‹ Le dentiste des damesChapitre 7 sur 37 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DU PEU 1)E SOIN QU ON A DE LA DOUCHE DES ENFANS DANS LES PENSIONS ET DANS LES FAMILLES.

C’est à Page où les jeunes personnes devraient rester sous la surveillance maternelle pour tout ce qui tient aux soins physiques, qu’on est forcé de les placer, pour leur instruction (chose très louable sans doute), dans des pensions souvent éloignées. Il serait injuste de ne pas convenir que plusieurs de ces utiles institutions sont, en grande partie, dirigées par des femmes bien nées , d’un mérite distingué, qui, joignant avec art l’utile et l’agréable , prennent alternativement , pour l’éducation physique de leurs élèves, des soins aussi touchans, aussi assidus que pour leur instruction morale. Ces femmes respee-

tables, dignes de l’estime et de la vénération publique, sentent combien il est important que ces deux objets essentiels marchent ensemble, occupent leur attention journalière, et qu’il y va de leur interet et de leur honneur d’avoir aussi soin de cultiver le corps que l’esprit des enfans dont elles doivent se regarder comme de secondes mères.

Mais malheureusement, un grand nombre ne répond point aux vœux des pères et mères de famille, qui, trop souvent trompés par l’apparence et la localité séduisante de quelques unes de ces maisons dont ils se décident à faire, sans réflexions, un choix précipité, de meme que par le ton persuasif d’un prospectus, par une enseigne pompeuse , et même la recommandation de quelques intéressés , se repentent, mais trop tard, d’avoir confié ce qu’ils ont de plus cher à des pédantes mercenaires , à des calculatrices avares , plus envieuses de profits que de réputation : aussi , n’est -il pas rare de voir des demoiselles de quatorze ou seize ans, avec des têtes dignes

du pinceau de Raphaël, avoir des dents qui font peur.

J’entends cependant dire à des mères qu’elles paient des mémoires de dentiste , ou convenir qu’elles avaient cru, en plaçant leurs Hiles dans telle ou telle maison, qu’il y en avait un régulièrement attaché à la pension où sont leurs enfans. Mais je dissuade de cette erreur, toutes celles qui veulent me consulter sur l’état de la bouche de ces êtres faibles, en leur disant qu’il y a très peu de dentistes attachés aux pensions 5 que même les maîtresses de ces maisons ne paraissent songer qu’à la seule opération de l’extraction d’une dent, quand elle fait souffrir depuis long-temps celles qui s’en plaignent; qu’elles-mêmes, s’occupant à peine du soin de leur propre bouche, ne songent guère, ou point du tout, à s’occuper de celles des autres. Elles ne manquent pas de dire que la propreté est une vertu, pour avoir l’occasion et le droit de réprimander avec aigreur la jeune personne qui aura négligé de laver sa ligure et ses mains, ou de lui infliger des pei-

nés plus graves que le délit ; car, combien de pénitences et de mortifications ne la condamne-t-on pas, surtout si son corset n’est pas bien sangle, système si pernicieux!

Au seul mot de corset une foule de questions se présentent à l’esprit. D’abord qu’appelle-t-on corset? à quelle époque l’usage en a-t-il été' introduit? quels changemens la mode lui a-t-elle fait subir? quelles sont scs différentes formes et quelle est la meilleure? quels avantages peut-on se promettre de l’emploi du corset et quels inconvéniens peuvent résulter de son application? enfin , doit-on proscrire ou faut-il conserver les corsets? Tels sont, en résumé, les élémens de discussion sur un sujet qui semble, d’une part, exiger toute la gravité d’une étude sérieuse, et cependant permettre aussi des remarques piquantes, dont assurément nos lectrices seraient ellesmêmes prodigues si elles tenaient ici la plume.

Mais voici venir un homme du premier mérite, écrivain audacieux , qui a osé tout dire,

cl nous lui laissons la responsabilité de cel article.

