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ville était devenu sombre, la pimpante cour de Lorraine n’existait plus. Bientôt après (avril 1731) le duc partit pour Bruxelles, emportant de superbes cadeaux et laissant la régence à sa mère. Ce fut un voyage à travers l’Europe qu’il entreprit, visitant la Hollande, l’Angleterre, la Prusse. Mais c'était Vienne le véritable but de son voyage; il y arriva le 22 mai 1732, avec le titre de vice-roi de Hongrie que venait de lui décerner l’empereur, et il se rendit aussitôt à Presbourg. C’est pendant qu’il séjournait en Autriche que son duché fut de nouveau sillonné par les régiments français en route pour l’Allemagne (octobre 1733) où les appelait la guerre dite de Sept-Ans. Nancy et plusieurs autres places furent occupées en dépit de timides protestations de la duchesse régente.
Le cardinal Fleury avait préparé depuis quelque temps un traité qui annexait le Barrois et la Lorraine à la France en échange du duché de Toscane. Le mariage de François IIT avec Marie-Thérèse faillit faire échouer cette combinaison. Mais Fleury, conseillé par Chauvelin, sut prendre l'Autriche par son faible : l’argent. L’Autriche était obérée, ruinée par la guerre ; Fleury offrit une somme équivalente à la totalité des revenus des états du duc de Lorraine. Après bien des tergiversations, le traité fut signé le 15 février 1737; la Lorraine et le Barrois étaient provisoirement cédés au roi détrôné de Pologne, Stanislas, beau-père du roi de France, après la mort de qui elles devalent faire définitivement retour à la France.
Dix ans plus tard, le duc François III de Lorraine devenait empereur d'Autriche (1745).
C'en était fait désormais de la nationalité lorraine. La triste nouvelle fut accueillie par la duchesse-régente et par ses sujets avec un morne désespoir, mais chacun se soumit. Que pouvait faire, abandonné par son duc, le pauvre petit pays de Lorraine ?
La duchesse Eléonore avait demandé d’abord à pouvoir rester à Lunéville, où tout lui rappelait le souvenir de son mari Léopold, mais sa présence en Lorraine parut un danger. On lui offrit comme résidence le château de Commercy, récemment embelli par Charles de Vaudémont, le fils de Charles IV. Elle accepta, heureuse ainsi de ne pas s'éloigner de la Lorraine. Elle voulut cependant, avant de dire adieu à son duché, à ses chers sujets que le malheur réunissait autour d’elle, leur donner une dernière image, bien affajblie, des splendeurs passées, et le 5 mars 1737, elle faisait célébrer, avec le luxe princier d'autrefois, le mariage par procuration du prince de Savoie-Carignan, futur roi de Sardaigne, avec sa file aînée Elisabeth-Thérèse de’Lor=
raine; sa seconde fille, Anne-Charlotte, devenait abbesse de Remiremont. Ce fut un dernier éclair; le lendemain tout retombait dans l’ombre, et la dernière duchesse régnante de Lorraine, par une froide matinée de mars, s’enfuyait du palais de Lunéville qu'avait édifié son mari, suivie dans sa retraite des pleurs et des lamentations de ce bon peuple lorrain, si attaché à ses souverains, qui perdait à la fois son existence propre, son indépendance et les derniers rejelons de ses anciens ducs.