‹ Le département de Vosges: description, histoire, statistiqueChapitre 5 sur 101 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOMMAIRE : Les premiers ducs de Lorraine. — Le duc Ferry III. — Jeanne d'Arc. — Bataille de Buignéville. — Epinal se donne à la France, puis au duc de Lorraine.

En 1048, l’empereur Henri III institua des ducs héréditaires en remplacement des ducs de la Haute-Lorraine créés par l’archevèque de Cologne Brunon. .

Le premier fut Gérard d'Alsace, dont la capitale fut Châtenois. Gérard eut à lutter contre Godefroy-le-Barbu, duc de la Basse-Lor raine, qui le battit et le fit prisonnier. Devenu libre, Gérard s’occupa de ramener la paix dans ses états, que sillonnaient des bandes d'aven” turiers. On assure qu’il construisit près de Jarménil, au confluent de la Moselle et de la Vologne, un fort dont il ne reste pas de traces. Un seigneur de Rollainville, nommé Rollon, ayant enlevé aux chanoines de Toul le château de Vicherey, l’évêque Udon et Gérard se liguèrent pour le lui reprendre. Ils y parvinrent et Rollon fut sévèrement puni. Mais dans ses luttes incessantes contre les seigneurs lorrains, Gérard s'était fait de nombreux ennemis. Il mourut empoisonné par eux, à Remiremont. Thierry Ier, dit le Vaillant, son fils aîné, lui succéda. Mais son second fils, Gérard, créé comte de Vaudémont, ne fut pas satisfait, Une guerre fratricide s’engagea. Sur la médiation de l’empereur d'Allemagne, on ajouta aux domaines de Gérard le château de Savigny. Mais cette concession ne l’apaisa pas; il proclama son indépendance et se livra à toutes sortes d’exactions dans le pays. S’étant nsqué, en 1072, à attaquer le château d’Epinal, il fut fait prisonnier par Humbert, duc de Bourgogne, et ne recouvra la liberté qu’en 1089 ; encore ne la dut-il qu’à la générosité de son frère Thierry, qui

l’acheta au prix de l’abandon de Châtel et du versement d’une grosse somme d'argent.

Thierry voulut s'emparer d’Epinal, qu'un seigneur nommé Widric avait enlevé à l'évèque de Metz. Déjà, en 1087, Thierry avait fait construire à Arches un château-fort qui püt tenir tête à la garnison d’Epinal. C’est en 1089 qu’il s'en prit à Epinal même. Malgré la bravoure de Widric dans une sortie des assiégés spinaliens, la victoire resta à Thierry, qui en usa avec modération.

Simon Ier, fils de :Thierry 1er, lui succéda, à sa mort, en 1115. Celui-ci se prit de querelle avec l’archevèque de Trèves, en 1136, et le battit à Macheren ; mais le prélat prit sa revanche, et ses bandes bloquèrent bientôt le duc Simon dans Nancy. Secouru par l’empereur Lothaire, Simon se dégagea et dévasta les terres de l'archevèque qui lui répondit en l'excommuniant Simon n’obtint son pardon qu’en réparant les dommages qu'il avait causés.

Plus excommunié encore fut son fils et successeur, Mathieu Ier, dont les démélés avec l’abbesse de Remiremont irritèrent si fort le pape Eugène IIT qu’il rendit contre lui un arrèt d'excommunication. Devant sa promesse de respecter désormais l’abbaye, l'excommunication fut levér, mais il l’encourut de nouveau, du pape Adrien 1V, pour avoir enlevé à l'évêque de Toul le château de Vicherey. en 1155. Il dut alors restituer Vicherey et aller faire pénitence en Galicie. Ses relations avec l’évêque de Metz ne furent pas meilleures; il avait occupé les forteresses de Lutzelbourg et de Hombourg. Aidé de Frédéric Barberousse, l'évèque les lui reprit et alla même jusqu’à s'emparer d’Epinal. Mathieu se lança à la poursuite des troupes de l’évêque, les battit et porta la guerre sur les terres de Metz. Réconciliés par le comte de Bar, le duc et l’évêque s’emparèrent ensemble de Saverne et d'Epinal, dont Mathieu devint le suzerain.

