‹ Le dentiste des damesChapitre 5 sur 37 · OG · texte numérisé non relu

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et préalablement pilé; la chapelure de pain, la biscolc séchée au four cl bien broyée. On la fait cuire avec de l’eau d’abord, puis, on y ajoute du lait en consistance un peu liquide. Le vermicel , des pâtes fines d’Italie , la semoule et la fécule de pommes de terre , le salep cuits de la même manière , sont également bons.

On emploie de même avec succès des crèmes de riz qu’on peut faire avec du riz entier ou de la fleur de riz qu’on aromatise avec quel ques gouttes d’eau de fleur d’oranger, d’anis, de fenouil , de canclle.

La préparation suivante est excellente pour servir aussi d’alimcns aux nourrissons.

Prenez un morceau de pain, croûte et mie, et mettez-le tremper dans de l’eau froide. Lorsqu’il est bien imbibé, on l’en retire, et on le met égoutter. Puis après , on le jette dans un bouillon de bœuf très chaud, où ou le fait dissoudre en l’agitant avec une cuillère, et mieux avec une fourchette. Lasoupese trouve

faite au moment de la dissolution du pain ou de son absorption dans le bouillon. On pourrait encore faire l’essai d’une substance alimentaire nouvellement importée de l’Orient, et que l’on nomme racaliout des Arabes.

On remédiera encore à l’inconvénient de l’insuffisance du lait delà nourrice, en réduisant en poudre line du pain desséché au four. On en délaie une certaine quantité dans du lait coupé avec de l’orge, suffisamment pour en faire une crème légère semblable à celle de riz. On fait prendre à l’enfant cette crème , quatre ou cinq fois par jour en petite quantité avec une cuillère.

On prendra de meme avec succès deux onces d’amandes douces, en préférant celles qui sont encore dans leurs coquilles , pour éviter que la boisson se ressente du rancis dont les autres sont souvent atteintes ; on les fait tremper dans de l’eau chaude pour les dépouiller de leur enveloppe; on les pile dans un mortier avec un peu de sucre , et on les broie jusqu’à ce que, bien réduites, elles forment une

espèce de pâte où l’on met peu à peu jusqu’à un demi-setier d’eau en continuant de broyer jusqu’à ce que l’eau soit toute employée. Il faut passer le tout dans un linge et en exprimer le marc qui reste dans ce linge. On l’enlève avec un couteau pour le broyer de nouveau avec un peu de sucre, en y ajoutant de l’eau comme la première fois, à plus petite dose. On passe une seconde fois la liqueur à travers le linge, et on en exprime le marc. Tout ce lait d’amandes doit être mêle à une livre de lait de vache , comme le conseille le professeur Spielman. On met ce mélange dans une bouteille qu’il faut bien boucher , et de temps en temps, dans le jour et la nuit, on en donne quelques cuillerées à l’enfant qui a autant de plaisir à prendre cette boisson nourrissante , qu’à saisir le téton de sa nourrice.

Le lait (le vache, ainsi mêlé à une émulsion d’amandes douces, constitue un aliment salubre, doux, rafraîchissant, ce qui est très favorable aux enfans qu’éehaulfe le travail des dents , et remplace merveilleusement le lait

« 1 1 1 i , chez certaines nourrices faibles et délicates, peut ne pas suffire. On peut également remployer si l’enfant exige beaucoup de nourriture, quoique les nourrices soient bien pourvues de lait.

La diarrhée, dit M. Baumes, étant un accident qui ajoute encore h celui de la dentition, on doit avoir le plus grand soin d’en préserver les enfans à cause des funestes effets dont elle est quelquefois suivie.

Pour y parvenir, il est important de faire évacuer les matières âcres qui peuvent être dans les intestins, et dont le séjour contre nature, est la cause ordinaire et immédiate du cours de ventre.

11 suffit de se servir de quelques ininoratifs (remèdes qui purgent tout doucement); cl comme il n’est pas aisé d’administrer aux enfans toutes sortes de purgatifs, il y a de l’avantage à se servir d’une infusion d’un gros de rhubarbe dans un demi-setier d’eau édulcorée avec le sucre, en consistance de sirop clair.

On donne aussi cette infusion d’un gros de séné inondé , dans un peu de jus de pruneaux noirs , adoucie avec le sucre et par cuillerées 5 elle réussit également.

