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v\ ius(|u"aux rl(>cli()ns clc mars 1798, quidcvoieiiL apnelcir •'•' i^'UKg'KT : au scrutin près de dix-sept mille volants, les fonction- ;iss<'ni)i(;«;s iiaires jacobins continuèrent leurs épurations et leur politi(pic ai'bilraire. Le 6 mars, « les olii^arques wurtemhergeois » de la municipalité de Montbéliard furent accusés d'avoir retardé raflicbage de la vente des biens nationaux, et destitués (Ij ; le 12, ce fut le tour des agents et adjoints de cinq communes d'Ajoic, de sept communes allemandes et de onze communes des Franches- Montagnes: (< ils n'avaient point lesqualités requises pour coopérer à raffermissement du régime républicain » (2). En réalité, la lutte reprenait entre partisans et adversaires de Rengguer, et allait produire dans les vingt-huit assemblées primaires du 21 mars 1798 des u scissions » analogues à celles de la Bépublique rauracienne.
A Forrentruy, les citoyens se réunirent dans l'église du Collège. Parmi eux se trouvaient des fonctionnaires suspendus : les « vrais patriotes » exigèrent aussitôt leur expulsion, et, sur le refus de la majorité, allèrent se constituer à l'Hôtel de Ville en assemblée distincte. Ils y commençaient leurs opérations, lorsque Boillot, pro-
(1) Liomln écrivit le 9 mars à Mengnud : ^( L'incorporation du Montbéliard au Département n'a fait qu'associer des oligarques wurtemberp^eois à nos aristocrates, j) Liomin exprimait en outre l'espoir d'être nommé aux Cinq-Cents {Arch lYa/., F'b II, 2).
(2) Arrêté du Directoire rendu sur la demande de Roussel et du Département [Arch. Xat.^ ibid.).
1% chapitre! xni
fesseiir de législation et de morale à l'Ecole centrale, Groslambert, professeur d'anatomie, Quiquerey, receveur, et quelques autres de leurs adversaires vinrent met- Ire le désordre parmi eux, les traitant a d'égorgeurs et de buveurs de sang ». Le tumulte les obligea à se dissoudre : mais ils se réunirent à nouveauté lendemain, après avoir obtenu de l'administration centrale, leur complice, qu'elle engageât tous les citoyens, à son de caisse, à se joindre à eux. Roussel, commissaire du pouvoir exécutif, fut élu président par 51 suffrages sur 88 votants, — alors que le nombre des votants du canton était de 775. Les trois scrutateurs furent cboisis de même parmi les agents officiels du gouvernement (l).
Le 24 mars, les scissionn aires nommèrent quatre « électeurs » : ils les choisirent encore parmi des fonctionnaires qui étaient jadis les satellites les plus entreprenants de Rengguer(2). Le 25 mars, l'abbé Lémanefut
(i) Baillif, commissaire-substitut près le tribunal criminel ; Barthélémy commissaire du Directoire exécutif près le tribunal civil ; Tabbé Lémane.
Le secrétaire fut Moser, parent de Rengguer.
(2) Liomin avait sans doute raison, malgré la jalousie qui l'inspirait, lorsqu'il écrivait à Mengaud, le 3 avril, que u Rengguer avait organisé ces scissions pour se faire porter au Corps Législatif, par une minorité » [Arch. Nal., A F III, 86).
Les électeurs susdits furent Moser (83 voix sur 110) ; Priqueler, capitaine de gendarmerie (89 voix) ; Lt. Biry, administrateur ; KaufTmann, administrateur (59 voix sur 93) {Arch. Nat., F^^ III, 1, germinal an VI). — A la même cote, se trouve un opuscule de 13 pages de Boillot, intitulé : u Les scissionnaires de l'Assemblée primaire du canton de Porrentruy dénoncés à eux-mêmes. »
i.A poMiiniK f;î:NÎ;n\i,i-: nr Mo\i-Triuuiu.K 107
nomim; présideni du cnnloii pnr (U) voix sur 02 volants, [)as nK'inc im donzicnnc du collcgc élecloral.