\ oiei comment s’exprime le docteur Fournier :

« On nomme corset un vêtement qui embrasse une grande partie de la poitrine des femmes, la totalité delà région abdominale, et se prolonge, selon l’occurrence, jusqu’à la région pubienne. L’objet du corset est de soutenir la taille , de maintenir le tronc dans une rectitude convenable, sans pourtant s’opposer à la liberté de scs mouvemens ; de diminuer, ou du moins de dissimuler le volume du ventre lorsqu’il acquiert une grosseur disproportionnée, soit à raison de l’obésité, soit par suite d’accidens qui peuvent être de différente nature, mais qui, le plus communément, surviennent à la suite des accouchemcns. Le corset ne doit point exercer une compression susceptible de gêner l’action des muscles ni celle des viscères de la poitrine et de l’abdomen. Tout corset qui ne remplit point ces

conditions est vicieux et même nuisible. L'hygiène doit en proscrire se'vèrement l’usage. » Nous indiquerons, dans la suite de cet article, quels sont ceux que l’on peut, sans inconvénient pour la santé , employer comme moyen cosmétique, et dont on peut faire une application orthopédique.

Les dames portaient habituellement il y a moins de trente ans, et portent encore, dans beaucoup de provinces, un petit corset fait de basin et sans baleines; il s’attachait immédiatement sous la gorge, en sorte que les seins en étaient soutenus sans être comprimés ; des rubans placés de distance en distance servaient à nouer le corset, de manière qu’il contenait l’abdomen et ne s'opposait point à l’ondulation de ses viscères. Ce vêtement, qui était élégant et gracieux, se portait en déshabillé.

Il y a encore très -peu d'années que les corsets, connus généralement sous le nom vulgaire de corps , étaient garnis de baleines

et même de plaques de fer; ils étaient, pour me servir de l’expression de Buffon , de véritables cuirasses qui , imaginées pour soutenir la taille et l’empêcher de se déformer , causaient plus de difformités qu’elles n’en prévenaient.

Ces corsets baleinés sont un reste du costume germanique, qui partageait le corps des femmes en deux parties; on ne voit plus de modèles de ce vêtement que dans les tableaux que le mérite des peintres qui les ont exécutés a fait passer jusqu’à nous. « Une des principales révolutions à établir dans la cosmétique, a dit le savant et spirituel auteur de l’Histoire naturelle de la femme, M. le docteur Moreau, de la Sarthe, c’est de changer entièrement le costume occidental, dont il nous reste encore quelques vestiges, et qui, en partageant le corps en deux parties, sépare ainsi , de la manière la plus ridicule , le torse et les membres qu<? la nature a réunis par une transition si agréable. Il importe, surtout, de proscrire pour jamais la partie supérieure de ce cos-

luine gothique; ces corsets baleines, qui déforment la taille et le sein, qui couvrent le plus beau corps des stigmates de la souffrance. »

Gcs machines aussi incommodes qu’elles sont devenues ridicules depuis que nos femmes ont donne une juste préférence à l’élégant costume des grecques; ces corsets baleinés, dont l’usage n’est point tout- à -fait aboli, exercent, sur la santé, une influence dangereuse , qui , dès long-temps , aurait dû les faire proscrire. Us compriment la boite osseuse de la poitrine , gênent les mouvemens des organes pulmonaires, et rendent la respiration aussi pénible que laborieuse. Tout le monde sait que le torse humain forme un cône dont la base est en bas, tandis que les corsets forment pareillement un cône dont la base est en haut , en sorte que cette forme bigarre, jointe à l’inflexibilité que donnent à ce vêtement les baleines et même les lames de fer qu’on y adapte, tend à diminuer la force et le volume des muscles du tronc , qu’ds compriment incessamment. Dans cet

état, leur action est si faible qu’ils ne peuvent plus soutenir le poids du corps. Cette pression affaisse les mamelles , les déforme , augmente leur volume , et force leurs hémisphères à se rapprocher; au lieu de deux globes élégans , on ne voit plus qu’une masse dont le spectacle offense l'œil le moins difficile. Les mamelons immédiatement froissés , comprimés , ne peuvent atteindre chez les jeunes personnes , au degré de développement voulu par la nature pour la fin à laquelle elle les destine. Les aisselles gênées par cette cuirasse font paraître les seins plus volumineux qu’ils ne le sont; ils grossissent souvent, en effet, d’une manière disproportionnée ; et, dans tous les cas, ils perdent cette élégance de forme, l’un des attraits les plus séduisans de l’autre sexe. On a vu des femmes emprisonnées dans leurs corsets, afin de paraître moins puissantes, éprouver des spasmes, des convulsions et des évanouissemens, auxquels on ne pouvait remédier qu’en se hâtant de les mettre en liberté. Outre ces accidens , l’usage des corps baleinés détermine encore les maladies

