I.A lu'iAr.TioN 'niKi'.Mii»()nn:NNK
plus aHirninlifs encore, comme celui de Monlfaucon d'où Ton ccrivail le 11 mais: « b^nliii, le, jour tant dc^siré par nous esl arrivé ! Des amis de la justice et des vertus ont remplacé les lVi[)ons et les intrigants. Vous l'erez punir les coupables, car il faut qu'ils rentrent à jamais dans la fange et l'égout du crime qui les ont enfantés (1). »
De telles paroles inspirèrent la crainte d'excès de réaction, et l'agent national de Porrentruy réclama du Comité de Salut Public une proclamation affirmant le maintien de la République une et indivisible : « On regardait presque comme une folie de croire à son afï'ermissement î ». Mais cette crainte était cbimérique. Les rauraciens avaient, en effet, de trop bonnes raisons pour ne point travailler au retour de l'ancien régime; ils entendaient ne plus voir revivre les droits féodaux, et conserver la masse de biens nationaux qui était devenue leur propriété. Ils restaient donc inviolablement attacbés à la République, pourvu qu'elle respectât leur liberté.
(1) District de Porrentruy, n" 26 (Lettre au District).
GIIAPITIU^ X
LA POLITIQUE GÉNÉRALE DU MONT-TEBRIBLE. — DE LA MISSION DE BAILLY AU DIBECTOIBE.
(mars-octobre 1795).
De Tépuration qui fut la conséquence lointaine de Thermidor, jusqu'au rattachement du Mont-Terrible au Haut- Rhin, les réquisitions et les levées militaires, les contributions sans cesse grossissantes et la liquidation des domaines nationaux n'eurent pas d'autres conséquences que celles de perpétuer les embarras de l'administration et les résistances du peuple rauracien à l'application des lois françaises. Nous pouvons donc en séparer l'étude de celle de la ligne de conduite politique des autorités départementales, ligne de conduite plus conforme aux fluctuations du pouvoir central qu'aux aspirations constantes des habitants vers la tranquillité et la liberté.
Répression des Ainsi que nous venons de le démontrer, les fonctionexcès de la réaction. naires installés par Bailly étaient des anti-jacobins bien
décidés à réparer les maux de la Terreur ; mais, justement à cause de cela, ils ne voulaient pas tolérer de « terreur blanche ». Ilscommencèrent donc par réprimer les écarts d'une réaction trop bruyante. Des bandes joyeuses parcouraient, la nuit, les rues de la ville en hurlant des chan-
LA POMTinrK GKNKH AI.K DT MON I - I KIUUIiLK 1./.)
sons conlrc-révolutionnaircs (1) ; des ranaliqucs, — ou de mauvais plaisants, — encouragés sans doule par les émigrés qui commcnraienl h repasser la frontière (2), allèrent jusqu'à scier Tarbre de la Liberté et à brûler l'autel de la Patrie. Afin de montrer qu'il réprouvait les adversaires de droite comme ceux de gauche, le Département réclama sans hésiter les peines les plus sévères contre « les auteurs sacrilèges de ces crimes de lèse-nation », et la municipalité engagea les habitants à lui signaler « ces êtres pervers qui ne pouvaient être que de ces monstres que Féquité nationale venait de terrasser (3) ».
On n'oublia point, cependant, que la vindicte publique ne pouvait se contenter d'avoir « terrassé les monstres ». Le 14 avril — jour où l'on planta un nouvel arbre de liberté, — le District de Porrentruy ordonna le désarmement (( de ceux qui avaient participé aux horreurs commises sous la tyrannie », et fit procéder à des perquisitions au domicile de six des membres de l'ancien Comité. Il est vrai que ce ne fut à peu près que pour la forme : le District déclara peu après qu'on ne pouvait tenir rigueur « à ceux qui avaient été seulement égarés », et restitua leurs armes aux dix jacobins (dont cinq membres du Comité révolutionnaire), qui avaient dû subir son
(1) Reg. de la Munie. ^ n° 71, 24 mars 1795.
(2) Un rapport d'avril i795 au Comité de législation en nomme 21 pour le District de Delémont {Arch. .Va/., F'c III, i).
(3) Kvfj. de la Munie., Ibid., 6 avril.
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arrêté. Ajoutons que le registre des prisons permet de constater qu'il n'y eut pas alors un seul détenu politique (1).