A sa mort, en 4479, la rivalité entre ses deux fils, Simon II, qui lui succédait, et Ferry, qui n’avait que la terre de Bitche, amena une nouvelle guerre. Mais Ferry fut facilement vaincu et fort heureux d’accepter le généreux pardon de son frère qui lui céda les terres de Neufchâteau et de Châtenois. Le duc Simon II se retira dans un couvent, en 1206, et son neveu, Ferry IT, gendre du comte de Bar, le remplaça. La guerre éclata bientôt entre le gendre et le beau-père. Ferry finit par être fait prisonnier et dut accepter la paix, en 1208, en consentant à la démolition du château de Romont, et en lui laissant Châtenois en garantie de sa parole.

. Ferry alla ensuite guerroyer en Allemagne et en Alsace et se dis

tingua au siège d'Haguenau. En rentrant dans ses Etats, il traversa Saint-Dié, qu’un incendie avait détruit 60 ans auparavant. Les ruines œæules y restaient. Ferry aida au relèvement et au repeuplement de la malheureuse cité.

Une nouvelle guerre avec le comte Henri de Salm, pour trancher un différend avec l’abbaye de Senones, termine le règne de Ferry IT, qui mourut en 1213.

Malgré ces guerres cruelles qui tenaient le pays dans de continuelles alarmes, les monastères s’élevaient aussi nombreux, aussi pressés que les forteresses ; du XI° au XIIe siècle datent les abbayes de Poussay, de Chaumousey, d'Epinal, de Flabémont, d’Autrey, de Mureau, de Bonfays, les prieurés de Châtenois, de Belval, d'Hérival, dont les constructions se dressèrent depuis 1050 jusque 1155 comme une protestation et comme un refuge contre les sanglants désordres de ces tristes temps.

Thiébaut Ier fut aussi un prince guerrier. Son règne débuta par une guerre contre Frédéric IL, roi des Romains, pour lui reprendre Rosheim. Son lieutenant, le seigneur d’Arches, au lieu de l’attendre dans Ja vallée de la Bruche, emporté par sa bouillante ardeur, se jeta sul sur Rosheim où il entra sans résistance. Mais ses soldats s’étant abandonnés à l'ivresse, furent surpris dans leur sommeil et égorgés. Seuls, le seigneur d’Arches et quelques officiers purent se sauver à cheval. A Wisches, ils rencontrèrent le duc Thiébaut qui arrivait, ils reprirent le chemin de Rosheim et s’en emparèrent de nouveau.

L’année suivante, Thiébaut s’allia contre le roi de France, Philippe- Auguste, avec l'empereur Othon IV. Il partagea avec ce souverain la défaite &e Bouvines. Cette leçon ne le guérit pas. Batailleur et beau

oldat, il reprit encore une fois Rosheim et se livra en Alsace à de elles violences que le roi Frédéric, uni au comte de Bar et à la comtesse de Champagne, vinrent l’assiéger dans ses Etats. Abandonné par les seigneurs lorrains, Thiébaut n’eut d'autre ressource que de se jeter aux pieds de son adversaire qui l’emmena captif en Allemagne. La paix fut signée en 1218 et Thiébaut laissa en gage Châtenois à la comtesse de Champagne. Pour devenir libre, il dut en outre verser 1,200 livres. Mais, empoisonné par une courtisane, tandis qu’il regagnait ses Etats, il n’y rentra que pour y mourir peu après, en 1220.

C'est son frère, Mathieu IT, qui prit la couronne ducale. Ce n’est pas avec lui qu’on sortit de la longue période de disputes, de tueries dans laquelle se débattait l’infortunée Lorraine. Ce fut d’abord avec le comte de Lunéville, puis avec celui de Rademack qu’il se battit.

