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CHAPITRE IV

SoMMaAIRE : La guerre des Rustauds. — Le duc Charles III. — Les Guise.

C'est en 1508 qu’Antoine I", le futur mari de Renée de Bourbon, fils aîné de René II, succèda à son père ; il n’avait pas 20 ans. Son : règne, qui dura 36 ans, ne fut marqué par aucun grand évènement ; le duc Antoine mérita le surnon de « Bon » qui lui fut décerné ; c’est le plus bel éloge qu’on puisse en faire et, heureusement pour le pays, beaucoup de princes de la maison de Lorraine tinrent à honneur de le

justifier. A ussi s’explique-t-on la popularité durable dont ils jouirent dans le cœur de leurs sujets.

Seule la terrible guerre des Rustauds tira la Lorraine de sa douce quiétude. On était à la plus belle époque de la Renaissance, à l’heure où la civilisation pénétrait de toutes parts, où les arts et les lettres s’'épanouissaient dans une superbe floraison en France, en Italie, en Allemagne. C’est cependant à ce moment que surgit, comme un affreux ressouvenir des fléaux du moyen-âge, le drame sauvage des Rustauds. Venus du fond de l’Allemagne, les Rustauds, dignes émules des Jacques, étaient un ramassis de paysans luthériens insurgés contre leurs seigneurs ecclésiastiques ou laïques; fanatiques autant que bandits. À leur tète, quelques gentilshommes, des bourgeois, dont l'autorité, sans cesse contestée, souvent méconnue, était plus nominale que réelle et ne pouvait s’exercer qu’à de rares intervalles. C'est tout naturellement l’Alsace qui subit la première le contact de ces farouches envahisseurs ; mais aussi elle servit de digue à ce flot torrentueux et le détourna quelque peu de la Lorraine et surtont des Vosges. Une bande, toutefois, escalada les Vosges par la vallée de la Bruche, voie d’invasion souvent utilisée; elle atteignit Saint-Dié, réussit à s’y faufiler, mais en fut rapidement expulsée, grâce à la vigueur des chanoines qui surent appeler aux armes la population et la guider. L'un d’eux, Pilladius, curé de Corcieux, chanta en vers latins cette guerre des Rustauds. Cette tentative éveilla l'attention du duc Antoine qui se préoccupa de voir dégarnie de forces la chaîne des Vosges ; il plaça de la cavalerie à Saint-Dié et à Blâmont; convoqua les milices vosgiennes qui s'apprêtèrent à défendre Epinal, Saint-Dié, Raon- J'Etape , et se prolongèrent jusqu'aux Hautes-Vosges, près de Sarreguemines et de Bitche. Ce fut un élan universel ; qui ne pouvait s’'armer pour courir sus aux bandits hérétiques, se défaisait de ses richesses pour aider à leur défaite. Ce n’est qu’en mai 1525 que les * Rustauds cherchèrent sérieusement à pénétrer en Lorraine. Mais l'éveil était donné et à peine se furent-ils mis en route que les troupes du duc les assaillaient à Lupstein, en avant de Saverne et en faisaient un affreux carnage ; même succès le lendemain à Saverne même et ensuite à Icherviller. Le reste de la bande se dispersa et alla périr çà et là de misère ou sous les coups des paysans. Moins de vingt jours après cette campagne, Antoine rentrait dans Nancy au bruit des acclamations ; déjà les contingents vosgiens, après avoir entendu une messe solennelle à Villé, avaient passé par le col du Bonhomme ou par Siales, se dirigeant sur Senor?s Moyenmoulier ct Raon-l'Etape. Rà,

le duc les quitta pour s’en retourner à Nancy, par Baccaral et Lunéville. De vastes exécutions suivirent ce soulèvement ; le chef qui avait guidé les Rustauds en Lorraine, Erasme Gerber, habitant de Molsheim, fut pris et pendu. Pourtant, Antoine gracia un grand nombre des survivants.

Au long et paisible règne d'Antoine le Bon succède, en 1544, le règne d’un an à peine de François Ier, qui n’eut guère le femps de ‘ justifier le surnom de « Sage » qu’on lui décerna. Le duc François ne vint dans les Vosges que pour y mourir. Il succomba à Remiremont le 42 juin 1545, après un mois d’agonie, sans pouvoir gagner Plombières où les médecins l’envoyhient chercher une hypothétique guérison. Il n’avait que 28 ans.

‘Il laissait pourtant un fils de son mariage avec Christine de Danemark. Ce fils, qui devait être Charles-le-Grand, et illustrer le plus long, le plus beau règne du duché de Lorraine, n'avait alors que deux ans et demi; ce n’est qu’en 1559, à seize ans, qu’il régna effectivement. Jusqu’à cet âge, sa mère, la nièce de Charles-Quint, et son oncle, Nicolas de Vaudémont, se partagèrent la régence. Ils ne surent ” pas empêcher qu'Henri IT, poursuivant avec une imperturbable ténacité le projet préparé de longue main d’annexer la Lorraine à la couronne de France, ne mit garnison française à Nancy, en 1550. C’est l’époque où des princes issus de la maison ducale de Lorraine, ses plus glorieux rejetons, les Guise, tiennent en tutelle le roi de France; où l’un d'eux lui conserve Metz en dépit des attaques de Charles-Quint et reprend Calais aux Anglais. Non content d'occuper Nancy, le roi de France voulut détenir le fils de Christine de Danemark, soit par affection pour le jeune prince, soit pour punir la duchesse qu’il soupçonnait, comme nièce de Charles-Quint, d’être favorable aux Espagnols. C’est à Paris que fut élevé Charles II, à la cour de Henri If, qui confia son éducation à des précepteurs français, écartant de sa personne les seigneurs lorrains. De belle tournure (1), comme tous les princes de la maison de Lorraine, d’une intelligence vive, de manières nobles et simples, comme tous ses ancêtres, qui « avaient si bonne mine qu'auprès d'eux les autres princes paraissaient peuple », le duc Charles IIT grandit à cette cour des Valois, un peu efféminée, un peu rieuse, mais d’une culture intellectuelle des plus rares. Il put y apprendre, de la reine Catherine de Médicis, les

(1) Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, par d'Hausgonville,

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