les plus graves , telles sont les indigestions , les apoplexies , les engorgemens des viscères de l’abdomen , particulièrement du foie ; ils sont des causes communes de hernies, en s’opposant aux ondulations des viscères de l’abdomen , qu’ils compriment toujours inégalement chez les femmes grasses , et chez lesquelles ils tendent à s’échapper par les endroits qui leur offrent le moins de résistance, ils produisent aux seins, en les meurtrissant , des engorgemens glanduleux , d’où résultent ces squires funestes , douloureux , précurseurs d’une mort presque infaillible.

L’entrave des corps à baleines, chez les jeunes personnes, s’oppose au développement de la poitrine et de ses viscères. Beaucoup d’entre elles deviennent phthisiques par la seule habitude qu’elles ont de porter ce vêtement; d'autres n’ont été bossues que par l’effet de la compression inégale qu’il exerce sur les os encore si peu denses de la poitrine , compression qui force le corps de garder une attitude gênée et contraire à ses habitudes naturelles.

- iOi —

L’un des inconvéniens les plus ordinaires des corsets baleines , est de rendre l’épaule droite des femmes bien plus grosse que la gauche, parce que la première étant celle qui est accoutumée à se mouvoir et à favoriser la gesticulation , se met plus facilement en liberté, et prend, par cette raison, un accroissement dont la gauche est privée , parce qu’elle demeure constamment sous l’empire d’une compression perturbatrice.

W inslow qui, comme tous les praticiens éclairés , s’est élevé contre l’usage des corsets baleinés , et en a démontré les inconve'niens, a remarqué que les côtes inférieures des jeunes filles qu’on assujettissait, de son temps, à porter ce vêtement, étaient sensiblement abaissées , tandis que chez les femmes du peuple qui ne se servaient point de corsets, la portion cartilagineuse de ces os est naturellement plus relevée.

D’après cet exposé , tous nos lecteurs auront la même opinion que nous sur le danger qu’il y a de se vêtir de corsets baleinés , non-

seulement pour les enfans , mais encore pour les femmes les plus robustes. La raison les a proscrites de tout temps , mais la mode et les préjugés, plus puissans que la raison, ont perpétué l’usage de ce vêtement, d’ailleurs si incommode. Un souverain qui , dans le dix-huitième siècle , honora la pourpre par son humanité et par ses vertus austères , le philosophe Joseph 11 essaya vainement d’abolir la coutume des corsets dans ses états ; il rendit un décret impérial par lequel était défendu l’emploi des corsets et des paniers. Il faut l’avouer , ces précautions furent infructueuses ; et , l’opprobre répandu sur un costume consacré par des siècles d’ignorance , ne produisit point l’effet désiré. Cependant , ce que n’avait pu faire l’autorité des lois, unie à celle du bon sens, l’empire de la mode l’a obtenu sans efforts ; l’usage des corsets baleinés et ferrés est presque entièrement abandonné à Paris et dans les grandes capitales. Mais combien de femmes de la province , surtout des provinces septentrionales et des pays étrangers sont encore attachées à ce cos-

I unie bizarre et dangereux ! C’est pour elles qu’il a fallu insister, dans cet. article, sur les inconvéniens qui en résultent. Leur interet, bien entendu, devrait les engager à ne se servir d’aucune de ces entraves auxquelles un fatal aveuglement les assujettit, sous le prétexte trompeur de conserver ou d’embellir leur taille. Il est des femmes qui n’ont meme point cette frivole excuse , car dans certaines contrées , la forme des corsets baleinés tend à produire un ellét tout contraire à celui qu’en attend la coquetterie. J’ai vu dans divers états d’Allemagne , chez les personnes de la classe commune, les femmes et les fdlcs se vêtir d’un corset qui couvre toute leur poitrine ; la gorge en est aplatie , les glandes se dessèchent, et l’on ne voit plus, à la place des jolis globes façonnés par la nature, qu’une masse celluleuse , qui n’olfre rien que de repoussant au regard et au toucher.

