‹ Le dentiste des damesChapitre 6 sur 37 · DE LA SECONDE DENTITION · texte numérisé non relu

DE LA SECONDE DENTITION

Il esl si essentiel de soiener les dents de l;i

deuxième dentition, dès qu’elles paraissent, que je ne saurais trop , mères de famille, vous engager à faire visiter la bouche de vos enfans , au moins quatre fois par an , depuis huit ans jusqu’à douze.

Malgré les peines momentanées que donneront ces soins, quelle est la mère (fui pour rail se refuser à les prodiguer, lorsqu’elle sera persuadée qu’elle doit en être amplement dédommagée par le bien dont les heureuses suites se prolongeront autant que l’existence de ceux qui en auront été 1 objet? C’est surtout lorsqu’il s agit du renouvellement des

dénis, qu’une mère prévoyante doit ajouter au bienfait de la vie qu’elle a donnée à un enfant chéri , la surveillance , qui devient alors d’une nécessité absolue dans toutes les opérations de la nature , souvent bizarre en ce genre , et qu’à cet âge tendre , il faut plus particulièrement employer le secours de l’art.

Sans doute , quand la nature ne s’écarte pas de ses lois, les dents doivent être enchâssées , chacune dans son alvéole , comme on le remarque très distinctement chez quelques adultes.

Mais combien y en a-t-il dont les dents sont rangées de la manière la plus difforme et meme la plus monstrueuse ! D’où vient ce désordre ? De 1 ignorance du vulgaire sur la possibilité, sans inconvéniens fâcheux, de l’extraction indispensable de quelques dents qui ne servent qu’à nuire aux autres; et, ce qu’il y a de plus affligeant , qu’à les détruire.

Une simple comparaison sullirait pour

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anéantir ce funeste préjugé qui s’oppose depuis trop long-temps, avec une opiniâtreté révoltante, aux moyens faciles que l’art peut employer pour redresser les torts du hasard.

Celui qui veut obtenir des fleurs brillantes ou des fruits de la meilleure qualité, n’est-il pas attentif, en visitant soigneusement scs parterres et ses vergers, à épier les effets d’une fécondité surabondante, afin d’élaguer à temps la nuisible prodigalité d’un sol heureux, qui, outre-passant ses désirs , l’empêcherait, sans l’inexorable et sévère emploi de la serpette, d’obtenir rien de beau ni de bon? Ce que fait le prévoyant jardinier, le dentiste doit être appelé sans retard à le faire , parce que les dents, semblables à des végétaux, puisqu’elles ont un germe, croissent et se développent jusqu’au dernier degré fixé par la nature, et dépérissent avec le temps, ou par des accidens qui les détruisent comme eux , ont besoin d’une main savante qui les redresse quand elles viennent de traversées élague quand elles sont surabondantes et placées hors de la ligne

naturelle. Dans cet état de choses, l’homme de l’art peut seul faciliter l’accroissement et le développement parfait de celles qu’il a jugé prudent de conserver, et préserver aussi la bouche des difformités auxquelles il n’est plus possible de remédier, quand on ne s’est pas opposé, dès le principe, aux bizarreries et aux pernicieux caprices de la nature.

Beaucoup de personnes regardent comme la chose la plus simple d’d ter avec un lil une petite dent déjà mobile dans son alvéole. Cependant , depuis vingt-cinq ans, grand nombre d’exemples m’ont appris que par ce procédé, d’un usage si commun, l’on déchirait le bord des gencives, et que, par suite, une hémorragie diflieilc à arrêter se déclarait fort souvent. Il existe, en ell'et, une prédisposition à cette hémorragie, parce que, chez les enfans qui font leurs secondes dents, le sang se porte à la tête avec violence, elles gencives, devenues centre (luxionnaire , peuvent saigner abondamment.

Celte remarque m’a suggéré l’idée de deux

petits instrumens en ivoire, qui ne sauraicn I effrayer les enfans, et au moyen desquels on peut extraire les dents temporaires déjà ébranlées, sans craindre de causer la moindre irritation.

Madame Gambes , institutrice , rue Bellefond*, m’écrivit à l’occasion d’une difformité vraiment extraordinaire à la bouche de son petit-fils, déjà âgé de plus de douze ans.