Puis, en 1295, à la demande des religieux de Moyenmoutier, le duc s'empara du château de la Haute-Pierre après un long siège de trois mois et le démolit. Ensuite, c’est son oncle, le comte de Bar, dont:il envahit les Etats; puis, quelques années plus tard, il sou{int les bourgeois de Metz contre leur évèque. Enfin, l’évèque de Strasbourg ayant pénétré en Lorraine, Mathieu II le traqua, parvint à le joindre près de Remiremont, le battit complètement et le poursuivit jusque Saverne.

Son fils, Ferry IT, étant mineur à sa mort, en 1251, c’est sa veuve Catherine qui prit les rènes du gouvernement. Rien de saillant ne se passa pendant ses trois années de régence.

Le règne de Ferry III fut un des plus longs et des plus glorieux des ducs de Lorraine; il dura près de cinquante ans et fut marqué par d'importants événements. Tout d’abord, Ferry III secourut les Bourguignons contre l’évèque de Toul, qu’il défit à Brixey. Puis, le comte de Salm s'étant emparé des terres de l’abbaye de Senones et de la personne mème de l’abbé de Moyenmoutier, envoyé en parlementaire, Ferry marcha sur Badonviller, où l’abbé était prisonnier. Celui-ci fut délivré avant son arrivée. Mais, à la faveur de ces divisions, le comte de Vaudémont, frère du duc, occupa les terres de l’évèché de Metz, et le duc Ferry dut marcher contre lui. Vaudémont n’en triompha pas moins à Vaxoncourt. Les milices lorraines et messines allèren, par représailles, saccager le comté de Vaudémont. Le comte, furieux, mit à feu et à sang les environs de Bruyères et d’Epinal; puis, appelant à lui des partisans bourguignons, il leur ordonna de s'emparer de Neufchâteau par traîtrise, ce qu'ils firent avec succès en se déguisant en marchands. Ils assassinèrent ensuite tous les bourgeois du pays. Heureusement que les nouvelles de ces atrocités se répandirent partout. Lorsque les Bourguignons, gorgés de dépouilles, voulurent reprendre le chemin de leur province, ils trouvèrent des milliers de paysans, armés de faux et de fourches qui firent d'eux un affreux carnage et reconquirent tout le butin qu’ils avaient volé (1261).

Une nouvelle guerre s’engagea, en 1264, entre le duc et l’évèque de Metz. Les deux pays furent mutuellement dévastés et les chances de la guerre longtemps disputées. Enfin, l’évêque Guillaume de Trainel, ayant reçu des renforts de l’archevèque de Cologne, de l’évéque de Liége et de plusieurs seigneurs alsaciens et allemands, força le duc Ferry à battre en retraite, l’atteignit à Domèvre-sur-Durbion, où il le défit, et le refoula jusque sous les murs d’Epinal, où il lui jafligea une seconde défaite. La paix ne fut conelue qu’en 1967, après

de longues négociations. Entre temps, le duc avait fait fortifier St-Dié.

De nouvelles discussions avec Laurent, évèque de Metz, suscitèrent de nouveaux combats. Le duc Ferry IIL, allié au comte de Bar, et malgré une excommunication de l’évêque, s’empara, en 1272, d’Epinal, que les bourgeois lui livrèrent. Renforcé des troupes de l’évêque de Strasbourg, l'évèque de Metz voulut l’attaquer ; mais Ferry marcha à sa rencontre et le fit prisonnier au combat d’'Hadigny ; les deux troupes réunies furent mises en déroute par l’armée lorraine; les pnsonniers furent partagés également entre Ferry et le comte de Bar, et internés à Epinal. A la suite d’une intervention du pape Grégoire X, le comte de Bar rendit la liberté à l’évêque de Metz en échange d’annuités et d’une somme d’agent ; il lui restitua en mème temps la ville et le château d’Epinal. Quant à l’évêque de Strasbourg, Conrad, le pape invita également le duc Ferry à le relâcher, ce que celui-ci accomplit, mais en exigeant une forte rançon (1274).

‘Ferry IIT accorda à beaucoup de villes des Vosges des chartes d’affranchissement.

