I.KS AinOmiKS ADMIMSI I! \ IIVKS K
Un (l(.'ci(la aussiLôL {\c. disLriljnci' des secours aux inililîiiiTs l)Ioss(^s, ou à leurs veuves et à leurs enfants, s'ils élaieul nioils : c Ils eouibaltirenL pour noire liberté, — explivjna élocjueninient le Distriet —exposés à tous les maux (|ue la guerre traîne après elle, tandis que mollement couchés dans nos lits, nous ne pensons à leur situation qu'en songe... Malheur aux officiers municipaux qui se porteront avec tiédeur à ce travail !... Mais non, nous aimons à (îroire qu'embrasés du feu sacré de la liberté, vous vous livrerez à ce glorieux travail, et que fiers d'obéir à des ordres si doux, vous devancerez par votre activité le terme au delà duquel il nous serait impossible de ne pas sévir (1). »
Malgré la générosité de leur inspiration, ces mesures apportaient des remèdes dérisoires à des maux immenses dont il eût mieux valu arrêter l'effrayant développement, si on l'avait pu : les réquisitions militaires et la conscription.
On a vu plus haut (2) les réquisitions auxquelles le Xouvpiies
T»yr rr. -1 1 1 (• n'quisitions
Mont-Terrible, placé au point de contact des armées fran- miiitairos. çaises et autrichiennes, avait dû faire face en 1793 : le 22 décembre, il avait déjà fourni 2.600 quintaux de paille sur 8.000 de réquitionnés ; 14.800 quintaux de foin sur 20.000 ; 4.130 sacs d'avoine sur 20.000 (chiffre qui excé-
(1) Corresp. du District de Porrentruy, 16 juillet 1794. Aux Arch. Nat.^ F le, 111,1, existe une lettre du Département remerciant la Société populaire de Delémont de ses mesures de bienfaisance envers les ar^riculteurs pauvres (28 sept. \19i].
(2) Chapitres II et V.
134 ciiAi'ur.K VIII
dait de plus do G tSOO la pi-odiiclion aiumelle du (h'^paiicment tout entier). Malgré tant de sacrifices, l'exploilalion s'accrut encore en 1791.
Dès la (In de janvier, la (^.ommission des subsistances militaires près l'armée du Uliin exigeait une nouvelle livraison de 8.900 sacs d'avoine et de 17.000 ([u intaux de foin et de paille. Le Département savait, mieux encore que ceux qui les ordonnaient, que de telles réquisitions étaient impossibles à satisfaire, mais il se contentait de déplacer les responsabilités par des ai'rétés comme celuici : « Vu que les habitants doivent se priver d'une partie du nécessaire pour secourir les défenseurs de la patrie, les Directoires de districts donneront les ordres les plus sévères et les plus prompts pour compléter les contingents avec tout ce dont les particuliers n'auront pas un besoin extrême (1). » D'ailleurs, en admettant que les l^auraciens eussent été capables de ce sublime désintéressement, ils auraient eu à recommencera peu près chaque mois (2)... Les administrations ne tenaient donc plus compte d'ordres abusifs, quittes à essuyer périodiquement la menace d'une dénonciation, ou de sévères reproches, tels que ceux qu'adressa le 3 novembre au District de Porrentruy, l'agent en chef des fourrages de l'armée du Uhin : » J'ai fait ce que j'ai pu pour vous déterminer
(1) Arrêté du 4 février.
(2) Ainsi, par réquisition du 7 mars, la Commission des subsistances réclama encore 4.000 quintaux de foin, à livrer immédiatement [Reg. du Dép., 18 mars).
i.i:s \i r()i;nî:s admims i r.A 1 1\ i;s in 1794 V,)7)
h sorlir de liiuMlic (Ic'sol.-nilc dans l,'u|iuîli(' vous roslo/. h \cii;i\V(\ (\v rariiKMM'ii (U'îI rosse... XOiis dovo/ (|iiiii7,o mille (|uinl.'ui\ (\o loin à Sli'nshoiiri^- ol à Scld('.sl,a<ll, depuis l rois mois. <'! d('j)iiis Irois mois \(>iis en a\(;z fourni \'i ii^ll l'ois... La crisn où se ii'oino I'îiiiikm; ne jx'ul, ne doit être iuij)ul('e qu'à vous seuls (1). »
Avec les fourrages, il y avait toujours à fournir des chariots munis de leurs alt{dai>es pour les ti'ansporter, et comme les cultivateurs devaient tenir sans cesse leurs véhicules à la disposition de la nation, ils reçurent la défense de s'absenter de leur commune sans une permission expresse de la municipalilé (2). Du 16 juin au 26 juillet, on réquisitionna ainsi 143 voitures attelées dans le seul District de Delémont ; du 1^*^ au 10 décembre, 71, parmi lesquelles 16 pour Besançon, distant de cent vingtcinq kilomètres, et 9 pour Dole, éloigné de quarantequati-e lieues A partir du 9 novembre, d'autre part, le directeur des transports et convois militaires dans le département du Hhin exigea du Mont-Terrible vingtquatre voitures à quatre chevaux par jour. Afin de faire toucher du doigt les réalités à son correspondant, le District de Porrentruy lui envoya simplement un rapport sur sa situation : des 2.0r)0 chevaux du District, il n'en restait plus un de disponible ; on n'avait qu'à aller les chercher à Strasbourg, où 87 voitures étaient parties
(1) Subsist. m un., n° 1.