Pondaiil les op^M'alions de ce conciliabule., la vérilahle asseniblcc j)riniaire conlinuail ses séances cl nommait ses électeurs : de l'aveu de Liomin lui-m(^me, si certains de ses membres a regrettaient l'ancien régime w, elle était pourtant composée de « bons patriotes » et de « stricts observateurs des lois ». Aussi, malgré les machinations de Rengguer, déclarant qu'il Fallait soutenir les électeurs scissionnaires « pour plaire au gouvernement et concourir au bonheur de la République (1) » ; malgré les circulaires du capitaine de gendarmerie Priqueler (élu à THôlel de \'ille), annonçant qu' « il n'y aurait que les républicains d'admis à l'assemblée électorale (2) », les quatre « électeurs » de l'église du Collège purent-ils faire valoir leurs droits, le 9 avril. Ils ne méritaient en rien le nom d' « aristocrates » (3).
Dans les autres cantons, paieilles divisions dévoilèrent les trames hardies des fruclidoricns.
A Saignelégier, la minorité jacobine protesta contre le vote des parents d'émigrés, et scissionna parce qu' « une cabale s'était formée pour nommer de dignes agents de Blankenbourg et du Cabinet de Saint-James ! » Quarante citoyens, — sur les 764 votants de la circonscription, —
(1) Liomin à Mengaud,de Delémont,l8 avril, Arch. Xa(., F"^ III, 1.
(2) Ibid., 22 et 31 mars.
(3) C'étaient l^oillot, professeur de législation ; Goulon, de Porrentruy ; Erard, de Fontenay ; Courtot, d'Aile. — Nous n'avons pas retrouvé les procès-verbaux de leur élection.
198 CIIAPITHK Xlll
demanHèrent au Département la convocation d'une seconde assemblée. Mais leur pétition n'eut aucun succès, car l'administration du canton se chargea d'v.n montrer « l'hypocrisie et l'illégalité » (1).
Aux Bois et à Chevenez, la scission sembla provoquée par le refus de certains habitants de prêter serment. A Montbéliard, cent douze amis du gouvernement (2) prétendirent que les approbateurs du coup d'Etat, qui seuls avaient des « vues pures », devaient exclure « les hommes de l'année précédente ». Quant aux pays d'annexion plus récente, ils se montrèrent franchement hostiles à la propagande qui combattait leurs traditions : les prévôtois élurent l'ancien chef de leur république (3) ; les biennois donnèrent six cents voix à l'ancien maire Wildcrmett [4) ; les neuvevillois soutinrent « les partisans des vieilles familles ». Seuls les erguélistes ne nommèrent guère que « de très bons patriotes ».
L'iibstentio- Somme toute, ce que nous venons de dire des assemempi'che les blees prmiaires pourrait taire prévoir que les élections
élections -i i i
d'avoir des d'avril 1798 n'auraient pas, dans le Mont-Terrible, le sens
résultats
réactionnaires, jacobin qu'elles eurent dans le reste de la France: en provoquant des scissions, le parti avancé n'avait prouvé
(1) Organ. des autor., 28, n° 1.
Le nombre total des scissionnaires « amis du gouvernement » fut, dirent-ils, de 107. Leurs 4 électeurs refusèrent de communiquer leurs procès-verbaux et furent écartés le 7 avril.
(2) Sur 753 votants.
(3) Moschard fut élu à Moutiers par 117 voix sur 155.
(4) Contre 265 données à l'agitateur l^iomin.
LA IMH.inoi !•: (ll'jNKHAI.K IJU MONT-TliUHlBLE VJ\)
que sa nublesse. Mais iiiic raison pnreinptoire emp(^.cha les inodores de Tt^inporlcM' partout: Iciii* .'d)stontion en maSvSO, pi(>v()([nc(; par un profond découragement. Le quart ù ()eine des citoyens actifs des grandes communes allèrent au scrutin, et le huitième des petites (1). Les volanis a[)|)artinrent naturellement aux partis avancés et n'eurent souvent aucune peine à élire des candidats sans concurrents.
