‹ Le déplacement polaire, preuves des variations de l'axe terrestre: preuvesChapitre 10 sur 53 · EFFETS DU DEPLACEMENT · texte numérisé non relu

EFFETS DU DEPLACEMENT

Lorsque le diamètre qui passe par les pôles est divisé en deux longueurs égales par le centre de gravité, les pôles dépriment également la masse terrestre. Lorsqu'au contraire le diamètre pdlaire est divisé en longueurs inégales, ce diamètre se déplaçant, cause une dépression plus profonde à Tune de ses extrémités, et renfle le globe à l'extrémité opposée ; — de cette manière, une saillie a un creux à son antipode.

Ce que j'ai dit du grand cercle qui divise le globe en hémisphère aqueux et hémisphère terrestre fait comprendre que les diamètres du glol^jf situés dans le plan de ce grand cercle, ou dans des plans voisins, sont divisés en longueurs sensiblement égales par le centre de gravité; — qu'au contraire, les diamètres qui s'écartent beaucoup, de ce plan sont divisés en longueurs sensiblement inégales. D'où ces deux règles :

1** A.U voisinage du grand cercle, les saillies ont souvent pour antipodes des saillies, et les creux, des creux ;

2° En dehors de la zone du grand cei'cle , les saillies ont souvent pour antipodes des creux, et réciproquement.

Il y aura des exceptions à ces règles :

. Parce que le globe présente dans sa composition des densités inégales, -^ lesquelles empêchent que les diamètres terrestres puissent êtr©

divisés exactement à leur milieu par le centre de gravité, — lesquelles* aussi, causent des déviations du niveau marin, par conséquent des immersions et des émergences qui changent Taspect de la carte ;

Parce que les mers affluent à Téquateur et fuient les pôles; — ' que les mers profondes de Téquateur noient des terres qui, sans le voisinage de Téqualeur, montreraient des saillies antipodales ; — que les mers peu profondes des régions polaires découvrent de vastes étendues de terrains et fournissent des antipodes terrestres (surfaces carminées) qui n'existeraient pas sans le voisinage du pôle;

Parce que les volcans produisent accidentellement des coulées qui donnent naissance à des terres émergées ;

Parce que les coraux constructeurs édifient des îles.

Il est sans doute encore d'autres causes d'exceptions; je n'ai pas la prétention de les avoir trouvées toutes. Si, malgré Timportance qu'il faut attribuer aux exceptions , mes règles se trouvent vérifiées, on conviendra qu'un argument d'un grand poids aura été gagné à ma théorie.

Vérification. — Le grand cercle qui divise le globe en hémisphère aqueux et hémisphère ter-

reslre, est figure sur la carte des antipodes par un arc de cercle, lequel rencontre Féquateur au 9T degré de longitude ouest et au 83* degré de longitude est. La moitié du grand cercle située dans rhémisphére nord est antipodale de la moitié située dans l'hémisphère sud ; — sur la cai le, les deux moitiés se recouvrent.

L'hémisphère terrestre comprend : toutes les terres de l'hémisphère nord situées dans la portion inférieure de la carte, du côté de la concavité de l'arc de cercle, — plus les terres de l'hémisphère sud situées dans la portion supérieure de la carte.

L'hémisphère aqueux comprend les terres de l'hémisphère sud situées au-dessous do l'arc de cercle — plus les terres de l'hémisphère nord situées au-dessus.

La plus grande portion de la surface carminée s'inscrit dans l'Amérique du Sud. Or, l'Amérique du Sud est précisément coupée par le grand cercle de séparation des hémisphères aqueux et terrestre. Le grand cercle la prend en écharpe, — d'un point peu distant de la ville d'Arica, située au sud du Pérou , — au nord de la lagune do? Paies, située au sud du Brésil ; il passe à peu près à égale distance des extrémités nord et sud de cette partie du monde. On remarque une trèsforte proportion d'antipodes terrestres dans la

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portion de TAmérique du Sud située au sud du grand cercle, une proportion beaucoup moindre dans l'autre portion; mais, dans cette dernière portion passe Téquateur, lequel, nous l'avons vu, diminue l'importance des antipodes terrestres. Les mers qui baignent Bornéo, Sumatra, Java, Gélèbes, sont peu profondes; si l'équateur se retirait à quelque distance, leur niveau baisserait; ainsi s'accroîtrait la surface carminée dans la portion nord de l'Amérique du Sud.