(2) Rcfj. (le In. Munie, 2S, délibér. do la Commune du 24 septcmhro 1794.
VM\ ciiAPiTiu-: vin
depuis quinze |ours, ou à Mayence d'où il fallait ramener le sel (1).
Que dire mainlenani des réquisitions de vôtemenls ? Le 9 février, les représentants Lacoste et Baudot réclamaient du Mont-Terrible, pour \os armées du Rhin et de la Moselle, plus de treize mille vestes, culottes, redingotes, chemises, bottes, etc. Le 22, la liste s'enflait dans les proportions suivantes: LOOO habits ; LoOO vestes; 4.000 calottes ; 6.000 paires de bas ; 12.000 paires de souliers ; 500 paires de bottes ; 6.000 chemises ; 1 .000 redingotes ; 3.000 guêtres ; 300 chapeaux ; 600 casques ; 600 pantalons et 100 manteaux. Le Département se contenta de répartir ces 36.000 efl'ets entre les deux districts, d'ordonner des visites domiciliaires et d'exprimer l'espoir platonique que « tout bon citoyen se dépouillerait volontairement, sans rétribution, de tous les eflets qui ne lui seraient pas indispensablement nécessaires (2) ».
Ce que la générosité patriotique ne donna point, la force toutefois l'extorqua. Des commissaires spéciaux furent nommés dans chaque commune : « On renouvela les visites domiciliaires ; on prit à ceux qui avaient deux paires de souliers, la meilleure ; ainsi des chemises ; ...on prit tous les manteaux pour habiller les volontaires (3) ». C'eut été, on le voit, le comble de la tyrannie,
(1) VoUce civile^ n° 21 .
(2) Reg. du Dép., 22 février ; Heg. de la Munie, n» 71.
(3) Ibid.j et lettre de l'avocat Scheppelin à de Billieux, 18 mars
\.KS M TOIUIKS ADMINISIP.ATIVKS KN 1791 K>7
si celle violalioii oiiverle des loyers n'.'iNail étf'Mh'pMssée pnr un innl plus j^rand (Mieoin» : leur (h^sl ruel ion ()ai" I(!S jxMpéUielles levées de conserils.
A la fin de 170.'>, le l)éi)arle[nenl avail essayé de rame- l'orsistanr.f; do ner les réi'raclaires au devoir par un suprômc délai de ^'"^ f-onscrits. grAcc et des démarches extraordinaires auprès de Barthélémy. Cela n'ayant servi de rien, la chasse à l'homme se poursuivit plus àprc que jamais.
Le 30 janvier 1794, les trois quarts des jeunes i^ens de la première réquisition n'avaient pas paru. Les munici- ])alilés durent alors dresser un état exact des rebelles : ceux qui se présenteraient dans les trois jours seraient envoyés à Strasbourg ; les autres seraient arrêtés et livrés à l'accusateur public de la même ville ; leurs parents seraient en outre mis en état d'arrestation.
Un mois après, le résultat de mesures aussi rigoureuses était le suivant : sur 528 jeunes gens réquisitionnés dans les deux districts, 81 étaient équipés et prêts à partir ; 239 s'étaient fait déclarer par leurs municipalités incapables de porter les armes ; les autres avaient sans doute passé la frontière, par delà laquelle on comptait déjà six cents rauraciens émigrés (1)...
Cela continua pendant toute l'année, à telle enseigne que le 8 décembre 1794 le Direcloire consentait encore à ne point inquiéter les réfractaires émigrés s'ils rentraient
(i) Police milit., a» 2, 24 févr. — Dans le District de Porrentruy, sur 392 conscrits il y en avait 51 de prêts et 189 d'exemptés.
138 CIlAPITltK Vlll
avant le l^' janvier 179.") (l), c'est à-dire reconnaissait n'<5tre pas plus avancé que le h' janvier précédent, lien serait de même dans la suite.
Voyons mainlenant ce (jue devenaieid. les rares conscrits qui avaient bien voulu obéir à la loi. Dissolution du Ils avaient d'abord grossi le « bataillon du Mont-Ter-
bataillon du
Mont-Terrible, rible », dont les compagnies s'étaient vues réduites naguère à des efï'eclifs d'escouades (2). Le 23 mars, le rôle portait 450 présents. A supposer que ce chiffre invraisemblable n'eut pas été majoré, la désertion l'abaissa de moitié quinze jours après (3). Les officiers attribuèrent cette débandade au dénuement de leurs hommes : d'après une lettre écrite par le chef de bataillon, le 16 mars, de Neuf-Brisach, « ils marchaient à pieds nus, vu qu'il n'y avait plus de souliers dans les magasins de la nation (4) ». D'autres témoignagnes prouvent qu'ils avaient à peine de quoi vivre, ce qui n'empêcha point le conventionnel Rougemont de trouver leurs dépenses excessives, et de retenij" mille livres sui- le traitement de chaque membre du Conseil d'administration (5) î Tout favorisa dès lors
(1) Lettre à Barthélémy, Pap. de Bartk., 440, f» 318.