Si le ventre des enfans est un peu tendu, et s’il y a constipation , l’usage des lavemens est particulièrement recommandé.

La propreté doit être surtout observée à l’égard des enfans. Les mères ne doivent rien négliger à ce sujet.

Un des moyens les plus sûrs de les exempter d’éruption , c’est de les changer de linges deux ou trois fois par jour, et même la nuit.

L’allaitement artificiel est une pratique qu’il faut rejeter entièrement, parce que tous les soins fatigans et minutieux qu’on est obligé d’y apporter réussissent rarement, et que, presque toujours , la mère qui s’en est chargée et s’en acquitte avec le plus grand zèle , accablée nuit et jour de fatigue, tombe dans un épuisement dont elle a bien de la peine à se

retirer. IJ vaut donc encore mieux prendre une nourrice étrangère j mais il faut dans ce cas la choisir, le plus possible, telle que l’a décrit M. Baumes.

« Une excellente nourrice , dit-il , doit être de bonnes mœurs , et avoir autant qu il se pourra, de belles qualités physiques. Son âge doit être entre vinet et trente ans , et la couleur de sa peau naturelle ; ses yeux seront vifs et animés , scs sourcils et ses cheveux bruns, ou d un brun bien cendré ; scs lèvres vermeilles , scs dents saines et propres , scs gencives fermes et bien colorées. 11 faut que son haleine soit douce; qu’elle ait le nez libre et n’exhalant aucune odeur, le cou assez long, la poitrine large et bien arquée; ses mamelles doivent être détachées, fermes, tendues, élastiques et d’une grosseur médiocre, avec des bouts assez irritables pour devenir fermes , tendus, élastiques et d’une grosseur médiocre , placés, sur le milieu de la partie déclive de la mamelle , dans une aréole monticulaire , de couleur rouge obscur. Sonlait aura une odcui

suave , une couleur peu mate , mais un œil bleuâtre et à demi transparent. On en mêle avec beau, pour éprouver s'il s’y délaie parfaitement ; on le goûte pour juger s’il n est ni trop doux, ni salin, ni amer. »

Quant aux autres cpialités d’une bonne nourrice , elle n’aura ni fleurs blanches , ni cautère , ni maladie cutanée habituelle ; elle ne sera point sujette au mal hystérique ; mais surtout il ne faut pas qu elle ait des passions , qu’elle soit, revêche, sujette aux caprices, à l’ivrognerie ; et les perquisitions qu’on ferait à ce sujet ne sauraient être trop scrupuleuses. Pour <pie son lait soit plus frais et plus délayé, on lui fera prendre, pendant quelques jours , une boisson légèrement incisive , telle qu’une décoction de racine fraîche de scorsonère , dans laquelle on mettra macérer des semences de fenouil écrasées. Une infusion théiforme de racine de réglisse, de feuilles de véronique avec des graines d’anet, est également bonne , ainsi que toute autre boisson analogue.

Le hochet, qu’on met dans la main de presque tous les enfans , et dont on a fait un des attributs de la folie, est un joujou ordinairement garni de grelots, que tout le monde connaît, car c’est le premier bijou avec lequel on semble vouloir faire naître de très bonne heure, exciter et entretenir la vanité' humaine, qui, jusqu’à la vieillesse, conserve des prétentions absurdes à obtenir ce qu’avec raison la censure et la sagesse appellent des hochets. Si on veut le conserver pour les enfans , parce qu’en le leur donnant on l’a cru d’une indispensable nécessité, il ne faut leur mettre entre les mains que vers le sixième mois; et, quoique MM. Andry, Desessarts , Rosen, Deleurye et quelques autres , sesoicnl prononcés en faveur du hochet , je me range cependant de l’avis de MM. Levret , Auseby, Hébert, Morcr, et autres bons observateurs, qui en ont contesté l’utilité et meme blâmé l’emploi.

