TOMB IV D
réchal Ney. Dès lors, le général de Wrède put couvrir tout le pays et le 20 janvier il entrait à Neufchâteau, après avoir laissé à Epinal un préfet allemand, le comte d’Armansperg, chambellan du roi de Bavière.
Les destins de la France se jouèrent dans les plaines de Champagne et sous les murs de Paris. Malgré l’habileté de Napoléon et la valeur de ses jeunes troupes, la fortune leur demeura contraire et Napoléon abdiqua pour se retirer à l’ile d’Elbe avec quelques grenadiers, au moment où le comte d'Artois traversait les Vosges pour gagner Paris. |
La dynastie des Bourbons revenue sur le trône, à l'aide de l’étranger, ne pouvait être populaire dans les Vosges; elle y fut assez mal accueillie. La perception de l’impôt occasionna un soulèvement dans l'arrondissement de Remiremont, en juin 1814, et la sévérité du préfet, Guyon de Montlivault, si elle vint à bout de cette résistance, ne gagna pas les cœurs vosgiens à la monarchie. Des mesures maladroites irritèrent encore davantage les esprits et la fête du roi, le jour de la saint Louis, fut célébrée avec une froideur significative que ne cor pensa pas le zèle déployé par les fonctionnaires dans la prestation de serment au nouveau régime qui se fit avec une certaine solennité, le 25 septembre 1814.
La visite du comte d'Artois, frère du roi Louis XVIII, n'excita pas dans les Vosges un vif enthousiasme. Arrivé à Plombières le 29 octobre 1814, le prince se rendit deux jours après à Epinal où il passa en revue le 6+ dragons qui yétaiten garnison, puisil partit pour Lunéville.
Le 11 mars 1815, Epinal apprit avec joie que Napoléon avait quitté l'ile d’'Elbe et débarqué en France. Les Vosges accueillirent cette nouvelle avec allégresse et le 6° dragons ne cachait pas ses sentiments. Aussi lorsqu'on le vit partir pour Lons-le-Saulnier rallier le corps d'armée du maréchal Ney qui devait arrêter la marche de Napoléon, les Vosgiens pensèrent bien qu’il fraterniserait plutôt avec lui. Le régiment en effet n’était pas sorti d’Epinal qu'il jetait sa cocarde blanche et y substituait la cocarde tricolore soigneusement cachée depuis la Restauration. Le préfet de Montlivault quitta furtivement Epinal sans que personne y fit attention. Le 24 mars, on apprenait la rentrée de Napoléon aux Tuileries et, bien que ce fut le vendredi-saint, on fêta le retour triomphal de l'Empereur, au son des cloches, au bruit des décharges d'artillerie, au chant de la Marseillaise. Le soir toutes les maisons étaient illuminées et l’on n’entendait que le cri de : Vive l'Empereur.
Mais, avec Napoléon, la guerre vint de nouveau fondre sur la France et l’on fit appel aux sentiments patriotiques des Vosgiens pour repousser la coalition européenne. Dès le 27 avril 1815, quatorze bataillons de gardes nationaux étaient organisés et se massaient sur le Cours où le préfet impérial, Cahouët, ancien colonel d’artillerie, et le général Privé les passèrent en revue. C’est pendant cette fête guerrière que l’ex-conventionnel Perrin fut frappé d’apoplexie à la suite de la joie qu’il ressentit et mourut sur le Cours, au milieu de la foule épouvantée.
Le 12 mai, les gardes nationaux des Vosges dirigés sur Metz, Thionville, Landau et Sarrelouis, traversaient Nancy animés de la plus vaillante ardeur. En même temps le colonel Brice et le lieutenantcolonel Vadet recrutaient dans les Vosges des corps-francs à l’habit vert, où entrèrent en foule tous les jeunes gens et les gardes forestiers. Il y eut dans ces corps-francs de l’infanterie, de la cavalerie et mème de l'artillerie. Le général Thiry et le colonel Viriot, qui de Metz commandaient tous les corps-francs lorrains, les passèrent plusieurs fois en revue; on les dirigea ensuite sur Remiremont et Bussang où ils devaient empêcher le passage du col. La bataille de Waterloo (18 juin), en ouvrant la France aux Alhès mit à néant l’organisation des corps-francs qui furent peu après licenciés. Les Bavaroïs du lieutenant-général baron de Zoller occupèrent Epinal jusqu’en novembre 1815.
Louis XVIII remonta sur le trône et envoya dans les Vosges un préfet à poigne, Boula de Coulombiers, aidé d’un général royaliste, ke maréchal-de-camp de Mandeville. Ils mirent sous une étroite surveillance les vieux soldats, les habitants suspectés d’opinions bonapartistes; de nombreuses condamnations pour cris et emblèmes séditieux furent prononcées. On fit des auto-da-fé des drapeaux, écharpes, portraits, enseignes de tout genre qui rappelaient la République et l'empire, comme la Révolution en avait fait avec les titres nobiliaires ou féodaux. Tous les gouvernements se ressemblent ; ils s’imaginent, en détruisant les emblèmes, bannir des cœurs les sentiments d'affection pour le régime qu’ils remplacent ; ils ne font souvent que les y ancrer plus profondément.
