‹ Le département de Vosges: description, histoire, statistiqueChapitre 12 sur 101 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

SOMMAIRE : Le roi Stanislas. — Réunion de la Lorraine à la France.

Ce n’est plus la Lorraine et cein’est pas la France ; tel peut se résumer le règne de Stanislas, transition habilement ménagée par les diplomates. Le nouveau maitre de la Lorraine, celui qui devait le dernier porter ce titre, jadis si haut, Stanislas Ier, avait déjà 55 ans. Déchu du trône de Pologne, il allait gouverner pendant près de trente ans la Lorraine en souverain éclairé et débonnaire, facilitant à ses nouveaux sujets l’acceptation du nouvel ordre de choses, préparant peu à peu l’assimilation complète avec la France. Toutefois, auprès de lui, un intendant sec et dur, Chaumont de la Galaisière(1), agissait là pour le compte de la France, et si les bienfaits du règne de Stanislas transformèrent heureusement les sentiments des populations lorraines à l’égard de la France, les manœuvres de la Galaisière retardèrent assurément les progrès de l’influence française. Souverain simple, aimable, tolérant, presque philosophe, Stanislas avait tout ce qu'il fallait pour ramener ses sujets et les conquérir peu à peu. Habile courtisan, mais encore plus fonctionnaire rigide, la Galaisière, d’ailleurs homme du monde accompli, fut imposé à Stanislas comme chancelier et garde des sceaux de Lorraine. Quand Stanislas vint prendre possession de son duché, le 8 avril 1737, à Nancy, il trouva la Galaisière déjà installé depuis deux mois. Les premiers moments furent difficiles, et les disputes entre lorrains et soldats français étaient fréquentes. La Galaisière voulait sévir impitoyablement; Stanislas l’en empêcha. En 1740, une émeute des seigneurs lorrains fut réprimée avec plus de sévérité, sans toutefois coûter la vie à personne. En 1744, une alerte fort vive fut causée en Lorraine par l’approche de troupes allemandes que commandait le prince Charles-Alexandre de

(1) Chaumont de la Galaisière (Antoine-Martin) né le 2 janvier 1697.

Lorraine, frère du dernier duc François IIT. Le prince Charles n'avait pas renoncé aussi facilement que son aîné au duché, berceau de sa famille. La France ayant déclaré la guerre à Marie-Thérèse, l’armée autrichienne s’avança jusqu'en Alsace, et Stanislas prit peur et s’enfuit à Nancy, tandis qu’il envoyait sa femme, Catherine Opalinska, à Meudon. Les paysans lorrains avaient l'oreille tendue aux voix qui, comme celle du prince Charles-Alexandre, leur parlaient de l’ancienne famille ducale. La proclamation de Marie-Thérèse annonçant que François III reviendrait sur le trône de ses pères les combla de joie, On vit le soir, aux sommets les plus élevés de la chaîne des Vosges, de gigantesques feux allumés par des mains inconnues. On crut non sans raison que c’étaient des signaux d’appel. Un chef croate menaçait de pillage les habitants s’ils ne se prononçaient pas pour leurs ducs légitimes. Les braves Lorrains ne demandaient pas mieux. Peu après, le prince Charles-Alexandre envahissait l'Alsace par Wissembourg, refoulant les Français devant lui. Les sommets vosgiens s’illuminèrent des mêmes feux d’appel qu'on avait déjà remarqués; on en vit luire même aux environs de Saint-Dié. Stanislas épouvanté courut s’'enfermer dans Metz. Mais la Galaisière ne perdit point la tète; il para aux premiers périls et put les conjurer ; d'autres événements rappelèrent en Autriche le prince Charles-Alexandre, et les Lorrains n'éprouvèrent qu’une cruelle déception de plus. La visite à Lunéville de Louis XV, à peine guéri de sa grave maladie à Metz, était une mince compensation à leurs espoirs avortés.

Stanislas put revenir à Lunéville, dans cette cour polie, spirituelle et gaie qu'amusait Madame de Boufflers, et où Helvétius et Montesquieu vinrent le visiter. Devenu veuf en 1747, il put librement afficher son penchant pour Madame de Boufilers, qui fit désormais les honneurs de sa cour. On chercha bien à l’en distraire en lui faisant habiter quelque temps le château de Commercy, où Mme du Châtelet régnait en maître sur le cœur de Voltaire et celui de Saint-Lambert; mais Mme de Boufflers l’y suivit. Puis tout ce.joyeux monde, y compris Voltaire, retourna à Lunéville, au milieu des plaisirs (1749). Ce fut là que, le 16 janvier 1751, à l’instigation du comte de Tressan, un édit de Stanislas fonda à Nancy l’Académie qui porte son nom et qui soutient si dignement le renom de la Lorraine littéraire, scientifique et artistique, Montesquieu en fut un des premiers membres. Le 9 février suivant eut lieu, à Nancy, la séance d’inauguration, L’'Académie de Stanislas était créée.

