AMERIQUE DU SUD
élé plus abondants à une époque récente qu aux époques antérieures ; ou que le bas de la zone eût subi une double immersion. Mais M. Pissis est un excellent observateur, l'usure de la roche et le redoublement des' perforations sur une portionde la zone ne lui auraient pas échappé.
. Un mouvement actuel d'immersion se fait sentir sur les côtes du Pérou. Une partie du sol de l'ancienne ville du Callao est recouverte par la mer. M. Tschudi (1), ayant comparé d'anciennes cartes avec les cartes modernes, affirme que la largeur de la côte a diminué au nord et au sud de Lima.
On ne sait rien des mouvements des rivages qui s'étendent du Pérou à l'isthme de Panama.
Rio-Hacha, située sur le bord de l'Amérique du Sud que baigne la mer des Antilles, est entourée, dit M. Elisée Reclus (2), d'une plaine que les flots semblent avoir récemment abandonnée ; cependant il y a actuellement immersion, car la mer a envahi et ruiné la calle de la Marina^ rue la plus rapprochée de la plage et jadis la plus riche de la ville.
L'Amazone, le plus grand fleuve du globe, le plus important surtout par le volume de ses eaux,
(1) Darwin, Voyage d'un naturaliste^ Paris, 1875, page 395. (â) Voyage à la Sierra-Nevada de Sainte^Martbe, Paris, 1861, page 171.
n a point de delta. La région de Tembouchure de FAmazone s'immerge. Les preuves directes sont nombreuses, elles ont été signalées par Agassiz : — les golfes s'étendent dans les forêts, — les phares, les mâts à signaux, élevée en terre ferme, sont en peu d'années entourés par les vagues. La baie de Bragança n'avait que 2 kilomètres de longueur, elle pénètre aujourd'hui à 9 kilomètres dans les terres.
Aux environs de Bahia (13* degré de latitude sud), l'Atlantique gagne également sur les rivages.
Dans la baie de Rio de Janeiro, et même dans son port, on voit un grand nombre d'îles. Leurs pentes sous la mer sont très-rapides, au point que de grands navires s'approchent de leurs bords autant qu'ils s'approcheraient d'un quai bien construit. La baie n'est pas extrêmement profonde ; plusieurs torrents s'y jettent et tendent â la combler avec leurs sédiments. Étant à Rio, en 1872» je fus frappé par cette idée que, si le terrain était en voie d'émergence, ou demeurait immobile, les rivages des îles seraient moins rapides : les sédiments leur formeraient des pentes douces. Probablement un mouvement d'immersion lutte contre l'exhaussement des dépôts.
Aucun mouvement d'émergence actuelle n'a été signalé sur la côte orientale de l'Amérique du Sud»
On ne sait rien dés mouvements séculaires de l'a portion de l'Afrique située au sud de Téquateur, non plus que des îles de cette région de TAtlantique. Les îles situées à Vorient de TAfrique n'ont pas, jusqu'ici, fourni d'autres signes que ceux donnés par leurs coraux.
On ne sait rien des terres très-peu connues qui sont au voisinage du pôle austral.
Avant de compléter cette étude, il est bon de s'entendre sur les indications que peuvent présenter les roches coralliennes.
Les constructions des coraux. — Les coraux ou polypiers constructeurs vivent presque uniquement dans la zone tropicale; ils ont élevé des édifices étonnants de grandeur qui abondent en Océanie, dans la mer des Indes, dans la mer des Antilles.
Un corail vivant se présente sous l'aspect d'une pierre spongieuse, enveloppée d'une matière molle, albùmineuse , diversement colorée quand elle flotte dans l'eau, noirâtre hors de l'eau, — matière rétractile et qui rentré presque entièrement dans la masse pierreuse quand l'animal est effrayé. Un corail mort est cette même pierre moins l'enveloppe visqueuse.
Les polypiers ne construisent pas ou presque pas à une profondeur qui dépasse 30 ou 40 mè-
très. Ils meurent rapidement quand on les sort de Teau. Déjà on en connaît un grand nombre d'espèces, lesquelles n'ont point exactement les mêmes habitudes. Certaines recherchent les eaux agitées et se plaisent parmi les vagues qui déferlent ; d'autres aiment les milieux plus tranquilles. Aucune espèce ne prospère dans les eaux troublées par des sables ou des liipons; les eaux vaseuses ne paraissent cependant pas également funestes à toutes les espèces. Sur certains points découverts à mer basse, mais presque toujours mouillés d'écumes, quelques espèces vivent encore. D'après Ehrenberg, jamais un polypier vivant ne s'établit sur un autre polypier vivant, qu'il appartienne ou non à la même espèce. Ils ont d'autres parasites : les balanes, les serpules, les mollusques saxicaves, les holothuries, des poissons, etc. Sur les bancs de coraux morts, peut-être aussi sur les vivants , s'établissent les huîtres, les moules, et d'autres coquillages en grand nombre, dont les débris s'empâtent dans la roche corallienne.