En 1818, l'occupation étrangère prit fin. C’est cette époque qu'attendait la famille royale. En effet, le duc d'Angoulême vint alors dans . les Vosges. Le préfet et le général allèrent à sa rencontre plus loin que Charmes et le 21 novembre le cortège entrait à Epinal où le maire le reçut sous un arc de triomphe, Un grand diner eut lieu à la
préfecture, suivi d’un bal au théâtre. Le lendemain, le duc passa la revue de la garde nationale et de la légion des Vosges, ainsi qu'on appelait le régiment d'infanterie caserné à Epinal. Le prince partit le jour même, n'ayant fait œuvre méritoire dans son court voyage que de féliciter Gérardin, cet homme qui avait refusé de vendre aux Anglais la maison de Jeanne d’Arc à Domremy et de le décorer.
L'année 18920 vit dresser à Domremy la statue de l’héroïne lorraine, le #0 septembre, en présence du préfet, du duc de Choiseul, président du Conseil général, du maire d'Orléans, spécialement invité, et du préfet du Loiret. Cette année 1820 fut aussi marquée par une nouvelle apparition du duc d'Angoulême dans les Vosges. Il arriva à Epinal le 20 mai et en partit le 22 pour Nancy. C’est en 1821 que fut découverte à Epinal par le chef d’escadrons de l’Etang, la première conspiration libérale du lieutenant-colonel Caron, fusillé en Alsace l’année d’après.
Le 6 juillet 4822, un incendie consuma un quartier de la ville de Bruyères.
Le 25 juin 1893, les Vosges assistèrent au départ du préfet Boula de Coulombiers qui était depuis huit ans à la tête du département. Ayant refusé de céder à un député royaliste des Vosges, celui-ci
le signala au ministre de l’Intérieur qui lui donna tort et le révoqua. Du coup, Boula de Coulombiers devint populaire et il fut élu, quelques mois plus tard, député des Vosges.
Son successeur fut le comte d’Estourmel qui ne fit que passer dans le département, assez cependant pour se faire remarquer par son loquace royalisme et par la pression électorale qu’il opéra en mars 1824 et qui aboutit à l'élection de cinq députés ministériels.
Avec M. de Meulan, beau-frère de Guizot, qui le remplaça, on pouvait espérer une administration moins tracassière, moins rigide. Il en fut en effet ainsi. C’est sous son préfectorat que le sièce épiscopal de Saint-Dié fut relevé. Homme bienveillant et lettré, M. de Meulan accorda la création de la société d’Emulation des Vosges qui a rendu tant de services à l’histoire et aux arts de notre département. Aux élections de 1827, quatre députés libéraux, sur cinq, dont Royer- Collard, furent élus dans les Vosges. Mais M. de Meulan s’était un peu trop ardemment compromis dans la bagarre électorale, il avait quelque peu falsifié les listes, et la Chambre cassa pour ce fait les élections des Vosges. M. de Meulan quitta les Vosges après cet échec. C’est lui qui a posé la première pierre du nouvel hôtel de la Préfecture, où son successeur, M. de Nau de Champlouis, s’installa en avril 4829. M. de Champlouis eut comme premier devoir de prési-
der aux élections en remplacement de celles qui avaient été annulées ; elles se firent cette fois avec une entière régularité. Charles X venant de Lunéville et, se rendant à Colmar, passa le 12 septembre 1898 par Raon-TEtape et Saint-Dié. La duchesse d'Angoulême, fille de Louis XVI, vint, presque au même moment, faire une saison à Plombières et visita Epinal.
M. de Champlouis resta peu dans les Vosges ; le ministère Martignac, qui l’avait nommé, fut congédié par Charles X, et M. de Champlouis donna aussitôt sa démission, (26 octobre 1829). Il emportait les regrets des Vosgiens qui, pour lui témoigner leur reconnaissance, l’élurent député en 1830. Son successeur, Amédée Vernhette, resta moins longtemps que lui et M. de Malartic eut à peine le temps de s'installer que la Révolution de Juillet lui enlevait son emploi. Il avait eu le chagrin auparavant de voir élire par les Vosges une députation Jibérale. La chute des Bourbons fut accueillie avec joie dans les Vos= ges qui arborèrent sans tarder la cocarde tricolore.
M. de Champlouis redevint préfet des Vosges, mais pour quelques jours seulement, afin d’y proclamer et faire accepter le règne de Louis- Philippe ; il réussit habilement dans cette tâche, et céda en septembre 1830 la préfecture au vicomte Henri Siméon, pour aller lui-même prendre possession de la préfecture de Strasbourg.