Grûce à cette forme négative de résistance à la politique du Directoire, l' « Assemblée électorale » qui s'ouvrit à Porrentruy le 9 avril comprit, parmi ses quatre-vingthuit membres, à côté de traditionnalistes comme Al. Bennot, Moschard et Wildermett, beaucoup de révolutionnaires ambitieux et prêts à exécuter des ordres de violence, comme Voisard et Liomin. u Les choix, avouait celui-ci, sans être parfaits, étaient meilleurs qu'on ne devait s'y attendre (2). » La conséquence fut la nomination de républicains convaincus, d'ailleurs compétents, sans goût pour le sans-culottismeni le^( rengguerisme », mais assez avancés pour favoriser un jacobinisme qu'ils réprouvaient au fond d'eux-mêmes. L'avocat Liomin, tout désigné poui* représenter l'Erguel, entra au département avec \Mldermett, ancien maire de Bienne, Kœtschet, Kauffman et Binninger. Fr. Theubet, ex grandmaire d'Ajoie, devint accusateur public ; Sigismond
(1) A l'assemblée de Vicques, il n'y cul (\uo 33 votants sur 811 inscrits.
(2) Liomin à Mengaud, Arch. Mal., Fi--- III, 1, 18 avril 1798.
200 CHAPITRE Xlll
Moreau, jurisconsulte de talent, député au Conseil des Anciens, fonction qu'il devait continuer au Corps législatif jusqu'en 1815 (1).
Le Mont-Terrible entra ainsi dans une nouvelle période d'oppression où les autorités départementales, aiguillonnées par des commissaires impérieux, appliquèrent la politique arbitraire et changeante du gouvernement central, tandis que l'énergie farouche des habitants ne se manifesta plus guère que par une résistance indomptable à l'impôt du sang (2).
Destitution Le coup d'État anti-jacobin du vingt-deux prairial
(les »i""onts
suspects de (11 mai 1798) ne modifia point la situation. Après, modérantisnie
comme avant, les agents suspects de modérantisme dans
l'application des lois et des principes révolutionnaires furent cassés aux gages : citons seulement, de mai à juillet, les agents et adjoints de Halle, Gourchavon, Rocour, Grand-Fontaine, Bure et Laufon, dans les anciens cantons ; ceux de Moutiers, Courrendlin, Perrefite, Sonceboz, Sombeval et Voujaucour, dans les nouveaux, destitués comme u intrigants, anarchiques, ennemis de la réunion, cabaleurs perpétuels, fanatiques, vexateurs des patriotes, ennemis delà République, mauvais citoyens ». Parfois, on leur reprochait de se prétendre « maîtres dans leurs communes » et d'assembler les habitants malgré l'interdiction du Département (3).
(l)Theubet eut 78 voix ; Moreau 73; Fi\ Verdan, haut-juré, 82 {Arch. Nat., C. 535. — Police civile, n° 20).
(2) V. plus loin, chap. XV.
(3) Arch. Nat. Fib II, 2 ; — Bur. de police civile, n" U.
l.\ l'OI.ITlol'E r.KNÎ;FAAFJ-: Dr M()NT-Ti:i\l',ll5l.K 201
Les instigateurs de répuratioii élaientlcscomiiiissaires H0I0.
[)r('[)on(li';rîint
ilu pouvoir cxi-cuLif près les cantons, et ici les arcliives <i''s
coinmiss.'urj'.s
de Berne abondent d'exemples. Dans un rapport du '•" i;*^".^.'!"' 25 mai 171)S, celui de Laulon Jetait à la fois ranathème sur le président du canton, « égoïste, sans caractère, ivrogne, ignorant, se laissant entraîner » (1) ; sur l'adjoint, u ranati(|uc dangereux » ; sur l'adjoint de iieschentz, « fanatique, ignorant » ; sur les adjoints de \\'alilen, Brislacli, Zwingen, Xentziingen,jjlauen, « haïssant la République et sans patriotisme » (2). Le commissaire de Reinach disait des agents de son canton : « Le meilleur patriote est celui qui met le moins d'obstacles à l'exécution des lois, et l'homme le plus savant et vertueux est celui qui sait le mieux griffonner son nom, et qui tient le plus aux anciens usages et aux dogmes des prêtres.» Le commissaire de Dessendans (3) se plaignait que chez lui les agents, par u nonchalance », n'assistassent point aux séances de l'administration, fixées le décadi : « Plusieurs fois, écrivait-il le 3 juin, j'ai été obligé de me retirer faute du nombre suffisant d'agents pour délibérer » (4j.