« Monsieur,

« Je ne peux assez vous témoigner ma satisfaction de l’opération vraiment admirable que vous venez défaire à mon petit Théodore,

* Cette respectable institutrice s’est associée avec l’une île scs petites-filles, mariée à M. le docteur Pravas. Je ne citerai pas le nom de ce médecin distingue sans rappeler les heureuses inventions orthopédiques dont il est l’auteur. Ancien élève de l’Ecole polytechnique, il a su mettre à profit les connaissances qu il avait acquises en mécanique, pour faire faire d’immenses progrès a cette science dans ses applications aux difformités de l’homme.

Après avoir reconnu tout ce qu’avaient de défectueux les moyens mis en usage par ses devanciers , le docteur Pravas a créé des machines nouvelles fort ingénieuses , notamment

et dont les heureux résultats étonnent meme les gens de l’art. La mâchoire inférieure de ce cher enfant est parfaitement replacée, et il doit à vos rares talens l’avantage d’étre , nonseulement préservé d’une difformité qui aurait détruit l’agrément de sa figure, mais encore , ce qui est bien pire , l’aurait exposé à perdre la moitié de ses dents à l’âge où , d’ordinaire, elles ont toute leur beauté. Je répète â mes amis, à mes connaissances tout ce que je vous dois pour le service signalé que vous lui avez rendu , et je voudrais assez le répandre , pour que chacun s’adressât à vous avec la confiance que vous méritez ».

pour remédier aux déviations de la colonne vertébrale. Il a consigné le résultat de ses travaux dans un écrit , où , savant anatomiste et physiologiste profond , il développe avec clarté l1 ensemble de ses recherches. Plus récemment, il a formé , dans le pensionnat de madame Gambes, un établissement orthopédique, où il fait avec un grand succès l’application des machines qu’il a inventées ou perfectionnées. Les éloges que le docteur Pravas a reçus des maîtres de l’art nous autorise a dire , nous qui nous connaissons en mécanique de ce genre: qu’il est impossible d’arriver a un plus haut degré île perfection. Aussi nous n hésitons pas a recommander cet établissement comme le premier de la capitale.

Je pourrais citer cent exemples semblables. Mais à quoi bon lutter contre l’indifférence , qui multiplie tant de maux et (le difformités , si l’on n’a pas l’avantage de persuader qu’une grande partie dérive du peu de soin qu’on a d’entretenir, dès le principe , un des plus beaux présens de la divinité ; celui, je le répète , sans lequel il est impossible de broyer ses alimens de manière à n’ètre pas sujet ü des digestions pénibles et dangereuses, celui sans lequel la plus précieuse des facultés, celle de la parole , refusée à tous les animaux , n’offre plus de charme en faisant passer difficilement dans l’âme des autres , l’expression pure des sentimens qui nous animent ; celui enfin sans lequel la beauté déparée n’enchante plus par un sourire séducteur , les cœurs qu’elle pouvait soumettre, en offrant aux yeux ravis le vif incarnat de la rose uni à la blancheur du jasmin. En effet, une belle bouche n’est-elle pas un bouquet ou reposent avec volupté les ris et les amours? Pour appuyer ces réflexions , j’y ajouterai les suivantes (pie j’extrais d’un ouvrage de feu l’un de nos plus

estimables confrères M. Mahon, qui écrivait il y a déjà plus de quatre- vingts ans, lorsque cette branche de l’art était dans l’enfance.

c L’extraction de quelques dents^ dit ce savant dentiste , chez certains sujets peut se trouver nécessaire pour faciliter la sortie et le meilleur arrangement possible des secondes , dites de remplacement , qui , se trouvant plus volumineuses que les premières , exigent par conséquent plus de place ; sans doute, dans l’ordre parfait, toutes les dents doivent être logées chacune dans sa caisse osseuse, ainsi quon le voit dans quelques adultes. Mais combien en rencontre -t- on qui ont des dents mal rangées ! Ce désordre vient de ce que les cercles alvéolaires des mâchoires, se trouvant trop étroits pour contenir le nombre de dents, quelques unes d’entre elles se déplacent , sortent de la ligne, et offrent des difformités sensibles. Cet inconvénient ne mériterait peutêtre pas une grande attention , s’il ne produisait que tics effets désagréables à la vue. Mais il en résulte , pour l’existence de chacun ,