Dans les villages, ce n'était point l'efTet des passions de parti qui était à craindre, mais bien plutôt l'indiUerence pour la chose publique, et la mollesse des autorités municipales dans l'application des lois qui avaient survécu à la Terreur (2). L'efYorI du Département et des Districts se porta donc de ce côté : ils stimulèrent le zèle « des citoyens municipaux », exigèrent qu'ils acquissent les connaissances nécessaires, et les engagèrent à satisfaire aux réquisitions en gratifiant chaque commune en retard de deux gendarmes à entretenir, à dix livres par jour (3).
nelt'vcniciit dt' L'ordre rétabli et la machine administrative ainsi mise
rinstnictiori n >
publique. en mouvement, on put enfin mstaurer quelque chose d'utile après tant de stériles destructions. L'instruction publique avait particulièrement souffert de la crise révolutionnaire : on peut même dire qu'elle n'existait plus* Le District de Porrentruy s'employa à la restaurer. Il obtint, par l'entremise de Lémane, la création d'une (( Ecole centrale » à Porrentruy, et « pour y fixer l'empire delà Raison» (4), il nomma un « jury d'instruction »
(1) En praunal nous n'avons relevé que douze prisonniers, tous vo-' leurs ou criminels, sauf un réfractaire.
(2) Nous en ferons l'exposé au chapitre suivant.
(3) Arrêté du District de Délémont, du 8 avril, et du Déparlement, du 18 avril.
(4) Lettre à Lémane, Bur. de comptah.^ n^ 26, 14 avril.
LA poi.iTiori.: r.KNKnAi.K m; MONT-Tiii'.i'.inMc IGl
(jiii clioisil l(>s profcssrni-s (1(^ lét^islalioii, d'arts, (le dessin ('I (!<' i;i;un maire générale. ( )ii y adjoignit des maUres (\v langues anciennes, dliistoire, (1(; helles-Iettres, de nialhéniati(jiies, diiisloire naturell(î et le représentant Dupiiis (1), arrivé vers le 17 mai, acheva de relever de ses mines l'ancien Collège des jésuites (2) en réorganisant la bibliothèque, le cabinet de physique et le jardin botanique (3). A la môme époque, on réinstalla dans les villages quarante-deux écoles primaires, en donnant les presbytères comme logement aux instituteurs et institutrices (4).
Les arrivages journaliers de blessés rendaient non moins urgente la réfection des hôpitaux. « L'hôpital militaire de la Montagne » fut transféré du Collège à l'ancien Hôtel-Dieu, devenu « l'Hôpital de l'Egalité », et put recevoir quatre cents malades ; le couvent des Ursulines et le château furent en outre munis de cent cinquante lits (5).
{{) Antoine Dupuis, ancien curé d'Ailly ^Somme), auteur de ÏOrigine des Cultes.
(2) Cf. t. I, p. 31.
(3) Reg. du Dép., 17 mai. — En 1797, l'école centrale avait 134 élèves, dont 84 de Porrentruy et 20 du département {Police civile^ Jnstr. publ., n» 27).
(4) Ibid. Il y eut 24 écoles dans le District de Porrentruy ; Porrentruy et Courtedoux n'avaient, au total, que deux instituteurs et deux institutrices.
(5) Reg. de la Munie., n° 71, 21 avril.
On arrêta alors la vente des biens de l'hôpital, vu qu'ils appartenaient à la commune et non au prince.
162 CIIAITIHK X
Epuration Telle était l'excellente marche des afTaires lorsque le
jai'ohiiu' (lu
repiéseiitaiit représentant Uiclioii vint tout à coup Tinterronipre. Sous
Ricliou : lécla- ' *■ *■
mations gêné- \q gg^i pjétexte d'exécutcr un arrêté du Comité de sûreté raies . "^
générale, Itichou lit arrêter le 19 mai, à Delémont, le procureur-syndic Pajot, et le vice-président du district, Bennot, trop modérés à son gré ; il rappela par contre le conservateur des forêts Barthélémy, accusé jadis de concussion et chassé par le représentant Bailly.