(2) Cf. plus haut, p. 30.
(3) Un état nominatif du 9 avril porte 13G hommes, plus 15 officiers, pour les cinq premières compag-nies. Voici les noms des huit capitaines : J.-P. Caillet ; P. -F. Simon ; G. Saunier ; J, Piquerez ; F. Chapatte ; P. Moniu ; J. Chagué ; P. Boyer. — Le chef de hataillon s'appelait Boutrou("^ {Police niiliL, n° 2, 9 avril).
(4) Lettre au Directoire de Porrentruy.
(5) Police milit.^ n° 2, 29 août. — A cette époque le hataillon était le 2^ de la 65^" demi-hrigade hivouaquée à Diderheim, dans le Palatinat.
LES AUiOlUriiS ADMINISI l'.AlIVKS KN \1\) \ \'-\\)
iiiir, (lissoliil ion (jui devait valoir au l'amcMix halaillon h; j)r(Miii(M- laiiî^siir i(^ lahlcau... (1(îs dnscrUMirs.
Le Drp.ii'IriiKMil avait du moins espéré (lue les ecntaines inipossiLiiiU'î de ieiiiies urcns exemptés par les municipalités complai- Ih Kani»santés ne refuseraient pas d'entrer dans les ran^s de la « garde nationale » f)Our protéger leurs foyers : oi- ils furent rebelles même à cette forme atténuée d'embrigadement. Le 30 mai, comme il ne lui restait plus que cent soldais (lu 8'2" régiment d'infanterie, et quelques débris du bataillon de la Haute-Saône, le général Pierre, établi à Delémont, ne put obtenir du District dePorrentruy un seul homme pour occu[)er les postes laissés vacants. Le M iinn, personne ne s'était encore présenté à l'enrôlement, et la municipalité de Porrentruy dut arrêter que la garde serait montée d'office par tous les individus de la ville, sans distinction d'état, d'âge, « ni de sexe >>, c'est-à-dire que chacun se priverait au besoin de son nécessaire pour salarier une milice. Le 9 octobre enfin, l'appât du gain n'ayant pas suffi à mettre les armes aux mains des hommes, on fil monter la garde par des femmes et des enfants (1)...
Comment, du reste, les autorités auraient-elles pu faire respecter la loi, puisqu'il leur manquait un instrument nécessaire pour cela : la gendarmerie? Celle-ci n'existait que sur le papier, si bien que le 15 juillet 1794, le District de Porrentruy avisait un commissaire de l'armée du Rhin
(1) Reg. (le In Munic.^ n° 71.
140 CHAPITHE VIII
qu'il était temps, peut-être, de lui procurer des urmes à l'usage de sa future maréchaussée (1).
Telles furent les difficultés aussi variées qu'inextricables qui accablèrent les acbninistratenrs du Mont-Terril)le à l'époque de la Terreur ; elles suffiraient à expliquer la stérilité de leurs efforts (2). Et pourtant il faut y ajouter les entraves aggravées sans cesse par ceux qui auraient dû les aplanir : par les membres du Comité de surveillance révolutionnaire.
L'arbitraire En destituant et en remplaçant les fonctionnaires au
du Comité ti
désorganisé gj.^ des besoins de leur politique, ces personnages renl'administra- ji^f^i^t impossible tout travail suivi et sérieux. En vain le Directoire départemental s'en plaignit-il aux représentants du peuple, et obtint-il l'appui indigné de Foussedoire (3) qui écrivait de Colmar le l*^' mai : « Ma peine redouble lorsque je vois une administration exposée à l'avilissement, désorganisée et mise hors d'état d'opérer le bien (4).» Cela n'empêcha point l'incarcération de Lopez et de Metje, chargés des contributions et des subsistances. Leurs collègues en appelèrent cette fois au conventionnel Lacoste (5), le courageux commissaire aux
(1) District de Porrentruy, Corresp.
(2) Pour ce qui concerne les contributions, voir plus bas,chap. XVI.
(3) Suppléant du Loir-et-Cher, Foussedoire remplaça Bernardin de Saint Pierre à la Convention.
(4) Organ. des autor. constituées, Vil, no i4.
(5) Futur membre du Comité de sûreté générale et président de la Convention le 1^'" messidor ; il attaqua violemment Robespierre le 9 thermidor et fit décréter la suppression du tribunal révolutionnaire.
