ont divagué, notamment le vieux Sénèque sur l’anatomie, les ont cependant assez efllcurés pour nous prouver que le précieux organe qui a nécessité l’art du dentiste avait, quoique accidentellement, fixé parfois leur attention. Selon l’ai-
niable Tibulle, Venus était toujours sûre de plaire , même sans avoir soigne' sa bouche. On regardait donc , du temps de ce poète plein de grâces, comme une chose bien importante de soigner sa bouche? Il croyait donc, en se servant d’une fiction, qu’une simple mortelle sujette aux dêsagrèmens attaches à l’humanité, fût-elle belle comme la mère des amours, ne devait pas se croire dispensée des soins que la bouche demande chaque jour, à moins qu’elle ne se crût aussi privilégiée que Vénus , et qu’elle n’eût la vanité de pouvoir l’emporter sur ses rivales? bien loin de posséder les prérogatives d’une immortelle, les jeunes personnes jalouses d’avoir une belle santé, trésor précieux à coté duquel tous les avantages, tous les autres biens ne sont rien , doivent donc aimer beaucoup la propreté, vertu principale, l’un des premiers apanages du beau sexe, sans laquelle il cesse d’avoir des attraits, même dans l’âge des plaisirs, sans laquelle la plus jolie femme, la plus accomplie d’ailleurs, n’attire plus les regards , et souvent s’expose à perdre entièrement la santé.
Une demoiselle de beaucoup d’esprit , fdle d’une femme célébré, s’exprime ainsi :
« O! charmante santé ,
Que ta présence aimable Est un bien désirable.
Quelle félicité De t’avoir pour partage ,
En tout temps , à tout âge , Est-il d’autre bonheur ,
Dans le cours de la vie ,
Qui doive faire envie ,
Et chatouiller un cœur ?
Le luxe , l’abondance,
Le savoir , l’éloquence ,
Des amours , les grandeurs ,
El les faveurs des princes, Sont des présens biens minces j Un monceau de trésors ,
Une grande lignée ,
Et la beauté du corps D’une femme bien née, Sont-ils des biens sans toi ?
Quand ce serait un roi ,
Si la douleur l’accable Et le rend misérable.
Et les bienfaits divers Qu’accorde la nature ,
L’auteur de l’univers ,
La riante verdure Qui renaît tous les ans Au retour du printemps;
Ce qu’il produit de rare Pour récréer nos sens ,
Tout ce qui les répare Quand ils sont languissans ,
Et ce que sa largesse Répand sur nous sans cesse ,
Peut-il être compté Comme un bien désirable ,
Sans ta présence aimable,
O! charmante santé ?
MUe Desiioulièkes.
Quelles sont donc les parties de notre frêle et admirable machine qui, relativement à la santé, méritent plus de soins que nos dents? Ne sont-elles pas, quoi qu’on puisse dire, et je le répète, le moulin delà vie? Or,
sans nos
molaires*, comment moudre les alimens? Sans dents, point de mastication facile, point de bonne digestion, ce qui, à la longue , engendre des maladies; alors, par conséquent, point de bonheur pur sans santé , soit qu’on porte le sceptre ou qu’on traîne le rateau. Dans quelque condition qu’on puisse être , il n’y a donc rien de minutieux lorsqu’il s’agit de perdre ses dents si on les négligé.
Celle qui veut conserver de belles dents , si elle en a de bonnes, doit consulter souvent son miroir pour observer de temps en temps si elle n’aperçoit pas un petit point noir sur une dent quelconque; ce qui est l’indice sûr d’une carie et de la perte inévitable de la dent tache'e, si I on n’y fait remédier à l’instant même avec un léger coup de lime donné à propos. Une fois la tache ôtée, votre dent et souvent ses voisines sont sauvées. Il y a bien d’autres précautions à prendre : il faut, tous
* Le mot molaire ne vient-il pas du latin molerc , moudre , d’où dérive aussi le mot moulin ?