{i) C'était le tisserand Schitzen, Ijourgeois, élu par ;J6 voix sur 99. Il fut destitué.
(2) Les habitants de Laufon avaient envoyé le 21 mai une pétition à l'accusateur public pour dénoncer les abus de pouvoir de ce commissaire. Theubet en référa au ministre de la justice {Arch. aXuI., F«b 11,1).
(3) Dans le Montbéliard.
(4) Bur. de police civile, n*' M, prairial an VI.
Seul, le commissaire de Bienne se louait du républicanisme et de la capacité de ses agents.
202 CHAPITRE Xlll
A Porronlriiy lïK^me, le commissaiie Demant^e rélahlil le régime des suspects, et arriva à frapper de lerreur toute « la clique des ennemis du gouvernement ». Les assemblées communales convoquées le 30 mai pour remplace!' les agents destitués ne réunirent que de misérables minorités, et comme elles élurent, malgré cela, des citoyens d'un patriotisme insuffisant (quand ce n'étaient point ceux qui venaient d'être destitués) (1), Démange n'en tint aucun compte. La liberté s'arrêtait là où elle était en désaccord avec l'opinion régnante. . Tout fonctionnaire « dont le patriotisme puait l'ancien régime » et dont l'àme restait « attachée aux antiques préjugés », était déclaré indigne : un tableau de fructidor an VI (août 1798) annonça ainsi la révocation de trentedeux agents et de trente-trois adjoints (2), fanatiques qui « dirigeaient leurs communes » ou « se laissaient diriger par elles », au lieu de s'en tenir aux instructions supérieures.
Ajoutons que le zèle des commissaires ne les empêchait pas d'être dénoncés et talonnés à leur tour par des personnages plus haut placés ou plus purs qu'eux-mêmes. En décembre 1798, le ministre de l'intérieur reçut un rapport les taxant « d'immoralité et de manque de surveillance » (3) ; en janvier 1799, le commissaire du pouvoir
(1) Comme à Fontenais.
(2) Police civile, n° 13.
(3) Rapport du directeur de la Régie de l'Enregistrement, Arch. iXat., F^Ij II, 1-8 décembre 1798. Plusieurs de ces commissaires tenaient cabaret.
i.A i'oi.i I loi !•: (;i:M';i{Ai.K di mon i-i lii'.i.iiu.i; 203
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A |)('iue pouvons-nous signaler deux proleslations aira- ' '^i'"' i"''''"" (•liées pai- des excès (Tin justice. Le 21) septembre 1797, la municipalilé de iMonlhéliard, accusée d'ôtre réfractaire à la Hévolulion, déclara au Département que la perspective d'une suspension ne l'eiïrayait point, qu'elle n'avait rien à se reprocher et que si elle se trouvait seule avec les instituteurs et leurs élèves aux cérémonies du lemple décadaire, elle n'en était pas cause (2). Le 11 juillet, ragent de la commune prévôtoise de Gourcelles s'était plaint au ministie de la justice en personne que les mandataires du peuple fussent remplacés « par des gens agréables aux délateurs..., gens dont l'immoralité et la brutalité étaient généralement connues ». Ces sangsues , ajoutait le courageux agent, travaillaient à pécher en eau trouble, profilaient seuls des bons de réquisitions impayés, faisaient vendre les propriétés du prince, des communes, et de certains particuliers, exigeaient l'observation scrupuleuse du décadi (3), tandis que leurs séides pourchassaient les prêtres et abattaient les croix dans les champs (4).
(1) Ibid.j 28 janvier.
(2) Organ. des aulor., 29, 10 août el 20 septembre 1798.
(3) Lettre au ministre Lambrecht qui la conimuni(|ua le 5 août au ministre de l'intérieur {Arch. Na(., F'b H, 2).
[i] Màinoircfi de Mcol, p. 99 et 100.