Mais enlin , si on s’obstine à s’en servir, alin de faire cesser toutes contestations, et qu’il ne résulte aucun inconvénient de la

continuité de son usage , pourquoi ne ferai ton pas des hochets dégommé élastique , comme on fait depuis quelque temps , avec beaucoup d’art, bien d’autres objets d’une ingénieuse utilité, les sondes, les bougies, etc.? N’avonsnous pas d’ailleurs des faiseurs de hochets en tout genre ? et les grands enfans, qui en son! si avides dans le meilleur des mondes possibles, n’ont-ils pas suffisamment sous ce rapport , et assez diversement , exercé l’industrie de ces artistes, pour qu’ils trouvent très facile de faire pour les petits les hochets très simples que je propose ?

La gomme élastique , étant un corps mou , serait , selon moi , bien préférable aux corps très durs dont se composent les vieux hochets, comme le cristal, le corail , l’ivoire. S’il produit , comme cela se peut , le bien qu’on attend des autres , tant mieux ; mais , s’il n’en produit aucun , ce qui est présumable , au moins n’a-t-011 ii craindre aucun mal de son usage habituel ; car la dureté des autres, en opposition constante avec les gencives dou-

loureuscs d’un enfant, peuvent en produire, si vraiment, comme c’est probable, ils durcissent ces tendres gencives , cl les rendent calleuses.

« On peut se servir avec avantage d’un petit chiffon de linsie, attaché solidement au bout d’un morceau de bois de la grosseur d une plume à écrire. Il faut que le chiffon soit roulé autour du morceau de bois, de manière à ne présenter aucun fil qui puisse se détacher, ou aucune effiloque. On le trempe dans une infusion de fleurs de mauve édulcorée avec du miel blanc ou du sucre ; on le porte à la bouche de l’enfant, qui le saisit, le suce, le presse entre ses gencives. On répète cette manœuvre plusieurs fois par jour. Une expérience de plus de vingt ans m’a prouvé la bonté de ce moyen , qui remplit le double effet du hochet et du gargarisme.

D’ailleurs, s’il est bien prouvé qu’un enfant ressent des douleurs causées par la pousse des dents, je suis de l’avis du savant professeur

JJuméril , qui veut qu'on incise la gencive malade. Je sais qu'il a fait lui-même cette opération par complaisance et par humanité , à plusieurs enfans pour lesquels on l'avait consulté, et qu’elle a complètement réussi. Mais, chose remarquable, aussitôt l'incision faite sur la gencive, les convulsions cessaient par enchantement. Les mères, dont les jeunes enfans sont dans ce cas, doivent donc, sans retard, appeler l’accoucheur ou le médecin , afin qu'on fasse cette opération facile et non douloureuse , dont les suites sont presque miraculeuses.

L'incision de la gencive , pour faciliter la sortie des dents aux enfans , est déjà ancienne ; car M. Deleuryc en parle dans l’ouvrage déjà cité, page 208, imprimé en 1772, et, avant lui, beaucoup d’autres s'en sont occupés. C’est donc à tort qu’on l’attribue aux Anglais. Ainsi, les sieurs Fox et Blake n’ont été que les échos des auteurs français qui les ont devancés

« Un enfant, après avoir beaucoup souffert

de ses dénis, fut mis au suaire, comme mort. 1\1. I jemonnicr, ayant affaire chez la sevreuse où était le corps de reniant, après avoir rempli son objet, lut curieux de connaître l’étal des alvéoles, dans un cas où l’éruplion des dents n'avait pu se faire. Il lit une grande incision aux gencives; mais, au moment où il se préparait à poursuivre son examen, il vil l’enfant ouvrir les yeux et donner des signes de vie. M. Lemonnier appelle des secours; ou débarrasse l’enfant de son suaire; on lui prodigue des soins; les dents sortent, et l’enfant recouvre sa santé * » .

M. Desville, négociant distingué à Francfort, homme instruit et sans préjugés, me dit , en me parlant de la première dentition de ses enfans, qu’il avait failli perdre son fds aîné, attaqué de convulsions causées par l’éruption des dents. Un médecin de ses amis lui conseilla de faire une paillasse de fougères séchées

* Robert, J'rttite des principaux, objets de ta médecine , l'iig. 3 r i .

à l’ombre , el d’y faire coucher l’enfant malade; ce qui réussit complètement, puisqu/à peine il y avait reposé quelque temps , que les convulsions cessèrent et n’ont plus eu lieu. Ce père de cinq enfans a employé le même moyen pour les autres , et a obtenu le même succès.

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