‹ Le départ de l'île d'ElbeChapitre 8 sur 14 · III · texte numérisé non relu

III

Napoléon lit à Ptle ^d'Elbe non seulement des journaux et des brochures, mais des lettres particulières, les lettres qu'il reçoit et celles que reçoivent les soldats, les officiers.

L£ DÉPART D£ L'ILE D'ELBË 85

les fonctionnaires. Le chef de bataillon Malet ne recommandait-il pas à tous les grenadiers qui retournaient en France, d'envoyer des nouvelles à leurs camarades ?

La police française s'efforçait d'intercepter ces messages, et Beugnot fit parfois de beaux coups de iilct. Le 13 juillet^ ses agents prirent à M"*® la générale Bertrand des papiers qu'elle portait à Pile d'Elbe, et peu après, lorsque la mère de M™« Bertrand, M™<» Dillon, voulut envoyer à sa fille des bonnets brodés où elle cacha quelques lettres, Beugnot dit malicieusement à &P® de la Tour de Pin:

« Prévenez donc M™® Dillon que M™^ Bertrand n'a pas besoin de bonnets brodés, i» Mais ce que Beugnot avait enlevé à la générale Bertrand était insignifiant^ et ce fut cette dame qui remit à Napoléon des lettres du prince Eugène.

La correspondance de Paris avec l'île d'Elbe était organisée avec habileté. Elle passait d'abord par les mains du général Evain, chef de la 6® division ou burea/u de l'artillerie au ministère de la guerre; Evain l'adressait à sa sœur, directrice de la poste d'Angers, et M"^ Evain la transmettait simplement au directeur de la poste de Toulon qui l'envoyait à Porto-Ferrajo. Deux personnes connaissaient le secret: le colonel de Caux, collègue d'Evain, chef de la division

du génie, ot Masséna. C'est pourquoi, dit-on, le maréchal fut, après les Cent jours, disgracié par les Bourbons; ils lui reprochèrent d*avoir laissé le directeur de la poste de Toulon communiquer avec l'île d'Elbe.

Mais il existait d'autres moyens d'expédition. Tous les baleaux génois et elbois apportaient des lettres : Peyrusse assure que ses relations avec ses amis ne'furent jamais interrompues, et Méneval, sous le couvert des négociants viennois, envoyait par Livourne et Florence tout ce qu'il voulait.

Quant aux lettres qui partaient deTîle d'Elbe pour la France, elles passaient par Gènes et par la Suisse. Le plus souvent^ un bateau elbois les remettait à des courriers de Piombino^ ou bien VInconstant les portait aux stations postales de Civita-Vecchia, de Gènes et de Naples ou bien elles étaient confiées à des voyageurs.

C'est ainsi que Napoléon correspondait avec le continent. Il a raconté qu'il reçut 5.000 lettres d'officiers et de soldats qui lui demandaient du service : 500 de France, 2.000 de Corse^ 2.1100 de Gênes, du Piémont et du reste de l'Italie ; tous, licenciés ou revenus de captivité^ connaissaient la France et rendaient compte de l'état des esprits.

Les lettres que son entourage lui communiquait, contenaient parfois des choses intéressantes ou instructives.

Un jour, c'était une lettre qu'un grenadier de la garde avait reçue de sa mère, une Verdunoise. La brave femme écrivait ^qu'elle aimait son fils bien davantage, depuis qu'il était auprès de l'Empereur : a C'est comme ça que les honnêtes gens font. Je te crois bien qu'on vient des quatre coins du monde pour le voir, car ici Ton est venu des quatre coins de la ville pour lire ta lettre, et chacun disait que tues un homme d'honneur. Les Bourbons ne sont pas au bout et nous^n'aimons pas ces messieurs. Je n'ai rien à t'apprendre sinon que je prie Dieu et que je fais prier ta sœur pour l'Empereur et Roi. » Tout le monde à l'île d'Elbe lut cettre lettre, et l'Empereur dit : tt Bien qu'elle ne soit pas écrite en style d'académie, elle m'en apprend plus que les journaux. » Il 6t venir le grenadier et lui donna plusieurs napoléons : « Tu écriras à ta mère que je la remercie de ses bons sentiments pour moi. y>

Un autre jour, c'était une lettre de Cambon àPons. L'ancien conventionnel écrivait que les Bourbons, naguère expulsés de France, « maintenant s'expulsaient eux-mêmes du cœur des Français. Ce sont, ajoutait Cambon, des esclaves de l'Angleterre, ils n'ont de vie que par et pour l'Angleterre. Cela ne peut pas durer. » Cette lettre fit une vive impression sur l'Empereur. Il félicita Pons d'avoir un ami comme

Gambon ; il trouva que Cambon était un homme d-expérience ot d'un esprit pénétrant. Les mots Cela ne peut pas durer hxi semblaient une prophétie, et Pons comprit que Napoléon avait déjà la pensée du départ.

Un autre jour, c'étaient des lettres d'officiers de la garde. Albert, Vassilier, Fabre écrivaient à leurs camarades de l'île d'Elbe qu'ils avaient refusé, comme bien d'autres, de reprendre du service, qu'ils avaient juré de ne tirer l'épée que pour rétablir Napoléon sur le trône de France.

Chaque courier, a dit Pons, apportait des vœux pour le retour du Père la Violette. .

Aux lettres s'ajoutaient les visites des Français qui venaient présenter leur hommage à Napoléon et lui apporter des nouvelles.

Ils ne furent pas nombreux. Mais certains> Boinod, Bertrand, Galeazzini, méritent une mention *.

Bertrand, inspecteur général des forêts, était le frère du général. Il fit deux séjours à

1. Sur Boinod, voir pins haut ; sur d'antres comme Du* monUn, Fleury de Chaboulon et Gbarles* Albert, voir le chapitre vm ainsi qne les Tolumes suivants.

l'tie d'Elbe, une première fois en venant de France, une seconde fois, au retour de Rome»

et l'Empereur, très interrogant, comme on sait, Paccabla de questions.

Jean-Baptiste Galeazzini, comme Boinod, était un ancien ami de Napoléon ; il s'établit dans Tîle et il la quitta lorsque Napoléon la quitta. Il arriva le 5 décembre et il eut dans la soirée une longue conversation avec PEmpereur. C'était le Galeazzini qui avait, comme il écrit lui-même, commencé la Révolution en Corse ; il avait été maire de Bastia, commissaire du Directoire dans le département du Golo, commissaire général durantiiuit ans à l'Ile d'Elbe qui lui avait, selon le mot de Pons, beaucoup d'obligations, et, au mois d'avril 1815, Napoléon le nomma préfet de Maineet-Loire. Fort intelligent et instruit, le plus distingué, dit encore Pons, de tous les Corses dont l'Empereur s'entourait, il renseigna, lui aussi, son souverain sur l'état des esprits en France et tous les jours il allait s'entretenir avec lui.

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