Celte roche ne semble pas très-résistante, au moins quand elle est récente. Elle se fend à l'air, se délaye dans l'eau, et les parties délayées, une fois séchées, ressemblent exactement à de la craie. On a même de bonnes raisons pour croire que la véritable craie est d'origine corallienne. Les di-
verses espèces de polypiers constructeurs fournissent des roches diverses d'aspect et de consistance. Probablement la matière la plus résistante provient des polypiers qui vivent dans Teau la plus agitée. Certaines circonstances peuvent donner plus de résistance à ces roches ; telles seraient des cimentations de grain à grain, comme dans les grès, — ou des pressions considérables. On conçoit quelle énorme pression subissent les couches inférieures d'une montagne de coraux haute de 1,000 mètres.
L'île Elisabeth ou d'Henderson est une île d'origine corallienne, plate, émergée d'un peu plus de 20 mélre^, et dont les bords sont taillés à pic ou même surplombent. Sa roche, par sa dureté et sa cassure, rappelle les calcaires secondaires. Cet exemple n'est point le seul. Aussi, beaucoup de savants pensent que bon nombre de roches calcaires ont été formées par les polypiers.
La rapidité de la croissance des coraux doit varier d'après les espèces et suivant la situation occupée. Les mesures obtenues sont peu nombreuses et très-incertaines. Elles ont généralement été prises à l'aide de sondages; le niveau de la mer sert de repère ; supposant même que le niveau moyen • soit constant, le vent qui souffle ou ne souffle pas, les pressions barométriques, et d'autres circonstances encore, font varier la hauteur
marine dans des limites qui peuvent dépasser de beaucoup les grandeurs à évaluer. Presque jamais une basse mer ou une haute mer ne s'arrête au point indiqué par le calcul. Le procédé du Commodore Wilkes évite cette cause d'erreurs. Il consiste à comparer les niveaux successifs des coraux avec un repère placé à poste fixe sur le rivage. L'expérience fut faite à Taïti, sur le banc du Dauphin, dans des conditions, il est vrai, quelque peu défavorables. Le banc a semblé gagner 0°*555 en trente ans, soit 18 millimètres par année. MM. F. Le Clerc et Duhil de Bénazé (1), les opé rateurs, conviennent qu'il ne s'agit que d'une approximation et que le chiffre pourrait être trop fort. Les chiffres obtenus par M. Hunt à Key-West (pointe de la Floride), en mesurant simplement une méandrine et une oculine, sont presque égaux au chiffre de MM. Le Clerc et Duhil de Bénazé. A Taaopoto, île de la Polynésie, on a retiré d'une profondeur de 7 brasses une ancre perdue depuis environ cinquante ans, laquelle n'était recouverte que d'une couché de corail assez mince piour lui laisser entièrement sa forme. L'accroissement du banc de corail est moins rapide que l'accroissement des polypiers, car ceux-ci n'occupent pas* la totalité de la surface du banc, ils y
• (1) Recherche de la rapidité de croissance des bancs de coraux dans Vocéan PaciûquCf Paris, 1872.
LE§ Constructions DES Ôoraux. si
sont plus ou moins clair-semés. Le banc s'accroît de leurs débris et des débris de coquillages. M. Dana évalue à un tiers de centimètre par année la croissance des bancs de coraux. Cette estîliiation, vraie peut-être pour quelque points, ne peut pas être acceptée comme une règle générale.
Un exemple d'une croissance plus rapide est Tilot des Maldives , que le lieutenant Prentice trouva < entièrement revêtu de coraux et de ma- « drépores vivants, très-peu d'années » après qu'il avait été rasé par des courants de nouvelle direction. Les expériences du docteur AUan , faites sur la côte orientale de Madagascar, citées par M. Darwin et Lyell, montreraient qu'un polypier peut gagner 90 centimètres dans l'espace de six mois.
. Des récifs étudiés souvent et pendant longtemps ont semblé, quoique vivaces, demeurer à une profondeur constante. Il se peut, comme le dit Beechey, que les récifs en réalité s'accroissent, mais que la profondeur de la mer croisse dans la même mesure. Il se peut aussi que, la profondeur de la mer ne variant pas, les polypiers constructeurs soient d'espèces qui craignent une plus grande proximité de l'air et de la lumière. Le fait suivant, donné par M. Gaspari parmi les preuves d'une îfnmersion du littoral de la Guadeloupe,
vient à l'appui de cette seconde inlerprélalion. Un îlot nommé Tilot des Caraïbes existait à Tentrée du port de la Pointe-à-Pitre ; on le voit figuré sur une carte dressée en 1760. L'ilot des Caraïbes est actuellement un banc de coraux couvert d'ua mètre d'eau à marée basse. Tout porte à croire que renfoncement a été graduel. Un îlot voisin,:
Tile à Chasse, qui n'était jamais inondé il y a trente ans, s'est immergé graduellement. Même immersion lente et continue pour l'ilot à Fajou, autre île voisine. Les récifs environnants ont dû fournir des colonies de polypiers dès que la surface immergée leur était propice. Si leurs constructions ne s'élèvent qu'à un mètre de la marée basse, il faut bien conclure qu'ils redoutent une élévation plus grande.
