‹ Le département du Mont-TerribleChapitre 5 sur 42 · I.KS HKSISTANCES l'OIHILAlUKS · texte numérisé non relu

I.KS HKSISTANCES l'OIHILAlUKS

le ininisliw» iin|)('MiMl liL placer les réfracUiires sous Iccoinmandcinent des généraux aulricliicns (l).

Au surplus, loule démarche était désormais inutile, car le camp de (^ourtélclle n'existait plus. Le 27 août, à rapproche des troupes du général Eickmcyer, une sentinelle avait jeté ce cri d'alarme: « Ils ont du canon! )•. Aussitôt, débandade sur toute la ligne : les paysans s'étaient enfui derrière les rochers d'où ils avaient ouvert une fusillade prématurée et inutile; ils avaient ensuite gagné à la hAte une montagne voisine. Un officier messin émigré qui les avait rejoints depuis le 24, M. deTschoudy, avait profité du désarroi pour mettre la frontière entre lui et les Français ; arrivé à Soleure sain et sauf, ce héros écrivit aux paysans laissés sans ressources : (( Je vous recommande de faire le matin et le soir la prière en commun, comme je vous ai appris à la faire. Priez le Seigneur de bénir vos armes,... de répandre ses bénédictions les plus abondantes sur votre Père spirituel, sur votre auguste souverain ; de vous donner la force des martyrs, et de faire triompher par vos mains sa sainte religion dans laquelle vous avez résolu de vaincre et de mourir ! » (2).

De Tschoudy, ancien chef des volontaires de Nancy, avait, comme on le voit, plus de dévotion que de bonheur

(1) Lettre du capitaine de Verger à « son cher cousin », Républ. /?aur., 4 sept. 1793. — Lettre du prince à Baijey, Conf, prot.^ 26 août.

(2) Lettres de Tschoudy au prince et aux réfractaires, Rép. Raur., 30 août 1793.

dans ses expéditions, car c'élail lui (jut^ le marquis de Bouille avait naguère employé dans u le parti de Varennes ,), lorsqu'il avait voulu sauver Louis XVI (l). Il s'emi)loya pourtant avec beaucoup d'obstination à trouver des alliés à ses compagnons d'armes, persuadé qu'il leur était ainsi plus utile qu'en restant à leurs côtés. Il accusa le prince de pusillanimité et recourut aux plus bautes intluences : sur sa demande, le marquis de Bombelles, ancien ambassadeur, futur moine de Brunn, alors agent très actif des Bourbons auprès des cours étrangères, engagea S. A. à secourir les révoltés (2) ; le marquis de Vérac fit de même par l'intermédiaire de M. de Saint-Martin, son ancien secrétaire d'ambassade en Hollande et en Suisse, lequel avait eu « des liaisons intimes avec M. de Tscboudy » (3). Le comte de Montjoye- Vaufrey enfin, connu parmi les émigrés sous le nom de « Capitaine Tempête », essaya d'entraîner dans le Forrentruy le général Wurmser (4). Mais tout cela n'aboutit à rien et Tcboudy désolé se plaignit d'être obligé de renvoyer u les secours considérables de Vienne et de Milan qu'il allait recevoir de M. le comte d'Antraigues », ceux aussi que « les généraux anglais devaient lui faire passer incessamment par l'intervention du marquis de Bombelles » Et pour comble de malheur, le prince-

(1) LeLlrc du baron de Heinach au prince.

(2) Lettre écrite de Warlegg, 4 sept. 1793 {Rép. Rnur.).

(3) Lettre écrite de Lindau, 14 sept. 1793, ibid.

(4) Lettre du baron d'Andlau au conseiller de Billieux, 10 sept.,

ibid.

LES ÎIKSISTANCF.S POPILAIIŒS [)3

évéqiio lui ni;u'(|n;« sa reconnaissance en h; IrailanI (\<\ (( (<'lr l'iMôe ! » (1).

