JA
Après la mort de Clovis, les Vosges échurent en partage à son fils Théodoric, qui devint roi d’Austrasie avec Metz pour capitale (511 ans après Jésus-Christ). Trois siècles plus tard, ce territoire devint l’apapage de Lothaire et en prit le nom : Lotharingie, d’où l’on a fait Lorraine. (855 ans après J.-C.)
C’est à ces époques troublées par des guerres incessantes, à la fin du VIe et au VIl:* siècles que remonte la fondation de la ville de Saint-Dié, par Dieudonné ou Dié, évèque de Nevers ; la création des abbayes de Senones, par Gondelbert, archevèque de Sens ; de Moyenmoutier, par saint Hydulphe, archevêque de Trèves; du Saint-Mont par saint Romaric et saint Arnold, évèque de Metz; d’Epinal par saint Goëry ; d’Etival par Bodon, évêque de Toul ; tandis que saint Colomban fondait l'abbaye de Luxeuil. Tous ces monastères s’entassèrent dans les replis profonds et paisibles de nos montagnes et y prospérérent. Ils y apportent la civilisation; grâce à leur action les villes s'élèvent, les populations accourent, la culture apparaît au milieu des sombres forêts que seules la guerre et la chasse avaient entamées jusqu'alors. Si avant ces pieuses fondations, la région montagneuse des Vosges n’était pas un affreux désert, comme on l’a dit, c'était du moins une contrée sauvage que celle où Charlemagne venait chasser l'urus, et les grandes abbayes d'hommes et de femmes qui vinrent s'abriter aux flancs de leurs discrets vallons, y apportèrent la vie, le bien-être, la civilisation. Leur œuvre fut grande et sainte et il faut s'incliner avec respect devant ces pieux solitaires qui élevèrent les rudes habitants primitifs des montagnes à la dignité d'hommes civilisés
Le seul évènement politique digne d'une mention qui se soit acaccompli dans les Vosges, à cette époque, est le traité d’Arches. signé en #58, entre Charles-le-Chauve, roi de France. et le roi Lothaire, contre les incursions de leur frère et oncle, Louis, roi de Germanie. De cette époque datent aussi l'église de Champ-le-Duc. construite, dit-on, par Charlemagne, le château de Bruyères, la villa royale de Remiremont, l’église de Saint-Dié.
À la mort de Lothaire, la Lorraine fut partagée entre Charles-le- Chauve et Louis de Germanie ; ce partage fut du reste assez bizarre, puisque Senones seul échut au roi de France, tandis que les autres possessions vosgiennes allèrent au roi de Germanie, mème celles qui, telles que Soulosse, étaient les plus éloignées de lui. A la mort de Louis, la mésintelligence éclata entre son fils et successeur et Charlesk-Chauve. La bataille d'Andernach (876), où Charles-le-Chauve fut battu, laissa la Lorraine sous la domination de son neveu,
Les invasions des Normands firent bien irruption en Lorraine, mais ne ravagèrent pas au-delà des environs de Metz. En 887, Arnould fut proclamé roi de Lorraine à la place de Charles-le-Gros, déposé par les seigneurs. Il eut à lutter contre une nouvelle invasion des Normands qui, comme la précédente, s'arrêta aux bords de la Moselle et de la Meuse. Ils furent du reste battus par Arnould qui, peu après, devint empereur. Plus terrible fut l'invasion des Huns, en 910, et celle-là n’épargna pas les Vosges. Les abbayes d’Etival, de Saint-Dié, de Moyenmoutier, de Remiremont, furent dévastées et brûlées; les religieux et religieuses s’enfuirent; le roi Louis, qui voulut combattre les Huns, fut vaincu par eux à Augsbourg et mourut deux ans plus tard.
Charles-le-Simple, roi de France, lui succéda à la tête du royaume de Lorraine. Sous son règne, les guerres intestines entre seigneurs, évêques et abbés désolèrent le pays. Un duc feudataire avait été établ; par les rois, spécialement pour gouverner la Lorraine en leur nom. Ce fut le point de départ du duché de Lorraine, dont la brillante histoire ne s’acheva qu'après l'annexion définitive à la France. Désormais la Lorraine vivra d’une existence propre. Le second de ses ducs, Gislibert, qui avait succédé en 916 à son père, Régnier-au- Long-Cou, comte de Hainaut, voulut se soustraire à l’autorité du roi de France. Mais Charles-le-Simple marcha contre lui, et il n’échappa au châtiment que par une fuite rapide chez son beau-père, Henri l’Oiseleur, duc de Saxe. Il obtint son pardon; mais à peine rentré en grâce, il trama une nouvelle révolte. Charles-le-Simple voulut le devancer et marcha contre lui, mais il échoua au siège de Reims, où il perdit nombre de ses alliés lorrains, Par un juste retour, Gislibert perdit, trois ans plus tard, la Lorraine qui lui fut enlevée par Henri l’Oiseleur. Il en resta toutefois le gouverneur; mais ce prince, re muant et audacieux, passa son temps en incessantes querelles et, à la mort d'Henri, il envahit l'Allemagne, de concert avec Louis d'Outremer, roi de France, et Evrard, comte de Franconie. Ils purent piller à l’aise le pays, mais au retour, chargés de dépouilles, ils furent surpris au milieu d’une orgie. Evrard fut tué, Gislibert se noya dans le Rhin en fuyant (939). Il fut inhumé dans l’église de Remiremont, par sa veuve, Gerberge. Pendant son règne agité, ce chef batailleur n'avait pas su, cependant, préserver les Vosges d’une nouvelle incursion des Huns, qui s'abattit, en 920, sur le nouveau monastère de Remiremont et contraignit les religieuses à regagner, au Saint-Mont, leurs anciens bâtiments.
Le duc-archevèque de Cologne, Brunon, fut investi, par l’empereur Othon, du gouvernement de Lorraine, à la place de Conrad, déposé. Celui-ci appela à son secours les Hongrois pour venger cet affront, et la Lorraine fut de nouveau le théâtre de scènes de carnage et de dévastation. Aussi, en 959, l’archevèque Brunon, reconnaissant son impuissance à rétablir le calme, scinda la Lorraine en deux duché distincts, la Haute et la Basse. Les Vosges furent comprises dans la Haute Lorraine, qui eut pour duc Frédéric, comte de Bar.
C'est vers cette époque, vers 970, que la ville d'Epinal fut fondée par Thierry Ier, évêque de Metz. Les reliques de Saint-Goëry furent transférées dans l’église de la nouvelle ville, qui devint rapidement un centre important.