Le règne de Thiébaut II fut signalé, comme les précédents, par des guerres; l’une contre les seigneurs lorrains, qui furent battus près de Lunéville ; l’autre contre l’évèque de Metz. C’est sous ce règne également qu’eut lieu, par ordre de Philippe-le-Bel, la destruction des Templiers, qui comptaient plusieurs commanderies dans les Vosges (1311).

Non moins batailleur fut Ferry IV, qui combattit l’évêque de Metz avec une armée où les Vosgiens entrèrent pour une grande part (1324). Allié du roi de France Philippe VI, il fut tué en combattant en Flandre, dans les rangs français, à la bataille de Cassel (1329).

Pendant la minorité de son fils Raoul Ier, ce fut sa veuve, Isabelle d'Autriche, qui fut régente. Devenu majeur, en 1336, Raoul eut à hatter contre le comte de Bar, qui refusait de lui rendre hommage pour diverses seigneuries. Philippe de Valois leur fit conclure la paix, en 1337, et Raoul épousa la fille de son adversaire, Eléonore de Bar. Il guerroya ensuite contre les Maures, en Espagne (1340), et en Bretagne, avec le roi de France; puis fit contre l’évêque de Metz la campagne qui semble traditionnelle chez les ducs de Lorraine ; il y gagna Rambervillers que l’évêque lui céda (1344). Deux ans après, étant allé au secours du roi de France, il périt glorieusement à la bataille de Crécy, avec une foule de gentilshommes lorrains (1346).

C’est un enfant, son fils, Jean Ier, qui lui succéda, sous la tutelle de sa mère. Son règne fut marqué par les incursions de bandes bre-

tonnes qui ravagèrent le pays déjà épuisé par tant de guerres, d’invasions, de famines, de fléaux de toute espèce. Une bande de Bretons, qui se risqua à Neufchâteau et dans les environs pour piller, fut attaquée par les bourgeois de la ville et massacrée (1371). Les mêmes bourgeois néocastriens se révoltèrent l’an d’après contre le duc, se plaignant d'exactions commises en son nom. Le soulèvement n'’eut pas de suites, non plus que celui de 1380 ; le duc Jean fit pendre les chefs de la révolte de 1372, et quant à ceux de 1380, qui avaient à leur tète un des secrétaires du duc, ils se rendirent à discrétion. Mais sans égard pour cet acte de soumission, le duc abandonna la ville à une soldatesque furieuse qui saccagez tout. C'était quelques années après la Jacquerie qui désola le nord de la France. On redoutait les mêmes excès des « Jacques » de Neufchâteau; aussi le châtiment fut exemplaire. Trente bourgeois furent pendus, leurs maisons brûlées, leurs biens confisqués. Le duc Jean, du reste, passait la majeure partie de son temps à Paris, à la cour du roi de France. Aussi n’eston pas surpris de le retrouver encore, l’épée au poing, dans l'armée française, à la bataille de Rosebeck. C’est à Paris qu’il mourut, en 1390, empoisonné, dit-on, par celui de ses secrétaires qui avait fomenté l'insurrection de Neufchâteau.

Son fils, Charles II le Hardi, commença son règne en voulant venger la mort de son père sur les infortunés bourgeois de Neufchàteau qu’il en supposait les instigateurs, à cause de leurs récentes mutineries Par son ordre, plusieurs habitants de Neufchâteau furent livrés aux supplices. C'est avec peine qu’il consentit à épargner la ville, qui devait être incendiée. D’autres bourgs des Vosges furent dévastés, sinon par son ordre, du moins avec son consentement, Durant tout son règne, du reste, il ne laissa échapper aucune occasion de témoigner sa haine aux gens de Neufchâteau et des villages avoisinants, même ceux qui appartenaient au roi de France.

Il eut à lutter aussi contre les Bourguignons qu’il défit à Ambacourt, avec l’aide de son frère, Ferry de Vaudémont, et contre le ro; de France qui fit assiéger Neufchâteau pour soutenir la cause du duc de Bar. Se voyant le plus faible, Charles LU sollicita la paix. Il fut plus heureux en 1407, lorsque le duc d'Orléans, frère du roi Charles VI, vint l'attaquer ; il battit complètement à Champigneulles l’armée du maréchal de Luxembourg.