PcMulanl ces vains ponrparlers, les insnrgés se Irouvaienl réduits au sort le i)lus mis'jrahle entre les volontaires prrvolois, cpii les écartaient comme des hèles malfaisantes, les soldats français, qui les traquaient dans leurs derniers retranchements, et les soldats autrichiens, qui avaient reçu l'ordre de ne leur fournir aucun secours. Vers le milieu de sepl>embre, ils se dispersèrent délinitivement, et beaucoup joignirent Tarmée de Condé. Deux mois après, le 17 novembre, Georges Roll payait la révolte de sa tète sur la grand'place de Delémont; au dernier moment, il prolesta de son innocence, mais cria suivant le conseil du prêtre jureur qui l'assistait : « Vive la nation ! » (2).

La guillotine, réclamée par les autorités départemen- La guillotine. taies comme « un instrument de justice et de terreur » nécessaire au châtiment des rebelles, faisait ainsi son apparition dans le Mont-Terrible. Les membres du tribunal révolutionnaire, S. Moreau, Th. Mandar et J.-J. Gainon, blâmèrent le bourreau de son inhabileté ; le couperet ayant tranché une partie de la chemise avec la tête, celle-ci était restée suspendue et on avait dû la détacher au couteau (3)... Le bourreau n'aura pas heu-

(1) Lettres du prince à Tschoudy, du 10 sept., et au baron de Roggenbach, du 27 sept. ; — réponse de Tschoudy au prince, du 24 {liép. Baur., 1793).

(2) Mémoires de Verdat, p. 73.

(3) Rapport au département, du 18 nov. {Bu}\ de police civile, n» 18).

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reusement beaucoup d'occasions de se faire la main ; mais à cela près, la Hauracie allait mériter aussi bien qu'aucun autre département le nom de « département de la Terreur ».

ciiapitiuî: iv

L'KTAnLlSSEMENT DE LA TEHREUR. — l'ÉMIGRATION. LE TRlOxMPHE DE RENGGUER.

Réaction contre le réprime imposé à la Hauracie par la France révolutionnaire, la Vendée rauracienne amena à son tour un redoublement de rigueurs de la part des autorités départementales. Celles-ci étaient soutenues du reste par le Comité de Salut Public, auquel appartenait Robespierre depuis le 27 juillet, et elles n'eurent qu'à suivre l'impulsion du gouvernement central pour mettre « la terreur à l'ordre du jour » jusque sur cette extrême frontière.

Le triomphe forcé du parti montagnard dans le Mont- a la domande

de leurs

Terrible était le triomphe du parti rengguerien. Au adversaires,

Rengguer et

moment d'écraser ses adversaires, le procureur-général- i «^mane sont

*■ ^ mis en

syndic faillit pourtant tomber sous leurs dangereuses at- ''i<^f"satJon par taques. Profitant de l'arrivée de nouveaux représentants ^"fj-ani^fu^^^ du peuple, — l'avocat Rernard et l'ex-curé Bassal (t), — réprouvant du reste la révolte armée de la vallée de Delémont, les patriotes renouvelèrent leurs dénonciations contre Rengguer : ils mirent en lumière les scandaleux profits qu'il avait espéré tirer de la Révolution, et rappe-

(l) Futur président des jacobins.

lèrent en particulier certaine « iellre au Directoire et Conseil général » où il avait réclamé cent mille livres pour ses frais de révolution, — dont dix mille pour les seuls cabareliers, — plus soixante mille comme indemnités des pertes éprouvées dans ses biens (1) 1

Tant d'impudence émurent Bernard et Bassal, comme jadis Laurent et i^itter (2) ; le 14 septembre 1793, « considérant que tous les malheurs de la patrie n'avaient d'autre cause que la négligence des fonctionnaires publics, leur incivisme et leur indolence », les deux commissaires ordonnèrent la destitution du procureur-général-syndic et sa mise en arrestation « jusqu'à ce qu'il eût rendu compte de sa fortune ». Naudet, commissaire de Salut Public, lut lui-même cette décision le 19 septembre, au sein du Directoire : il prononça en même temps la destitution de Lémane, administrateur du département et bras droit de Rengguer ; de Moreau (3j, président du tribunal criminel de Delémont, et de Rengguer fils, capitaine de gendarmerie. Copin, curé du Noirmont, était nommé procureur-général-syndic.