Le grand banc de Ghagos (mer des Indes, au sud des Maldives), paraît avoir conservé, depuis qu'on le connaît, une même profondeur uniforme de 6 à 8 brasses. Ses coraux, dit M. Darwin (1), sont presque tous des coraux morts.
On divise communément les récifs de coraux en trois classes : récifs côliers, récifs-barrières et alloUs. Cette division est basée, non sur la nature de la roche, mais sur sa forme extérieure et sur
(1) Voyage ctun naturaliste, Paris, 1875, page 510.
mi^m
la place occupée relativement aux autres terres. On donne le nom de récifs côliers à des récifs de coraux situés près de la côte, à laquelle ils forment une ceinture de largeur variable ; parfois ils sont plaqués contre les roches du rivage.
. On donne le nom de récifs-barrières à des lignes coralliennes situées à plus grande distance dès bords. Ils laissent entre eux et la terre un chenal souvent navigable, plus ou moins gêné par d'autres constructions des polypiers.
. Les attolls sont des récifs de coraux situés loin
des terres, lesquels offrent généralement la figure d'une circonférence, peu saillante au-dessus de l'océan, ayant à son intérieur une lagune marine.
Je m'occuperai en premier lieu des attolls, parce que ce sont les productions coralliennes les plus significatives.
Les pentes extérieures de ces îles circulaires sont rapides, et plongent jusqu'à des profondeurs souvent considérables, telles qu'on n'a pas trouvé le fond avec des lignes de 800 mètres. Du côté du centre, les pentes sont douces, et la lagune n'est jamais très-profonde.
La lagune communique avec la mer par une ou plusieurs coupures de la cirqonférence. Ces coupures sont presque toujours sous lèvent ; c'est-
à-dire que, si le vent souffle habituellement de Test, les passages sont ouverts à la partie ouest dé la circonférence. Jamais, parmi les milliers d'attoUs qui existent , on n'a vu les passages être ouverts exactement au vent .
Les attoUs sont ordinairement plus émergés au vent que sous le vent ; le bord du vent est aussi plus large.
Les polypiers qui vivent dans les lagunes sont d'espèces différentes de ceux qui vivent à l'extérieur des attoUs. Il est bien entendu que toute la partie émergée des attoUs, ainsi que des autres classes de récifs, se compose de coraux morts.
Certains attoUs, généralement plus émergés que les autres, n'ont plus de lagune. C'est le cas de l'île Elisabeth. Souvent alors , File porte un bourrelet circulaire extérieur, plus élevé que la plaine. centrale. L'île française de Lifou, voisine de la Nouvelle-Calédonie, a un bourrelet extérieur haut de 70 mètres, et une plaine intérieure haute de 40 mètres. Le bourrelet circulaire de Mare serait, d'après M. Balansa, plus marqué encore que celui de Lifou. La saillie extérieure d'Ouvéa serait moins marquée.
Il est impossible d'expliquer la formation des attolh sans l'inWvention des mouvements séculaires. Considérons en effet un aÙoU dont la base
est à 500 mètres au-dessous du niveau marin.
Si la mer avait toujours eu cette profondeur, les polypiers n'eussent jamais pu commencer la construction, car ils ne construisent pas plus bas que 40 mètres ; — les coraux ramenés par la sonde d'une profondeur de plus de 40 mètres sont tous des coraux morts, ou n'appartiennent pas aux espèces qui bâtissent. Les polypiers ont donc commencé leur travail à un moment où la mer était peu profonde.
L'édifice n'a pu s'élever que parce que le niveau de la mer s'élevait; il a grandi, se mainte^ nant à petite distance de la surface marine, — lentement et régulièrement, parce que la profondeur s'accroissait lente et régulière.
Ainsi, la hauteur des constructions coralliennes marque l'amplitude d'un mouvement séculaire agissant dans le sens de l'immersion. Ceci a été établi par M. Darwin, et c'est l'une de ses gloires.
Mais les polypiers ne bâtissent pas hors de Teau. Comment se fait-il que la presque totalité des attoUs connus aient dépassé le niveau de la mer, au point qu'ils se sont couronnés de végétation et sont devenus habitables?
Je réponds qu'un mouvement séculaire de sens inverse a commencé, que le niveau de la mer baisse ; je disque l'émçrgeuce générale des attolls
est inexplicable si l'on veut que la profondeur des mers continue à s'accroître.
En ceci, j'ai le malheur d'avoir une opinion exactement contraire à la croyance générale. Il suffit qu'une région présente des attolls émergés pour qu'immédiatement, et sans autres preuves, les auteurs affirment* l'immersion continue de la région.