Li:s AirolUIKS ADMINlSTHAliVKS KN 1701 1 II
armérs du llliiii, ol riiiformrronl (jiic fion conlnnl d'avoir proiiKMir la i^nillolinc poiidniil ({uaranle-dciix joni-s à Iravors le (l<''|>ai-lrin(Mil (1), Ir (^)inilf'î avail. arrnir lous los services. Les iiK^ubrcs du Dislricl doinaiidricjil <\(i \vaiv cù\r au (loniiié de sûreté générale de faire cesser des rigueurs qui (^.idravaient toute vie publi(jue, rigueurs (jui étaienl allées jusqu'à emprisonner pendant plus de cinq mois quarante mallieureux coupables d'avoir ouï la messe à Bellelay : « L'ignorance est le partage de presque tous les habitants de nos montagnes, — alléguaient les administrateurs dans une lettre qui montre bien leur état d'esprit, — il serait dur de voir tant de pères et de mères punis pour la transgression d'une loi qui pourrait être dans leur cœur: ces gens ne sont pas méchants et c'est la malice que nos heureuses lois punissent (2). »
Nous avons vu que Hentz et Goujon ne firent malheureusement rien moins que donner satisfaction à ces légitimes aspirations vers l'ordre et la tolérance (3). Aussi, lorsqu'arriva Thermidor, l'anarchie était-elle à son comble : « Pendant les quarante-quatre jours de ma détention, — écrivit l'agent national Boillot, le 9 septembre, au représentant Lémane, — mon substitut n'a rendu qu'un seul compte décadaire ; tout est dans le plus grand désordre ; aucune lettre répondue ; les lois les plus essen-
(1) L'exécuteur réclama pour cela b04 livres, à raison de 12 livres par jour {Reg . du Dép., 16 mai).
(2) District de Porrentruy, Corresp,
(3) Cf. p. 120.
\ V2 ciiAiMTia: viii
tielles sont sans exécution... On nous assassine... Les rauraciens veulent se débarrasser de nous (français), à quelque prix que ce soit... Houssel, président du département, et l'administrateur Metge, malgré leur emprisonnement, ont été attaqués et sont au lit couverts de blessures... Il n'y a j)lus ici de société populaire, car on ne peut donner ce nom à quinze individus au plus, presque toujours ivres, qui ne s'assemblent pas régulièrement et bornent tous leurs travaux à la lecture des papiers publics. » Boillot ajoutait que les victimes de la Terreur sup])lantaient les purs révolutionnaires dans le district et la commune, de telle sorte que Démange, naguère condamné à la réclusion jusqu'à la paix, venait d'èlre nommé maire de Porrentruy.
La réaction thermidorienne allait être pourtant aussi modérée et d'ailleurs aussi temporisatrice (jue la crise terroriste avait été violente.
ClIAIiriîK l\
I.A r.KACIlON TIll-HMIDor.lKNNE. — SA MODKHATION. — Li:S COMITES 1)K SUHVEiLLANCIi INDÉPENDANTS
(sepLcmbrc 1794- mars 1797)).
Les six Diois qui suivirent Thermidor furent une période de transition, pleine de désarroi et d'indécision. Délivré du joug de la Terreur, le peuple respira plus librement, et de nouveaux Comités de surveillance donnèrent au gouvernement du Mont-Terrible une impulsion plus conforme à l'esprit de ses habitants. L'ancien personnel resta cependant à la tête des affaires publiques, et l'administration vit plutôt s'augmenter l'anarchie qui avait marqué Tété de 1794.
A partir de cette époque, l'histoire extérieure du Dé- i)('courage- ^ i ^ ' mont général.
partement manqua du reste de plus en plus de Tunité et de l'originale vitalité qui avaient donné tant de relief à celle de la République rauracienne. De mesquines rivalités entre les autorités administratives, des épurations successives et contradictoires, contre-coups des événements de Paris ; des votes donnés sans enthousiasme et qui réveillent à peine, de loin en loin, les adversaires irréductibles du jacobinisme; un découragement général, en somme, qui laisse se retirer tristement les sentiments
144 CHAPITRi: IX
traditionnels dans le sanctuaire des consciences : voilà
quel sera le thème obligé de ces derniers chapitres.
L'incertitude Nous avons vu que la chute de Kobespierre (1) n'avait politique '
Thermidor P^'^ produil, à Porrentruy, d'efTets immédiats (2), et n'avait point empêché le Comité révolutionnaire de fonctionner jusqu'à la fin de septembre. En vain, le District de Porrentruy, appuyé par le vœu d'une assemblée de cent trente-six citoyens, avait-il déclaré, le 11 septembre,que le Comité et la municipalité bruntrutainc avaient perdu sa confiance, et avait-il dénoncé à la Convention « les intrigants qui compromettaient sa tranquillité » ; en vain le Directoire départemental, avait-il réclamé du Comité de sûreté générale l'envoi d'un représentant ; en vain l'agent national Boillot avait-il adressé de nouvelles plaintes au Comité de Salut-Public, et flétri l'œuvre néfaste de Hentz (3) : aucun ordre positif n'était venu changer la face des choses ; le Comité avait eu beau jeu de répondre au District que ses inculpations étaient faites « pour entraver la marche révolutionnaire », et que « fort de son innocence, il resterait inflexible à son poste (4) » ; la municipalité s'était de son côté déclarée à la Conven-
(1) Survenue le 27 juillet 1794.
(2) Cf. p. 122.
(3) Nous lisons dans son rapport du 28 septembre : « Hentz a formé la Société populaire des hommes les plus méprisables de la contrée : chassés par la honte, ceux-ci n'osent plus tenir de séances ou pour mieux dire n'en ont jamais tenu... Les choses vont horriblement mal. »
(4) Organ. des autor., n» 14, 15 septembre.
LA Iiî:.\C:TION TIIKHMIIJOIUIÎNNE 145
lion ollc-m(^mc « cnlravéc dans ses travaux par les trames des faux patriotes (1) ».