ies matins en se levant, se gratter la langue et se nettoyer les dents avec une brosse qui ne soit ni trop rude ni trop douce, parce que l’une pourrait irriter les gencives, et l’autre ne servir à rien. On emploiera l’eau tiède, si on ne peut supporter l’eau froide, qui vaudrait beaucoup mieux , en l’aromatisant de quelques gouttes de liqueurs spiritueuses , telles que l’eau de Cologne , l’eau de Mélisse , l’eau vulnéraire , l’esprit de cochléaria , la teinture de gaïac, etc. ; à leur défaut, l’eaude-vie, même le rhum. Le vin blanc, avec moitié d’eau , est aussi très bon.
On trouve chez moi un élixir connu depuis très long-temps sous le nom d’eau sanitaire buccale; il a été composé par un de mes oncles, mort réfugié en Angleterre, où il exerça, avec le plus grand succès, la profession de chirurgien-dentiste breveté.
L’efficacité reconnue de cet élixir m’en ayant fait faire un grand débit à l’étranger, et surtout à Paris, depuis vingt -cinq ans
que j’y suis e'tabli , je dois en indiquer ici les propriétés.
C’est un des plus puissans préservatifs contre les maladies locales de la bouche, à la propreté de laquelle il contribue, en prévenant, par son usage fréquent, la naissance du tartre; il est principalement utile dans les maladies des gencives , surtout lorsqu’elles tombent dans un état de mollesse , de flaccidité , de pâleur, de lividité; lorsqu’elles deviennent douloureuses , gonflées, saignantes, fongueuses.
Il réussit dans les affections scorbutiques , qui, le plus souvent, se portent à la bouche. Il est balsamique, astringent. 11 prévient les progrès de la carie des dents , calme la douleur, les conserve belles et bonnes, les raffermit lorsque l’ébranlement vient d’une dilatation des parties environnantes , détruit les aphtes, dont la bouche est souvent affectée, prévient la mauvaise haleine causée par la carie , incommodité désagréable pour ceux
qui sont obligés d’avoir de continuelles relations verbales avec leurs semblables.
I! faut aussi , après le repas, passer entre toutes les dents, avec beaucoup d’attention, le cure-dent de plume et se rincer la bouche, mais pas à table, car, comme le dit le spirituel auteur de la physiologie du goût :
« J’ai écrit que le vomitoire des Romains répugnait à la délicatesse de nos mœurs; j’ai peur d’avoir en cela commis une imprudence, et d’être obligé de chanter la palinodie.
« Je m’explique.
« Il y a à peu près quarante ans que quelques personnes de la haute société, presque toujours des dames, avaient coutume de se rincer la bouche après le repas.
« A cet effet, au moment où elles quittaient la table, elles tournaient le dos à la compagnie ; un laquais leur présentait un verre
d’eau ; elles en prenaient une gorge'e qu’elles rejetaient bien vite dans la soucoupe ; le valet emportait le tout, et l’opération était à peu près inaperçue, par la manière dont elle se faisait.
« Nous avons changé tout cela ; et dans les maisons où l’on se pique des plus beaux usages, des domestiques, vers la fin du dessert, distribuaient aux convives des bowls pleins d’eau froide , au milieu desquels se trouve un gobelet d’eau chaude. Là, en présence les uns des autres, on plonge les doigts dans l’eau froide , pour avoir l’air de les laver; et on avale l’eau chaude, dont on se gargarise avec bruit, et qu’on vomit dans le gobelet ou dans le bowl.
« Je ne suis pas le seul qui se soit élevé contre cette innovation, également inutile, indécente et dégoûtante.
« Inutile, car chez tous ceux qui savent manger, la bouche est propre à la fin du repas ; elle s’est nettoyée, soit par le fruit, soit par
les derniers verres qu’on a coutume de boire au dessert. Quant aux mains, on ne doit pas s’en servir de manière à les salir; et d’ailleurs chacun n’a-t-il pas une serviette pour les essuyer ?
« Indécente, car il est de principe généralement reconnu que toute ablution doit se cacher dans le secret de la toilette.