204 CHAIMTRE Xlll
Si les rauraciens n'avaient pas résolu alors de ne plus opposer à leurs dominateurs que la force d'inertie, de semblables protestations se seraient partout élevées. L' « esprit public » était en effet aussi bas que jamais. Roussel trouvait que les cantons les plus avancés qu'il visitait étaient infectés d'aristocratisme (l).Les levées militaires ne produisaient rien, i^râce aux complaisances des municipalités. Ceux même qui se résignaient à endosser l'uniforme de garde national ne cacbaient point leurs sentiments rétrogrades (2). L'instruction publique n'avait pas d'action sur les intelligences : la plupart des villages manquaient d'écoles, et certains cantons, comme ceux de Delémont, Vique, Malleray, Moutiers et Neuveville, ne possédaient /;r/s un seul insiituteur (3). A Montbéliard, il n'y en avait encore que deux, et une institutrice, qui eussent donné « leur erarantie sociale ». Roussel estimait d'ailleurs que parmi les quelques douzaines de maîtres qui instruisaient quelques centaines d'enfants, très peu étaient « bons, capables et moraux » (4). DésiiiToi Au point de vue matériel et administratif, le jacobi-
sénénil i . , .
Tabstentio- nisme renaissant n'avait pas conservé ou produit un dénisnio s'iiccioît
encore. sarroi moins profond. Tandis que les charges s'accrois-
(1) Rapport du substitut de Roussel au ministre de l'intérieur {Arch. Nat.f F'c m, n© 4^ 27 nov. 1798) ; Organ. des autor. constituées, no 30, Sellasse, 14 nov. 1798.
(2) Voir plus loin, chap. XV.
(3) Le canton d'Epauvillers n'en avait qu'un. Les villages même qui avoisinaient Porrentruy, comme Bressaucourt et Fontenay, n'en possédaient point.
(4) Organ, des autor, y n° 30, 3« liasse, 14 nov.
\.\ POI rriOlK (ÎKNKnALK 1)1 MONT-TKnRIBLK '20.')
sniciil, les ressources dimimiaienl. Les « has (Je laine » rlaieiil vides. L'iiulusli-ic ii'exishnl plus, même dans le \ ol jadis prospèi'c de Sainl-Imier où les douanes avaient tué riiorlogerie. Les champs reslaienten friche, faute de hras, et les troupeaux élaient décimés par de terribles maladies (1). On vivait au jour le jour, dans l'attente de quelque nouvelle catastrophe, et la vie de la paroisse, jadis si féconde et si originale, était morte. Les citoyens s'intéressaient si peu à l'administration de leurs communes et de leurs cantons, que beaucoup de ces circonscriptions n'avaient même pas de comptabilité : pour les punir d'une telle négligence, le Directoire exécutif destitua bien, en février et en mars 1799, onze municipalités de canton, parmi lesquelles celles de Porrentruy, Saint- Ursanne, Saignélegier, Laufon et Audincourt (2) ; mais cela ne fit qu'éloigner encore davantage les habitants de la chose publique.
On le vit bien dans les opérations électorales de mars 1799. Les vingt-neuf assemblées primaires qui se réunirent le 21 de ce mois ne furent que d'insignifiants conciliabules : à Damphreux, sur 739 citoyens actifs, 34 participèrent à la nomination des quatre électeurs (3) ; à Che-
(1) En l'an VI, dans le petit canton d'Epauvillers (877 habitants), Tépizootie détruisit 120 têtes de bétail (Rapport de Roussel, Ibid.).
(2) Les autres élaient celles de Gloveliers, Epauvillers, Cœuve, Saint-Braix, Reinach et Vique. — Quelques administrateurs étaient accusés de recel de prêtres {Ibid ., 25 févr. et 15 mars, lettres du ministre François de Neufchâleau ; Arc/i. Nat., pib H, l^ 21 févr.).
(3) Le maximum de voix réunies sur un môme nom fut de 18.
206 ciiApiTiŒ xm
venez, sur G15, 33; à Cornol, sur 904, 25 ; à Monlbéliard, sur 753, 43 ; à Courtelary, sur 754, 35. Au total, il ne dut pas y avoir un millier de volanls sur 18.450 inscrits (1). Il en fut de même des assemblées communales qui élirent, le 31 mars, les agents et adjoints : à Delémonl, Fr. X. Helg fut nommé avec dix-sept suffrages (2) ; à Saint- Imier, Meyrat avec huit sulfrages (3). Il n'y eut d'exception qu'à Bienne et à Neuveville où la proportion des votants atteignit presque le tiers (4).