( )n ne savait donc plus de quel côté était la vérité politique, et chacun accusait son voisin de trahison, de négligence ou d'excès de pouvoir. Inaugurant Tantagonisme entre l'autorité civile et l'autorité militaire que nous verrons se développer, la municipalité somma le commissaire des guerres Souvestre de lui expliquer par écrit pourquoi il continuait de loger les troupes chez l'habitant au lieu d'aménager le chiUeau à leur usage (2). Dépourvue de l'autorité nécessaire à son action, l'administration centrale recourut inutilement aux grands Comités de Paris : les membres du District de Porrentruy, affirmait-elle le 9 octobre, refusaient de lui fournir les renseignements dont elle avait besoin et violaient les lois ; l'un d'entre eux s'était soustrait à un mandat d'amener ; deux membres du tribunal civil avaient fait faillite ; une réorganisation complète du Mont-Terrible était devenue de la plus extrême urgence (3).
L'installation d'un nouveau Comité de surveillance mit Le Comité de
surveillance
enfin un peu d'harmonie dans ce désordre. Nommés le indépendant :
modération de la réaction.
(1) procès-verbal de la Conv., 2'.^ septembre 1794, p. 28.
(2) Beg. de la Munie. ^ n* 71, 7 oct.
(3) Lettres du 9 octobre au Comité de législation, — et du 18 oct. au Comité de sûreté générale [Organ. des autor. const., n° 14, — ei Arch. Nat., F 'c, m, 7).
A propos de l'état des esprits dans le Mont-Terrible, voir l'ouvrage de M. Aulard sur la Société des Jacobins, t. VI, p. 598 (Rapport du 20 octobre d'un membre qui revient de Porrentruy).
Il G. — 10
CIIAI'ITIŒ IX
30 septembre par le Comité de sûreté générale, ses membres commencèrent à se réunir le 8 octobre dans le même local que leurs prédécesseurs. C'étaient des hommes du pays, presque tous industriels, négociants ou artisans (1), purs de toute compromission avec le jacobinisme. Ils étaient bien résolus à restaurer l'ordre et les libertés publiques, mais sans user de représailles contre les personnes. Ils ne lancèrent qu'une dizaine de mandats d'amener, — dont quatre seulement furent maintenus, — contre les dilapidateurs et les oppresseurs les plus coupables ; ils délivrèrent en même temps des certificats de civisme à certains individus déclarés naguère suspects : « Depuis trop longtemps, — écrivirent-ils au Comité de sûreté générale pourjustifier leur conduite^ — les habitants de ce Département, fatigués des vexations innombrables qu'une faction égoïste et liberticide leur a fait essuyer, soupirent après le règne de la justice. 11 est temps que nous sortions de l'esclavage ; il est temps que le peuple sache que c'est pour lui, et non pour une poignée d'intrigants, que la France a proclamé la liberté (2) ! »
Maintien des Sachant combien les paroles sont vaines sans les actes,
anciens *■
^'^Te'T*^'^ le Comité s'employa aussitôt à réorganiser l'administra-
(1) Voici leurs noms : Gœtschy, imprimeur, président ; Cl. J. Bécliaux et Wautrez, tanneurs ; Ant. Trincano, négociant ; Godin, chirurgien ; Paumier, ancien officier ; Brielmann, sellier ; Gigandet, marchand ; Jecker, meunier ; Nicol, tanneur ; Joliat, graveur ; P. J. Gouvernon (nommé seulement le 11 mars).
(2) D'autres adresses, dans le même sens, furent envoyées à la Convention.
I,.\ nKATTION TIIF.nMIDOniKNNE 1 17
lion. 11 clablil des commissaires spéciaux pour les lioj)itaux, I(\s postes cl la police, et il exerça un contrôle st'îvcrc sur les fonctionnaires publics ; vu les antécédents de ces derniers, il aurait bien voulu les remplacer et demanda au représentant Lémanc d'en liAter l'épuration : mais il dut s'accommoder, jusqu'à la venue de Bailly, c'est-à-dire jusqu'en février 1795, « de gens que Ilentz avait comblés de louanj^es et de caresses, quoiqu'un costume sale et un bonnet rouge leur tinssent lieu de patriotisme, quoiqu'ils fussent des banqueroutiers, de vils égoïstes et des fourbes (1) ». Ces agents de la Terreur, — qui en avaient été aussi les victimes — s'étaient d'ailleurs mis au diapason du Comité indépendant: le 10 octobre, le Département demandait à la Commission des secours (( de tirer de la plus affreuse indigence » les anciens pensionnés du prince (2) ; le 20, il ordonnait de transformer en un atelier de charronnage à l'usage de l'artillerie, la maison de Rengguer inculpé par l'accusateur public Langlois de fédéralisme et d'usurpation du pouvoir souverain (3) ; quelques jours après, il conjurait la Convention de rester « l'effroi des dilapidateurs et des hommes de sang (4) ». Le District, de son côté, demandait l'élar-
(1) Lettre du Comité du 25 décembre (ces documents sont tirés du registre du Comité).
{2)Arch. Nat., F '<^, III, d.
(3) Rengguer devait être conduit à la Conciergerie de brigade en brigade. En juillet 1795, le département lui refusa le certifient de civisme qu'il lui demanda.
