partie, lielvéti
de rEvôché n'avaient dû leur précaire indépendance que durant la
*■ U(;voIution :
qu'aux rivalités de leurs menaçants voisins. Reconnu efforts des 1 ^ Cantons pour
quasi souverain, l'abbé de Bellelay avait profité de l'ap- ^^fî-on^ère^"^ pui de Bai'thélemy pour réclamer la possession de ses "^^nac e. domaines silués en France et la jouissance de leurs revenus (1). Plus prudente, la Prévôté avait constitué son gouvernement provisoire et se gardait d'attirer sur elle l'attention. L'Erguel n'avait pu échapper aux querelles de parti : certains de ses villages, gagnés par l'influence française, étaient dirigés par l'avocat Liomin, chef de la commune de Courtelary ; d'autres, à l'est du Val, se prêtaient aux vues ambitieuses de la République de Bienne qui comptait bien sortir agrandie, peut-être véritable canton suisse, de la crise révolutionnaire.
Le Prince, de son côté, ne laissait point prescrire ses droits, comme nous le verrons plus loin. Mais la France
(1^ lettre du 27 juin 1794, Pap. de Bartn., 446, f» 4rj2 . — Les domaines de Grandj^ourt étaient séquestrés depuis 6 mois.
212 CllAPITHK XIV
n'attachait aucune importance « aux jérémiades de ce cafard », suivant les propres expressions de Barthélémy (1), et la Suisse conservait une prudente réserve ; bien qu'on lui signalât des u scènes jacobites » organisées, sur ses frontières, par des « noyaux de révolutionnaires » (2), elle n'usait point de représailles, expulsait les émigrés par centaines (3), et tandis que le Mont-Terrible interdisait l'exportation chez elle de toute denrée, elle laissait ses habitants fournir aux troupes françaises du cuir, des chaussures et une grande quantité de bétail.
Cette attitude conciliante était inspirée aux cantons par le désir qu'ils avaient de voir la France leur abandonner la partie neutralisée de l'évêché, et même l'évêché tout entier. Ils signalaient à notre ambassadeur les projets du prince de Condé et de l'Empereur sur le Mont-ïerrible (4), et ils continuaient à traiter de provisoire la formation du Département. « Si la France, — écrivait le trésorier bernois Frisching à Barthélémy en novembre 1794, — si la France songeait à faire du Mont
(1) Voir le dernier chapitre.
(2) Lettre du procureur Scheppelin, d'Olten [Corresp., III, \l\ janv. 1794).
(3) L'avocat Delefils écrivait le 25 septembre 1794 au conseiller de Billieux : « Fribourg renvoie 400 laïcs et 800 ecclésiastiques >, à cause de la cherté de vivres. Le provicaire-général Didner écrivait au prince, le 7 janvier, de Soleure, que « cette proscription exposerait un millier de personnes à la plus grande misère » [Corresp. ^ IV).
.. (4) Lettre de Berne du 5 novembre 1794 [Pap. de BavUi., 450).
i.A m':iM()\ i>hs niKHiroinKs neijthaijsi';s '?!')
Terrible une Hf^piihliciiie à pnri, il faudrait chercher 6 s'enlen(h'o là-(h^ssus avec le Corps helvrlicjiK;, (''changer les terriloiros cl s'arrondir récipro(jU(;nicnL (1). » Deux mois après, le 2(S janvier 179r), Frisching écrivait encore : « On ne peut s'imaginer que la France ne voudra pas, h la paix, rendre l'évôché. . Je ne vois pas du reste que ce pays puisse devenir un germe de division parmi les cantons, aucun d'eux ne voulant rien de ses dépouilles (2). » De fait, le Corps helvétique voulait surtout que le Jura redevînt sa frontière, chose désormais impossible (3), puisque l'occupation de la Hauracie n'était qu'une étape vers de nouvelles conquêtes. Les cantons s'en rendirent mieux compte à mesure que s'affirmait notre politique de propagande, et ils perdirent définitivement tout espoir d'entente en mai 1797, lorsque Barthélémy, nommé Directeur, eût foulé aux pieds les fleurs que lui lançaient, près d'Huningue, un groupe de vierges vêtues de blanc, et franchi la frontière sous un arc de triomphe portant ces mots : « Au pacificateur de l'Europe ! » (4) Le chargé d'affaires, Bâcher, qui lui succéda, travailla aussitôt à
(1) Kaulek, 18, 455. — En juilJet 179C, dans une lettre à Barthélémy, le ministre des relations extérieures parla de céder aux Suisses, en échanr^e des territoires dont il est ici question, certaines régions de la Souabe et du Milanais [Pap. de Darlh., 460, f° 29).