« Innovation dégoûtante surtout, car la bouche la plus jolie et la plus fraîche perd tous ses charmes, quand elle usurpe les fonctions des organes évacuateurs; que serait-ce donc si cette bouche n’est ni jolie, ni fraîche? Mais que dire de ces échancrures énormes , qui s’entr’ouvrent pour montrer des abîmes qu’on croirait sans fond si on n’y découvrait des pics informes que le temps a corrodés?
« Telle est la position ridicule où nous a placés une affection de propreté prétentieuse , qui n’est ni dans nos goûts, ni dans nos mœurs.
« Quand on a une lois passé certaines limites, on ne sait plus où l’on s’arrêtera. El je ne
puis dire quelles purifications on ne nous imposera pas.
« Depuis l’apparition officielle de ces bowls innoves, je me desoie jour et nuit. Nouveau Jérémie, je déploré les aberrations de la mode, et trop instruit par mes voyages, je n’entre plus dans un salon sans trembler d’y rencontrer l’abominable Chamber-post. »
Si je prescris le cure-dent de plume, c’esl qu’il est pre'fe'rable à tous les autres, qui peuvent être nuisibles.
Le poète Martial dit que, si on ne peut pas se servir du lentisque, arbrisseau odoriférant, dont les brandies servent à faire des curedents , qui était en usage dans l’antiquité , comme il l’est encore beaucoup en Italie, en Piémont, en Espagne, on doit se servir du cure-dent de plume.
Que de femmes cependant ne se servent que d’aiguilles ou d’épingles, qui ne peuvent, à cause
de leur forme ronde , passer facilement entre les dents, et avec lesquelles on peut faire éclater 1 email quand on lésa introduites avec force. Ce sont tou joursdes instruirions dangereux auxquels il est pourtant facile de suppléer et que les gens de l’art ont toujours proscrits, ainsi que les amateurs scrupuleux de la conservation de leurs dents. Combien de femmes trouvent plus commode et plus prompt de couper aussi leur fil avec les incisives ; ce qui peut les faire e'clater, les fêler , les ébranler , y causer une irritation ou des douleurs qui en amènent souvent la perte inévitable.
Les jeunes personnes qui ne sont pas sujettes à avoir beaucoup de limon sur les dents , se serviront simplement d’eau , et quand elles le pourront , elles s’en serviront avec la brosse.
Celles dont les dents se salissent facilement , se serviront, deux ou trois fois par semaine, de poudre que je leur conseille de ne pas prendre ailleurs que chez leur dentiste ha-
bituel ; car les annonces de poudre à blanchir les dents sont si multipliées, qu’il ne serait pas étonnant , en en voyant annoncer par afliches placardées dans les cafés, d’en voir débiter meme chez les ar^wte^décrotteurs. Les parfumeurs, dont la boutique est souvent visitée par les femmes , dont la toilette est une des choses les plus importantes de la vie , ne sont pas pharmaciens , et en cela ne méritent aucune confiance pour tout ce qui regarde l’entretien de la bouche , à moins qu’ils n’aient chez eux des dépôts d’opiats , de poudres, et d’élexirs préparés par les dentistes connus ; car presque tous les parfumeurs emploient des ingrédiens nuisibles, et, pour peu que leurs préparations blanchissent les dents, cela leur suffit ; car ils doivent peu s’inquiéter des suites de l’emploi inconsidéré qu’on en peut faire. N’est-il pas très important, pour un dentiste accrédité, d’avoir chez lui les élexirs et la poudre dentrifices , composés d’ingrédiens salutaires et jamais dangereux?
Pourquoi donc s’adresser à ceux qui n’ont
]>as les connaissances necessaires, cl ne sont que des marchands inexpérimentés peu dignes de confiance, quant à ce qui a rapport à lu partie dont il s’agit.
