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SORCIERS, — DEVINS, — GUÉRISSEURS

Les Sorciers et les Sorcières sont les complices et les esclaves du Diable, au moyen desquels il manifeste et exerce sa toute puissante méchanceté envers les hommes. |

Dom Calmet relate qu’on attribue la propagation de la sorcellerie en Lorraine à l'invasion des troupes d'Albert, margrave de Brandebourg, puis duc de Prusse. Quoi qu’il en soit, c’est dans la dernière partie du XVIesiècle et dans la première moitié du XVIIe que ce fléau sévit dans nos pays comme une véritable épidémie. Le procureurgénéral Nicolas Remy, qui vivait à cette époque, rapporte dans sa Démonoldtrie qu'en 15 années 900 sorciers furent suppliciés en Lorraine. M. Dumont (1) donne la liste d’un millier d’exécutions pour sorcellerie depuis 1358 jusqu’à 1661 inclusivement. On n’y trouve que 15 exécutions antérieures à 1550. En 1630, 8 personnes de Mattaincourt furent déclarées convaincues et brûlées, et la même année, 5 habitants d'Hymont eurent le même sort. Les dernières victimes citées par cet auteur sont des habitants du Val-d’Ajol (1653 et 1654) et une femme de Saint-Dié (1661). A la Bresse, en 1656, on poursuivit le procès d’une femme nommée Collette Petitjean (non citée par M. Dumont). La procédure fut instruite par le « Recepveur et Controlleur d’Arches, et la sentence des Maistre Eschevin et Eschevins de Nancy déclara, selon la formule, la prévenue convaincue des crimes de sortilège et vénéfice et la condamna à être attachée à un poteau, être étranglée, son corps ars brûlé et réduit en cendres, tous et chacuns de ses biens déclarés confisqués et acquis à qui il appartiendra (2). »

M. Save (3) a relevé 230 condamnations pour la région qui forme aujourd'hui l’arrondissement de Saint-Dié, mais il estime que cette liste ne représente guère que le tiers du total véritable et que le nombre des sorciers brûlés s’élève à 600 et le nombre de ceux qui échappèrent au supplice à 400.

La dernière exécution relatée par M. Save est de 1671.

C’est seulement en 1672 qu’une ordonnance de Louis XIV défendit aux tribunaux de connaître des matières de sorcellerie.

Ces nombreux procès, les longs interrogatoires auxquels chacun

(1) Justice criminelle des duchés de Lorraine et de Bar, t. 2, p. 69. (2) Annuaire des Vosges de 1852, p. 26.

(8) Bulletin de la Société Philomatique vosgienne, XIII° année,

d'eux a donné lieu, nous fournissent les renseignements les plus complets sur le rôle des sorciers. Ce n’est pas seulement pour le culte qu’ils rendent au diable que sorciers et sorcières sont odieux aux populations et poursuivis par la justice. On leur reproche de se servir de leur puissance infernale pour commettre toute sorte de méfaits. Au sabbat on fait la grêle en battant l’eau des ruisseaux avec des baguettes blanches ; — on reçoit des mains du Maître de la poudre blanche pour guérir, de la rouge ou de la grise pour faire languir, de la noire pour faire mourir.

Les sorciers ont le pouvoir de détruire les récoltes en causant la gelée, la grèle, en produisant des insectes et des animaux nuisibles, ils font périr le bétail, troublent le repos de leurs ennemis pendant la nuit, ou même les étouffent dans leur sommeil en prenant la forme d’un chat noir qui pèse sur leur poitrine. |

Le nom le plus commun du diable est maître Persin ou Persil, on trouve encore dans les Vosges le nom de Napnel, de Brancquart, Domine, Feder- Wisch (torchon de plume), Jolly, Menegou, Mirfollet, Romary, Taupin, Vertvestu.