(2) Pap. (le Barth., 4o3, fo 71.
(.3) Cf. Lettre du baron de Gœrtz au baron de Hardenberg-, ministre plénipotentiaire prussien, Kaulek, V'. 214, 21 avril 1795. — Cf. aussi une lettre de Barthélémy au Comité de Salut Public, Arch. Nat., AF III, 82, 28 février.
(4) Bâcher, de Bàle, au ministre des relations extér. [Pap. de Bavlh., 462, mai 1797;.
214 CHAinxuE xiv^
« couvrir militairement » le Mont-Terrible en réalisant u la subrogation pure et simple de la République française dans les droits du ci-devant Evéque de Bûle (1) ». Application ^^ traité de Campo-Formio amena le dénouement :
traité de comme il uous cédait la rive gauche du Hhin, nous 1 ap- Campo-Foriiiio . . . ,
aux annexes pliquâmes aux territoires situés à l'ouest des cantons, de l'Kvêclié.
au sud-ouest de Bàle, et le 19 novembre 1797 La Réveil-
lère-Lepeaux signa au nom du Directoire exécutif ce décret définitif d'annexion : « Le général en chef de l'armée du Rhin prendra les mesures les plus promptes pour se mettre en possession des terres et droits sur la rive gauche du Rhin qui dépendent du ci-devant évèché... H fera arrêter tous les receveurs et autres aG:ents du soidisant prince-évêque de Porrentruy, et se fera remettre tous les deniers qui se trouveront dans leurs caisses, ainsi que tous les effets et denrées appartenant au soidisant prince-évêque ; il exigera qu'ils rendent leurs comptes... Le chargé d'afTaires de la République française protestera que ces mesures ne portent en rien atteinte à la neutralité, la République française ne faisant autre chose que de se mettre en lieu et place du soi-disant prince , et prendre possession d'une partie intégrante du département du Mont-Terrible. Il se réservera en outre l'indemnité due à la République pour les torts que lui ont causés les obstacles mis jusqu'à présent à la prise de possession dont il s'agit. »
(i) Lettre du même au même [IbUL, 464, 25 novembre 1797).
i.A iu';rNK)N i)i:s i i:i;m roiniîs neiîti'.alisks 21")
N'était-ce j^oint parfait comme raisonnement l/'onin Baclicr le poursuivit en assurant le Directoire fédéral, le 13 décembre, que « le vœu constant de la népul)lique franç;aise serait de vivre en paix et bonne amitié avec le peuple suisse en assurant son indépendance et sa liberlé >k Les c< Magnifiques et puissants seigneurs » étaient du resle priés de faire circuler eux-mêmes en Suisse la notification française pour éviter les « alarmes » que les malveillants cbcrcberaient à répandre.
Au lieu de se faire nos auxiliaires, les cantons commencèrent naturellement par protester contre un criant abus de la force qui porlait le premier coup à leur intégrité : mais Bâcher traita leurs réclamations de « simple formalité diplomatique, d'usage en pareil cas » (1), et nous n'hésitâmes point à mettre la main sur les propriétés que le prince possédait en Suisse même, sous le prétexte que nous étions ses « ayants droit » (2).
Déjà,Gouvion-Saint-Cyr, accompagné du commissaire Organisation
des territoires Roussel, avait envahi la Prévôté de Moutiers-Grand-Val. envahis : rôle
(le Mcngaud.
Le 15 décembre, il lut aux habitants une proclamation où il leur disait que « les Français venaient briser leurs fers», puis une longue liste de fonctionnaires, agents, officiers municipaux, juges, etc., nommés d'office pour chacune des quinze communes du nouveau canton de Malleray. Il en fut de même des quatre autres cantons,
(1) Bâcher au ministre, Pap. de Barl/i., 444, f° 323, 19 déc. 1797.