Les dames romaines portaient un corset (dégant ; c’étaient de tous leurs ajustemens le plus brillant. II paraît que dans l’origine, ce

vêtement avait pour objet unique de relever la gorge , et que les femmes , par la suite , s’en servaient pour diminuer leur ventre et dessiner leur taille. Les jeunes personnes employaient une bande ou ceinture pour se serrer le sein et le relever.

Le Pbe'dria de Térence dit à son valet , en lui parlant d’une beauté inconnue , dont il avait été frappé : « Cette fdle n’a rien de commun avec les nôtres, à qui leurs mères s’efforcent de baisser la taille , et qu’elles obligent de se serrer le sein avec des bandes, pour paraître plus sveltes. » Ces bandes donnèrent , sans doute , l’idée des corsets adoptés ensuite par toutes les femmes de Rome , et qu’elles décoraient de toutes les parures que le luxe et l’envie de plaire pouvaient imaginer. Nous ne savons pas jusqu’à quel point ces corsets devaient être nuisibles à la santé 5 il est probable que le désir de paraître plus minces devait engager les femmes replètes à les serrer avec force , comme elles !<• font encore aujourd’hui ; mais elles n’a-

voient point imaginé d’y mettre des baleines , et conséquemment leurs corsets devaient être moins inflexibles que ceux des élégantes des siècles modernes.

Dans l’Inde , beaucoup de femmes , et particulièrement les bayadères , font un usage d’un corset à la fois élégant et commode, dont l’objet spécial est de conserver à la gorge sa forme sphérique et son élasticité. Chaque globe est renfermé dans un étui fait d’une étoffe qui a été tissue avec une écorce trèsfine, d’un arbre qui croît dans l’île de Madagascar. Ces étuis, auxquels on a donné la forme des appas qu’ils doivent renfermer, sont d’une couleur analogue à la peau des femmes qui se les appliquent ; l’étoffe en est si élastique et si fine , que l’œil trompé croit découvrir une gorge nue ; il en aperçoit les mouvemens qui ont lieu simultanément avec la respiration , et qui attestent la fermeté et la cohésion de ces organes si susceptibles de se ramollir. Le toucher, même le plus subtil, ne saurait reconnaître l’enveloppe d’avec la partie qu’elle

lui soustrait, pour l’empêcher de se flétrir prématurément. Cette précaution est si favorable à cette lin, que les bayadères conservent la beauté de leur gorge jusqu’à un âge trèsavancé, c’est-à-dire au-delà de leur trentième année ; car, c’est réellement dans ces climats qu’il est juste de dire des femmes qu’elles ne sont plus jeunes à trente ans. Aussi les bayadères ne quittent-elles jamais leur corset ; elles le gardent dans leur lit, et ces séduisantes prêtresses de la volupté ne s’en dépouillent que très-rarement, et avec la plus vive répugnance, pour l’amant le plus chéri et le plus favorisé, dans ces instans où une femme éprise n’a rien à refuser à celui qui règne sur son cœur. Le corset des bayadères se noue par-derrière, et ne cause aucune gêne à celles qui le portent. Les historiens qui ont publié qu’elles se couvraient la gorge avec un étui d’ivoire, ont écrit sur des mémoires infidèles. M. de Jouy, si avantageusement connu dans la littérature, a recueilli, pendant un long séjour fait dans l Inde, les détails que nous venons de rapporter , c’est lui qui a bien voulu nous les coramu-

niquer ; nous tenons aussi de cet écrivain que les bayadôres, lorsqu’elles se parent, enrichissent l’étoffe qui couvre leur gorge des ornemens les plus rares et les plus brillans ; les perles , les rubis et les diamans les plus précieux y sont semés avec autant de goût que de profusion.

Le corset indien ne convient ni au costume européen ni «à nos mœurs; et, comme ceux dont l’usage est adopté par la mode ont des inconvéniens graves , nous proposons aux dames de leur substituer une ceinture élastique , placée de manière à écarter les épaules plus ou moins fortement , selon la propension qu’auraient les femmes, et les jeunes personnes surtout , de laisser aller leur corps en avant. Il faudrait n’employer le corset que comme des moyens orthopédiques, prescrits par les gens de l’art, et confiés, quant à leur exécution, à d’habiles mécaniciens. Cependant, comme nos conseils ne seront pas généralement adoptés, et que la plupart de nos dames veulent avoir une taille et svelte et mince, malgré l’embonpoint et le développement que

