— YA
sæcrets de la politique, et se façonna auprès de la sœur du roi, la gracieuse Marguerite, à la « science du gai sçavoir ». Il y vit Marie Stuart et l'élégante, la toujours jeune et toujours belle Diane de Poitiers. Les conseils des Guise, ses oncles, lui étaient acquis, et auprès d’eux il rencontrait Amyot et le chancelier de l’Hospital et cette pléiade de guerriers, de littérateurs, de magistrats, qui donnaient à la cour légère des Valois une allure plus imposante et plus grave. Le roi Henri II s'était épris de lui et voulut lui donner en mariage sa fille Claude, douce et gaie princesse, qui, elle aussi, était éprise du beau chevalier lorrain. Leur union fut parfaite, et Charles, devenu veuf d'assez bonne heure, ne consentit jamais à se remarier, disant « qu’il n’en pourrait jamais trouver une pareille ». Charles n'avait pas encore 16 ans lorsque leur mariage fut célébré à Notre-Dame, le 22 janvier 1559, presque en même temps que celui de Marie Stuart. Quelques semaines après, le beau-père du duc Charles, le roi Henri II, mourut dans un tournoi. Charles ne différa pas son départ pour la Lorraine avec sa jeune épouse. La cour de France lui fit, jusque Barle-Duc, une conduite solennelle qui témoignait de l'affection de son beau-frère, le roi François II, et de l’influence des Guise sur la reinemère, Catherine de Médicis.
La première visite du duc Charles et de la jeune duchesse fut pour les Vosges. Après avoir expédié à Nancy diverses affaires, il se rendit à Remiremont (janvier 1560), puis à Bruyères, Saint-Dié, Epinal, Mirecourt, et Neufchâteau. Ensuite ‘il retourna en France, rappelé par les Guise. Plus tolérant qu'eux, il ne combattit pas violemment dans son duché les progrès, d’ailleurs fort lents, du protestantisme, Les horreurs de la Saint-Barthélémy (1572) furent aussi épargnées à la Lorraine. C’est cependant la double croix blanche de Lorraine qui særvit de signe de ralliement aux assassins de l’amiral Coligny et de Pierre Ramus. Charles III s’occupait plutôt de rendre son pays riche et prospère ; il embellit et fortifia Nancy qu’il chercha, sans succès, à doter d’un évèché. Il accueillait et écoutait tous ses sujets, mène les plus humbles, et visitait fréquemment ses états. Le roi de France, Charles IX, vint servir de parrain, à Nancy, à son premier né, et il fit au futur roi Henri III, en route pour la Pologne, une réception fastueuse. Sous le règne d'Henri III, Charles entra davantage dans les vues des Guise en adhérant à la Ligue; peut-être révait-il la couronne de France que ses oncles convoitaient depuis longtemps pour eux-mémes. Malgré tout, son rôle dans la Ligue fut purement passif. Cependant Henri IV en prit ombrage et entra en Lorraine par $arre=
bourg; déjà il avait pris Blâämont, Saint-Nicolas; d'Haussonville, colonel-général de linfanterie lorraine, était bloqué dans Lunéville; Salm et Bassompierre tenaient la campagne. Mais, au lieu de continuer sur Nancy, les protestants inclinèrent vers Bayon et Charmes où ils passèrent la Moselle, puis allèrent vers Pont-Saint-Vincent. Là, Charles IIT suspendit la poursuite et laissa les protestants regagner paisiblement la France (1587). Après l’assassinat de Henri IIT, il conçut quelque espoir de lui succéder; mais le triomphe d'Henri IV coupa court à ses espérances. Il se consola en agrandissant ses états par la prise de Stenay et de Dun (1590); le traité de 4595 lui confirma la possession de ces villes. Les Vosges, durant toute cette période, ne furent pas le théâtre d'importants événements. Tout au plus convient-il de signaler la prise et l’incendie de Rambervillers, en 1557, par une bande d’Allemands que commandait Polvillers, gouverneur de Haguenau. La ville fut presque entièrement détruite.
Charles III mourut à Nancy le 14 mai 1608, plein d'années et de gloire, après un règne de 63 ans, laissant la Lorraine puissante et respectée, mais déjà visée par les rois de France et destinée à bref délai, à s'unir à leur royaume. |
Son fils, Henri II, avait épousé Catherine de Bourbon, la propre sœur d'Henri IV; devenu veuf, il se remaria, en 1606, avec la nièce de Marie de Médicis, femme d'Henri IV, resserrant ainsi les liens qui rattachaient la Lorraine à la France. Une mission diplomatique du maréchal de Bassompierre engagea davantage encore la Lorraine dans l'alliance française. Henri, prince doux et débonnaire, facilitait ainsi la fusion des deux pays que la folie guerrière de son successeur allait rendre inévitable. Un projet de mariage entre la fille du duc.Henri et le dauphin de France, le futur Louis XIII, fut mis à néant par l'assassinat d'Henri IV par Ravaillac, en 4610; mais ce plan, divulgué, devint la cause de violentes querelles entre le duc et son frère François de Vaudémont, qui souhaitait pour son fils propre la main de la princesse Nicole de Lorraine. C’est après ces tristes débats que le duc Henri expira à Nancy, le 31 juillet 1624; il avait dû consentir avant de mourir, en 1621, à l’union de sa fille Nicole avec son neveu. le jeune prince Charles, dont la turbulence avait déjà fixé l’attention et qui venait de faire à la cour de France un séjour où il avait conquis l’amitié du jeune roi, malgré sa pétulance, ses querelles et ses galanteries qui ne s’étaient pas tues, mème devant la reine. « ! a Lorraine, glorieuse et prospère pendant le règne de Charles III, était demeurée un peu paisible et un peu oubliée sons
Henri I; avec Charles 1V elle allait reparaître sur la scène de
l'Europe, maïs pour l’épouvanter par le nombre et la grandeur de ses désastres » (1).