Les antipodes terrestres abondent sur la ligne de la Gordillière des Andes ; les saillies correspondent, aux saillies. Cependant, à mesure qu'on s'éloigne de la ligne du grand cercle, la loi qui veut que les saillies aient pour antipodes des dépressions, commence à se manifester. Au nord de l'Amérique du Sud, les antipodes de Java, de Madura, de Bali, de Lombock, de Sumbawa, se placent au plus profond des bassins de l'Orénoque et de l'Apure. La Sierra Paracaima, qui limite au nord le bassin de l'Amazone, n'est recouverte par aucun antipode. L'antipode de Bornéo s'étend sur le Cassiquiare et sur la large plaine où coulent le Rio-Negro, le Yapura et l'Amazone réunis par des igarapés* L'antipode de Célèbes occupe la dépression où coulent côte à côte les affluents de l'Essequebo et du Rio-Branco; Célèbes semble écarter ses digitations pour laisser place aux sier-

ras de Tumucucuraque et d'Acarai ; sa digilalion la plus méridionale occupe le bassin de TAmazone. Les îles plus petites qui pullulent de Java à Geram et Gilolo semblent également éviter les lignes de faîte. A Textrémilé sud du continent les saillies paraissent encore rechercher les dépressions ; ainsi Tantipode de la Terre de Feu tombe dans le bassin du lacBaikal, et Tântipode des Malouines dans le bassin de TAmour.

A mesure qu'on s'écarte de Téquateur, il semble que la tendance des antipodes à chercher les dépressions ne se manifeste qu'à une plus grande distance de la ligne du grand cercle; c'est parce que le niveau marin baissant rend les terres plus vastes et marque moins bien la place des. saillies.

En dehors de la région que nous venons d'examiner , le grand cercle ne rencontre plus aucun continent ni aucune terre importante ; les bassins de l'Atlantique et de la mer des Indes forment antipodes au bassin du Pacifique.

A une distancé d'environ 15 degrés du grand cercle, les antipodes des îles Hawaii s'inscrivent dans le sud de l'Afrique. Ils semblent déjà rechercher les dépressions : ils coïncident avec le bassin du lac N'gami et la vallée de l'Omoramba*

La Géorgie du Sud a son antipode en partie sur la pointe nord de l'île deSaghalien et en. partie dans la mer d'Okhotsk. L'archipel nommé

terre de Sandwich a pareillement ses antipodes divisés entre la mer d'Okhotsk et la Sibérie. II seihble y avoir indifférence. Ces antipodes sont un peu plus distants du grand cercle que les îles Hawaii ; mais nous avons vu que l'indifférence se montrait plus loin du grand cercle à mesure qu'on s'approchait du pôle.

La large surface de l'Amérique du Nord ne reçoit que quatre antipodes : la Terre d'Enderby, la Terre de Kerguélen, l'île Saint-Paul et l'île Amsterdam. Ces deux dernières îles sont trèspetites. Seule la Terre d'Enderby peut avoir de l'importance par sa grandeur. Elle est plus distante du grand cercle que les trois autres terres ; son antipode tombe dans la dépression formée par le lac du Grand-Ours et la vallée du Mackensie. Les trois autres antipodes se dessinent en des lieux situés presque à la même hauteur au-dessus du niveau de la mer, au pied des montagnes Rocheuses , vers le haut de la longue pente de prairies qui s'étend à l'ouest dû Missouri et du Mississipi.

' En résumé, la zone du grand cercle coupe l'Amérique du Sud et la partie sud-est de l'Asie : ces deux régions sont antipodales et fournissent la fnajeure partie du total des antipodes terrestres ; — elle n'intéresse qu'à un faible degré l'Afrique et l'Amérique du Nord, et cependant y laisse des

traces de son action spéciale ; — enfin , son long trajet sur Tocéan Pacifique a pour antipodes Tocéan Atlantique et la mer des Indes.

