HYPOTHÈSES ÉMISES
venait pour les plonger encore. Sur ce point, la plupart de géologues se taisent.
Quelques-uns, à la suite de Berzelius, disent que les oscillations lentes du sol sont causées par des accidents de ruptures dans les couches intérieures du globe, ou des tassements, ou parlent de phénomènes de nature volcanique. Qu'à la suite d'une rupture, ou d'un tassement, ou de, rémission d'une forte quantité de lave, un point déterminé de la surface du globe puisse s'abaisser au-dessous du niveau de la mer, qu'à la rigueur ce mouvement soit lent, et dure quelques milliers d'années, ceci est concevable. Mais comment le terrain immergé se relèvera-t-il ? Et comment le double mouvement d'immersion et d'émersion pourra-t-il s^ reproduire le nombre de fois nécessaire pour donner l'explication du nombre des couches superposées ? Notons encore qu'il ne s'agit pas d'un point exceptionnel, mais de presque toute la surface des terres, — sans compter ce que la mer nous cache.
. Lyell (1) voyait la cause des variations du niveau du sol dans des modifications hydro-thermiques ou des liquéfactions et des solidifications de roches qui s'accompliraient dans les profondeurs du globe. Dételles forces sont aussi hypothétiques
(I) Pfinc:pes de Géologie, Ptfrîs, 1873, t. H, page 253.
que les précédentes, et les mêmes objections leur sont applicables. Lyell lui-même ne paraissait pas croire beaucoup à leur efficacité.
En somme la science est restée impuissante à dire la cause des variations lentes du niveau du sol, — parce qu'elle est entrée dans une impasse, parce que admettant la fixité de Taxe, il faut faire osciller uniquement les assises solides du globe.
Je crois pouvoir, par Tétude de l'ensemble des mouvements séculaires et par l'étude de quelques particularités présentées par ces mêmes mouvements, montrer que les océans ont la plus grande part dans les oscillations, et que les dénivellations lentes sont dues au déplacement de l'axe terrestre.
Lieux et sens des mouvements séculaires. — Dans rénumération qui va suivre, j'ai pris pour guide principal le remarquable travail de M. Elisée Reclus (1) ; j'ai pris accessoirement des renseignements dans les ouvrages de Lyell, Ancienneté de f homme et Principes de Géologie; de M. Darwin, Voyage d'un naturaliste; dans les Bulletins de la Société de Géographie ; dans les œuvres de MM. Delesse, Le Gras, Girard, Bourlot, Gontejean, Maury et Sonrel ; enfin, dans les trai-
(1) La Terre, fin du !«•• volume.
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tés de géographte de MM. Malte-Rrun et (îrégoire.
Beaucoup d'observations , malheureusement , sont données et répétées sans preuves à l'appui, ou accompagnées de preuves insuffisantes. Il n'est pas rare que les preuves alléguées soient au-dessous de l'insuffisance. Ainsi, des auteurs disent : « La preuve que telle région est en voie de soulèvement, c'est qu'il y a des fossiles au sommet de ses montagnes, i» On comprend que les pays en voie d'affaissement possèdent généralement aussi des fossiles au sommet de leurs montagnes .
ZONE BORÉALE. — L'Écosse ost OU voic d'émergence. Ce fait est prouvé par la muraille d'Antonin, dont chaque extrémité est à 8 mètres environ audessus du niveau de la mer ; — par la situation reculée dans les terres des anciens ports romains d'Inveresk et de Gramond (Alaterva) ; — par des plages à coquilles marines d'espèces littorales vivantes, élevées au-dessus des flots ; — par les canots, les ancres, les squelettes de baleines, etc., retrouvés loin des rivages actuels. Quelques auteurs donnent comme preuve de Fémergence présente du pays de Galles les coquilles d'espèces septentrionales découvertes à plus de quatre cents mètres de hauteur proche de Snowdon. Ge dépôt doit être rapporté aux temps glaciaires ; une telle
preuve n'esi donc pas recevable. D'après M. Ro* bert Ghambers, les lignes des plages soulevées en Ecosse seraient toutes sensiblement parallèles au niveau.de la mer. En somme, il est certain que rÉcosse émerge, mais il n'est pas certain que File de la Grande-Bretagne tout entière soit en voie d'émergence.
