‹ Le département du Mont-TerribleChapitre 8 sur 42 · I.KS (:IIAI\GKS MM.ITAIKKS · texte numérisé non relu

I.KS (:IIAI\GKS MM.ITAIKKS

rciir coinmil ccMc fniilo siipn^mo, — on si l'on veut siil»il celle l'alah^ lUM-essilr. Drs h^, 2<S seplembre, le dislricl (U; Dcii'îmoiil avail écril an hiiecloire : « Vons enverrez dn pain, car nous n'en avons pas : dfi pain ! sera df'isonnais noire cri. Notre pcnple sonlïVe. Hier, la moitié (J(; la ville était sans hlé (I). » (le lut là, en elTet, le cri (l(^ révolte qui domina peu à peu tous les autres, car si la l'ronlière s'offrait aux conscrits et si les sentiments religieux pouvaient s'abriter au fond des coeurs, aucun expédient n'était capable de faire prendre patience aux affamés.

Nous avons vu que la rareté des denrées, en élevant leur valeur, avait amené l'administration t^ imposer aux vendeurs un « maximum » de prix de vente (2) ; or, les acheteurs avaient naturellement profité de cette piotection pour s'approvisionner à bon compte en vue d'une hausse inéluctable. 11 fallut donc se retourner contre le public trop avisé et l'empêcher d' « accaparer ». Commença alors une série de prohibitions inquisitoriales qui donnèrent aux habitants du Mont-Terrible une idée assez complète du régime où la contrainte est portée à son paroxysme, du régime collectiviste.

Le 15 octobre, une commission départementale de sept membres reçut des commerçants la déclaration des marchandises qu'ils avaient en magasin avant le 29 septembre, et de celles qu'ils avaient vendues depuis, ainsi que des noms des acheteurs. Ce contrôle n'ayant pas atteint

{\) Ces mois torminonf la lottro citôo p. 77 [Police milil., n° 2). (2) P. 30.

88 CIIAFITHE V

le but désiré, le district de Porrentruy prit l'arrôté suivant : « Les municipalités veilleront particulièrement à ce qu'aucun citoyen ne s'approvisionne, notamment en étofTe, que de ce qui lui est nécessaire pour un vêtement ; à l'elTet de quoi le marchand ne sera tenu de lui vendre son étoffe qu'à vue d'un certiticatde sa municipalité qui attestera que le porteur a besoin d'un vêtement; le dit certificat sera déchiré par le marchand, et Tacheteur reproduira les briques du certificat déchiré à sa municipalité pour qu'elle puisse vérifier que ledit vêlement a été effectivement pour lui » (1).

Pour les denrées, on édicta des règlements analogues, destinés surtout à approvisionner le marché public. Les Directoires de district durent effectuer, le 2 novembre, le recensement des objets d'alimentation, et indiquer aux communes qui en possédaient au delà de leurs besoii..^, la quantité et la qualité des pains, légumes et viandes à expédier au chef-lieu. Chaque municipalité dut requérir à son tour les particuliers de livrer leur superflu, et interdire tout trafic clandestin : quiconque vendrait ou achèterait autre part qu'au marché public serait considéré comme « accapareur » ; ses biens seraient par conséquent confisqués et les dénonciateurs en recevraient la moitié (2). Les citoyens coupables ou les fonctionnaires négligents devaient être poursuivis par une Commission spéciale de cinq membres, pris dans la Société populaire

(1) District de Porrentruy, 25 octobre,

(2) Hog. (In Dép., 2 nov,

LES CIIARGK.S MIlJTAinKS 89

ot le Conseil général de In comnnnne de Porrcntruy : ces commissaires avaient ordre de se tenir aux portes de la ville, les jours de marché, [)our vérilier si les marchandises apportées correspondaient aux états dressés par le District (1).

Quant aux marchés eux-mêmes, devenus les seuls centres de la vie économique, ils furent soumis à une police sévère. La municipalité devait y élre présente en écharpe : elle délivrait un bon personnel et signé de deux de ses membres à ceux qui désiraient acheter du grain ; elle vérifiait la vente des denrées réquisitionnées et donnait des cartes justificatives ; elle contrôlait l'exécution des mesures prises par la Société populaire au sujet de Tachât ou de la préparation des produits. Citons l'interdiction de s'approvisionner pour plus de deux jours, de vendre du blé qui ne soit mélangé d'un quart d'orge ou de grain de même espèce, de fabriquer du pain blanc, des pâtisseries et du fromage (2).

Malheureusement, tout cela ne créait rien^ et augmentait même les menaces de famine, la crainte de la paperasserie administrative ayant pour effet des dissimulations aussi impossibles à réprimer que la fuite des conscrits. A la fin de 1793, le pain manquait plus que jamais, et les autorités aux abois s'accusaient Tune l'autre d'affamer le peuple : le district de Delémont, en particulier, blAmait avec la dernière énergie un Directoire

(1) Ibid., P nov.