Les régions qui présentent la plus grande abondance d'antipodes terrestres sont celles que les mesures géodésiques désigneraient comme formant les pôles secondaires du globe.

Il nous reste à examiner les deux calottes sphériques situées en dehors de la zone d'action du grand cercle. J'ai annoncé qu'on y trouverait souvent des dépressions aux antipodes des saillies.

L'Australie en fournit peut-être l'exemple le plus frappant. Son antipode tombe précisément au centre du lieu le plus large de l'Atlantique , entre l'Afrique et les deux Amériques, et ses contours paraissent guidés par ceux de son bassin. Sa côte nord-ouest est parallèle à la côte nord-est de l'Amérique du Sud ; avec une légère modification, cependant, au voisinage des petites Antilles, lesquelles semblent lui creuser un golfe. Sa côte occidentale est comme arrêtée paj* les- Bermudes. Le grand golfe du sud s'ouvre en face des bancs de Terre-Neuve. La pointe que forme l'Australie avec la Terre de Van-Diemen proémine dans la direction où s'ouvre l'Atlantique; et le détroit de Bass semble déterminé par la présence des îles les plus avancées de l'archipel des Açores. Sa côte orientale se bombe dans l'espace

laissé libre par les Açores, Madère, les Canaries et les îles du Gap- Vert. Remarquons enfin que les diverses chaînes de montagnes de fe grande île coïncident assez bien avec les vallées de plus grande profondeur de F Atlantique. Aucun antipode ne tombe dans l'intérieur de l'Australie , si ce n'est celui de Técueil appelé les Fausses-Bermudes; l'antipode des Bermudes en est bien proche. Les vraies Bermudes et les fausses Bermudes sont des îles madréporiques qui forment comme de hautes colonnes dressées sur le fond de l'Océan. Les saillies qui servent de piédestal aux colonnes, les saillies véritables, restent loin au-dessous du niveau de la mer.

Mais voici une exception singulière. La Nouvelle-Zélande, située très-loin du grand cercle, entre le centre de la calotte sphérique et l'équateur, en un mot, le mieux possible pour que, suivant la loi, ses antipodes ne rencontrent pas des terres, — a cependant ses antipodes placés en diagonale sur la péninsule ibérique. Une moitié presque de Tavai-Pounampu, l'île méridionale, empiète sur la péninsule espagnole, elle y pénètre par le cap Ortegal, et s'arrête vers le nœud formé par la Sierra de Avila, la Sierra de Francîa et la Sierra de Gredos. Ce nœud se place entre les deux îles, dans la portion occidentale du détroit de Cook. L'antipode de Ika-Na-Mauwi, l'île du

nord, continue la diagonale à travers TEspagne, il s'étend jusqu^au pied de la Sierra Nevada, laquelle contient les plus hautes montagnes de la péninsule. L'antipode de la Sierra Nevada tombe dans la baie d'Abondance ; à Test et au sud s'étendent les deux grands caps de l'île : l'un aboutit vers -Car Ihagène, l'autre, passant sur Gibraltar, s'étend dans l'Atlantique en se juxtaposant au Maroc.

Que la Nouvelle-Zélande soit une terre de nature très-volcanique, ne me paraît pas une raison suffisante pour expliquer la disposition de ses antipodes. Il n'est pas impossible que les diamètres terrestres, qui d'une part aboutissent à TEspagrie et d'autre part à la Nouvelle-Zélande, soient divisés en longueurs à peu près égales par le centre de gravité du globe.

Proche de la Nouvelle-Zélande sont l'île Chatam et le groupe d'écueils connus sous le nom de groupe 'de Bounty. Leurs antipodes tombent en France, et ne semblent pas non plus fuir les saillies.