La péninsule Scandinave est peut-être le lieu du globe le mieux étudié au point de. vue du sens actuel des mouvements séculaires. Les dénivellations y ont été notamment observées à l'aide de marques de niveau inscrites sur les rochers.' Prise dans son ensemble, [la péninsule émerge, mais d'un mouvement d'autant plus irrégulier qu'on s'écarte davantage de la principale chaîne de montagnes. Des travaux du professeur Keilhau, de Christiania, il résulte que la côte de Norvège, du cap Lîndeness jusqu'à la forteresse de Wardhuus, plus loin que le cap Nord, émerge avec lenteur et uniformité; les terrasses soulevées gardent une hauteur uniforme au-dessus de la mer sur toute la longueur du rivage. Les terrasses seraient un peu plus hautes â la côte sud-est, dans le golfe de Christiania. Les bords du golfe de Bothnie se soulèvent inégalement. Au nord du golfe, les apports des rivières limoneuses masquent le mouvement réel des terrains. C'est sur la côte de Suède, vers Gèfle, qu'on aurait observé le soulè-
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vement le plus rapide ; il serait compris entre 60 et 90 centimètres par siècle. A Stockholm l'émergence ne serait que de 15 millimètres par siècle; àSôdertelje, situé très-près de Stockholm, et au sud, le rivage est depuis très-longtemps immobile. La côte de Finlande, à Test du golfe, émerge avec une grande lenteur, comme le prouvent de gros pins et des chênes dont quelquesuns, âgés, de quatre cents ans, croissaient assez près du bord de Teau. Enfin, la partie la plus méridionale de la péninsule, la Scanie, a plusieurs de ses points en voie d'immersion.
Le Spitzberg et la Nouvelle-Zemble ont jusqu'à la hauteur de 45 mètres au-dessus de la mer des plages à coquilles d'espèces littorales vivantes.
L'émj3rgence de toute la côte de l'océan Glacial, qui s'étend de la péninsule Scandinave jusqu'aux environs de l'archipel de la Nouvelle;Sibérie, est très-admissible. Jusqu'à plusieurs centaines de kilomètres à l'intérieur des terres, on trouve des coquilles d'espèces littorales vivantes et des débris de bois que la mer jelte à la côte. L'île Diomida, reconnue, en 1760 par Chalaourof, n'était déjà plus qu'une presqu'île lors du voyage de Wrangell ; mais il so peut que l'isthme soit un produit des limons de la Lena.
M. Bourlot admet que le reste des côtes de
Tocéan Glacial est en voie d'immersion. Il est certain qu'une partie de la côte sud-ouest du Groenland s'immerge; les pieux d'attache des embarcations disparaissent sous l'eau ; on recule les cabanes. Partout ailleurs les observations font défaut. Un voyageur arrivant sur une côte déserte y trouve facilement des signes de l'émergence ; mais dans le cas d'immersion, où trouver des signes? L'absence des signes d'émergence rend l'immersion plausible.
Je dois cependant dire qu'en certains points de la côte nord-ouest du Groenland, de la Terre de Grinnel et d'autres îles, on a cru voir dans l'existence de terrasses superposées la preuve d'un mouvement actuel d'émergence. Ces terrasses, anciens rivages, existent aussi bien en plusieurs lieux qui sont en voie d'immersion.
RÉGION MOYENNE DE l'hÉMISPHÈRE NORD. — LoS
côtes occidentales de la France obéissent à un mouvement général d'émergence. D'après M. de Quatrefages, l'ange de l'Aiguillon s'étendait, il y a deux mille ans, jusqu'à Niort. La péninsule d'Arvert, le pays de Marennes, furent des archipels. Brouage fut un port et La Rochelle était située sur une presqu'île. Les cales des vaisseaux creusées à Rochefort au .temps de Louis XIV se sont," d'après M. Babinet, élevées de plus d'un mètre.