Il est à remarquer que beaucoup de personnes se sont créé un dentifrice à leur guise. On aura cru long-temps que les forgerons, les charbonniers , les ramoneurs avaient les dents exclusivement beaucoup plus blanches que les autres , parce que leurs figures , habituellement noircies par la fumée, la poussière du charbon et la suie , produisent cette illusion , en faisant ressortir d’une manière plus frappante la couleur naturellement blanche des dents , de même que le blanc de leurs jeux, comme c'est encore plus saillant chez les nègrès. Alors, on aura imaginé de pulvériser du mâchefer, du charbon , de la suie même, pour blanchir ses dents. Mais toutes ces poudres qui blanchissent en apparence les dents de ces hommes dont nous venons de parler , et que beaucoup de gens, malgré tonies les
observations, ont l’entêtement de préférer, sont répugnantes , ne servent qu’à détruire le goût de la propreté, et, qui plus est, sont malfaisantes. Plusieurs emploient aussi le pain brûlé , réduit en poudre ; d’autres , enfin , se servent de tabac *.
J’ai remarqué que ceux qui ont la manie opiniâtre d’employer toute espèce de poudre noire , ont , à la longue, au collet des dents , sous la gencive , un cercle noir que rien ne saurait détruire.
Il faut se faire visiter la bouche au moins une fois par an dans la belle saison; et, pour peu qu’on ait le moindre soupçon qu’une dent
* L’usage du labac jaunit tellement les dents , qu’il est impossible de leur rendre jamais la blancheur qu’il leur a enlevée. D’ailleurs n’infecte - t - il pas i’haleine de ceux qui eu font un usage immodéré ? Voyez tous ceux qui fument ou qui chiquent, s’ils n’ont, pas les dents couleur de rouille, et si l’on peut même respirer le même air qu’eux. N’ est-il pas plus convenable , pour soi d’abord , et pour les autres , de se servir de choses qui , tout à la fois , sont utiles et agréables.
soi L tachée , il faut , sans retard, la faire isoler de ses voisines, et n’y jamais laisser séjourner d’alimens. C’est pourquoi je prescris l’usage fréquent du cure-dent de plume ; car il n’est pas d’agens plus corruptibles pour les dents que les parcelles réitérées d’alimens , qui , introduites dans 1 interstice des gencives , s’y putréfient bientôt , et acquièrent ainsi un alcali pestilentiel et destructeur, qui produit insensiblement le ramollissement de la substance osseuse des dents, et donne de l’infection à la bouche. L’âcreté causée par le séjour des alimens est suivie de l’irritation et de la corruption des gencives , qui s’engorgent , se tuméfient , deviennent douloureuses, livides, flasques, d’où il résulte que les dents se déchaussent et tombent les unes après les autres, sans avoir la moindre atteinte de carie.
.l’ai eu si souvent l’occasion de faire cette observation , que je peux certifier qu’il en résulte une vérité trop peu sentie, mais trop évidente; c’est qu’une grande partie des ma-
Jatlies internes ne détruisent pas autant de dents par leur influence, que la négligence et la malpropreté par la leur.
.Je finirai ce chapitre par d autres observations nécessaires.
11 ne faut rien faire aux dents au-delà de ce qu’exige la propreté. Si elles ne sont pas naturellement très-blanches, croyez que vous ne forcerez pas la nature, et qu’avec de l’albâtre gris , vous ne ferez pas de l’albâtre blanc. Ayez soin de vos dents , mais ne tentez jamais d’aller au-delà de ce qu’elles sont par leur nature; ce serait très imprudemment porter atteinte à cet organe. En tout, dit le sage, il ne faut rien outrer ; évitez surtout les acides. Les femmes , principalement qui , dans leur jeunesse, aiment beaucoup les fruits verts, doivent s’en abstenir , de crainte d’agacer leurs dents , car c’est se donner un malaise auquel il est facile de ne pas s’exposer. I /oseille , le jus de citron , la crème de tartre,
ainsi que les acides minéraux, surtout, doivent être proscrits , parce qu’ils déterminent surtout l’agacement que nous signalons *.