Une croyance aussi généralement répandue, et adoptée même par les gens les plus éclairés, n’a pu disparaître sans laisser de traces. Aujourd’hui on ne croit plus au sabbat, à la possession par le démon, mais on admet, comme un fait, que certaines personnes, dans certains cas, possèdent un pouvoir surnaturel dont on ne recherche pas l'origine.

Il y a des gens qui jettent des sorts pour nuire aux productions de l terre, au bétail, ou atteindre la vie humaine; mais à côté du mal on trouve le remède, et d’autres font connaître les auteurs des sorts et indiquent le moyen de les enlever. Si les vaches sont malades, c'est qu’on leur à jeté un sort, et la personne qui l’a fait est celle qui entrera le lendemain la première dans la maison. Le lendemain, le premier visiteur qui se présente est accueilli à coups de bâton ; il y a quelques années, un habitant de Gérardmer eut le bras cassé dans ces circonstances. Une autre fois, un enfant malade dépérissait. Le devin, consulté, répondit que l’auteur de la maladie était la personne qui reviendrait la première de la distribution de l’eau bénite. Cette personne se trouvait précisément appartenir à une famille qui passait pour une famille de sorciers ; le père de l’enfant faillit la tuer (1).

Il ne faut pas se laisser mettre la main sur l’épaule par quelqu'un,

(1) Communication de M. Jules Garnier, de Gérardmer.

de peur qu’il ne vous jette ainsi un sort ; pour le conjurer, il faut, à son tour, mettre la main sur lui, plus haut qu’il ne l'avait mise sur vous.

Les animaux jouent aussi un rôle dans ces croyances ; les chats, devenus vieux, sont soupçonnés d’aller au sabbat ; la rencontre d’un chat le matin est considérée à Pouxeux et à Thiéfosse comme un très mauvais présage pour le voyageur. Si un chat meurt dans une maison, c’est signe de. malheur ; si une jeune fille lui marche sur la queue, elle doit désespérer d’être mariée dans l’année.

Un autre hôte de la maison, le coq, jouit d’une meilleure réputation ; c’est son chant qui met fin au sabbat ; un coq auquel on donne par irréligion des morceaux de pain bénit ne tarde pas à devenir très méchant et à se jeter sur tout le monde. À Cornimont, on croit que lorsque les poules se battent entre elles, c’est signe de la mort de personnes absentes dont on n’a pas eu de nouvelles depuis longtemps.

A La Bresse, l’araignée est considérée comme un mauvais présage pour les personnes qui l’entendent tisser pendant la nuit ; on croit aussi que quand une araignée monte après sa toile le matin, c’est un signe qu’il pleuvra le lendemain, et que, quand elle en descend, on aura le beau temps. À Epinal, on dit : araignée le matin, c’est chagrin; à midi, c’est profit; le soir, c’est espoir.

Les sorciers actuels s'occupent encore à faire retrouver les objets perdus ou volés, et à montrer dans un miroir le visage du voleur, mais leur principale mission est de guérir certaines maladies.

Il est très fréquent d'entendre dire que telle personne a été guérie du secret.

La guérison par le secret s’opère au moyen de certaines formules dans lesquelles on trouve des mots bizarres, sans aucun sens et à la physionomie cabalistique, mêlés à des expressions latines généralement tirées de la liturgie et tronquées ou défigurées. Le patient doit aussi réciter certaines prières indiquées et accomplir certaines cérémonies.

M. Jouve, dans la Lorraine (page 283), rapporte une formule pour la guérison de la jaunisse : Prenez une pièce de cinq francs en argent, faites avec cette pièce trois fois le tour de la figure du malade en disant : Je t’adjure et te commande au nom du grand Dieu vivant d’Emmanuel et de saint Abraham de quitter le corps de (dire ici le nom) et de descendre au fond de la mer ou dans les entrailles de la terre. Ainsi soit-il. Amen.