C'est sous son règne que surgit, en Lorraine, la plus grande figure de l’histoire de France et peut-être de tous les siècles et de tous leS pays : Jeanne d’Are, « la bonne Lorraine ». Ce n’est pas le lieu de

eonter l’admirable héroïsme de cette sainte de la Patrie, de cette humble fille qui sut sauver la France à deux doigts de sa perte. Disons seulement qu'avant d’aller réveiller l’indolence du roi de France, Charles VII, elle alla voir à Nancy le duc Charles IT pour l’engager à secourir la France, et c’est sur son refus qu’elle se mit en route pour Orléans. |

Epinal se révolte à son tour, en 1426, mais contre son seigneur, l'évèque de Metz, Conrad Bayer de Boppart, qu'elle fit mème prisonnier, après avoir été obligée de lui ouvrir ses portes, assiégées par Jean de Thuillières. Le calme ne se rétablit que grâce à l’intervention du duc de Bar, René d’Anjou.

Charles LI mourut en 1431, l’année même où Jeanne d’Arc était brûlée à Rouen par les Anglais. C'était un prince dissolu. usé par la débauche, et qui ne laissa pas d'enfant mâle de sa femme, Marguerite de Bavière qu’il avait répudiée. C’est son gendre le duc de Bar, qui œignit la couronne de Lorraine sous le nom de René Ier. Une guerre civile, issue d'une compétition, ensanglanta le début de son règne Le neveu du feu duc, Antoine de Vaudémont, revendiqua pour lui-mème l'héritage de Lorraine. prétendant que les femmes ne devaient pas hériter, et qu'en toute équité la couronne ducale lui revenait Il fallut mettre les armes à la main pour vider cette querelle. Antoine, qui était plein d'énergie, d'intelligence et de bravoure, ramassa en toute hâte une armée avec des bandes qui lui furent cédées par le duc de Bourgogne, le duc de Savoie, le prince d'Orange; des hordes d’aventuriers se joignirent à lui ; enfin sa femme leva et équipa une troupe d'infanterie lorraine. Le roi de France, de son côté, secourut le duc René. Ce fut l’un des plus fameux capitaines français de cette époque, Arnaud de Barbazan, chambellan du roi, que Charles VIT mit à la tète des renforts qu’il envoyait au duc René. Il vint également de l’aide de la Bavière, du pays de Bade, de l’évèché de Metz, et d’autres pays voisins. L'armée de René, supérieure en nombre à celle d'Antoine de Vaudémont, comptait dans ses rangs tout ce qu'il y avait de plus brave et de plus exercé dans la noblesse lorraine. Le choc devait être rude. C’est auprès de Bulgnéville quese livra la bataille, sur le territoire qui s'étend entre Bulgnéville, Saulxures, Sandaucourt et Vaudoncourt; elle porte dans l’histoire le nom de bataille de Bulgnéville Ce fut un désasire pour l’armée lorraine. En vain le chevalier de Barbazan, en vieux militaire expérimenté, et avec lui l’évèque de Metz, Conrad de Boppart, et le comte de Salm, proposaient à René d’ajourner le combat et de ne pas attaquer l’ar-

mée d’Antoine de Vaudémont, qui s’était fortement retranchée. L'ardeur intempérante de jeunes seigneurs lorrains l'emporta sur de sages avis, et, le 4 juillet 141, à 14 heures du matin, Barbazan s’avança à la tête de l'avant-garde; mais une décharge d'artillerie, ordonnée par Vaudémont. jeta le trouble dans les rangs de ses soldats ; les jeunes seigneurs, si pleins naguère d’une bouillante ardeur, donnèrent le signal de la fuite; Barbazan était tombé frappé à mort; le reste de l’armée se débanda presque sans combattre. Le duc René fut fait prisonnier, ainsi que l’évèque de Metz et de nombreux gentilshommes. Enfermé successivement à Salins puis à Dijon, René ne recouvra sa liberté sous caution qu’en 1433, et s’empressa de conclure la paix avec son frère Antoine.