* Cn parlant du danger des acides , je dois prévenir le public, trop souvent dupe et tributaire des spéculations audacieuses du charlatanisme le plus effronté, contre un de ces poisons qui circule sous l’approbation prétendue de la Faculté de Médecine , quand elle-même l’a depuis long-temps proscrit , après en avoir fait faire l’analyse d’après les plaintes réitérées d’une foule de personnes \ictimes de leur crédulité. Pourra-t-on croire que c’est de X acide muriatique à grande dose , étendu dans de l’eau teinte en rouge ? Cette acerbe composition , à laquelle ont recours beaucoup d’étrangers et de Français crédules, qui n’en connaissent pas la fatale propriété , est pourtant prônée , affichée scandaleusement , malgré les maux qui peuvent résulter de l’impudence révoltante avec laquelle on la débite au Palais- Royal ? Comment la police médicale n’a-t-elle pasencore interdit la distribution de ce poison corrosif , que celui qui l’annonce ose appeler : Eau Anti-Scorbutique.
Je m’en suis procuré une petite bouteille pour être convaincu , par mes propres yeux , de sa détestable efficacité. En calculant plus mes intérêts que ceux de mes semblables , j’aurais dû ,
peut-être , me taire sur les maux que peut occasioner cet eu-
nemi de l’humanité , puisque plus ii la dégrade , plus je suis appelé a y remédier : mais il est de 1 honneur de celui qui consacre sa vie au soulagement des autres hommes, de les mettre en garde contre tout ce qui peut leur nuire ; et c’est leur rendre un grand service que de les prémunir contre les fourberies des charlatans.
On ne doit pas boire froid immédiatement après avoir mange' chaud, et, qui plus est, on doit e'viter de manger trop chaud. Il n’est rien de si contraire aux dents, et surtout à l’estomac; car je me suis convaincu que les gens habitués à manger trop chaud , ont , presque tous les dents fêlées du haut en bas, et les perdent en peu de temps.
La preuve , c’est que dans le nord, où 1 on prend beaucoup de thé et de café très chaud , les jeunes personnes n’ont plus de dents de dix-huit à vingt-cinq ans. En Espagne, c’est la même chose; on peut l’attribuer au chocolat qu’on prend bouillant, et sur-le-champ après de l’eau à la glace. Il est très facile de concevoir que cette transition subite, ne peut qu’être funeste. Il existe aussi un vieil adage qu’on répète dans tous les repas , et dont beaucoup de personnes se font une loi. Prendre , diton , un verre de vin sitôt après sa soupe , c est enlever un écu de la bourse de son médecin. Un auteur riposte, avec raison , q u e c'est mettre six J mues dans ta. poche de son dentiste.
Lin vieux médecin a dit </ ne le sucre ne faisait mal qu'à la bourse. 11 pouvait avoir raison jusqu’à un certain point ; mais il aurait fait sûrement une exception , si , dans ce qu’il avançait avec assurance, il eût entendu comprendre la bouche , à laquelle le sucre est très nuisible. Un autre disait bien , que si le sucre n’ètait pas si cher pour certaines classes , il ne leur ordonnerait rien autre chose. Mais, sauf le respect que l’on doit à la toge , qu’auraient répondu ces deux docteurs, s’il eût été possible de soumettre à leur inspection toutes les mâchoires de nos confiseurs , qui , à force de de'guster tous les jours leurs sirops, en en portant , avec le bout du doigt, une goutte sur leurs dents , pour en connaître le degré de cuisson , les perdent successivement toutes, et leur auraient donné le démenti formel d’une assertion trop généralement hasardée? Friands, et vous, friandes de sucre et de sucreries, n’allez pas vous priver tout-à- 1 ait de cette douce jouissance; mais je vous invite à ne pas broyer de sucre sous vos dents , afin de les perdre moins prompte-
ment. Puisse ce petit avis vous en faire user sobrement !