Un concert de réclamations accueillit de semblables mesures. La Société populaire de Delémont en demanda raison ; la municipalité, le District et le Département se déclarèrent une fois de plus nettement anti-terroristes et protestèrent avec indignation contre le rappel de Barthélémy (1). Pour toute réponse, Richou se mit à remanier les diverses administrations « d'après l'étude particulière qu'il en avait faite pendant son séjour ». 11 n'osa pas toutefois braver encore l'opinion en lui imposant des jacobins, et il se borna en somme à employer au mieux toutes les compétences; il semble même avoir désiré racheter ses torts en faisant entrer au Directoire départemental des notabilités patriotes comme le grand maire Fr. X. Theubet et l'avocat Triponé,(2) dont les élections d'octobre confirmèrent le choix (3); en nommant juge au tribunal l'avocat Migy, ancien membre du Conseil aulique.
(1) Reg. de la Munie, n» 79, 14 à 19 juin 1795.
(2) Les autres membres nouveaux du Directoire furent : Bréchet, chef de bureau du district, et Roussel {Reg. du Dép., 4 juillet).
(3) Voir plus loin, p. 166.
LA I'(H,ITI(^)IIE GÉNKHAM': DU M()NT-TEIUUFUJ<: 1 T^i
Si Kiclioii, — sans doiilr ni.'il l'onscii^nr j)nr les fidMos Hcjot fxoep-
lioniu'l (!<', la de noiitrmior (aiiciiicl \c Déporlonioiil refusa alois un eer- (^ousiitution
lilical (le civisme), — s'était (ral)()r(l mépris sui* ropiiiion des liahilanls du Mont-Terrible, il dut être édidé [)ar racciieil exceptionnel que (irenl ces derniers à la Constitution de l'an II ï. Librement consultés (1), par 1.936 « non » contre 171 a oui », alors que la moyenne des « non y des autres départements n'atteignit pas 600, les rauraciens refusèrent d'admettre la prétention des conventionnels de former les deux tiers des nouveaux conseils et rejetèrent en bloc la Constitution directoriale. Si ce rejet unique fut u une manifestation anti-française (2) », nous ne pouvons douter que ce fut plus encore une manifestation anti-jacobine, déterminée peut-être par la conduite arbitraire de Richou et bien caractérisée par cette déclaration des citoyens récalcitrants du canton de Porrentruy : c< Nous voulons la pleine et entière liberté des électeurs sur le cboix des représentants et le rétablissement de ia religion ancienne du pays (3) ».
Voilà tout le secret des élections qui suivirent (4), et en particulier de celles qui accompagnèrent le vote de la
(1) Sans doute les électeurs des autres départements furent-ils moins libres, ou moins disposés à émettre leur opinion ?
(2) A. Aulard, Ilist. Polit, de la Révol., p. 5G.
Les départements qui se montrèrent les plus hostiles furent loin d'un tel scrutin : le Douhs eut 8.042 oui contre 1.651 non ; les Ardennes, 4.813 contre 1.294 {Arc/i. NaL, B. H, 74).
(3) Assemblées primaires, canton de Porrentruy, n° 48, 6 sept.
(4) Voir plus loin, p. 173 et suiv., ce que nous disons sur la situation religieuse.
Tendances Constitution de l'an 111. Les assemblées ijrimaires du réactionnaires des assemblées mois de sepleml)re, même les plus avancées, ne clioisi-
priniauês *■ *
^^^795)^*^^^ rent que d'anciens modérés (1), et l'agent national du canton de Porrentruy jugea nécessaire d'avertir le Comité de Salut Public que « les droits du peuple, (grâce à cette nomination d'aristocrates) ne s'étaient exercés dans la contrée que pour opérer leur destruction (2) >. A peine se rencontrat-il dix-huit habitants, restés fidèles malgré tout à la politique de la Convention, pour signer l'adresse suivante qui lui fut envoyée le 14 septembre : (( Les patriotes de la commune de Porrentruy gémissent bien sincèrement de ne former que la minorité ; huit autres patriotes sont encore dans les fers (3) ; les persécutions ne leur font, ainsi qu'à nous, qu'augmenter l'énergie, Tamour delà République... Nous serons toujours les amis sincères de la Révolution, et nous idolâtrons le gouvernement républicain, fondé sur la morale et la vertu (4). »
L'abstentio- \\ faut ajouter que la proportion des <( abstentionistes » nisnie. '' i i j
commença, dès cette première consultation, à être formidable : on tenait plus à échapper aux réquisitions et à la conscription qu'à élire des représentants, et on sem-
(1) Par exemple, Theubel, Triponé et Raspieler, à Porrentruy.