Comme l'abstentionisme avait eu les mêmes causes et les mêmes effets qu'en 1798, les commissaires du Directoire exécutif se déclarèrent satisfaits des assemblées primaires, — les dernières qu'aient connues le Mont- Terrible. Elles opposèrent une forte majorité de « patriotes » aux électeurs rétrogrades, imbus de « principes religieux », nommés par les cantons allemands (5). Les représentants du gouvernement y étaient d'ailleurs pour
(1) Les procès-verbaux n'étant pas tous complets, nous n'avons pas pu procéder à un pointage exact.
(2) Sur 36 votants et 200 inscrits.
(3) Les chiffres que nous donnons ne sont pas des exceptions. En voici quelques autres : Courchavon 18 suffrages ; Beurnevésain 12 (adjoint élu avec trois voix) ; Saignelégier, 31 ; Cortebert, 22 {Orga' nis. des autor., no 28, 1»® liasse, 30 mars 1799. — Dur. de police civile, n" 11, 31 mars).
(4) Dans ces deux villes, il y eut justement des scissions, lesquelles d'ailleurs ne donnèrent point l'avantage au parti avancé.
(5) Le commissaire de Reinach disait que les électeurs du canton « ne paraissaient avoir été nommés qu'à cause de leurs principes religieux, étant connus pour les premiers partisans des capucins de Dorneck » {Organ. des aulor., n» 28, 20 mars 1799. — Arch. lYat., pic III^ 1^ 15 avril, rapport général de Roussel).
LA l'Ol.inoUIi: GblNKUAI.K 1)1' MON'I - Ilil'.l'.IHI.i; "707
quoI(]no cliosp : « J'ai mis loulcmoii allcnlion^ — avoii.iil à Honsscl, \c \M mars, \o commissaire de Moiiliers, — à (lirip^or 1rs (''loclions dans le sens du gouverncmenL et d'après ses insiruclions (1). »
Malc^ré tout, les purs révolutionnaires furent loin de Dcrnifrp
'^ Ass('rnlj|(';<!
rallier tous les suiïraorcs à l'assemblée électorale du <'i<:ctorai«'.
^ (avril nyîij
9 avril (2). Ignace Haspieler, membre du Conseil des Anciens, ne fut nommé président de l'assemblée, puis président (lu tribunal criminel, que par cinquante voix sur 92. Si le sans-culotle Voisard devint baut-juré, de vieux magistrats comme Sigismond Wildermett (3) restèrent à l'administration centrale (4). De la sorte, les autorités départementales ne furent pas plus portées qu'auparavant à se faire en Rauracie les exécuteurs convaincus de la politique du Directoire, et Tesprit public ne s'améliora point: « 11 est généralement mauvais, écrivait Roussel au ministre de l'intérieur le 3 juin 1799. 11 ne se forme cependant aucun mouvement séditieux. Il n'y a point de prêtres réfractaires connus ; il n'y a qiie deux prêtres soumis qui fonctionnent dans tout le Département et ils sont fort peu fréquentés (5). »
(1) Orc/. des aulor., n° 28.
(2/ Porrentruy était représenté par J. Joliat, J. J. Gœtschy, Jh Raspieler, et J , J. Quiquerez ; Delémont, par G. Cliapuis,M. J, Greppin, J. Redet et J, Rcl)etez ; Courtelary, par G. Bourquin, A. Calame, V. Cellier et A. Voiimard ; Bienne, par A. Bessire, S. Scholl, et R. Neuhaus [Arch. Nal., AF III, 89 et C. b75).
(3) L'ancien maire de Bienne, administrateur éliminé par le sort, fut réélu avec 48 voix.
(4) Ses autres membres étaient alors Jh KcrHschot, J . J. Binninger (de Montbéliard), Liomin (de Sonviliers), J . Ivauffmann,
(5) Arch. Nat., F»'^ III, 1.
208 CIIAPITHE Xlil
L'absence de révolte ouverte, et la dissimulation du clergé calliolique, telles turent les seules victoires d'une si persévérante o|)pression. Encore la fragilité de ces misérables victoires apparut-elle clairement durant les mois qui précédèrent le Consulat.