dos conséquences qui sont réellement destructives. Pour peu qu’on y fasse réflexion , on verra, par exemple, que si lune des quatre dents incisives de la mâchoire inférieure sort du cercle , elle est nécessairement plus saillante que ses voisines sur lesquelles elle se trouve appuyée. Alors il est certain que cela produit trois forces réunies en opposition continuelle à une des deux grandes incisives de la mâchoire supérieure qui porte sur les trois dents inférieures. Quel est le résultat de cette inégalité de force? 11 est facile de le sentir ; c’est que, le fort emportant toujours le faible , cette grande incisive doit périr, et périt nécessairement peut-être vingt ans trop tôt. Si c’est l’une des canines de la mâchoire qui se trouve trop longue ou trop saillante , les mêmes aecidens ont lieu par la même raison , et même plus tôt que les petites incisives, à raison de leur délicatesse et de la force con-

sidérable des dents sur lesquelles elles portent. Aussi, en général ce sont ces petites dents que l’on voit le plus souvent disparaître les premières, et pour la réparation desquelles

bien des personnes ont recours aux dentistes, qui y suppléent par des dents artificielles à pivot » .

Le petit abcès qui se forme ordinairement à la partie supérieure d’une incisive placée à pivot est une espèce de Jungus ou épulie; ces petites tumeurs, confondues sous une meme dénomination, diffèrent cependant beaucoup sous le rapport de leur caractère essentiel. Celui dont il est ici question est produit par la racine meme qui reçoit le pivot de la dent artificielle ; voilà pourquoi tous les moyens employés jusqu’à présent pour le détruire ont été infructueux ; car, pour guérir une maladie , quelle qu’elle soit , il faut en enlever la cause. Dans cette circonstance, le remède serait pire que le mal, puisqu’il priverait de l’avantage de remplacer une dent essentiellement utile. Il faut donc se contenter , lorsqu’un abcès se formera , de l’ouvrir avec la pointe d’une lancette ou d’un cure-dent en or. Rarement il faut appliquer sur les gencives, dans ce cas, des remèdes irritans, dans la

crainte cl’y établir une suppuration qui , i\ la longue, de viendrait abondante, et causerait la chute de la dent pivote'e et l’ ébranlement des voisines. Les parois qui forment les alvéoles de la mâchoire supérieure , dans lesquelles sont articulées les incisives , se ramollissent et s’exfolient avec une promptitude désespérante.

Au reste, il est facile de prévenir tous ces inconvéniens, qui ne sont que trop multipliés, ou d’y remédier. Il ue s’agit, et cela paraît d’une nécessité indispensable , que de confier la bouche des jeunes sujets aux soins d’un dentiste expérimenté qui , par une conduite prudente et une sage prévoyance , fera disparaître les difformités, en ôtant, s’il en est besoin , quelques unes des dents de remplacement dont l’existence deviendrait si préjudiciable à celles qui, dans la suite, doivent se ranger dans un ordre aussi agréable qu’il est utile à leur conservation.

Le second avis concerne les adultes : il est

très-utile, et meme nécessaire, qu’ils aient soin de leur bouche. Mais comme, malgré toutes les précautions que l’on peut prendre , il est des dents sur lesquelles il se forme beaucoup de tartre, qui, par sa nature plus ou moins corrosive, tend à altérer les gencives et à carier les dents; il est indispensable, lorsqu’on est dans ce cas , de faire nettoyer ses dents de temps à autre. Ces conseils sont plus salutaires qu’on ne le pense. Il est des vérités sur lesquelles on ne peut jamais trop insister ; l’expérience m’a démontré que celle dont il s’agit est de ce genre, puisque, malgré le soin que presque tous ceux qui ont écrit sur eetle matière ont eu de la répéter, j’ai eu une inimité d’occasions de voir des personnes dont les dents auraient duré quinze à vingt ans de [)lus, si elles avaient été nettoyées lorsque le besoin s’en est manifesté.

Mouton dit aussi avec raison , dans son lissai d’Odontechnie , page a6, que le tartre el la carie sont les deux fléaux de la bouche qui donnent lé plus d’occupation aux dentistes.

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