Examinons. Prenons les données les plus simples, et, je crois, les moins défavorables.. Supposons une mer sans marées, et dont la profondeur demeure constante. Nous apporterons les complications tout à l'heure. Imaginons un attoU parvenu au nivôau de cette mer. Gomment arriverait-il à émerger?
. La mer ne pourra pas porter ses sables ni ses galets sur l'attoll ; les galets ni les sables ne remonteraient la roide pente extérieure de l'édifice de corail, et le fond de l'océan n'est pas agité comme la surface. Si les masses coralliennes pouvaient être exhaussées par des matériaux pierreux étrangers, on retrouverait ces matériaux dans la roche du corail. Le sol émergé des Maldives , attentivement étudié, — à part des morceaux de bois et des coques de noix de coco, — n'offre que des coraux et des coquillages diversement pulvérisés et mêlés. C'est la substance même, de l'édifice.
Les polypiers ne pousseront pas leurs constructions plus haut que le niveau marin ; ils ne construisent pas là où ils ne peuvent pas vivre.
A la vérité, d'autres organismes, certains coquillages pourront vivre sur la crête ; et, y mourant, pourront y laisser leurs débris ; — • des parties de coraux morts seront détachées par les vagues, et, mêlées aux fragments de coquilles et aux bois flottés, formeront de petites accumulations, peu stables, car les vagues balayeront constamment la crête de FattoU. Mais quand même on entasserait artificiellement des matériaux à la surface du corail , ces matériaux n'y demeureraient pas indéfiniment; les flots arriveraient toujours à faire table rase.
Supposons qu'aucun des débris roulés par les vagues à la surface de la crête, n'en tombe jamais, que tout y reste. Admettons encore que les polypiers continuent à vivre, malgré la masse superposée, à vivre et à mourir pour fournir toujours de nouveaux matériaux à. l'accumulation. Alors la crête de l'attoU dépassera le niveau de la mer, mais ne dépassera par le sommet des vagues. Aucune vague né peut porter aucun débris à un point plus élevé que celui auquel elle-même arrive. L'attoU baigné par les vagues ne pourra pas se revêtir d'une végétation terrestre. Il ne sera pas habitable à l'homme.
Dans l'hypothèse d'un océan sans marées et de profondeur invariable, l'émergence des attolls est donc inadmisible.
Maintenant, faisons intervenir les marées.
Elles agissent comme des vagues plus rares et plus hautes. D'après M. Dana, des polypiers, d'espèces probablement spéciales aux lieux où les
flots déferlent, élèvent leurs constructions au-dessus de là basse mer, jusqu'à une hauteur égale au tiers de la marée. Ils n'atteignent même pas la mer moyenne. D'après Chamisso, aucun polypier des espèces propres à Tintérieur des lagunes n'atteint le niveau des basses mers. Les marées n'apportent aucune condition favorable à l'émergence.
Nous avons supposé la profondeur de l'océan invariable ; — admettons que la profondeur s'accroisse, soit, comme le veulent les auteurs, par l'affaissement du fond de la mer, — soit par Télévation du niveau marin. L'accroissement de la profondeur est évidemment défavorable à l'émergence des attolls.
Notons bien qu'il ne s'agit pas de considérer comment, par des circonstances exceptionnelles, actions volcaniques ou autres, quelques rares îlots coralliens pourraient être temporairement habitables — parmi des milliers d'a^ttoUs submergés. L'émergence des attolls est le fait général, incon-
testé, vrai pour de vastes régions du globe. Ce fait reste inexpliqué dans la théorie de Taccroissement actuel de la profondeur marine — aux régions où abondent les attolls habitables.
Au contraire, admettons que la profondeur soit en voie de décroître, — nous concevrons facilement l'émergence des attolls et diverses autres particularités.
La profondeur devenant moindre, Tattoll tend évidemment à émerger. Il faut examiner si sa portion émergée pourra résister à l'action dénudante des vagues et des agents atmosphériques,, si elle peut saillir jusqu'à des hauteurs quelconques au-dessus du niveau de la mer, enfin si }a, forme du sommet de l'édifice de corail ne signale pas tout ensemble l'importance des érosions et l'importance du mouvement d'émersion.
Retenons que les coraux vivants résistent trèsbien aux secousses des vagues, que certaines espèces, les porites, par exemple, prospèrent, dans ^ les eaux agitées, — et que les coraux morts, surtout ceux du haut de l'attoU, ceux qui n'ont pas subi une pression consolidante, forment une roche assez facile à désagréger. Retenons encore que l'attoU a la forme d'un cône tronqué, dont la base large repose sur le fond de la mer; — que, pendant tout le temps que le niveau marin descendra les
côtés du Cône, une zone protectrice de coraux vivants entourera la portion supérieure du tronc de cône, depuis environ la limite de la basse mer, jusqu'à une profondeur qui dépasse la couche des eaux les plus agitées.
Que se passera-t-il durant l'émersion?