(4) Procès-verbal de la Conv., 9 novcmljro 1794, p. 75.
Le Directoire du Mont-Terrible était alors composé comme suit :
148 CHAPITHE IX
gissement des derniers détenus, et la commune de Porrentruy, — le corps le plus suspect de sans-culottisme, — applaudissait aux mesures réparatrices de la Convention et à l'avènement du règne de la justice (1).
On ne peut donc plus douter que le régime de la Terreur ait été réprouvé, dans le Mont-Terrible, par ceux même qui avaient dû l'appliquer, et il ne faut point s'étonner que de confiantes relations aient fini par s'établir entre le nouveau Comité et le personnel administratif resté en fonctions contre son gré. Citons seulement, comme témoignage, cette lettre adressée, le 23 janvier, par le Comité de surveillance au président du Département, Amweg, qui lui demandait des renseignements sur la faction de Robespierre : « Tu sais comme nous que le Mont-Terrible a, depuis le commencement de la Révolution jusqu'à la chute du tyran Robespierre, été en proie à l'ambition, aux brigandages et aux intrigues ; tu as été témoin des vexations d'une poignée de scélérats, patriotes exclusifs à tant la journée (2). » — Si les scélérats stigma-* tisés de la sorte étaient les membres de l'ancien Comité jacobin, ils bénéficièrent eux-mêmes de la générosité de
Erard, de Fontenay ; Teurillat, de Saint-Braix ; Amweg, de Vende* Jincourt ; Biry, de Porrentruy ; Kuhn, musicien, de Suetz, en Alsace ; Roussel, homme de loi, de Belfort ; Lopez, juif de Bordeaux ; Metge, tanneur, de Carcassonne.
(1) Procès-verbal de la Conv., 11 décembre, p. 798.
(2) Suivaient des plaintes sur la baisse de iesprit public amenée par les bruits qui couraient sur l'abandon du dépalHement par la France.
L,\ lU'lACTION TIIKUMIIJOIUKNNK MO
leurs successeurs, puisque ocux-ci leur accordèrent '\ chacun, le If) janvier 179."), huit cent seize livi-es (l'indemnité... (l).
Le Comité de surveillance de Porrenlruy n'eut d'action c.f.Iil'J'^^nd.j (jue dans le District. Delcmont, comme précédemment, Vh'IVmon't!' eut en elTet le sien qui fut tout à fait indépendant et plus actif encore que celui du chef-lieu. Sans être moins libéral, il crut nécessaire de parler en maître absolu, et d'exercer, dans le seul intérêt public, une sorte de dictature de réaction (2). Il exigea que les agents nationaux vinssent lui rendre compte, dans les vingt-quatre heures, de l'accomplissement des réquisitions frumentaires ; il cita chaque jour à sa barre des fonctionnaires ou de simples citoyens « pour qu'ils donnassent des éclaircissements sur les questions qui leur étaient posées » ; il enjoignit aux juges de paix de lever des informations contre des municipalités ou de simples citoyens, et invita les corps constitués de tout le district à lui dénoncer les transfuges et à lui envoyer les étrangers ; lui-même « manda et ordonna à tous exécuteurs de mandements de justice » d'arrêter les citoyens qui lui semblaient dange-
(1) Ils avaient été, d'autre part, absous le 8 novembre par le tribunal criminel de Delémont.
La somme dont nous parlons était le montant de leur traitement non touché.
(2) Membres : Teurillat, Marchand, Mif^y, Perrot, Feune, Pajot, Kœtschet, Piegai, Odiet, Bennot, Metthé, Hérard. — La moitié de ces membres avait remplacé les suivants le 10 décembre : Blétry, Noirjean, Guerdat, Misercy, Juillerat, Laporte.
reux, pour les traduire -^ sa barre (1) ; il rc^prima » les infractions à l'arbre de la liberté », dénonça au Comité de sûreté générale l'emploi de faux-assignatsetles malversations des receveurs, réglementa la gendarmerie, les postes, les douanes, les auberges, les bôpitaux, allant jusqu'à faire visiter ces derniers par un commissaire qui inspectait les malades et prescrivait leur régime alimentaire. C'est lui enfin qui reçut et promulgua les lois (2).
D'aussi multiples travaux obligèrent le Comité à exercer envers ses propres membres une rude discipline ; ils devaient assister à chaque séance, et ne pouvaient refuser une mission qui leur incombait. Un secrétaire nommé le 26 octobre recevait par exemple l'avis suivant : « Notre Comité te prévient que tu es nommé secrétaire d'iceluy, et qu'il t'attend infailliblement à ton poste pour demain à neuf heures, sinon on t'enverra chercher. » Quant à l'esprit qui animait une conduite rappelant parfois les procédés jacobins, il est clairement exprimé dans cette lettre à la Convention du 3 décembre : u Votre adresse au peuple annonçait le retour de Tordre et de la justice :... depuis que vous avez frappé les Jacobins, ces hommes de sang, depuis que vous les avez courbés et enchaînés sous la massue (de la justice), la France respire, le Français sent qu'il est libre et chérit cette liberté que les scé-
(1) En novembre, il y eut ainsi treize arrestations.