le ventre acquiert par l’âge et à la suite des gestations multipliées ; puisqu’elles veulent montrer, en dépit des ravages du temps, une gorge relevée et élastique dont les hémisphères soient bien distincts, il leur faut des corsets I Mais qu’elles en portent au moins qui n’aient aucun des inconvéniens graves attachés aux corsets baleinés, aux corsets dont les bretelles meurtrissent les aisselles, les froissent jusqu’à altérer la couleur et la qualité de la peau, qui devient brune et rugueuse , qui s'écorche et s’ulcère quelquefois, et qui, en comprimant les clavicules , y font naître des endurcissemens glanduleux qu’il faut ensuite extirper. Les corsets que construit aujourd’hui le sieur Delacroix, habile mécanicien, qui a obtenu le suffrage des médecins , pour la perfection avec laquelle il travaille, méritent d’étre indiqués au beau sexe. Ces corsets , d'une étoffe de toile appropriée , sont élastiques , fermes et légers à la fois; ils sont parfaitement adaptés aux contours de la poitrine et du ventre, qu’ils soutiennent et empêchent de se déformer ; ils ont l’avantage d’écarter les épaules,

«le relever la gorge sans la comprimer, d’en séparer les hémisphères, d’en faire briller les formes élégantes, d’en diminuer l’énormité, de faire valoir, de renfler celles qui pèchent par un excès contraire. Dans le cas d’une extrême petitesse de la gorge, l’habile artiste est parvenu à la simuler, avec la plus extrême fidélité, par un mécanisme adapté au corset, et qui trompe le loucher aussi bien que l’œil. Voici l’idée générale qu’on peut se faire des corsets , dont nous empruntons la description à M. le docteur Firiau : i° le devant du corset est monté avec des ressorts élastiques, plus étendus et plus mobiles à la partie inférieure , pour s’accommoder à la plus grande mobilité des cotes en cet endroit; 20 la partie postérieure des épaulettes est aussi montée avec des ressorts élastiques, pour ne pas gêner les mouvemens de l’épaule et du bras ; 3° des goussets élastiques placés sur les parties latérales et postérieures du tronc , embrassent la saillie des hanches et se terminent par des jonctions circulaires qui retiennent le corset au lias, et l’empêchent de remonter; ces jonctions ont

encore l’avantage de prévenir les inconvéniens attaches aux jonctions circulaires, qui gênent toujours plus ou moins la circulation dans les extrémités inférieures, et disposent aux varices ; 4° dans le cas où une épaule , manifestement plus basse que l’autre, a besoin d’être soutenue et élevée graduellement, le sieur Delacroix adapte avec avantage à ces corsets une petite mécanique également simple et ingénieuse; celte machine se compose principalement d’une tige mobile à crémaillère , qui engrène dans les dents d’un pignon ou petite roue qu’on fait mouvoir au moyen d’une clef placée dans un trou carré pratiqué au centre de la roue ; la tige se termine en haut par un croissant matelassé qui embrasse et soutient le bras et l’épaule , qu’on peut ainsi élever ou abaisser à volonté , suivant le sens dans lequel on fait tourner la roue. L’addition de cette machine n’augmente point le volume des corsets, et ne cause pas la plus légère incommodité. Le sieur Delacroix , à qui l’orthopédie doit une foule d’applications ingénieuses de sou art, varie; la forme de scs cor-

sels selon les circonstances, et les adapte aux difformités qu’ils sont destines à combattre ou à prévenir, lorsqu’il en est temps encore. Nous nous proposons, dans l’article Orthopédie , de faire mieux connaître toutes les inventions qui sont dues ii cet excellent mécanicien.

Depuis que les femmes ne portent plus de corsets baleinés , elles y ajoutent une lame de baleine, le plus souvent d’acier, qu’on nomme buse , et qu’on introduit dans une coulisse qui partage le corset en deux , de telle sorte que l une des extrémités de ce buse sépare, en les froissant, les deux hémisphères de la gorge. Ce buse , large de deux ou trois travers de doigt , est appliqué sur la poitrine, l’estomac et tout le reste de l’abdomen jusqu’au pubis. Cet instrument, qui a fort mauvaise grâce , a l’inconvénient d’exercer une compression inégale, et, par conséquent, incommode. Le sieur Delacroix l a banni de ses corsets, et y supplée par la manière ingénieuse dont il construit ceux-ci , qu’il adapte parfaitement aux parties qu’ils doivent cou-

tenir. Ceux qu’il fait pour les jeunes personnes, ou pour les femmes qui n’ont point un gros ventre, ni une gorge qu’il faille diminuer ou augmenter , par le secours de l’art , sont d’une extrême simplicité , ils soutiennent uniquement la taille et les seins.