Les premiers coraux morts apparus à la surface seront rasés par les vagues; les débris en seront précipités partie dans la lagune, partie à l'extérieur. Successivement, la crête morte deviendra plus épaisse, plus résistante; elle aura gagné de l'épaisseur en dehors et en dedans : parce que l'édiflce a la forme d'un tronc de cône, et parce que la lagune tend à se remplir de débris roulés. La marge extérieure de la crête supporte le plus grand effort des vagues, elle s'émiette plus que la marge intérieure; la crête se dessine en talus, talus dont la pente plonge vers l'extérieur de l'altoll. Sur le talus, les portions anciennes et mal liées de l'édifice corallien sont emportées et laissent des creux où viennent habiter certaines espèces de polypiers. Ceux-ci meurent à leur tour quand le niveau de la mer a suffisamment baissé, mais leurs débris font la surface du talus plus solide. Plus tard, la pente du talus sera assez longue pour que les vagues aient épuisé leur force avant de l'avoir toute remontée. Alors la marge intérieure de la crête émergera; elle
sera plusieurs fois enlevée, tolalement du en pai>tie, dans les grandes marées ou les tempêtes. Mais le laïus protecteur grandissant toujours, il arrivera que les flots ne jetteront pas même leurs écumes sur le bord émergé. Ce bord pourra se couvrir de végétation, et n'aura plus A subir que les érosions des vents et de la pluie, actions qui seront facilement dépassées par la rapidité de Témergence.
Lorsque TattoU est immergé, et que sa portion supérieure est recouverte de polypiers vivants, les polypiers dont la croissance est la plus active se trouvent sur les bords. La circonférence s'accroît plus vite que le centré. On admet que telle est Torigine de la lagune.
Le fond de la lagune est un terrain peu consistant, beaucoup moins que les bords de Tattoll ; il est produit par des polypiers d'espèces spéciales et résulte aussi de Taccumulation des menus débris provenus de la circonférence. A mesure que la circonférence émerge, la lagune reçoit une part des matières arrachées aux talus et tend à se combler; elle se comble peut-être quelquefois. Mais elle tend de nouveau à se creuser dès que Témergence de ses bords la protège assez contre les apports des matériaux extérieurs. Ace moment, elle communique avec la mer par les points où la ôirconférence n'est pas encore ômer-
géé; — et ces points, on. le conçoit, se trouvent de préférence sous le vent parce que la végétation des polypiers a été plus active et a donné des produits plus résistants du côté de TattoU où arrivent le vent et les vagues. A chaque marée, le niveau s'élève et s'abaisse dans la lagune. Il s'y établit des courants et la vase entre en suspension. Le flux n'apporte rien ou presque rien; le reflux entraîne de la vase. La circonférence devenant plus haute, les passages se limitent mieux, quelques-uns se ferment ; souvent il ne reste plus à la mer qu'Un seul passage, entretenu par la violence du courant à l'entrée et à la sortie, entretenu surtout par la présence de vases, lesquelles nuisent aux polypiers.
La profondeur dans les lagunes ne peut pas s'accroître indéfiniment parce que les courants des marées n'y remuent plus un fond trop bas. Le fond lui-même offre bientôt une plus grande résistance, soit parce qu'il a moins de boues, soit parce que les couches profondes de l'attoll sont plus serrées que les supérieures. Il arrive, après un certain temps,*que les matières emportées sont compensées parce que les pluies et les vents amènent de la portion émergée de l'attoll. Des coraux croissent dans la lagune, gênent les courants et consolident le fond. A mesure que diminuent les boues, les polypiers s'implantent à l'entrée de la^
lagiine; le passage de la mer une fois fermé, la lagune s'assèche si Témergence de Tattoll continue.
De même que les'lagunes ne peuvent pas être creusées jusqu'à des profondeurs considérables, ^— de même aussi les parties émergées des attoUs n'arrivent pas à s'élever jusqu'à des hauteurs bien grandes au-dessus du niveau de la mer. Les parties émergées présentent généralement deux pentes : l'une qui descend vers la lagune, l'autre qui descend vers la mer. L'eau des pluies, parmi lesquelles il faut principalement considérer les pluies d'orages, se réunissant en ruisseaux, érode davantage le bas des pentes que le sommet com-^ mun; Les pentes Reviennent ainsi plus rapides dans les lits des ruisseaux. Or, les érosions sont d'autant plus importantes que les pentes sont plus rapides et plus longues. Mais les pluies agissent, d'une manière indirecte, plus activement encore : — - les boues qu'elles entraînent font périr les polypiers du talus extérieur et ceux de la lagune. Alors le talus protecteur est érodé^ les vagues atteignent la portion de l'attoll qui dépasse la mer et la réduisent; — alors le flux et le reflux continuent à creuser la lagune. Il doit rapidement arriver que les valeurs croissantes de ces actions combinées compensent la valeur de l'émergence fournie par les mouvements séculai-
res. Aussi, les seuls attolls notablement élevés au-dessus de la mer ont leurs lagunes comblées, sont taillés à pic à Textérieur et offrent au choc des vagues un vaste talus ou elles s'amortissent. Ils ont subi des érosions énormes avant d'atteiadreà celte forme relativement stable. L'ile Elisabeth a une surface plate, au contraire de Lîfoù et des autres Loyalty qui portent un bourrelet à leur circonférence. Elle est enceinte d*un talus protecteur large d'environ 200 mètres, talus en dehors duquel la mer devient subitement trèsprofonde; et, malgré cet obstacle aux vagues, ses falaises imaées par places s'éboulent, et la surface du plateau diminue. Un talus beaucoup plus vaste serait celui de File Palmira,^ du groupe de Washington, lequel, d'après Rienzi (1), s'étendrait jusqu'à 3 lieues au large.
