‹ Le déplacement polaire: preuves des variations de l'axe terrestreChapitre 15 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES PËRIODES GLACIAIRES.

Phénomènes glaciaires actuels. — Phénomènes glaciaires anciens. — Périodes glaciaires successives. — Le globe n*a pas été refroidi simultanément sur toute sa surface. — Mouvements séculaires concomitants. -~ Les phénomènes glaciaires sont dus au déplacement polaire. — Autres hypothèses émises.

Dans ce chapitre je veux montrer que ce que nous savons des phénomènes glaciaires actuels et anciens prouve le déplacement du pôle à la surface du globe.

Phénomènes glaciaires actuels. — La neige tombe en toutes saisons sur les sommets des Â^Ipes. Portée par le vent, roulée en avalanches, elle s'accumule dans les hautes vallées, elle s'y tasse« La fonte partielle opérée par les rayons solaires ou les vents chauds ) Teau qui ruisselle des pentes voi^^ sines) le regel des nuits ^ les pressions subies, -^

[ransforment successivement l;i neige accumulée en nevé, puis en glace compacte. Ainsi naissent les glaciers.

Un glacier coule â la manière d'une masse visqueuse, plus rapidement au milieu que sur les bords ; plus vite, si la pente augmente. Mais sa substance résiste mal aux élongations : elle sa fend, se divise par des crevasses, partout où il y a effort marqué de traction.

Le glacier coule jusqu'à l'altitude où la température est assez chaude pour fondre la glace aussi qu'elle arrive. Les principaux glaciers des terminent entre les altitudes de 1000 et IQO mètres; tandis que la limite des neiges persistantes est à 2700 ou 2800 mètres. Le plus long est celui d'Aletsch, il a 22 kilomètres. Le plus puissant par sa masse est, croit-on, la Mer de Glace ; sa longueur n'est que de 14 ou 15 kilomètres. On estime qudla neige tombée au sommet de la Mer de Glace (au col du Géant), met en moyenne cent vingt ans à arriver au bas du glacier.

Les pierres et la terre qui glissent par les couloirs, ou tombent des rocs prochains, forment sur deux côtés du glacier des bordures qu'on nomme moraines latérales. Quand deux glaciers s'abouchent pour n'en faire qu'un seul, deux moraines latérales se joignent et produisent une moraine médiane. La Mer de Glace a quatre moraines

lâi LES PERIODES GLACIAIRES.

médianes. Au point où finit le glacier, les blocs et les parties terreuses s'accumulent en un amas irrégulier nommé la moraine frontale.

Durant le trajet, les moraines médianes ne se confondent pas entre elles, ni avec les moraines latérales. Il arrive que des blocs tombent dans les crevasses, principalement aux portions du glacier très-tourmentées, qu'on nomme les cascades ; mais, par le fait de la fonte de la surface du glacier, les moraines disparues reparaissent plus loin, et tracent de nouveau leurs lignes distinctes et sensiblement parallèles. De cette manière, un bloc provenu d'une roche particulière du bassin du glacier parvient en un lieu déterminé de la moraine frontale.

Les blocs anguleux, détachés de leur gisement par la gelée, parviennent à la moraine frontale avec leurs arêtes vives, sans trace d'usure. Quelques-uns sont très-gros; on en cite qui ont un volume de plusieurs milliers de mètres cubes.

A la suite d'années sèches et d'étés chauds, les glaciers diminuent de longueur, et leurs moraines frontales sont déposées moins loin. A la suite d'années pluvieuses, la longueur des glaciers est accrue, et les dernières moraines frontales sont repoussées comme par l'action d'un râteau. A quelque distance au-dessous de presque tous les glaciers des Alpes, on voit d'anciennes moraines

pacées. La plus éloignée est la plus ancienne. les marquent les longuenrs maximum alleinles ,r les glaciers dans des oscillations successives. Parfois il arrive qu'une ancienne moraine fronle forme un barrage, et qu'un lac s'établit entre !lte moraine et le glacier. Les débris qui lom- Bût dans le lac se slralifient dans une certaine lesupe. Les digues de ces lacs sont sujettes à se ompre. Alors, un flot subit se précipite sur les loraines inférieures, en arrache les parties mêmes, en disperse les blocs, et y laisse encore des pparences stratifiées.