On remarque , depuis un certain nombre d’années , que les maladies inflammatoires , et surtout les gastrites exercent de cruels ravages , notamment parmi les jeunes gens de vingt à trente ans, et parmi les jeunes personnes de quinze à vingt- cinq ans. Consulté chaque jour sur l’état de la bouche de ces sujets , j’observais que leurs dents étaient entièrement privées de leur émail , et que le corps osseux , ainsi à découvert, il résultait des douleurs si vives que l’on pouvait à peine prescrire quelques caïmans.
Je pensai d’abord que ces désordres étaient l’effet des inflammations elles-mêmes; plus tard je les attribuai à l’emploi des acides ; mais ma longue pratique m’a mis à même de mieux juger, .le suis certain aujourd’hui et j’affirme que l’altération signalée plus haut est uniquement produite par l’usage outré du sucre. A la suite des affections gastriques, les cou-
valescens prennent l’habitude de ce perfide analeptique, et cela est à tel point, que certaines personnes en ont toujours leurs poches amplement munies. Une d’elles n’a pas craint de m’avouer que dans l’espace de deux mois , elle en avait consomme 25 kilogrammes !
11 me semble que le sucre fondu dans l’eau , jusqu’à saturation , si on le desire ainsi, rendrait le même service , et ne présenterait aucun inconvénient.
11 serait donc nécessaire de répandre la connaissance des eifets destructeurs du sucre. C’est aux enfans surtout qu’il importe d’en interdire l’usage fréquent, -le n’ai cessé, dans tous les écrits que j’ai publiés depuis 1812, de m’élever contre l’habitude funeste de distri huer aux jours de fête toutes ces sucreries que l’art du confiseur conspire encore à rendre plus attrayantes. Au reste, l’artiste lui-même, s’il est coupable, devient à son tour victime, et qui plus est, sert de preuve irrécusable à mon allégation. O11 ne voit pas , en effet, un
— ÎMO —
seul confiseur qui, dès Page de vingt-cinq ans, n’ait perdu toutes ses dents, et cette destruction est e'videmment Je résultat de l’obligation où ils se trouvent vingt fois le jour , de goûter tous ces appâts qu’ils dressent à notre friandise.
Dans les beaux jours du printemps , encore plus dans ceux de l’été, on aime, lorsqu on est à la promenade , à se reposer sur le gazon qui semble vous y inviter ; mais ce tapis vert, offert et préparé par la nature , est souvent pernicieux , surtout lorsqu’on transpire ; il est donc nécessaire de l’éviter, parce que son humidité, dont on ne s’aperçoit que lorsqu’on se lève , donne pour l’ordinaire de fortes douleurs de dents, qui font horriblement souffrir, sans que l’on en devine la cause.
Il est prudent de ne pas se promener de grand matin , et le soir au soleil couchant, près les eaux stagnantes , et de se tenir longtemps sous de grands arbres , la tète nue, et meme étant trop légèrement velu , comme il
arrive souvent aux darnes , dans les promenades, dans leurs jardins ou à la campagne , pendant les belles soirées d’été. Elles doivent aussi préférer aux bancs de pierre ou de marbre , dont la fraîcheur leur occasionc des accidens pire que les douleurs de dents , les chaises ou les bancs de bois.
La rapidité avec laquelle la première édition de cet ouvrage a été épuisée est une preuve qu’il a eu l’avantage de fixer l’attention d’un bon nombre de lecteurs, et de ne pas déplaire.
En me décidant a le faire réimprimer , d’après les observations d’hommes instruits et les conseils d’amis distingués par leurs lumières, j’ai pensé qu’étant animé de l’amour du bien , il ne me fallait rien négliger pour lui donner beaucoup plus d’étendue, entrer dans plus de détails, m’appuyer de plus de citations, faire de nouvelles recherches , afin d’en composer un ouvrage de tous les temps, indispensable à toutes les familles,
<|iii , dans l’intérêt de l’enfant à la mamelle, comme dans celui du vieillard , peuvent avoir souvent besoin de le consulter, pour y puiser, selon les occasions un utile enseignement.