Ces raisons expliquent comment le plus grand nombre des attolls ne s'élèvent que d'une petite hauteur au-dessus du niveau de la mer. Elles pourraient faire comprendre comment, les attolls à vastes circonférences se subdivisent en une série d' attolls plus petits, disposés en cercles et portés sur un plateau commun. Je n'étends pas davantage l'étude de cette espèce de constructions coralliennes. Ce que j'ai dit suffira pour faire admettre
(1) Océanie, 1833, tome II, pags 80.
que les régions où abondent les attoUs habitables sont en voie d'émergence. Il me reste à dire quelques mots des récifs-barrières et des récifs côtiers.
Les polypiers s'établissent sur les rivages des lies et des continents à la distance qui leur donne la profondeur convenable : loin des fcords si la terre est plate et le rivage peu incliné ; assez près, si les pentes plongent rapidement. Ils ne bâtissent pas aux embouchures des rivières ; il leur faut une eau pure et un terrain solide. La ceinture de coraux d'une île importante est généralement interrompue à plusieurs endroits ; une lie petite et sans cours d'eau pourra être entourée d'un cercle complet.
Si l'Ile est en voie d'immersion, les bancs de coraux s'élèvent, se rapprochent de terre, se joignent enlre eux ; et quand le sommet de l'ile est descendu sous les flols, la ceinture de corail ne forme plus qu'un récif unique, en forme de trorio de cône, dont la partie supérieure continue à grandir et se maintient à petite distance de la surface de la mer. Le sommet du récif est large si Tileélait vaste et si l'amplitude de l'immersion n'est pas très-grande ; — étroite dans les cas contraires. Il se peut même que le cône finisse en pointe et s'arrête si l'immersion continue.
d6 LES MOUVEMENTS SÉCULAIRES.
Au retour du mouvement d'émergence, le récif devient un attoU ou un groupe d'attoUs. La plus haute sommité de Tîle apparaît de nouveau, puis d'autres sommités ; la dénudation du récif devient plus rapide, les limons entraînés sur les talus de nie font périr les polypiers, les vagues s'ouvrent des passages. L'attoU est redevenu ceinture de corail. s
Pendant que dure le mouvement d'émergence, des portions au moins de la ceinture font saillie au-dessus du niveau marin, et quelques-unes sont revêtues de végétation. Les îles arrivées à ce point sont nombreuses dans la Polynésie ; elles sont en majorité dans l'archipel de Viti et dans celui de Gook, et sont communes dans la plupart des autres archipels.
Dans ces îles on retrouve à diverses hauteurs des lambeaux de corail, souvent couverts d'une couche de terre végétale. On conçoit que les anfractuosités du roc doivent retenir des parts du revêtement corallien* Parfois le corail échappé â la dénudation forme le long des pentes comme de gigantesques marches d'escalier. Les sédi^ ments des ruisseaux s'accumulent entre l'île et sgi ceinture, et protègent la surface des coraux morts ; les vagues ne rongent plus que la face extérieure de la masse ainsi couverte, et la laissent verticale. Quand une marche est émergée^
les sédiments peuvent revenir s'accumuler au môme lieu de l'île, entre la terre et la nouvelle ceinture. Ainsi prennent naissance ces degrés remarquables que Ton confond généralement avec les récifs côtiers ; on les appelle récifs côtiers soulevés. Ce ne sont pas précisément les restes de ceintures successives, comme on est tenté de le croire, mais les restes des masses coralliennes comprises entre le rivage et les ceintures successives. Pour cette raison, les gradins et les autres lambeaux ne se voient que sur des terres qui, dans une immersion préalable, ont été revêtues d'une roche de coraux.
Si l'amplitude du mouvement d'émergence mettait à sec le fond de l'océan, il ne resterait que bien peu de traces des édifices de corail : sur les pentes, les lambeaux et les gradins dont je viens de parler, — et, dans les dépressions, des bancs de craie déposée. Encore la dénudation continuerat-elle par le fait des agents atmosphériques.
Si le mouvement d'immersion recommence avant que le fond de l'océan soit à sec, les polypiers bâtiront non-seulement sur les pentes de l'île, mais encore sur les débris écroulés des constructions antérieures. Le récif s'élèvera plus large et plus complexe qu'à la première fois. Ce cas ne semble point rare.
