‹ Le département de Vosges: description, histoire, statistiqueChapitre 13 sur 101 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Souwamme : La Révolution. — Création du département des Vosges. — Féte de la Fédération.— Les élections. — Suppression du chapitre de Remiremont.— Les bataillons de volontaires. — Les Vosges ont « bien mérité de la Patrie ».

Les préludes de la Révolution ne causèrent pas d’agitation sensible dans les Vosges. C’est presqu’exclusivement à Nancy que se concentra l'émotion politique. Les Vosges ne prirent part au mouvement que lors de la convocation de l’assemblée provinciale de Lorraine par le miaistre Loménie de Brienne, qui se réunit à Nancy le 18 août 1787. Parmi les 24 membres qui la composaient, les Vosges comptaient comme représentants : l’évêque de Saint-Dié, Chaumont de la Galaisière; D. Voegien, procureur du roi à Epinal; François Haxo, prévôt de Saint-Dié. Ces 24 membres en élurent 24 autres, parmi lesquels l'abbé de Moyenmoutier, dom Gaillard ; Noël, avocat à Remiremont, et Febvrel, proeureur du bailliage de Bruyères. Les travaux, très sérieux et très bien dirigés pourtant, de l’Assemblée provinciale, n’aboutirent pas, par le mauvais vouloir de l’intendant de la Porte de Meslay, qui avait succédé en 17{8 à la Galaisière. Une mesure prise par Brienne contre le Parlement mit le feu aux poudres. Le premier président Cœurderoi protesta hautement (mai 1788) près du gouver-

(1) Voir, pour plus de détails, l'ouvrage de l'auteur de cette notice : Les Vosges pendant la Révolution; 1 vol. in-8, chez Berger-Levrault et Cie.

neur de Nancy, Choiseul-Stainville, contre la suppression d'une chambre de la cour souveraine. On lui répondit par l'exil du Parlement. La guerre des pamphlets commença, passionnant tout le monde qui avait nettement pris parti pour les magistrats. Le remplacement de Brienne par Necker (septembre 1788) mit seul fin au conflit qui se préparait. Le Parlement rentra à Nancy au milieu de l’allégresse publique.

Dès lors, les événements marchèrent à grands pas. Convoqués par un édit royal de Louis XVI du 7 février 1789, les électeurs de Lorraine se réunirent dans quatre grands bailliages pour nommer les électeurs, puis les députés aux Etats-Généraux. Les bailliages qui devaient, l’année d’après, former le département des Vosges, votèrent à Mirecourt, sauf le bailliage de Lamarche qui vota avec le Barrois. Plusieurs villages d'Alsace, tels que Ste-Marie-aux-Mines, votaient avec les baïlliages des Vosges.

L'élection des députés eut lieu à Mirecourt le 31 mars 1789. L'abbé Galland, curé de Charmes, prêtre estimable et bienfaisant, et l’anbé Godefroy, curé de Nonville, furent élus députés du clergé aux Etats Généraux. La noblesse élut deux maréchaux-de-camp(1) : de Toustain de Viray et Thibaut de Menonville. Quant au tiers-état, ses députés furent : Petit-Mengin, procureur du roi à Saint-Dié; Chantaire, conseiller au bailliage présidial de Mirecourt ; Fricot, procureur du roi à Remiremont, et de Cherrier, lieutenant-général du bailliage de Neufchâteau. Ce devoir accompli, tout rentra dans le calme. Ce n’est qu’à Toul que des mesures d’ordre mal prises amenèrent l’incarcération de François de Neufchâteau et de quelques autres délégués que e marquis de Bouillé, gouverneur de Metz, fit relaxer aussitôt qu’il connut leur arrivée à Pont-à-Mousson.

Les cahiers de vœux et doléances que les députés étaient chargés de présenter au roi étaient tous conçus dans les termes les plus modérés et contenaient les vues les plus justes et souvent élevées. Mais ils furent bien vite distancés par les événements, surtout en ce qui concernait le rétablissement des privilèges et immunités de la vieille Lorraine que tous réclamaient indistinctement.

Les Etats Généraux devinrent bientôt l’Assemblée nationale constituante qui procéda à une transformation radicale de l’administration civile et judiciaire du pays. La prise de la Bastille (44 juillet 1789) vint mêler l'élément populaire à ces réformes. Les Vosges n’eurent

(1) Généraux de brigade.

d'autre contre-coup de ces graves événements que quelques mouvements insurrectionnels contre les abbayes de Flabémont et de Morizécourt qui furent vite apaisés.

L'organisation des gardes nationales, puis l'élection des municipalités quelques mois après, témoignèrent de nouveau de l'esprit de modération des électeurs vosgiens. Comme pour les députés aux Etats généraux, les choix se portèrent sur d’anciens fonctionnaires de la monarchie, expérimentés et libéraux. A Epinal, Donat Vosgien, avocat du roi, fut élu maire; à Mirecourt, Bénit, lieutenant-général du bailliage ; à Remiremont, Ambroise Richard, officier du chapitre, et ainsi partout ailleurs. |

L’année 1790 vit la création du département des Vosges (4 mars). Neuf districts ou arrondissements, correspondant à peu près aux anciens bailliages, formaient le département : Epinal, Bruyères, Darney, Lamarche, Mirecourt, Neufchâteau, Rambervillers, Remiremont et Saint-Dié. Chaque district fut divisé en cantons{1), 62 au total. Le département des Vosges, tel que nous l’avons connu avant la fuñeste guerre de 1870, était constitué, sauf quelques parcelles de territoire dépendant de la principauté de Salm, comme Senones, ou de l’Alsace, comme Schirmeck, qui lui furent ultérieurement rattachées. Quant au chef-lieu du nouveau département, l’Assemblée constituante avait laissé aux électeurs le soin de le déterminer.

Ce fut cependant à Epinal que se célébra, le 7 mars 1790, la grande fête civique qu’on appela la Fédération des Vosges. Ce jour-là, près de 500 délégués de tous les gardes nationaux du département se réunirent à Epinal sous les ordres du doyen d’âge, Etienne Lagorce, commandant de la garde nationale de Trémonzey, ancien ‘dragon, qui comptait 72 années, dont #4 ans de service militaire. Celui-ci prit pour major général, Nicolas Haxo, commandant de la garde nationale de Saint-Dié, qui devait devenir général de la République et mourir sur le champ de bataille. |

Sur le Champ-de-Mars, arrangé pour la circonstance, on avait dressé un autel de la patrie, adossé à l’allée centrale du Cours. Les députations des gardes nationales groupées sur la place du Poiron (devenue à dater de ce jour place des Vosges), formèrent un imposant cortège qui traversa les rues d’Epinal pour se rendre à l’autel où

(1) Voir pour la répartition des communes des Vosges en cantons et districts le tome III des Documents inédits sur l'Histoire vosgienne, publiés par le comité d'histoire vosgienne. (Gley, à Epinal, 1873).

Page 1