(2) Ibid. — Police civile^ n° 55,

90 CHAPITRK V

jacobin qui désespérait les rauraciens par u ses arrêtés dilatoires et extrêmement dangereux », et les laissait « périr d'inanition à coté des amas de grains faits pour sustenter les armées » (1). En un mot, le parti de Uengguer avait vainement appliqué la Terreur: les fonctionnaires comme les simples citoyens ne cherchaient qu'à secouer son joug. Dans ces conditions une « régénération » ou épuration capitale s'imposait, d'autant plus que la plupart des lois administratives étaient restées lettre morte (2), et que le Département s'était permis de compromettre notre politique extérieure par une propagande sans scrupules (3).

Au moment où l'action du pouvoir central va supprimer les derniers vestiges d'indépendance dans la politique du Mont-Terrible, il est utile de faire remarquer que si la Vendée rauracienne ne s'était point transformée en soulèvement général, c'est que la vente des biens nationaux et la suppression des privilèges fonciers, en investissant définitivement les paysans de la possession du sol (4), avait malgré tout sauvé la cause de la Révolution ; il est bon aussi d'ajouter qu'en multipliant les mesures d'oppression Rengguer et ses amis faisaient peut-être

(1) District de Deléinont, n» 20, 2o nov. — Le môme District avait écrit le 25 octobre à la commission du commerce et des approvisionnements : (( Il importe que la décision du Conseil exécutif soit assez prompte pour devancer d'un Jour le vaste cri de la faim. »

(2) Nous verrons que les rôles d'impôts ne furent même point dressés en 1793 (Ch. XVI).

(3) Chap. XIII et XIV.

(4) Voir plus loin, chap. XVII.

LES CHARGES MILIIAIRES 91

quoique violence à leurs sentiments intimes, enlrnîn(''s qu'ils étaient par la formidable machine dont le Comité de Salut Public était le falal moteur: lorsqu'ils menaçaient leurs concitoyens du couteau de la guillotine, ce n'était point en tous cas qu'ils fussent altérés de leur sang, puisqu'ils se contentèrent — jusqu'en janvier 1794 — de celui de George Roll.

CHAPITHE VI

LA POLITIQUE EXTÉniEURE DU MONT-TEPRIBLE

TENTATIVES d' AGRANDISSEMENT.

FIN DU PRINCE-ÉVÊgUE

(mai 1793-mars 1794).

Dès l'annexion, le Département avait espéré que la voia obtenir hi r'eutralité de la partie helvétique ne serait que provisoire,

réunion totaU» • ,•! -, , i''ij u-i^t'XL

lie I Kvèciié. ^1^ n^^ ^1 pourrait par conséquent s étendre bientôt a tout l'ancien évéché. Il pensait d'ailleurs que la Convention lui laisserait volontiers carte blanche de ce côté^ et il ne discernait point l'intérêt majeur que nous avions à conserver la paix avec les aristocratiques cantons.

Sans tenir aucun compte des décisions du gouvernement français (1), le Directoire bruntrutain commença, le 19 mai 1793, par décréter de sa propre autorité l'occupation de l'abbaye de Bellelay,(( le Corps helvétique ayant induit en erreur le Comité de Salut public en lui persuadant que Bellelay était compris dans la Prévôté » ('2). Des commissaires furent en même temps envoyés à Be-

(1) Le Comité de Salut public avait intordit, en particulier, le 25 avril J793, « à tout agent civil ou militaire » de porter atteinte à la neutralité de Bellelay {Recueil de M. Aulnrd, III, 444-).

Pour ces questions de politique extérieure du Mont-Terrible, nous renvoyons aux études indiquées Tome I.

(2) Minist. des afT. étr-, Basle, III, 97-101, arrêté du Dép.

LA IM)L1TI(,)IIK EXTKniKinK 1)1, MONT-TF^nRlBLÎC 93

snn(.;on pour couceiier les mesures relatives à la réunion totale de la principauté (1), et l'amljassadeur Barthélémy reçut l'avertissement comminatoire suivant : « (^'est j)ar une erreur très grossière qu'un tas de moines a été compris dans la neutralité armée de la Suisse. Nous ne permettrons jamais que celle-ci infecte le territoire français sous prétexte de Courtine... Comme vous étescharf^é de diplomatiser cet objet, nous nous [)ersuadons aisément que vous nous éviterez la peine de Taplanir de toute autre manière (2). »

Ce langage d'un simple Directoire départemental à notre ambassadeur était osé ! Il est vrai que ce Directoire savait faire excuser sa hardiesse auprès du Comité de Salut public en invoquant le péril autrichien : Wurmser, disait-il, allait envahir le pays par Soleure et les gorges de Moutiers, et on laissait le Mont-Terrible « dans un dénuement absolu, après en avoir détaché une contrée qui livrerait un passage aux ennemis » (3). Il est vrai aussi que Tévêque constitutionnel de Paris soutenait les revendications de ses amis, distribuant douze cents exemplaires d'un « Mémoire sur la Prévôté et TAbbaye », aux membres de la Convention, du Conseil exécutif, de la Commune, des Jacobins et des Quarante-huit sections (4).

