FÉES
Les Fées, ces poétiques conceptions de l’imagination des peuples primitifs ont laissé dans les Vosges de nombreuses traces de leur existence aérienne. Dans le calme et la blancheur des belles nuits d'été, on entend encore leurs chants harmonieux, on voit leurs rondes gracieuses qui se développent, jusqu’au jour, dans les prairies entourées de forèts.
La légende attribue aux Fées la construction de ponts ou d’ouvrages dont on ne connaît pas l’origine. Qui a construit la digue qui joint le Saint-Mont au Morthomme ? Est-elle l’œuvre de nos ancêtres préhistoriques ? des Celtes, des Gallo-Romaïins, des hommes du moyen-âge ? Est-ce un mur militaire? un monument religieux? une chaussée ? Les archéologues en décideront, s’ils peuvent tomber d'accord; pour la légende : c’est le Pont-des-Fées ; en le construisant, l’une d’elles perdit un anneau merveilleux qui assure un bonheur continuel à celui qui le porte.
Les Fées ont construit un autre ouvrage, qui est bien véritablement un pont, c’est le Pont-des-Fées, sur la Vologne, près la Bassede-l’Ours (Gérardmer). L’une d’elles, dit-on, avait établi là son palais où elle recevait les chevaliers et leur donnait à boire des philtres enivrants.
Les Fées ont un palais magnifique dans les profondeurs de la Pierre-des-Fées qui s’élève sur la montagne d’Ormont, près St-Dié, Sous les sapins d’Ormont j'irai me reposer, Là, j'entendrai l'écho de la Roche-des-Fées
Répéter les accents de l’un de nos Orphées.
(François DE NEUFCHATEAU.)
« Cette roche, dit M. de Golbéry (1), fut longtemps et devrait rester pour les habitants de la cité déodatienne un but de pèlerinage. Car ce n'est pas dans un prosaïque carré de choux que leurs yeux s’ouvrirent à la lumière : le dôme de la forèt fut leur premier abri, le creux d’un rocher leur berceau. Là-haut, à 757 mètres d'altitude, dans la mystérieuse demeure et sous l’œil vigilant des Fées, toute une population de bébés attend le jour fixé à chacun d’eux par le destin pour faire en détail son entrée dans la vie, douée de toutes les qualités dont une fée généreuse peut combler ses favoris. » Les enfants se trouvent aussi sous la Roche du Chastelat, à la Bresse, et la Pierre de Charlemagne, à Gérardmer.
Un petit ruisseau qui prend sa source au Grand-Valtin et se perd dans la Vologne entre le Saut-des-Cuves et le confluent de Belbriette porte le nom de ruisseau des Fées, et l’on appelle Hameau des Fées les quelques maisons qui se trouvent sur ses bords.
Les fées de la vallée de la Vologne ont leur manoir dans l’intérieur de la montagne de Nayemont, dans la forêt de Martimprey, et le nom de l’une d’elles, la fée Polybotte, est encore resté dans la mémoire des conteurs de légendes.
Un jour, une troupe de brillants chevaliers vint chasser dans le pays; le plus beau d’entre eux s’égara dans la forêt et arriva au château de la fée Polybotte. Il fut accueilli avec munificence et convié à un splendide banquet; mais c’est en vain que la fée épuisa pour le retenir auprès d’elle toutes ses séductions et toutes les ressources de son art magique; il voulut rejoindre ses compagnons. Il allait sortir du palais enchanté lorsque la fée, furieuse de voir son amour dédaigné, changea en glace l’intérieur de la montagne : le palais de la fée,
(1) ORmoxr. Annuaire du Club Alpin, t. X, p. 221.
les jardins et le chevalier furent changés en un amas de rochers. C’est depuis ce moment que l’on voit par la fente du Kertoff la glace qui remplit l’intérieur de la montagne et que les fées ont abandonné les bords du lac.
Pendant longtemps le page du chevalier sonna du cor pour rappeler son maître égaré. Il se tenait sur une hauteur isolée, non loin du lac de Retournemer qui, depuis, s’est appelée la Roche du Page. Désespéré de ne plus voir revenir son maître, il se noya dans le lac. Le soir, on voit quelquefois errer son ombre, et dans les nuits d'été ses plaintes se font entendre comme l’écho du son du cor dans la montagne.
M. Richard rappelle que, sur le territoire du Val-d’Ajol, les restes d’un pont sont encore indiqués au plan cadastral de cette commune sous le nom de Pont-des-Fées, et un grand éboulement de rochers sis sur la pente méridionale de la côte d’Ailly est encore appelé par les habitants le Faix ou Fardeau des Fées, tombé de leurs tabliers.
On donne, à la Bresse, le nom de Hautes-Fées à un superbe gazon de plus de deux cents hectares d’étendue, situé sur les pentes du Hoheneck. On appelle aussi Moutié-des-Fées un rocher qui présente l'aspect d’une église entre Gérardmer et la Bresse.