Durant ce mouvement d'immersion, les prélen-
il8. LES MOUVEMENTS dECULAI^ES.
dus récifs, côtiers soulevés continuent â se montrer étages sur les pentes de Tile- Et Ton en tire argument pour dire que File est en voie d'émergence.
Il conviendratt de réserver le nom de récifs côtiers aux ceintures de coraux vivants situées proche .des terres. Alors on verrait qu'enlre les vrais récifs côtiers et les récifs-barrièrep la différence est petite ; elle consiste entièrement dans la distance qui sépare le rivage de sa ceinture. Les récifs côtiers s'établissent sur des pentes plus rapides, les récifs-barrières sur des pentes moins rapides. Les premiers sont propre* aux terrains montagneux, les seconds aux terrains de plaines. Il est difficile de poser une limite .précise entre ces deux espèces.
M. Darwin, et après lui Lyell, ont fait une distinction capitale entre les récifs côtiers et les récifs-barrières. Pour eux, les récifs côtiers signifient émergence, les récifs-barriôrQi ^t les attolls signifient immersion. Ce n'est pas tout, M. Darwin ayant dressé la carte des lieux pu sont les différentes espèces de coraux, s'aperçut que les régions à attolls et à récifs-barrières n'ont pas de volcans ; que les volcans au contraire ne sont pas rares dans les régions à récifs côtiers. D'où cette conclusions les volcans sont un signo d*0tn^rgence*
Qu'il n'y ait pas de volcans dans les régions aitoUs et à récifs-barrières^ cela est assez vrai. Si Ton compare la carte des coraux de M, Darwin avec la carte des volcans de M. Fuchs (1), on trouvera quelques exceptions à la règle de M. Darwin, notamment en ce qui concerne la portion orientale de la Nouvelle-Guinée, l'île Santa-Gruz, les îles de la Société, les Touamotou. On peut dire encore que dans les régions à attoUs il peut exister des volcans sôus-marins, volcans difficiles à connaître, puisqu'on no soupçonnait pas l'exis* tence de <^eux de la Méditerranée et de TÂtlantique avant qu'on eût assisté à leurs éruptions. Malgré ces exceptions, la règle est vraie dans l'ensemble.
Mais voici pourquoi elle est vraie : les pays à volcans sont des pays de montagnes. Or, les récifs-barrières appartiennent aux pays plats, et les attolls sont isolés dans Focéan. Il n'y a pas à s'étonner que les volcans abondent dans les régions à récifs côtiers ; ce sont des régions montagneuses, et les volcans actifs se rangent, à peu près tous, proche des bords de la mer.
La règle relative aux volcans semblait donner une grande force aux distinctions établies entre
(1) Fuchs (K.), Les Volcans at les Tremblements de terre, Paris, 1876.
iOe * LES MOUVEMENTS SÉCULAIRES.
les récifs côtiers et les récifs-barrières. Elle doit être abandonnée.
En somme il faut admettre :
Que les régions où abondent les attolls habitables sont en voie d'émergence ;
Que les régioi^s à récifs-barrières émergés émergent également ;
Que les « récifs côtiers soulevés », c'est-à-dire les lambeaux de roches coratliennes épargnés par la dénudation et situés sur des roches de nature différente à diverses hauteurs au-dessus de la mer, — n'ont aucune signification au point de vue du sens actuel des mouvements séculaires;
Qu'enfin, les régions où sont de vastes bancs de coraux immergés à une petite profondeur et vivants, sont très-probablement en voie d'immersion.
Ces règles vont nous servir à déterminer encore le sens des dénivellations agissantes pour un certain nombre de lieux du globe.
Signes fournis par les coraux. — Nous allons examiner successivement les zones du nord et du sud de l'équateur, et nous commençons par l'Atlantique.
Dans le golfe du Mexique, la mer des Antilles, et principalement au nord de Cuba, de Saint-Do-
mingue, autour des îles de Bahama, sont de trèsgrands bancs de coraux sous-marins en voie de croissance. Si le niveau de la mer baissait d'un petit nombre de mètres, de vastes surfaces apparaîtraient à sec. Il suffit, pour s'en convaincre, d'étudier un instant Tune des belles cartes de Tatlas de M. Delesse (1). Ces régions sont en voie d'immçrsion.
Peut-être faut-il en excepter la pointe de la Floride, dans le voisinage de laquelle de petits îlots, les Keys, seraient des roches coralliennes émergées.
Les Bermudes sont également entourées de bancs de coraux submergés et vivants. Elles sont en voie d'immersion.
Au milieu des flots de la mer Rouge on voit un grand nombre de bancs de coraux émergés. La région est en voie d'émergence.
Les archipels des Laquedives et des Maldives se composent d'un grand nombre d'attoUs habités. Es sont en voie d'émergence.