La fonte à la surface des glaciers produit des nisseaux, lesquels se creusent des lits, pénètrent lans les fentes, les élargissent, et se frayent une 'oie Jusqu'au plus profond de la glace. Ces ruis- Mqx entraînent du sable et des pierres. Les tiêmes matériaux tombent dans le vide qu'on re-j Barque pendant l'été, en de nombreux endroits, *ilre le bord du glacier et la roche. D'autres enore sont directement arraches au lit du glacier. *es débris enchâssés dans la glace se meuvent '^ecelle, glissent contre le fond, et, pressés avec 'fe puissance énorme, ils l'usent et s'usent euxnêmes. Aussi, le torrent qui sort de chaque glacer est chargé de boue,

, Les glaciers n'érodent presque pas à leur porion supérieure, où ils sont faits de nevé, parci

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que le fond du nevé et le lit rocheux sont cômpl tement gelés et adhèrent l'un à l'autre. Ceci aé mis en lumière par M. DoUfus-Ausset. L'érosic devient sensible dès le point où des filets liquidi pénètrent entre le glacier et la roche. M. Tyr dall (1) a constaté que le mouvement des glaciei est très-faible vers leur extrémité inférieure.

Les surfaces rocheuses laissées à découvert pî le recul des glaciers présentent des marque spéciales. On y voit des cannelures, des strii disposées par séries parallèles ; quelques rochi sont admirablement polies. Celles qui formaie: des saillies sont adoucies dans leurs contours arrondies, et dessinent une pente douce vers T mont ; on les nomme roches moutonnées. On vc aussi des trous en forme de cuves, dus évider ment aux chutes d'eau qui donnaient aux pierrot aux sables un mouvement giratoire dans !• cavités du fond.

Les blocs employés à Térosion du lit sont soi vent polis et striés sur une au moins de leu faces. Ils sont rares : Lyell (2), visitant la moraii frontale du glacier du Rhône, examina plusieui milliers de pierres avant d'en découvrir une qx^ par ses stries on son poli, différât des cailloiJ ordinaires d'un lit de torrent. Les fragments ^

(1) Tyndall (J.), Les Glaciers, Paris, 1876, page 95.

Lyell, Ancienneté de Vhommey Paris, 1870, page 33^'

serpentine et de calcaire sont ceux qui reçoivent et conservent le mieux les empreintes d'actions glaciaires ; Lyell étudia les moraines des glaciers de Zermatt, de Viesch et autres, où de tels l'ragmenls sont abondants : « Pour un seul, dit-il, qui présentait ces caractères, il y en avait des centaines qui en étaient complètement dépourvus. »' Lyell (1) attribue la forme arrondie de l'immense majorité des pierres des moraines, aux frottements qu'elles ont pu subir sous la glace, Mntre les roches, ou les unes contre les autres, Jb crois qu'on peut y ajouter l'action de l'eau chargée de sables qui coule entre les glaciers et 'eurlil. En outre, le plus grand nombre des cailloux est descendu jusqu'aux glaciers par les Vouloirs avoisinants, et les cailloux des couloirs.

Eue tous, ont déjà leurs saillies émoussées.

l glaciers des Pyrénées sont beaucoup plus que ceux des Alpes, et moins nombreux. La Sierra Nevada, dont les sommets sontplus élevés que ceux des Pyrénées, n'a qu'un seul petit gla- ^'fir (2), situé à la source du Genil. La chaîne du '^aucase, dont quelques pics sont plus hauts que 'Q mont Blanc, ne contient que des glaciers

11) Aneiennclé de rbomme, Paris, 1870, page 324. SIRrclus (Éliflée), Nouvilli Géographie universelle, Parla, '»'e.l«vol.,paga7l4.

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moindrsfl que ceux des Alpes. Los Carpathes, l'Oural n'ont pas de glaciers.

Les glaciers do la péninsule scnndiaave sont nombreux mais petits. Le plus étendu, celui de Lodal, a environ 8 kilomètres de longueur. Ils descendent jusqu'à la mer, suivant de Buch, vers le 67' degré de liilitude.

Pes massifs énormes de l'Asie centrale, princà« paiement du Karakorum, coulent les plus grands glHciers des zones tempérées. Celui de Balloro a 58 lûlomûlres de longueur sur 3 ou 4 de largeur. Les principaux appartiennent aux faces méridio^ nales des chaînes, parce qu'il y neige plus abondamment que sur les faces septentrionales.

L'Amérique du Nord n'a de grands glaciers qu'au voisinage du pôle. Le Groenland renferme les plus puissanis que l'on connaisse aujourd'hui. Le glacier de Humboldl débouche dans la mer an 80' degré de ialîtude avec une largeur de 111 kilomètres. Plus près du pôle, Hajes eu a vu dfl plus larges encore. On ne sait pas leur longueur; celle-ci dépasse la moitié de la largeur du Groenland, car, d'après Rink, la plus grande portioi des glaces se décharge sur la côte occidentale Le Groenland, au nord de l'ile de Disco, est lai^ d'environ 1,000 kilomètres. La longueur de eei glaciers gigantesques peut donc ëlre esliméé cnlri? r.OO et 800 kilomètres.

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