Telles sont les seules exceptions notables à la règle, que j'ai fixée. Aucun autre antipode ne tombe en Europe. L'antipode de l'îleAntipode est dans la Manche, près de Quettehou. L'antipode de l'île Campbell est proche de l'Irlande, vers l'embouchure du Shannon. Le groupe de Lord

Auckland et le groupe de Macquarie ont leurs antipodes plus loin dans TAtlantique.

Les antipodes des îles de la Polynésie sont presque tous inscrits dans TAfrique du nord et dans r Arabie; mais ils évitent les massifs montagneux : l'Atlas, les montagnes de Kong, les montagnes de TAbyssinie. Ils s'inscrivent dans la grande dépression intermédiaire, qui fut une mer à une époque géologique récente, et dans le désert d'Arabie qui semble le prolongement du Sahara. Les îles madréporiques de la Polynésie se sont exhaussées à mesure que s'élevait Je niveau de leur océan ; je puis dire d'elles ce que j'ai dit des Bermudes.

Dans les régions les plus orientales de l'océan Pacifique, sont quelques îles et quelques récifs qui ont leurs antipodes sur le continent d'Asie. Mais déjà ces points se rapprochent du grand cercle. Les plus éloignés du grand cercle : Tile de Pâques, l'île Salas y Gomez et quelques écueils, forment leurs antipodes dans les lieux bas des bassins de Tlndus et du Gange. Les plus voisins du grand cercle : Saint- Félix et Saint-Ambroise, Mas-a-tierra et Mas-a-fuera, forment leurs antipodes en des lieux de la Chine relativement élevés .

Je n'ai pas cru devoir, malgré l'exemple de Lyell, dessiner au voisinage des pôles les terres

non encore découvertes. Je m'en suis tenu aux documents les plus sûrs. Il règne encore des désaccords considérables en ce qui concerne les terres du pôle sud. On pourra en juger si Ton veut comparer les cartes de Tatlas de Dufour avec les cartes de l'atlas de Siieler et celles contenues dans l'ouvrage la Terre de M. Elisée Reclus.

En dépit de ce peu de certitude, et malgré que les régions polaires soient mal baignées par l'océan, leurs antipodes paraissent suivre les règles générales. La région du pôle nord se rapproche de la zone du grand cercle par sa partie voisine de l'océan Pacifique. Dans cette partie déjà, les antipodes recherchent les dépressions. L'antipode de la Terre d'Enderby, nous l'avons vu, se place sur le lac du Grand-Ours et la vallée du Mackensie. L'antipode des îles Powell tombe sur le cours de l'Aldan, le principal affluent de la Lena. Les antipodes de Farchipel des Nouvelles Schetland du Sud, de la Terre de Louis-Philippe, de la Terre de Palmer, de la Terre de Graham, tombent tous dans le bassin de la Lena. Dans la partie de la calotte polaire la plus distante du grand cercle, les antipodes des terres du pôle antarctique tombent presque tous dans la mer. L'antipode d© la Terre Victoria, si on admet qu'elle se prolonge depuis les îles Efalleny jusqu'aux monts Erebus et Terror, se place entre le

Spitzberg et la côte du Groenland. Les antipodes des monts Ringgold et Reynold et de la baie Peacock viennent entre le Groenland et l'Islande. L'antipode de la Terre Adélie empiète probablement sur le Groenland ; mais il s'agit ici d'une portion du Groenland inexplorée, et dont la côte est figurée en pointillé sur les cartes. L'antipode des monts Tottens tombe dans le détroit de Davis; et celui de la Terre Knox, dans le canal Fox.

J'aurai terminé cette rapide revue des antipodes quand j'aurai dit que bon nombre d'îles et d'archipels, situés hors de la zone du grand cercle, semblent repousser de leur entourage les marques antipodales. Tels' sont : l'archipel du Cap Vert, l'île Fernando Noronha, l'île de l'Ascension, l'île Sainte-Hélène, l'archipel Salomon, l'archipel Gilbert.

Les terres, je crois l'avoir montré, sont distribuées avec un ordre spécial à la surface de la terre. Cet ordre dépend de plusieurs causes, parmi lesquelles le déplacement de l'axe de rotation du globe.

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