‹ Le dentiste des damesChapitre 8 sur 37 · MC · texte numérisé non relu

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il crut que celles-ci e'taient restées dans l’alvéole ; son opinion s’affermit en voyant la dent de remplacement qu’il prit pour la racine elle-même : alors , il entreprit de l ôter ; mais combien ne dut-il pas être étonné ! c’était une dent entière destinée à remplacer celle dont il avait ôté la couronne. Aussi adroit que fourbe et éhonté, il ne laissa pas connaître aux assistans son erreur que le temps seul lit découvrir.

Mademoiselle Ch , à Munich, avait une

dent molaire de sept ans à la mâchoire inférieure, du côté gauche, cariée à sa partie latérale extérieure. Elle consulta un dentiste de cette ville; il lui dit qu’il fallait extraire la petite molaire, qui était très saine, afin d’avoir de la force pour plomber l’autre ; et cependant un seul coup de lime a sauvé les deux dents 1 Gomment, dans un temps où l’art a fait de si grands progrès , existe-t-il des ignorans qui osent le professer sans en avoir la moindre notion ?

Mais revenons aux précautions qu’il faut

prendre relativement à celui auquel on eonlie le soin de la bouche des enfans dans les pensions.

Une fois le choix fait d’un dentiste , il faut qu’une maîtresse de pension exige qu’il vienne visiter deux fois par mois toutes les bouches ; et si, d’après cette convention expresse, il n’est point assidu , s’il s’expose au reproche de montrer de la négligence, c’est qu’il n’est ni l’ami de son art, ni de sa réputation, ni meme de l’humanité. 11 faut, sans hésiter, en choisir un autre, parce qu’un enfant qui arrive à 1 époque des secondes dents , et dont la bouche est négligée, se trouve exposé tout à coup à une foule de maux imprévus qui altèrent insensiblement, affaiblissent et finissent par détruire sa constitution , ce qui le condamne à traîner une vie languissante et à dépérira vue d’œil. La preuve de ce que j’avance, c’est qu’il est rare qu’un enfant perde ses dents de lait sans qu’elles soient presque toujours cariées. 11 ressent de la douleur dans un des cotés de la bouche; alors, il cesse d’y porter

des alimens, parce que leur pression , le chaud ou le froid lui causent de violentes douleurs. Il n’ose pas se plaindre, dans la crainte qu’on lui ôte une dent; alors, le tartre s’empare de toutes à la fois. Le contact de celle qui est cariée avec celle qui ne l’est pas est la cause, qu'en quelques mois, trois ou quatre dents sont entièrement perdues. Les ulcères , les aphthes surviennent; la bouche est toute enflammée; l’enfant est attaqué d’une forte fièvre; il ne consent à prendre que des liquides; ils lui sont insupportables ; on appelle un médecin , et , suivant l’usage, il prend le pouls qu’il trouve agité ; il regarde la langue qui est alors saburrale, les bords très rouges. Il ne peut douter, d’après ces symptômes, que c’est un embarras gastrique. Il fait vomir et purger le malheureux enfant qui a déjà l’estomac délabré. Après de telles secousses , fruits de l’imprévoyance ou de la négligence , comment ne verrait-on pas une foule d’êtres malingres , mélancoliques , n’osant rien manger dans la crainte d’avoir une indigestion, qui sont à charge à eux-mêmes et aux autres, indifférons sur tout,

repoussant ce qu’on leur offre, ne pouvant «■carter d’eux le sombre chagrin , le dégoût et l’ennui qui les entoure, et finir tristement sans avoir compté un instant de bonheur et de jouissance? Qu’on ne m’accuse pas d’exagération, si j’allirme et si je soutiens que c’est au peu de soins qu’on a de la bouche des enfans, ou à l’impéritie des hommes appelés à les traiter, à les guérir, que sont dues tant de constitutions frêles et débiles.