Une fois alliés, les deux frères cherchèrent à purger la contrée des bandes d’aventuriers qui la sillonnaient et y commettaient mille excès. Après une série de combats, ils s'emparèrent d’Offroicourt, où ils capturèrent et tuèrent le plus grand nombre des bandits, entre autres leur chef, Perrin de Montdoré, qui fut emprisonné à Epinal ; le reste fut pendu. En 1435 de nouvelles bandes, précédées d’un sanglant renom et arborant le titre d’Ecorcheurs, firent invasion ne Lorraine et s’emparèrent même de la forteresse de Lamothe, d’où il fallut les déloger à prix d’argent. Une autre bande fut cernée à Sercœur et grillée vive dans les maisons du village.

Sur ces entrefaites René était devenu roi de Sicile. Tandis qu’il se rendait dans ce pays, le comte de Vaudémont reprit les hostilités pour lui ravir la couronne ducale (1438). A la tète de troupes lorraines et de bandes de brigands, il s'empara de Mirecourt et de plusieurs autres villes. Heureusement que Charles VII, sollicité par les régents de Lorraine, envoya à leur secours Lahire et Xaintrailles, les vaillants compagnons de Jeanne Darc, avec des troupes solides. Mirecourt et Charmes furent reconquis par eux; Vézelise, Fauconcourt et Vaudémont même furent aussi enlevés ; le comté de Vaudémont fut ravagé. Après une courte trève, la lutte recommença. Lamothe, la grande forteresse lorraine, sur les confins de la Haute-Marne et des Vosges, entre Outremécourt et Soulaucourt, non loin de Vrécourt et de Médonville, fut prise par le bâtard de Bourbon, chef de brigands, et livrée au pillage, ainsi que les environs. Charles VIT, qui convoitait lui-même les Trois-Évèchés, vint alors en personne combattre pour le duc René. Il vit capituler Darney et fit à Epinal une entrée triomphale, puis se dirigea sur Nancy. Epinal, qui voulait depuis longtemps sesouer le joug des évèques de Metz, saisit l’occx-

sion et envoya à Charles VII des délégués pour lui offrir la ville. Charles VII accepta avec joie et retourna à Epinal, escorté du duc René et d’une suite brillante de gentilshommes lorrains et français. Il fut reçu avec enthousiasme par la population. Aussitôt la ville fut munie des institutions de France ; un bailli, un prévôt lui furent donnés ; les bourgeois conservèrent tous leurs privilèges et franchises. Epinal était ainsi devenu français et français par sa libre volonté (1444).

René I-r abdiqua quelques années plus tard (1453) et céda la couronne à son fils Jean II, dit de Calabre; il mourut obscurément en 1480. Epinal n’en avait pas fini avec ses transformations. En 1465, le roi Louis XI l’avait donné au maréchal de Bourgogne et celui-ci fit envoyer le bailli de Sens, de Saint-Belin, pour annoncer cette nouvelle aux Spinaliens. Ceux-ci refusèrent de se soumettre et fermèrent aussi l'entrée de la ville au vicomte de Gisors, nommé gouverneur par le roi. Louis XI feignit d'écouter les protestations des bourgeois de la ville et les pria d'accueillir son gouverneur. Mais à peine Gisors fut-il installé qu’il voulut livrer la ville, par ordre du roi, au maréchal de Bourgogne. Les bourgeois tinrent bon et ne voulurent écouter aucune explication, ni céder à aucune menace. Mème devant Louis XI qui les manda à Montargis, en présence du duc Jean, ils persistèrent dans leur ferme volonté de rester à la France. Pour mettre fin à ces complications, le roi les laissa libres de se choisir un prince. Ils demandèrent alors à faire partie du duché de Lorraine et, le 21 juillet 1466, on vit entrer par la porte du Boudiou le marquis de Pont-à- Mousson, fils du duc Jean II, qui venait au nom de son père prendre possession de la ville et jurait de ne jamais l’aliéner ; les habitants lui jurèrent fidélité et obéissance. Désormais, pour une durée de trois cents ans, les destinées d’'Epinal et de la Lorraine sont irrémédiablement unies.