Nos campagnes de 1799 en Suisse ayant occasionné une recrudescence de charges militaires ( 1 ), les habitants n'aspiraient plus qu'après la cessation de dragonnades perpétuelles, et leurs réclamations étaient si justes, les sacrifices qu'on exigeait d'eux si exorbitants, que les municipalités ne pouvaient s'empêcher de joindre leurs résistances aux leurs. A Porrentruy, par exemple, alors qu'il n'y avait plus de place pour un seul soldat, la commune re(^ut le 4 juin l'ordre d'installer le dépôt de la 44® demi-brigade, et le 14 juin celui de préparer le logement de cent cinquante hommes : elle refusa net, malgré les menaces du Départementqui finit par demander lui-même l'envoi à Belfort de ces nouvelles troupes (2). Les agents du Les agents du gouvernement révolutionnaire n'inspiper(ieiu"k)ut ^'^Jcut plus que le mépHs. On se moquait de la musique bordination ^t des u pièccs choisies dans le sens patriotique *> que les
des autorités . . o • , • , • • r^i f i
locales. commissaires taisaient jouer les jours de têtes nationales par « la Société dramatique » (3). On flétrissait les dénis de justice qui, suivant les expressions dé l'accusateur
(1) Voir plus loin, chap, XV, p. 235.
(2) Police milit., n° 26. — En octobre, à la suite des victoires de Masséna, Delémont eut à recevoir un convoi de prisonniers transylvaniens.
(3) Rapport de Roussel, Arch. nat., pic m, 1, 30 juillet 1799.
i,\ l'oi.iTini !•: (;kni':i\af.k du mont-tkiuuijM': 200
j^iihlic riu'iilx'l liii-iin';[nc, l.'iissiiioiil impunis les crimes des sims-cnloUcs <* comme s'il élail impossible d'être en mOnie temps républicain et mallionnètc Iiomme » ; on dénon(,;ait b^s violences des gens cupides et bornés » qui ne voyant dans la Révolution que les moyens de faire leurs propres alTaires, prodiguaient la cpialilication d'aristocrates à quiconque ne partageait pas leur système de désorganisation et de rapine » (1) ; on jugeait enfin avec une sévère indépendance les actes des administrateurs les plus baut placés, et la subordination n'existait plus. Le 30 septembre, et cet exemple suffira, — le Département suspendit quatre membres de la municipalité de Montbéliard sur cinq « pour avoir manifesté un esprit de rénitence aux lois républicaines et aux ordres des autorités supérieures » (2) ; les victimes de la délation adressèrent aussitôt au Directoire exécutif un long dossier justificatif oi^i ils se plaignaient « de la bauteur insultante, nullement convenable pour des fonctionnaires républicains », avec laquelle les traitait l'administration centrale ; en même temps, le fonctionnaire épargné (qui était le président de la municipalité), repoussa
(1) Lettre de raccusateur public au ministre de la justice, Arch. Nat., F 1) II, 1, 13 août 1799. — Le 20 septembre le ministre de la justice pria le ministre de Tintérieur de faire des observations au Département sur le choix des jurés.
(2) Ils étaient accusés d'avoir néglig-é les levées militaires et les fêtes civiques.
Voici leurs noms : J. J. Morel, homme de lettres ; D. F. Bernard, fabricant de bas ; J.C. Trieferd (?), marchand ; D.F. Fallot, homme de lettres ; Ch. Fr. Parrot, homme de loi.
il G. — 14
210 CHAPITHE XI 11
« une exception injurieuse » et démissionna, attendu que les accusations portées contre ses collègues étaient «atrocement calomnieuses » (1).
A lire les rapports de Roussel, la situation n'avait cependant jamais été meilleure : ainsi, le 4 octobre, il affirmait au ministre de l'intérieur que les administrateurs étaient également probes, patriotes et bien intentionnés, et que si le mauvais esprit subsistait, cela était inhérent à la formation même du Département. Mais cet optimisme était inspiré par un sentiment d'amour-propre, et les événements de la période consulaire achèveront de nous en démontrer la fausseté.
(1) Arch. Nat. F^b, II, 1, 30 septembre et 7 octobre 1799.