Beaucoup de femmes , non contentes des avantages qu’elles retirent des corsets élastiques , veulent encore qu’ils servent à les faire paraître minces , malgré leur embonpoint ; à cet effet, elles se font lacer avec tant de force, qu’effectivement leur taille diminue d’une manière sensible , au risque de demeurer raides comme des statues , et qu’ainsi cruellement ficelées , elles courent à chaque instant le danger d’étouffer. Ce sont surtout les femmes obligées de paraître en public qui ont recours à cette espèce de torture. On en voit qui , à force d’être serrées , se trouvent mal au milieu de leurs exercices ; quelquefois , c’est là le plus fâcheux pour leur amourpropre , les efforts qu’elles font afin de respirer, permettent à leurs seins de s’échapper

des cruelles entraves où ils étaient retenus. Si elles savaient combien cette pratique est vicieuse pour leur saute, et combien elle leur donne mauvaise grâce et les fait paraître ridicules, elles consentiraient à paraître un peu plus grasses , et se borneraient à se vêtir d’un corset e'iastique qui soutiendrait suffisamment leur taille et relèverait leurs appas.

Je reviens maintenant à notre sujet.

Tandis que Texamen de la bouche , qui devrait être l’objet d’une surveillance bien plus sévère , est indéfiniment ajourné, on néglige de le faire , quand on passe en revue les pensionnaires, qui, n’y attachant alors aucune importance , pensent beaucoup plus à entretenir la blancheur de leurs mains que celle de leurs dents , à soigner leurs ongles qu’à prier qu’on leur fasse limer une ou deux dents qui commencent à se carier, ou d’en redresser qui rendentleurbouche difforme, et déparent l’un des plus beaux agrémens , l’un des plus beaux titres à l’avantage de plaire et de charmer.

L’expérience prouve , contre la répugnance de ceux qui craignent l 'emploi de la lime sur les dents , que cette opération n'est pas dangereuse ; et d’ailleurs , sans cet instrument, manié parunemain habile, comment conserverait-on lesdentsdont l’émail et la substance osseuse ont été détruits par la carie? L’usage de la lime pour les dents date du premier siècle de 1ère chrétienne : c’est à deux médecins célèbres que l’on en attribue la première idée. Les nègres africains ne donnent -ils pas une forme conique à leurs incisives en les limant avec une grande adresse? Mais malgré les heureux effets que la lime peut produire, il fautcependantconvenir que son usage doit être réglé par l’état de santé de ceux qu’on opère, par leur âge et le degré que leur a fait atteindre l’accroissement.

Une mère, en abandonnant sa fille à des soins étrangers, doit s’informer s’il y a un dentiste attaché à la maison où elle doit être élevée. Un des premiers soins d’une institutrice intelligente, et jalouse de mériter de plus en plus la confiance des paï ens qui lui don-

nent la préférence , doit donc être aussi de faire choix d’un dentiste éclairé, et non d’un barbare ignorant , comme on en compte beaucoup au dehors, et même dans la capitale ; qu’on se procure souvent à vil prix , et qu’on peut appeler un véritable arracheur de dents , parce que effectivement il arrache et ne sait point conserver , ce qui doit faire redouter ses opérations hasardées , brusques, irréfléchies , et qui plus est, cruelles.

Il n’est pas rare de voir des hommes qui n’ont pas la moindre notion de l’art de guérir, être assez effrontés pour entreprendre de faire des opérations qui exigeraient toute l’habileté , toute la prudence d’un homme instruit , et dont le résultat est accompagné souvent des suites les plus graves. On lit dans Fauchard, qu’un coutelier, sans doute parce qu’il faisait des instrumens pour les dentistes, se mêlait d’extraire des dents. Un jour, dit cet auteur, il voulut ôter une petite molaire de lait qui était noire , et devait bientôt tomber: surpris de ce qu’elle n’avait pas de racines,

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