Institutrices attentives et soigneuses , on doit vous combler d’éloges, lorsque vous aimez à prodiguer les soins qui vous honorent à mes yeux.

Mais vous, espèces de maîtresses qui négligez les enfans qui sont autant de trésors pour ceux qui vous les ont remis dans les mains, le blâme doit vous atteindre et vous punir, puisque vous montrez aussi peu de vertus , qu’on se plaisait à vous en supposer dans la noble profession que vous exercez.

Si, dans ce petit ouvrage, je déclare Iran-

chôment la guerre à la stupide insouciance , a l’impré voyance , à la présomptueuse incapacité, que je me suis permis de combattre avec toute l’énergie d’un homme de bien, profondément indigné de leur permanente opiniâtreté, c’est que les maux qui en résultent et que je vois avec douleur déborder tous les jours, m’affectent vivement en les épiant , en les étudiant pour pouvoir en diminuer la masse quand ils me semblent incalculables. Il m’a donc fallu prendre la ferme résolution de soulever contre ces vrais fléaux, les âmes froides qui ne se doutent pas meme de l’influence maligne qu’ils exercent et des ravages qu’ils occasionent.

Tonner contre des abus aussi crians, c’est coopérer à extirper un vice qui pèse sur la plus intéressante portion des générations naissantes ; c’est éclairer les bien intentionnés de tous les pays ; c’est servir utilement le sien ; c’est rendre service aux familles qui font des sacrifices en pure perte , souvent au-dessus de leurs facultés, et meme aux plus distinguées , soumises encore à une foule de préjugés vulgaires et

dangereux , dont elles semblent refuser de s’affranchir; c’est leur faire ouvrir les yeux sur une partie trop négligée et intimement liée à la santé, à la conservation des tendres objets de leur affection; c’est, enfin, les convaincre de la nécessité d’user d’une prévoyance cpie commandent à la fois la nature , l’humanité , le devoir et la morale.

Dans tout ce qui regarde l’intérêt public , l’homme impartial et juste doit louer ce qui est bon , et blâmer ce qui est mauvais. L’éducation physique des enfans ne doit-elle pas , par exemple, fixer l’attention de tous les chefs de famille en général, qui, pleins de confiance dans les soins qu’on a promis de donner à leurs enfans placés dans diverses pensions , se reposent entièrement sur ces promesses qu’on dirait faites de bonne foi, et ne s’aperçoivent qu’ils sont trompés que lorsqu’il est trop tard pour y remédier : c’est donc un service à leur rendre que de les en avertir. Autant je me suis plu à vanter ces maisons où l’on n’a rien à désirer et où le zèle va meme au delà de votre

attente pour tout ce qui regarde la santé et l’instruction des pensionnaires, autant je devrais signaler la pension de garçons la plus considérable peut-être de Paris, dans laquelle on compte près de cinq cents élèves, dont plusieurs m’ont été présentés. Leur bouche était dans un tel désordre , qu’il m’a été impossible d’y rien faire, notamment à celle du fils ou neveu de M. D... , banquier. Le jeune homme a perdu entièrement, par une négligence qui mériterait plus que des reproches des païens , les quatre incisives et les deux canines de la mâchoire supérieure à quatorze ans. Gomment cela n’arriverait-il pas fréquemment , lorsque le chef de cet établissement prend cinq francs pour chaque enfant , pour le dentiste ; qu’il s’en attache un des plus famés, auquel il ne donne qu’un franc par élève, moyennant trois ou quatre visites par an, pour la totalité des enfans, faites en courant, quand il faudrait régulièrement y aller tous les quinze jours une fois , pour qu’on ait le temps de visiter plus de bouches et les bien traiter? Je sais que M. Laforgue a refusé cet

emploi, parce qu’il voulait faire sou devoir, mais être mieux paye'. Un autre, non moins habile , mais plus désintéresse sans doute ou plus dispose' à ne prendre de peine qu 'autant qu’on le paie , a cru devoir accepter.

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