(2) Nous avons relevé sur son registre environ cent trente lettres jusqu'au 21 mars.
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lérals, les terroristes, les iniri^^anls, les fripons, les jacobins, lui rendaient odicnse. )>
iMallieureusemcnt l'énergie des Comités de surveillance ne sullisail |)oinl à ^uciir le MonL-Terril)ie de la désagr(';gation dont il souHrait soit au sein du peuple, soit au sein de l'administration.
L'abandon dans lequel la France laissait le déparle- Cons-qurnens ment avait accru « la baisse de l'esprit public (1) », et en- i'<'migration. courage l'émigration. En 1794,de nouvelles listes avaient permis de constater que plus de treize cents habitants avaient quitté leurs foyers, parmi lesquels près de douze cents cultivateurs, artisans et manouvriers (2). En vain, s'était-il trouvé dans le Directoire départemental des citoyens assez « gangrenés et infectés de modérantisme » pour prier le Comité de Salut Public de reporter au 23 avril 1793, — au lieu du 23 avril 1792, — « l'époque d'émigration » : la municipalité Bruntrutaine s'y était victorieusement opposée, attendu « qu'il n'y aurait plus d'émigrés dans le département, qu'ils rentreraient pour
(1) Cf. p. précédente, n° 1.
(2) Voici quelques chilîres exacts : la liste du 22 mars 1794 porte 650 émigrés pour le district de Porrentruy, parmi lesquels 67 prêtres ou religieux et 18 personnes de professions libérales ; o 20 pour celui de Delémont, parmi lesquels 41 ecclésiastiques et 6 personnes de professions libérales.
Les listes supplétives des 20 et 30 juin, 19 aoijt, 25 septembre et 22 octobre ajoutèrent 140 noms, parmi lesquels on ne trouve que 4 religieuses et 7 familles nobles qui avaient pu jusque-là sauver leurs biens en invoquant des « combourgeoisies helvétiques />.
(Aux Arch. Nat., F7 5357, où se trouvent 35 dossiers d'émigrés du Mont-Terrible, nous y avons relevé ceux dos familles de I^illicux, de Hlarer et d'Andlau,
tout subvertir, et que la République perdrait des fonds immenses (1) » ! Or la situation ne changea point apr/»s Thermidor : les émigrés ne se soucièrent point de rentrer dans un pays où on avait vendu la plupart de leurs biens, et des « listes supplétives » parurent le 19 août, le 25 septembre et le 22 octobre.
Les frontières étaient d'ailleurs travaillées par des émissaires qui cherchaient à rallier les mécontents : Barthélémy annonçait le 29 octobre au ministre des relations extérieures que Condé allait envahir le Mont- Terrible et que des prêtres le précédaient déjà (2) ; Bâcher s'empressait de dévoiler a le coup monté par les ministres d'Angleterre et de Vienne pour offrir le spectacle d'un échantillon de contre-révolution >>, ajoutant que « l'indignation était générale en Suisse » contre une imprévoyance « qui entachait notre honneur national (3) ». Deux mois après, le même Bâcher dévoilait les trames horribles du comte de Montjoye-Vaufrey : inspiré par Pitt, ce vassal du prince-évéque organisait une bande d'émigrés pour exécuter « son projet infernal de mettre le feu aux quatre coins de Paris » ; il entretenait de dangereuses intelligences dans les départements voisins, surtout dans celui du Mont-Terrible où il se proposait de créer une nouvelle Vendée (4).
(1) Registres de la Munie, n° 71, 10 et 28 avril 1794.
(2) Kaulek, IV, 393.
(3) Lettre au ministre, nov. 1794, Pap. de Barth., 440, f°^ 130 et
(4) Lettre écrite de Bâle, le 11 janvier 1795, à la Commission des Relations extérieures {Ibid., 452, ^ 62).
LA HKACTION TIlKHMlDOmiCNNH 153
IlAlons-iious de faire remarquer que tout cela ne se passait guère que dans la cervelle de notre trop zélé secrétaire d'ambassade. Les rauraciens n'avaient pas fui nos étendards pour aller s'enrôler, comme d'aucuns le leur proposaient, sous les drapeaux impériaux (1), et lorsqu'en 1797 on fut parvenu à les réunir à Mulheim, sous les ordres du lieutenant-colonel Le Page, ils ne purent même pas former une compagnie (2).
Plus réel et plus grave était le mal qui menaçait de Misèreetinca
piiritf^ (les
désorganiser l'administration du département. Les fonc- fonctionnaires tionnaires restés à leur poste étaient en eflet en proie à la misère et <à la famine. Malgré les lois récentes qui avaient élevé les traitements de quinze cents à six mille francs, ils ne pouvaient plus vivre. Six mille francs en papier monnaie, cela faisait quatre cent quatre-vingt francs en numéraire, et comme le kilogramme de froment coûtait alors de trente à quarante francs, un administrateur ne touchait même pas assez d'argent pour s'approvisionner de pain lui et sa famille... Et encore, le receveur départemental n'avait-il point les fonds nécessaires pour solder des dépenses qui s'élevèrent, en octobre 1794, à trois millions et demi (3) : cela amena les membres du
(1) Lettres de Scheppelin, procureur général du 8 février, et de Delefils, du i6 juin 1794, Corresp.^ lll.