La défaite est une espèce d’opthalmie que l’on guérit en prononçant les paroles suivantes : « Saint Pierre et saint Jean assis sur la

pierre de marbre. Notre Seigneur Jésus-Christ passant par là leur dit : Pierre et Jean que faites-vous läf Notre S. J. C. nous sommes ici pour le mal de nos yeux pour tirer le bourdon et la défaite nous 2e pouvons.» Notre S. J. C. leur répond : « Pierre et Jean, retournezvous en, il viendra un doux vent qui emportera la peine et le tourment. Si c’est la rouge qu’il la découvre ; si c’est la blanche qu'il la décharge. » Puis on souffle trois fois dans l’œil en disant : Que Dieu le guérisse.

A'côté de ces guérisseurs par le secret se place la nombreuse tribu des renoueurs, rebouteurs, hernieurs. Les fractures, les luxations, les entorses, les hernies sont très fréquentes parmi les habitants de la campagne et l’on s’adresse trop souvent encore pour leur guérison à ces praticiens. Certains pay:ans se défient du médecin, qui est l’homme de la ville, de la science, ils aiment mieux avoir à faire à un des leurs, à quelqu'un qui partage leurs idées et leur manière de vivre. C’est ainsi qu’ils suivent avec une foi aveugle les traitements les plus abaurdes et se laissent administrer les remèdes les plus dangereux. Le monopole de l’art de guérir n’est pas réservé aux hommes ; certaines femmes excellent à faire disparaître les entorses, les coups de fouet au moyen de massages et les maux d’yeux par la vertu d’une eau merveilleuse. À en juger par les plaintes des hygiénistes et les mesures prises par les autorités, les empiriques étaient multipliés il y a cinquante ou soixante ans jusqu’à devenir un véritable fléau ; depuis, leur nombre a beaucoup diminué, mais leur réputation s’est maintenue pour les maladies des animaux.

Certains charpentiers guérissent les panaris en faisant placer le doigt malade sur deux fêtus de paille ou deux morceaux de menu bois disposés en croix sur leur banc de travail, en même temps qu’ils lèvent leur hache, prononcent certaines paroles et ordonnent au patient de placer le doigt sous le banc pour que leur hache puisse trancher les fêtus de paille.

La croyance aux devins et sorciers tend à diminuer et à disparaitre. En revanche, on consulte daus notre département la somnambule ou dormeuse, tout comme à Paris et dans les grandes villes.

MOUHIHENNEQUIN Dans le val de Galilée, le diable en tant que maître des sorciers prend le nom d’Hennequin (1).

(1) M. de GoLBéry. — Ormont. — Annuaire du Club alpin français x° année.

La Mesnie ou Menée d’Hennequin ou Hellequin (d’où on a fait Mouhihennequin) est la ronde infernale se rendant au sabbat. Le malheureux qu’elle rencontre est enlevé dans les airs et immédiatement déchiré.

Dans les Vosges, les noms de Haute-Chasse, Chasse Saint-Hubert, servent également à désigner la Mouhihennequin.

Ces rumeurs mystérieuses, cette étrange symphonie où l’on croit distinguer des bruits de cors, d’aboiements de chiens, d'appels de veneurs, que l’on entend dans le silence des nuits, sont aussi attribuées, dans notre pays, aux cris des enfants morts sans baptême.

La légende du Chasseur noir, du Chasseur éternel, du Chasseur maudit, a pris dans les Vosges une forme locale. Le Chasseur mystérieux est un seigneur nommé Jean des Baumes; pour avoir chassé chaque dimanche sans penser à Dieu il fut condamné à chasser éternellement sans atteindre le gibier qu’il poursuit. Il existe entre Rozerotte et la ferme de Schamberg (commune de Remoncourt), un bois appelé le bois des Baumes où habite l’âme de Jean des Baumes. On montre encore entre des rochers une espèce de souterrain qui était sa demeure.

D’autres êtres fantastiques dont la conception se rattache peut-être à des croyances plus anciennes que celles relatives au diable, hantent l'imagination du paysan des Vosges, peuplent les bois, les montagnes et les airs, ce sont les Fées, le Sotré et Culä.

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