J’ai donc été déterminé, en recueillant avec soin les meilleurs avis , et après des études sérieuses , à le refondre presqu’en totalité, et h lui donner toute l’importance dont le titre, en y réfléchissant mûrement, m’a paru le rendre susceptible, et à lui faire enlin subir l’épreuve d’une nouvelle édition.
Trop satisfait, en tachant, dans le cours de ce travail , (l’étre laconique et varié, d’avoir pu éviter l’aridité, la monotonie, qui accompagnent presque toujours les ouvrages consacrés à l’art de guérir, où l’on s’occupe, en style grave et doctoral, des soins de la santé , je m’applaudirai de n’avoir dit que ce qui peut être utile , en y mêlant quelque chose : amuser en instruisant, devrait être la devise de tous ceux qui veulent écrire.
Jcscrai doue doublement récompense, si j’ai pu parvenir à donner à cet écrit quelque prix, et à mériter un sourire d’approbation de la part de celles pour qui , de préférence , j’ai cru devoir l’entreprendre.
Ce que je dis aux femmes, peut, sous beaucoup de rapports, convenir aux hommes qui sauront sans doute mettre à profit tout ce que j’ai avance* et recommandé sur la nécessite' absolue de s’occuper du soin de la partie trop négligée qui a fait le sujet de mes réflexions.
En méditant de tracer quelques pages en faveur de l’humanité, une propension toute naturelle , le vif intérêt qu’inspire cette belle portion de l’espèce humaine , à laquelle se rattachent des sentimens délicieux, parce que l’autre, parfois ingrate, en reçoit la vie, des soins, des caresses, des jouissances, et enfin le bonheur, qui, sans elle, est toujours incomplet , m’ont déterminé à offrir aux femmes le fruit île mes observations, de mes travaux et de mon expérience , pour tout ce qui peut
contribuer à l’embellissement , à Ja conservation d’un de nos principaux organes , et, avec d’autant plus de raison , que cet organe semble destine' à jouer un rôle plus marquant, plus attrayant chez le beau sexe, que chez les hommes.
La femme étant destinée à plaire , et par conséquent à rendre l’existence de l'homme plus parfaite par le don céleste qu’elle a reçu de pouvoir embellir ses jours , ce qu’elle a de plus beau , ce qui ravit en elle , ce qui soumet et captive les cœurs, se fait plus particulièrement remarquer, de même que ce qu’elle a de défectueux , et ce qui lui manque pour être accomplie; parce qu’on n’est exigeant qu’en proportion de ce qu’on désire , de ce qu’on attend d’un sexe éminemment privilégié de la nature , et né pour complaire au nôtre, en comblant ses prétentions les plus élevées, lorsqu’il consent à s’y réunir pour tou jours.
En elfet, plus nous connaissons les préroga-
lives, qui sont l’apanage de celles qui doivent sur la terre compenser tout pour nous , plus nous avons de regrets en les voyant privées des avantages pour lesquels elles sont faites , plus nous nous sentons satisfaits lorsque nous les voyons réunis dans celles principalement qui nous sont chères.
Comment expliquer ces sympathies soudaines qui s’emparent de tontes les facultés fie l’àme, ou ces antipathies insurmontables qui la froissent , l’irritent , et offrent tour à tour tant de diversités incompréhensibles dans les affections ouïes aversions plus ou moins fortes qui , si souvent , nous dominent ?
Entraîné , comme à mon insu , par la première de ces impressions qui déterminent toutes nos actions, guidé sans doute par cette impérieuse disposition de l’imagination captivée par cet ensemble étonnant de charmes ,
• le qualités , de perfections séduisantes , dont le beau sexe en général a le privilège exclusif d’élre entouré, j’ai laisse- courii ma plume
sous la dictée de mon cœur , sans avoir la prétention qu’on me tienne compte du choix de mon sujet : en satisfaisant la noble passion (jui m’a fait entreprendre de le traiter, puissé-je m’applaudir d’avoir pu opérer un peu de bien , en répandant quelques vérités utiles !