(2) Lettre au prince d'un grenadier de cette compagnie, datée de MuUieim, 31 janvier 1797, Corresp., VI.
(3) Cette situation se continua, puisque le 18 mars 1795, le receveur se plaignit d'être « absolument sans fonds ».
154 cHAPiTiU': IX
Directoire h écrire à Paris, le 19, qu' « ils étaient à la veille d'avoir leurs bureaux déserts » (1).
Une (( grève >/ de fonctionnaires aurait ameuté contre le gouvernement, c'est-à-dire, en l'espèce, contre les Comités une véritable armée : le District de Delémont possédait à lui seul cinq cent trente-huit employés et la ville de Delémont quarante et un (2). 11 est vrai que la République n'aurait pas perdu grand'chose à se passer de leurs services, car leur incapacité égalait leur dénûment. Nous en donnerons plus loin des preuves (3); citons seulement pour l'instant, un rapport du 26 décembre 1794 où l'agent national de Delémont avisait le Comité de législation qu'il était acculé à la démission « faute d'être secondé, les sujets instruits manquant absolument » (4).
Epiinition C'est dans ces considérations d'ordre matériel, et non
ilîuiiy : (OU- dans le désir d'exercer des vengeances politiques, qu'il
sultationpopu-
laiio iivvricr faut voir Ics causcs de 1 épuration générale a laquelle procéda enfin le représenta^nt Bailly, sept mois après Thermidor (5). Les pourparlers avec les Comités de surveillance sont instructifs sur ce point : « Le grand nombre des fonctionnaires, — lui écrivait le 27 février 1793
(1) Bur. de coinptab., Beg. de corresp., n° 26, octobre 1794 à mars
(2) Lettre de l'agent national de Delémont au Comité de législation, Arch. iXat., F^b II, i, 26 décembre 1794.
(3) Chap. XVII.
(4) Cf. l'avant-dernière noie.
(5) Bailly, futur préfet du Lot, arriva à Delémont le 24 février
LA HKACTK^N TllKnMIUOniKNNK ![>[>
10 ('omiU'' (le Porrcnlruy, — csl iiirapnhlc do remplir les fonctions que la loi leur impose... l^e Dislricl, l\ l'exception (le l'ogenl national, est composé de gens ineptes, pour ne rien dire de plus, et de chauds partisans du terrorisme... Ils ne doivent leur place qu'à l'intrigue et à l'effet de la Terreur, mais nous nous bornons à demander leur remplacement par des administrateurs éclairés et probes... Nous méprisons trop les vils égoïstes dont nous avons souffert l'oppression et l'insolence pour nous ressouvenir de leurs crimes. »
L'épuration présenta une seconde garantie d'équité : c'est qu'elle sortit d'une sérieuse consultation populaire.
11 y eut sans doute des candidats officiels, mais «■ les habitants, assemblés en sections, se prononcèrent fortement en leur faveur ». Cette expression de Bailly est exacte au moins en ce qui concerne les autorités municipales : un commissaire du district convoqua les citoyens, leur lut les arrêtés, fit « voter la démission » de l'ancienne municipalité, puis nommer un conseil de cinq membres ; ce conseil proposa les nouveaux fonctionnaires au commissaire qui les accepta et les fit acclamer par le peuple. Dans les communes où l'on refusa de voter les démissions (l), le commissaire se borna à remplacer quelques membres qui cumulaient plusieurs fonctions. C'étaient du reste, la plupart du temps, les fonctionnaires euxmêmes qui réclamaient leur démission et les assemblées
(1) Par exemplo à Saint-Ursanno.
CIIAIMTHE IX
terrorisme,
communales qui insistaient pour qu'ils restassent en charge.
com^?(!te^^"d Qu'ils fussent choisis par le peuple ou par l^ailiy, les nouveaux administrateurs furent également des adversaires du jacobinisme. L'avocat Béchaux entra au Département, avec Kuhn, Walther, Houssel, Erard et Theurillat ; l'avocat Triponé au District ; Trincano, Brahier et Gressot à THôtel de Ville ; l'ancien maire Guélat et l'ancien grand-maire d'Ajoie Theubet au tribunal civil ; Ignace Buthod, à la justice de paix. Le personnel fut à peu près complètement changé, — ou invité à quitter les voies condamnées, — puisqu'il y eut cinq cent cinquante nominations ou mutations dans le seul District de Porrentruy. En vain, les sans-culottes révoqués essayèrentils de disqualifier Bailly : une pétition qu'ils firent circuler ne recueillit que soixante signatures, et n'aboutit qu'à mieux manifester la joie qu'éprouvait la Rauracie de sa délivrance. Le 28 février, l'agent national de Porrentruy déclarait au Comité de Salut Public que a le peuple était réveillé de sa léthargie » . Le 7 mars, la commune écrivait à la Convention : « La justice et Phumanité ont repris leurs droits par l'expulsion des tyrans...; le règne du terrorisme, sous lequel nous avons gémi depuis le commencement de notre révolution, a disparu... Cette commune et ce département doivent dater de ce moment l'époque de leur liberté! (1) ». Certains villages furent
(1) Procès-verbal de la Conv.j 7 mars 1795, p. 22.