(1) Lettre du Département au district de Delémont, 23 mai (Pap. de Barthélémy, 43;'), f» 339j.

(2) Minist. des aff. étr., Basle, III, 105, 26 mai.

(3) Ibid., 133.

(4) Lettre de Gobel au Département, Rép. Raur., 5 juin 1793.

CIIAPITHE VI

L'iimbiissadeur Mais le prudent Barthélémy n'était pas homme à se

HaitluMeiiiy

soutit'iit Us laisser iiilluencer par de tels personna^^es, d'autant moins

réclamations

(lu Corps qu'il était entouré d'étrangers prêts à tirer profit de nos Helvétique. ' o i i

provocations. A Berne surtout existait u un parti puissant qui se réjouissait de tout ce qui pouvait jeter de la défiance entre les deux nations », et qui cherchait « h forcer la Suisse à se réunir à la coalition des puissances (1) ». Lorsque notre gouvernement ra[)pelait au Corps helvétique les exigences de sa neutralité (2), celui-ci réclamait aussitôt l'intégrité de sa frontière occidentale, déjà compromise, et faisait un véritable casas belli de nos empiétements dans la principauté. L'évéque n'était d'ailleurs pas déchu à ses yeux, dételle sorte que la République de Berne exhorta officiellement les Erguelistes, le 5 mai, « à se hâter de faire auprès de Son Altesse, leur légitime souverain, les démarches de respect et de soumission qu'ils lui devaient..., seul moyen de conserver l'amitié et bienveillance voisinale de L. L. E. E. (3) ». Le Brun et le ^^ semblables dispositions pouvant amener de graves Salut Public événements, notre ambassadeur « appela toute la sollile citude » du Comité du Salut Public sur les abus de pou-

Oépartement.

voir du Mont-Terrible et sur la nécessité « d'arrêter sa

fougue (4) ». Eclairé par lui, Le Brun exagéra encore les

plaintes de l'ambassadeur, accusant le Directoire brun-

(1) Barthélémy à Le Brun, 9 avril 1793, Kaulek, II, 183.

(2) Ibid., 182, Le Brun à Barthélémy.

(3) Lettre du bailli de Wattewille au pasteur Liomin, Pap. de Bar(h.,^^0, f° 171.

(4) Lettre de Barthélémy à Le Brun, Kaulek, II, 297, 8 juin.

i.A iMu.i 1 ini !•: Kx I l'uiianu: du mon r-ri;Hi'.iiu,K 95

Irulain, au sein du (loinilé, a de so prêter nux vikîs de (•(Mix (|iii, dans le ci-devant évrelié de BAle, avaient résolu, pour salisfaire des haines et des vengeances |)articulièrcs, de provoquer la guerre entre la France et les Suisses » ; reprochant à ces intrigants de s'être exprimé « d'une manière indécente » avec Berne, le Corps helvétique, le Comité lui-même, alors que la réunion prochaine de la Diète exigeait la plus grande prudence ; affirmant en (in l'urgence qu'il y avait à convertir le citoyen Gohel, vu que « le parti de Rengguer, son neveu, continuait à dominer dans le pays de Porrentruy (l) ».

Le puissant Comité approuva pleinement ces vues pacifiques et proposa à la Convention, le 4 juillet, un arrêté qui cassait les décisions du Mont-Terrible et confirmait la neutralité de la Courtine de Bellelay (2).

L'audace du Département semblait donc ne devoir produire que de formels désaveux lorsqu'éclata la Vendée rauracienne. Le Directoire en profita aussitôt pour donner à ses prétentions de nouveaux prétextes, comme la formation d'un camp de canonniers bernois, les préparatifs guerriers de Soleure qui avait tiré cinq mille fusils de ses arsenaux et nommé Attermatt général en chef, les agissements des émigrés sur les frontières. Barthélémy

(1) Minist. des afî. étr., Basle, III, 131, 10 juin.

(2) Recueil de M. Aulard, V, p. 167. Le décret delà Convention ne se trouve pas au procès-verbal. Remarquons que peu après, le 18 août, on envoyait un commissaire du Conseil Exécutif dans la « République de Mulhaùsen », pour s'occuper des « moïens de préparer sa réunion » {Arch. ]Sat., AF. III, 83).

Page 1