On voit près des côtes de Ceylan quelques récifs-barrières émergés. L'tle émerge actuellement.
Sur les pentes des îles Nicobar, de Sumatra et des îlots qui Tentourent, sont, à diverses hauteurs, des « récifs côliers soulevés ». De ceux-ci
(1) Delesse , Lithoiogie du fond des mers y 4872. L'atlas accompagne l'ouvrage.
102 LES MOUVEMENTS SÉGULAmES.
nous n'avons pas* à nous occuper, puisqu'ils ne comportent aucune indication du mouvement actuel.
Même remarque pour Bornéo, Gilolo, les Philippines, les îles Bachie, Farchipel Liou-Kiëou, le groupe de Bonin-Sima, les* Mariannes et l'archîpel d'Hawaii.
Un certain nombre d'attoUs émergés, comme les Paracels, se montrent dans la mer delà Chine- Il y a émergence.
Les îles Péliou (ou Palao?) présentent des récifs-barrières dépassant en certains points le niveau marin. Elles émergent.
Enfin, dans les Çarolines, les îles Marshall, les îles Gilbert, sont en grand nombre des attoUs habités. Il y a donc actuellement émergence.
L'océan Atlantique, au sud de l'équateur, n'offre pas de constructions coralliennes. Le célèbre récif de Pernanbouc n'est pas une roche de corail ; la direction absolument rectiligne de ses longueurs successives aurait dû de prime abord le faire distinguer des vrais récifs-barrières. Ce n'est pas non plus une moraine frontale de glacier, comme le voulait Agassiz. D'après l'examen de M. Liais (1), le récif est une roche de grès à
(1) LîAis (Emm.), L'Espace cnleUe, page 557 et suiv.
structure feuilletée. Il sert de base à des polypiers, mais ce ne sont pas des polypiers constructeurs. Il dépasse le niveau des basses mers. On a lieu de croire qu'il lutte contre l'érosion par une émergence continue.
Dans le sud de la mer des Indes sont de grands bancs de coraux submergés, comparables à ceux des Antilles. On les voit proche des côtes de Madagascar et autour dés îles voisines : les Glorieuses, Gosmoledo, Providence, Jean de Nova, autour de rUe Maurice et de File Rodrigue. Les bancs de Cargado Carayos et de Baya de Malha ont chacun une surface plus grande que la Sicile. Le banc des Seychelles est plus vaste encore. Le grand banc de Chagos a, d'après M. Darwin (1), la forme d'un immense attoll complétemeaf submergé. Des bancs plus petits et de même espèce abondent dans les Amirautés et au sud des Seychelles. Toute cette région est évidemment en voie d'immersion.
Avant d'arriver à l'Australie, on rencontre, au sud de Sumatra, le petii attoll de Keeling, étudié par M. Darwin, attoll habité et qui montre une émergence isolée.
Dans la mer de Java, la mer de Banda, autour des Moluques, entre Timor et l'Australie, on voit
(1) Structure of Coraî Rtets^ 1842.
un certain nombre de récifs de coraux émergés ; un plus grand nombre se tiennent à une petite profondeur. Y a-t-il immersion après émergence, ou émergence après immersion ? Il est difficile de décider par la simple considération des récifs de chaque espèce. Assurément il y a état intermédiaire, passage du mouvement d'un certain sens au mouvement de sens contraire.
Le long de la côte orientale d'Australie, depuis le cap Sandy jusqu'au milieu du détroit de Terres, s'étend le plus grand récif-barrière du globe- Il émerge par places ; et, dans l'espace compris entre la barrière et la terre, sont d'autres coraux émergés. Cet espace est large.; il prouve un mouvement d'immersion de grande amplitude antérieur à l'émergence actuelle.
Un récif-barrière presque aussi important borde les côtes de la Nouvelle-Calédonie et se prolonge dans, la direction du nord-ouest. Il fait également saillie au-dessus du niveau de la mer. Nous trouvons une confirmation des signes d'émergence observés par M. Balansa. Si, suivant la doctrine acceptée jusqu'ici, nous convenions que l'existence d'un récif-barrière implique un mouvement d'immersion, nous serions amenés à cette conclusion étrange : que la Nouvelle-Calédonie émerge, mais que sa ceinture de corail s'immerge.
Des récifs-barrières dépassant la mer s'obser-
vent encore dans Tarchipel de la Louîsîade, aux îles Viti, Tonga, de Gook, Taïti, de Gambier. Dans ces trois derniers archipels et dans les Touamotou, dans l'archipel de Krusenstern, dans la portion de l'archipel Gilbert située au sud de l'équateur, on trouve des attolls émergés et habités. D'autres attolls, en grand nombre, sont épars dans toute la portion de la Polynésie qui s'étend, au sud de l'équateur, depuis la Nouvelle-Calédonie jusqu'à l'île Ducie, la dernière de l'archipel Dangereux. Toute cette zone est en voie d'émergence.
Tels sont les signes fournis par les coraux.