Une lutte entre M, de la Galaisière et la cour souveraine de Nancy,

au sujet des impôts et des corvées, causa de grands soucis à Stanislas. La Galaisière fut inexorable; onze membres de la cour souveraine furent exilés à Lunéville. Leur popularité fut immense; la noblesse les défendit et Choiseul, duc lorrain devenu ministre en France, leur donna raison. La Galaisière dut se soumettre et renoncer à doubler l'impôt du vingtième.

Stanislas fit dans les Vosges, surtout à Plombières, d’assez fréquents séjours. C’est lui aussi qui aida à réparer le désastre causé à Saint-Dié par l'incendie qui dévora cette ville en 1757. Il donna 100,000 livres pour la reconstruction de la ville.

C’est aussi sous son règne, en 1740, que f’on construisit les casernes d'Epinal, sur les plans de l’architecte Le Pan.

La vieillesse de Stanislas fut triste et solitaire; il avait vu disparaître successivement toutes celles et tous ceux qui avaient charmé sa maturité, égayé sa cour. La mort de son petit-fils, le dauphin de France, en 1761, l’affligea profondément, ainsi que l’expulsion des Jésuites, en 1762, Les infirmités commençaient à l’accabler; il était devenu presque aveugle et envahi par un embonpoint excessif qui lui interdisait la marche. La solitude s'était faite lentement autour de lui, grâce à ses propres efforts, qui avaient tendu constamment à faire de Paris, au lieu de Nancy, le centre où devaient se diriger les yeux des Lorrains. Le 23 février 1766, il expirait en proie à de vives souffrances, sans avoir rien perdu, cependant, de sa verve et de sa gaieté, à la suite de terribles brûlures qu’il s'était faites un soir en s’assoupissant au coin du feu et en tombant dans le brasier.

Le 24 février 1766, La Galaisière proclamait les deux duchés de Lorraine et du Barrois réunis à la couronne de France.

Désormais les destinées de la Lorraine se confondent avec celles de la France. L'histoire de la Lorraine, l’histoire des Vosges, c’est l’histoire de France. On a vu combien peu d'événements marquèrent l’histoire particulière des Vosges sous le règne des derniers ducs et sous celui du roi Stanislas. C’est l'histoire de la Lorraine que nous avons écrite, autant et plus que celle des Vosges spécialement. À partir de 1766, c’est bien pis encore. Avec la nationalité lorraine, la vie politique particulariste a entièrement disparu.

Il n’y a guère à signaler que la création d’un évéché à Saint -Dié, décidée par bulle papale du 91 juillet 4777. Le nouveau siége épiscopal fut attribué au frère de l’ex-garde des sceaux, M. Chaumont de la Galaisière(1), qui fut nommé à ce poste, le %4 septembre 1777

(1) Chaumont de la Galaisière (Barthélemy-Louis-Martin).

— 9% — etentra en fonctions le 28 octobre suivant. Le séminaire ne fut créé qu’en 1779.

Le collège d’'Epinal était étabh dès 1768.

On peut mentionner aussi deux inondations qui dévastèrent Epinal en 1718 et en 11782; la première surtout, connue sous le nom de « Déluge de la Saint-Crépin », parce qu’elle se produisit le 25 octobre, jour de la fète de ce saint, causa de grands ravages, entraînant les quatre ponts, même celui du Boudiou, qui était en pierre. On a dit : « heureux les peuples qui n'ont pas d'histoire! » On serait tenté d'appliquer ce dicton à notre pays. C’est du jour où l’on cesse de parler de lui qu’il commence à se relever de ses ruines. Son rôle économique commence lorsque cesse son rôle historique. Au fracas de la guerre succède celui de l’industrie : papeteries, filatures, etc., et le sol vosgien, si souvent labouré par les hordes étrangères, engraissé par elles, ne connaîtra plus de longtemps que les paisibles labeurs de l'agriculture.

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