(2) On mit ainsi sous scellés pour a deux à trois cent mille francs de maisons et emplacements » à Bàle [Ibid.).
de telle sorte que la plupart des habitants choisis par le général n'étaient nullement préparés à leur rôle : « Réduit à la nécessité de me conformer à ce qu'on exigeait de moi, — écrit l'un d'eux, — je fus bien étonné de me voir établi agent d'une révolution entièrement contraire à mes sentiments, et contre laquelle j'avais lutté de toutes mes forces (1). »
Bienno de^fond L'organisation des pays annexés ne se lit point d'aildîince!^^ leurs sans difficultés. Antoine Mengaud, commissaire du Directoire exécutif (2), et l'avocat Liomin, son substitut, se heurtèrent d'abord au patriotisme biennois. La « ville et République de Bienne » entendait en effet conserver son indépendance nationale, et pensait même s'agrandir au moment de l'invasion (3). Lorsque les promesses trompeuses prodiguées jadis par le bon Barthélémy eurent fait place aux ordres de Gouvion-Saint-Cyr, elle nfe reconnut point comme maire le citoyen Bresson, déclara réserver ses droits de cité libre et ne céder qu'à la force (4). Elle invoqua en môme temps sescombourgeoisies, objection qui fit reculer Mengaud, mais que notre ministre
(1) 11 s'agit de Desvoignes, nommé commissaire du pouvoir exécutif à Malleray à la place du capitaine Ilimely, lequel avait refusé d'anéantir l'antique Ijannière de la Prévôté (liapportde Desvoig^nes, Méni. de la Soc. Jur. d'Emul.^ 1878).
(2) Un arrêté directorial du 5 janvier l'avait chargé de cette organisation.
(3) Lettre du bourgmestre de Bienne, Moser, à Mengaud, 9 déc. 1797, Arch. Nat., AF III, 86. — Cf. aussi notre étude « La République de Bienne et la Révolution française », dans le « Neues Berner Taschefibuch auf das Yahr \90i: ».
(4) Procès- verbal du 16 déc. 1797, Arch. Aaf., AF III, 87.
\.A nî;rNi()N i>i:s TiiimnoiiiKs Ni:innAi,isî:s 217
des rolalions cxléricures écarta ainsi le 0 janvier : « Négociez avec les deux cantons propriétaires la cession (les |)(4ils (rrritoircs de Biel, de la Montagne de Diesse et de ccrlaincs pvclenlions ou droits (jue Berne et le cidevant évoque de P)àle exerçaient en coininun sur la ville de Bienne. Sous tous les ra[)ports de convenance et d'utilité, ils doivent être réunis à la Répuhlicjue française, qui se procurera ainsi du côté de la Suisse une frontière imposante et avantageuse (1) ».
Comprenant bien la nature des « négociations » dont parlait Talleyrand, Mengaud requit Gouvion, le 17 janvier, « d'occuper sans délai la ville de Bienne par nos troupes », et de se concerter avec Liomin pour mettre les scellés sur les papiers intéressants, particulièrement sur ceux de l'émissaire Bernoief Bischof (2).
Les biennois n'avaient plus qu'à s'incliner, et à regagner notre bienveillance par une tardive bonne volonté Le 7 février 1798, « le bourgmestre, petit et grand conseil » annoncèrent donc à Mengaud « le vœu qui avait été librement émis par les conseils, habitants et ressortissants de la ville d'être réunis à la grande nation ». Puis, le magistrat envoya un message au Directoire pour l'informer que « le citoyen Sigismond Wildermett (ancien bourgmestre) était chargé de présenter au Conseil des Cinq Cents, la résolution prise unanimement à cet égard ». Quelques jours après, les habitants de la Monta-
(1) Ibid.
(2) Lettre écrite d'Aarau, ibid.
*?]S CIIAI'ITHK XIV
gne de Diesse votaient à leur tour unanimement « qu'il était urgent pour eux de s'attacher entièrement au gouvernement français » (1).
En récompense, les soldats de Schauenburg, commandant des troupes d'ilelvétie, logèrent deux mois chez l'habitant à raison de plusieurs douzaines par maison (2), et le ministre de l'intérieur recommanda au Département de « surveiller avec soin la conduite des autorités constituées » pour réprimer toute velléité d'indépendance (3).
L'abolition tie A Neuveville, l'attachement aux vieilles coutumes et
gime à aux libertés traditionnelles tut autrement vivace qu a Ncuvovillc.
