FAVEL, ERNEST
KRNBST.
Monsieur Bonoeil ?
FAVEL
3ton jeune ami 7
KRX8ST.
Je vois que la partie ue serait pas égale au pis* tolet; mais il y a des épées... vous me comprenez...
FAVEL, regardant autour de lui.
Est-ce qu’il n'y a pas par là deux badines, deux bâtons, deux échalas, pour vous monUrer coinment ça se pratique?
Monsieur, je n’ai pas besoin...
FATBU
Qu’on vous donne des leçons de courage, je n’en doute pas. (d moitié moqueur.) Vous êtes Frran* çais! Alais je serais fâché de vous tuer.
ERNEST
• Nous verrons.
FAVEL
O mon Dieu 1 dans quelques secondes. •• une, deux, plus personne !
ERNEST
Ah ça, vous êtes donc un diable l
FAVEL
Oui, mais un bon diable, puisque je ne tiens pas à vous envoyer dans l'autre monde. Et ce que je vous dis là... ce n’est pas pour vous humilier.
ERNEST
Vous ne faites que cela depuis que vous êtes ici. Vous coupez des balles sur la lame d'un couteau, et vous me gagnez au billard.
FAVEL
Écoutez donc, mon cher, je ne puis pas, pour vous être agréable, faire fausse queue.
ERNEST
Et maintenant voua venez me dire que si je tire l’épée avec vous, je suis un homme mort.
Enterré.
ERNEST
Et vous trouvez que toutcela n’est pas humiliant pour moi...
FAVXL.
Au contraire.
MAGAiïIN THEATRAL.
EltVBST.
Comment au contraire?
FAVBL.
Assurément. Pour bien jouer au billard» bien tirer le pistolet et manier l'épée comme Sainb- Gcorges. il faut n'étre bon qu'à ça. .. il faut être un mauvais sujet comme moi...
EEKEST, souriant.
Tenex» monsieur Bonœil...
rAVBL.
Belœil...
EHNEST.
Beloeil... Vous êtes» au fond» un bon garçon, je le vois... consentez donc à ne pas briller à mes dépens. J'ai des raisons pour vous demander ça.
FAVEL
Et si j'en ai pour ne pas vous l'accorder?
EHNEST.
Vous n’aimez pas, vous, monsieur Belœil?
FAVEL
Bonœil, monsieur...
SENBST.
Pardon... moosieui Bonœil, vous o'aimez pas?
FAVEL
Vous faites tort à ma sensibilité... je suis trèssensible... les habitués de la Chaumière vous en diraient des nouvelles.
ERNEST
Eh bien, brillez à la Chaumière; mais ici...
entre jeunes gens... car vous êtes encore jeune...
FAVEL
Je m’en flatte, et le beau sexe aussi.
ERNEST
Eh bien, entre jeunes gens, on petit se faire des confidences... je suis amoureux...
FAVEL
11 n’y a pas de mal.
De madame Truchon.
FAVEL
Voilà où U y en a.
ERNEST
N’cst-ellc pas faite pour plaire? Jeune, fraîche, vive, pétulante!
FAVEL
Tout ce que vous voudrez , mais elle est mariée!
ERNEST
Mais elle n’aime pas son mari... il n’est ni beau ni spirituel.
FAVEL
Vn mari ii'cst forcé d'étro ni l’un ni Vautre; autrement le mariage serait bientôt aboli, et le mariage, jeune homme, c'est comme une monarchie... et je m'étonne que le neveu d'un préfet ne 1c respecte pas. Qui, monsieur, ça cherchant à
plaire à une femme mariée, vous faites un acte révolutionnaire; vous voulez renverser la monarchie Truchun. C’est mal, c'est très-mal. Deinauduz o monsieur votre oncle le préfet.
ER.NEST
Allons, vous plaisantez. .f* Voyons , monsieur Bonœil...
FA^ EL
Belœil...
ERNEST
Belœil... si une femme vous avait inspiré une passion, seriez-vous capable d'en triompher?
FAVEL
Oui, monsieur, je ne fais même que ça : je triomphe d'une passion par une autre... L’hiver dernier, j'ai triomphé de trois passions de l’hiver précédent par trois passions nouvelles, et cet hiver, je me propose de triompher de la même façon... Et c'est à moi que vous venez parler de triomphes... Allons donc! on m’a surnommé le grand triomphateur.
Je vois ce que c’est, monsieur; vous n'avez pas connu le véritable amour.
FAVEL
Moi! je les ai connus tous.
ERNEST
Non.
FAVEL
Si. {A part.) Je te vois venir, toi...
ERNEST
Le véritable amour est invincible.
FAVEL
C'est vrai.
ERNEST
Vous en convenez?
Oui.
ERNEST
Eh bien, c’est de cet amourdà que j’aime madame Truchon.
FAVEL
Moi aussi.
ERNEST
Vous aimez madame Truchon?
FAVEL
Je l’adore.
ERNEST
C’est impo.<isibtc.
FAVEL
Tiens! vous l'adorez bien, vous!
ERNEST
Alors monsieur, c'est un malheur pour vous» et je dois tout vous dire...
Fi VIL, li pan.
Diable! est-ce que déjà... pauvre oncle Trucbon!
IKXEST.
Sachez donc, monsieur, que je suis aimé.
FiVBL.
Moi aussi.
Vous?
EHNBST.
FiVXl.
Moi.
tnumsT.
C'est une calomnie.
FiVIL.
Et si je vous en donne la preuve...
EIUIEST.
La preuve? madame Truchon vous voit pour la première fois.
FiVEL.
C’est glorieux, n'est-ce pas, de faire tant d'effet à la première vue.
Enfin, la preuve!
FiVIL, à part.
Puisque j'ai unt fait que de commencer à mentir, continuons pour gagner mon argent. (Haut.) La preuve , c'est que dans un tète-à-tète, je lui ai fait ma déclaration... qu'elle a rougi, pâli, qu'elle a failli tomber à la renverse... que je l’ai recneilUe dans mes bras, que je lui ai dérobé un baiser... je veux bien dire dérobé!
ERNEST
Si elle s'est évanouie, c'est que votre témérité l'a indignée.
FiVEL.
Monsieur, je me connais en évanouissements... c'est moi qui viens de faire paraître la Physiologie de la femme qui se trouve mal... levons en donnerai un exemplaire.
ERNEST
Allons, allons, vous me faites des contes. Moi, monsieur, je n'invente pas, je n'imagine pu, et puisque vous me forces à ne vous rien cacher, je vous dirai que j'ai un rendez-vous.
FiVEL.
Moi aussi.
ERNEST
Vous?
Moi.
Où?
FiVEL.
ERNEST
FiVEL, Alignant II fond.
Quand?
ERNEST
FiVEL, tirant la montre.
Dans quelques instants, lorsque trois heures sonneront.
ERNEST
Vous l’avez rêvé.
FiVEL.
J'étais bien éveillé.
ERNEST
Ce serait atroce!
FiVEL , moqueur.
Vous êtes jeune...
ERNEST
Me trahir ainsi I
FiVEL.
C'est bien nouveau, n'est ce pas?
ERNEST
Mais non, c'est impossible.
Trois heures sonnent.
FiVEL.
Voici l'henre du berger... Voyez si je vous trompe...
ENSEMBLE
Air : du Chevalier du guet.
ERNEST
Oui, la voilà,
C'est bien cela.
Uélas ! pour loi Je suis trahi.
FiVEL.
Oui, la voilà.
C'est bien cela.
Mon bon ami.
Je suis chéri.
Iléon.
' i ' nsv,\,v , ,