C’est en vain que le maréchal de Bourgogne voulut s'emparer d'Epinal par la force et planta ses tentes sur la côte de la Justice. Les troupes du duc de Lorraine, sous la conduite du marquis de Pontà-Mousson et du bailli Collignon de Ville-sur-Illon, accourent de Neufchâteau au secours de la ville. Leur seule apparition fit lever le siège au maréchal de Bourgogue et elles pénétrérent sans coup férir dans Epinal. |

Une nouvelle révolte éclata, en 1466, à Neufchâteau, que le duc réprima rapidement. Plus sérieuse fut la nouvelle attaque du maréchal de Bourgogne. Une bande d’aventuriers se dirigea de Châtel sur Epmal, mais Tierstein, gouverneur de cette ville, appela à son

secours les garnisons de Bruyères et de Charmes, s’embusqua avec elles à Domjulien, et quand parut la troupe des bandits, il l’assaillit à l’improviste et la tailla en pièces, sauf son chef qui fut fait prisonnier. Enhardie par ce succès, l’armée lorraine s’empara de plusieurs villes Sappartenant au maréchal de Bourgogne et les démantela. En 1469, il fallut réduire à l'impuissance le seigneur de La Roche, près de Rothau, qui, du haut de son repaire, dirigeait d’incessants pillages aux environs. Il dut capituler et son château fut rasé.

L'année suivante, le prince Nicolas, qui avait gouverné la Lorraine pendant que son père, le duc Jean, allait conquérir l’Aragon, succéda à son père qui venait de mourir. Son règne fut court. Il séjourna plus souvent à Ja cour de France que dans ses Etats et s’ylivrait sans mesure au plaisir. C’est sans sa participation, presque contre son gré, que les seigneurs lorrains résolurent d'enlever Châtel au maréchal de Bourgogne. Les habitants de Châtel parvinrent d’abord à reprendre, à Vincey, aux Lorrains qui s'étaient concentrés à Charmes, leur troupeau que ces derniers avaient emmené et ils purent même saisir le bétail de Charmes. Mais le comte de Tierstein, gouverneur d’Epinal, accourut au galop de Charmes et reprit les deux troupeaux sous les murs mèmes de Châtel. Enfin, en 1471, Châtel lui-même fut assiégée par le comte de Salm, maréchal de Lorraine, à la tête de 12,000 hommes. Le siège fut long et sanglant : de part et d'autre, de nombreux gentilshommes y perdirent la vie.

Jean Lambert, qui commandait l'artillerie lorraine y fut tué. Devant la menace d’attaque des troupes de secours du maréchal de Bourgogne, le comte de Salm leva le siège après que les assiégés de Châtel eurent accepté que tous les environs de leur ville deviendraient lorrains et l’armée se retira à Charmes. Mais l’arrivée des renforts excita l’ardeur belliqueuse des gens de Châtel qui allèrent provoquer les Lorrains dans Charmes. Il fallait en finir et le conseil de régence, qui menait tout en l’absence du duc, convoqua de tous côtés des troupes. Bientôt l’armée fut si nombreuse que les troupes bourguignonnes, redoutant le choc, battirent en retraite sur Remiremont, harcelées dans leur fuite par le comte de Clermont et Jean de Savigny, sous les ordres desquels étaient venues se placer les milices d’Arches et de Bruyères. Mais les Bourguignons leur firent tête soudain et firent un grand massacre des poursuivants ; Savigny fut tué. Enfin la retraite des Bourguignons s’effectua sans nouvel incident par le Thillot et Létraye. En 1473, Nicolas If mourait, à peine âgé de 25 ans, empoisonné, dit-on, mais sans doute épuisé de débauches, C’est le plus nul

des princes lorrains. Mort sans enfants, son cousin René d’Anjou lui succéda.

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