Bienne. Peu de cités, d'ailleurs, paraissent encore aujourd'hui avoir vécu d'une vie municipale plus intense, plus originale, plus féconde et plus jalouse. Un superbe hôtel de ville (4), bijou d'architecture, orgueil de la cité ; de massives tours crénelées, aux armes neuvevilloises, dominées par une imposante forteresse ; de vénérables demeures aux fières devises gravées sur la pierre, véritables manoirs; de richesmaisonsdemétiers ; des fontaines, des monuments publics aux statues coloriées immortalisant les ancêtres dans leurs harmonieux costumes ; le tout encadré de })lantureux coteaux de vignes et se mirant
(1) /i)i(/., 7 et 20 février (Le procès-verbal porte 200 signatures des habitants de Diesse, Prèle, Nodz et Lamboing),
(2) Ils furent jusqu'à cinquante par ménage {Bur. des contrit. , n° 69, 11 mai 1798).
(3) Police civile, n° 20.
(4) Récemment restauré,
LA I\KIM()\ hi:s TKI5l5llOim:S NKl'TKAMSKS "?!*.)
dans les eaux raliins du lac de .Ic.ni-.lncquos : n'y avaitil pas là de (jiioi inspirer aux paisibles et spirituels citoyens (le Neuveville un amour jaloux pour leur petite pairie, une répulsion instinctive pour la nation révolutionnaire ?
Aussi, d^.s qu'éclala la Révolution, afl'ectèrent-ils de continuer leurs relations tutélaires avec le prince et les cantons. Le maire Crette rendit rép^ulièrement ses comptes à Son Altesse exilée : deux mille livres environ de (( droits de montes », d' « abzoug », d'amendes, voilà tout ce que coûtait cette suzeraineté (1). Le serment de fidélité fut prêté sans incident, le 29 janvier 1793, par les « châtelains, maître-bourgeois, conseils et commune » ; et il en fut ainsi jusqu'à la fin de 1796: à cette époque, le 26 août, Neuveville envoya même au prince une députation pour en obtenir la vente de ses droits sur la Montagne de Diesse.
Si Neuveville désirait s'agrandir, son principal souci toutefois, était de défendre son indépendance à l'égard de Bienne, la rivale séculaire et ambitieuse qu'elle voyait en coquetterie intéressée avec les représentants du gouvernement révolutionnaire. Résolue à prévenir tout empiétement, elle réclama de Barthélémy, le 20 juillet 1796, en sa qualité de membre du Corps helvétique, le droit de signer des passeports sans recourir à « son égale en pouvoirs », faute de quoi « ses bourgeois se verraient dans
(1) Dossier sur Neuveville, pp. 28, 474, et passim {Arch. de Cévêché).
la dure nécessité de s'abstenir de faire des aiïaires en France ». L'ambassadeur lui reconnut ce privilège, à condition qu'elle déclarât « s'en tenir uniquement à ses rapports avec le Corps Helvétique » (1).
Ses alarmes redoublèrent lors de la mission h Paris du chancelier biennois Neuhaus : elle s'attendait 5 être sacrifiée, et son châtelain, Crette, écrivit à ce sujet, le 29 août 1796, à l'ambassadeur de Prusse à Paris : « Notre ville ne trouverait rien de plus terrible et de plus insupportable que de devenir assujettie à cette petite ville de Bienne. » Elle aurait de beaucoup préféré devenir bernoise « avec la réserve expresse de ses franchises, libertés et immunités » (2).
Ses illusions sur l'importance que pouvaient avoir ses volontés furent bien vite déçues. Le 16 décembre 1794, elle apprit tout à coup que des troupes françaises allaient l'occuper; son Conseil de ville, réuni en hâte, nomma trois membres « pour complimenter et recevoir le citoyen commissaire », puis protester contre l'emploi inutile de la force armée. Le lendemain, les envoyés Neuvevillois ayant rapporté de Delémont une proclamation de Gouvion-Saint-Cyr où il n'était question que de la Prévôté et de l'Erguel, le Conseil reprit un peu d'espoir et rédigea une adresse au général pour l'informer que la cité jouissait d'une constitution autonome, qu'elle était combourgeoise de Berne et membre du Corps helvétique,
(1) Pap. de Barth., 459, i° 29.
(2) Dossier de Neuveville, 27 et 29 août 1796, 14 septembre 1797.