(2) Corresp. de Vagent national^ 10 septembre.
(3) Nous n'avons retrouvé aucune trace d'arrestation.
(4) Arch. Nat., B. II, o5. ~ Parmi les signatures, relevons celles de Barthélémy (le concussionnaire), de L. Biry, de Voisard, de Laville, de Collin et de Moser, fervents renggueristes ; de Guinens et de Roussel.
LA l'()LHI(,>llE GÉNKRAM-: iJl. MONT- I Kr.I'.I IU,i: 1 G.')
Mail (raillmi-s pn-siiadr ((iio cccic'Inil nhsoliiiiH'iil iiinlile. (U\r pouvait on ronlicla France révolutionnaire et doininalrice?Les2.000voixémi.ses en faveur de la Constitution ne re|)résentaienl que le cinquième des votanls, et la proportion fut l)i(Mi plus faible encore dans les élections suivantes. A Porrentruy, où le scrutin présentait pourtant de grandes facilités, l'élection du président du canton ne réunit que 142 voix sur 775, et les citoyens qui en obtinrent le plus, X. Jecker et Fr. X. Nizolle, n'en eurent que 32 et 30 ; comme ils refusèrent le poste, Jacques Démange, agent national, qui venait ensuite avec 27 voix (le trentième des inscrits !) l'accepta ; mais il s'était produit une telle débandade que buit citoyens seulement restaient pour acbever le scrutin et proclamer l'élu ; le bureau décida, dans ces conditions, de remettre l'élection, mais la seconde assemblée ne compta plus que 115 membres au lieu de 142...
Même empressement aux assemblées communales ; à Porrentruy, l'élection de l'agent national rassembla 53 votants sur 420, et B. 1. Butbod fut nommé avec
35 voix ; dans les villages, les abstentions dépassèrent de beaucoup la moitié (1).
Encore que de semblables conditions fussent singu- ORuvre répn-
ratrico de l'A.S'
lièrement défavorables au triomphe du parti modéré sombiée é\vc'
' toraio octobio
r « assemblée électorale » du Mont-Terrible, qui s'ou- ^*^^)vrit à Porrentruy le 12 octobre 1795, couronna l'œuvre
(1) A Bressaucourt, 20 voix furent émises sur 54; à Courtedoux,
36 sur 70 ; à Fontenay, 31 sur 83 {Ass. prim., n° 48).
d'apaisement. Les cinquante a électeurs » des treize cantons s'entendirent pour ne nommer que des hommes dévoués au pays et ennemis des violences. Antoine Lémane, qui n'avait fait preuve à la Convention d'aucune initiative, fut, il est vrai, réélu avec 27 voix ; mais nous avons vu son amende honorable, et personnene se souciait d'aller le remplacer ; on lui donna de plus, comme députés de la liste supplémentaire à choisir parmi les conventionnels, les collègues les moins jacobins (1). Sigismond Moreau, ancien président du tribunal révolutionnaire — el ancien lieutenant du prince, — fut conservé aussi comme président du tribunal criminel ; mais il n'avait jamais commis d'excès, et possédait une compétence exceptionnelle (2). Quant à Tadministration centrale, les trois quarts des voix allèrent à des citoyens éclairés et fermes comme Triponé et Theubet (déjà nommés par Hichou), Pallain,KuhnetAl. Bennot (3). Theubet, ancien grand-maire d'Ajoie, fut enfin porté le 25 octobre à la présidence du Département.
Rendu en quelque sorte à lui-même, le Mont-Terrible allait retrouver un peu d'ordre et de liberté, entrer dans une voie bien difficile encore, mais où le joug de la conquête deviendrait moins pesant et l'honneur de partager les destinées de la nation moins pénible à mériter.
{[) L. B. Bailly, qui avait opiné pour la réclusion provisoire de Louis XVI (49 voix) ; J. D. Lanjuinais, l'adversaire des massacres de Septembre (30 voix) ; Boissy dAnglas, connu partout, comme Bailly, pour sa modération (43 voix) [Arch. Nat., c. 481).
(2) 11 obtint 43 voix.
(3) Ils eurent respectivement 49, 48, 33, 37 et 2C voix.
CIIAIMTIŒ Xî