Le Trou du Bohou (Pétieu di Bheu) est une caverne creusée dans un énorme rocher de la forèt de Torvégoutte ou Torvigoutte, sur la montagne de l’Urbain-Roche, à Sapois. Cette caverne s’appelle la Goulotte-des-Fées, elle est l’entrée d’un souterrain qui conduit à un palais merveilleux, construit par les fées, et dans lequel se trouve un trésor confié à la garde d’un Génie. Le fait est que la résonnance du sol sous les pas manifeste à cet endroit l’existence d’une excavation.
A Baudimont (Saulxures-sur-Moselotte), au lieu dit le Bamboisde-Bâmont, au pied d’une arête de rocher, on trouve une faible excavation presque inaccessible, dite le « Pôle dà Fayes.», (le Poêle des Fées).
Les environs de Hechamont sont hantés par une méchante fée, la fée Hergeuche. La nuit, elle fait avec ses compagnes la lessive du linge des sorciers; malheur à l’imprudent qui s'approche du lieu où elles lavent, il est saisi par une force mystérieuse et forcé de tordre le linge jusqu’à ce qu’il tombe épuisé de fatigue.
Nous signalerons encore un petit hameau de la commune d’Uriménil qui porte le nom de Puits-des-Fées. Ce petit hameau, composé de 12 maisons, est contigu au hameau du Chapui-Chantré. Le puits a été comblé sans doute avec des pierres, car lorsqu’il y a abondance
d’eau, il déborde. On voit encore les traces d’un conduit destiné à recevoir ses eaux.
A la limite des communes de Saint-Etienne, de Saint-Amé et de
la forèt de Fossard se dresse une pierre levée dite Pierre Querlinquin,
qui vacille sur sa base chaque fois que sonne la grosse cloche de
Vagney.
LE SOTRÉ. — CULA
Le Sotré (on écrit aussi Sotrée, Sotrai, Soutrai) est un lutin ou farfadet plutôt espiègle que méchant, et quelquefois serviable et bienveillant. Le Sotré à la forme d’un petit nain habillé de rouge, il est mince et grêle, mais leste et vigoureux pour sa petite taille.
C’est un hôte du foyer, il sait se rapetisser pour pénétrer dans les babitations par les plus petites ouvertures ; il a aussi le don de se rendre invisible. Dans son caprice, il se plaît à enméler d’une façon inextricable les crinières des chevaux et les fils de chanvre des fileuses. D’autres fois il berce les enfants, leur donne la bouillie pendant la nuit et les endort par ses chants. Il éveille les chevaux, leur donne à boire, bat le beurre et, au jour, la ménagère et les domestiques trouvent leur besogne faite. Quand le Sotré a pris un ménage en affection et lui rend ces sortes de services, il ne faut pas faire semblant de s’en apercevoir et se garder d'essayer de le surprendre. Une femme dont il soignait l’enfant lui ayant un jour parlé, il s’enfuit en jappant comme un jeune chien.
Quelquefois le Sotré saute sur le lit des personnes endormies et se couche sur leur poitrine. On l’entend venir, on sent son contact, mais on ne peut s’en débarrasser que par un effort violent de volonté. À Cornimont, au contraire, on dit que les jeunes filles que le Sotré vient visiter pendant leur sommeil se marieront avantageusement.
Culä est le nom du feu follet ; quelques uns trouvant une physionomie étrange à ce mot, ont cherché une étymologie dans le grec et même dans l’hébreu, mais quelle que soit l’origine du nom, le personnage est bien connu dans les Vosges, surtout dans la montagne. Cul4 joue un rôle important dans les histoires des voyageurs anuités qui ont péri dans des précipices ou des torrents ; il est la terreur du paysan qui revient un peu pris de boisson de la foire ou de la veillée; il poursuit de ses bonds capricieux le malheureux égaré, le trompe de ses lueurs fallacieuses et l’attire dans la rivière ou dans une tourbière, ou bien, se plaçant au milieu du pont, lui interdit le passage ; si sa victime a pu cependant regagner son logis, il éclate contre les
vitres avec un bruit terrible ; quelquefois même il pénètre dans la maison. Culâ pousse, dit-on, la méchanceté jusqu’à se présenter sous la forme d’un bouc qui se tient près du gué que le voyageur doit passer. Il se ploye sur ses genoux et l’invite à monter sur son dos, mais arrivé au milieu de l’eau, il y jette l'imprudent et s’éloigne en ricanant. |
Inutile d’attendrir Cul4 par des prières et des supplications; si on se sauve, il vous suit, si on avance il fuit. Avec lui il faut faire le brave et l’apostropher de jurements et de gros mots. À Savigny, il existe pour cela une formule toute faite, on crie en l’apercevant : « Culin, Culi ! Si te n’me culâtes mie j'te culâträ. »
La vallée de la Saône, entre Darney et Attigny, a été longtemps un lieu de prédilection pour ces esprits, ils s’y répandaient en passant par la grotte de Patay qui est une des bouches de l’enfer.