Triomphe du Grande fut la colère du parti jacobin ; mais il ne s'abandonna pas un seul instant et l'audace de sa résistance

(1) Nous avons même eu entre les mains un arrêté ou projet d'arrêté écrit de sa main qui reconnaissait ces sommes comme nationales, et en espérait le paiement de la générosité de la nation française (Il est classé hors de sa date dans le dossier. Républ. Raur.^ mars 1793).

(2) Voir plus haut, p. 41.

(3) Il avait été conseiller-aulique du prince-évêque, et fut député au Conseil des Anciens, puis au Corps législatif, de l'an VIII à 1815.

parti jacobin :

l'ÉTAIU.ISSFMKNT |)K I.A TKUnEUH 57

contre les représenlanls du Comité de Salut I^jhiicet de ncnii^ncr,

.ilooiis par les

la (lonvenlion eux-mOmes (kivoila une fois de plus le se- 'i'"''^ <i'i

' Porrcntriiy et

cret de sa fortune. Hcngi^uer ne cessa de parler et d'agir ,.|)*i;'^^|',?||['Yôut comme un accusateur : le jour où il recul notification de P»J>ss«int. l'arrèlé (jui le destituait, il publia une » justification » où il annonçait qu'il allait partir à Paris afin de « porter à la Convention le \œu des patriotes révolutionnaires » ; ce vœu consistait à obtenir les indemnités r[u'il réclamait toujours comme « dette d'Etat, avouée par des décrets géminés de la [{auracie (1) ». Le lendemain, 22 septembre, il se recommanda h Danton et à Sergent, secrétaire du Club des Jacobins : « Au nom de la patrie, leur écrivit-il,n'abandonnez pas un zélé républicain à la vengeance de ses ennemis. Des aristocrates triomphent de ma destitution... Je ne possède plus rien que quelques meubles (2). » Incarcéré, il fit partir sa femme, le 28 septembre, (( pour aller crier vengeance à Paris contre les procédés des coquins Bassal et Bernard » (3).

Pendant ce temps, ses amis mettaient tout en œuvre pour le sauver. Le Directoire ordonna la rédaction d^un mémoire en faveur des fonctionnaires accusés dont « on ne pouvait que louer le zèle infatigable », et établit une

(1) Rengguer affirmait ensuite qu'il était grevé de dettes, alors qu'il n'en avait <i pas un sol » avant la Révolution ; que de plus son capital était abaissé de 170.000 à 48.000 livres. Nous avons prouvé cequ'il en était (t. 1) [Rép. Haur.^ 19 et 21 sept. 1793).

(2) Voir la note précédente.

(3) Lettre de Rengguer à son frère, 28 sept. 1793 {Rép. Raur.^ dossier de 1792).

commission spéciale pour examiner leur «gestion financière (1). Le club de Porrentruy vota à son lour l'envoi de deux commissaires auprès de Bassal et de Bernard pour les avertir que Bengguer, père et (ils, et Lémane avaient conservé a la confiance des sans-culottes », et leur demander le nom des dénonciateurs afin qu'ils fussent u punis selon la loi (2) ». Les commissaires de « la Société populaire et montagnarde » de Besançon, Vaucher, David, M. Proudhon (3) et Despland, s'employèrent enfin à éclairer les représentants du peuple, ce qu'ils firent avec d'aulant plus de poids qu'ils avaient été envoyés en mission dans le Mont-Terrible sur la demande de Bernard lui-même et que « toutes les ressources de la puissance publique avaient été mises à leur disposition » : les officiers municipaux devaient leur prêter « secours et assistance » ; la gendarmerie devait obtempérer à leurs réquisitions ; le lieutenant de gendarmerie et le maire du Noirmont étaient chargés de les accompagner dans leurs tournées pour les aider à « fortifier l'esprit public du Mont-Terrible en y prêchant Tévangile de la liberté et de l'égalité ». Arrivés à Porrentruy le 29 septembre, ils présentèrent de suite leurs pouvoirs à la Société qui n'eut pas de peine à les convaincre de l'innocence de Rengguer et de ses amis : ils les proclamèrent donc « les plus chauds

{]) Hécj. du dép., I, 19, 25 et 26 septembre 1793. (2; Procès-verbal isolé de la Société popul., 29 septembre 1793 (Rép. Raur., dossier de 1792).

(3) Le mari de Thérèse Moser dont il fit alors la connaissance.

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