L.V CRÉATION D ERMENONVILLE
dispose pour Tagrément non seulement un arbre, mais un buisson, un lierre, je dirais presque, une touffe d'herbe. Ainsi furent créés ces bocages d'Ermenonville, plus tard célèbres dans toute l'Europe, où l'on trouvait plus de vraie beauté, et de grâce sentimentale que de fade prétention.
Le souvenir de Leasowes, des métairies idylliques du poète Shenstone inspira particulièrement Girardin. Aussi Shenstone eut-il un petit monument sur le bord d'un ruisseau, en compagnie de Virgile, deThéocrite, de Thomson, Pauteur des Saisons, et du grand Suisse Gessner. Tous les maîtres de la poésie bucolique étaient ainsi honorés. Girardin traduisit élégamment quelques vers de Shenstone pour les faire graver dans cette grotte enguirlandée de lierre, au fond de laquelle brillent encore aujourd'hui les gerbes blanches de la cascade :
Nous fées et gentilles riraïades, Établissons ici notre séjour.
Nous nous plaisons au bruit de ces cascades,
Et nul mortel ne nous vit en plein jour.
C'est seulement quand Diane amoureuse
Vint se mirer au cristal de ces eaux,
Qu'un poète a pensé, dans une verve heureuse,
Entrevoir nos attraits au milieu des roseaux.
0 vous qui visitez ces champêtres prairies,
Voulez-vous jouir du destin le plus doux :
N'ayez jamais que douces fantaisies,
Et que vos cœurs soient simples comme nous.
Lors, bienvenus dans nos riants bocages.
Puisse l'Amour vous combler de faveurs !
Mais maudits soient les insensibles cœurs
De ceux qui briseraient dans leurs humeurs sauvages,
Nos tendres arbrisseaux et nos gentilles fleurs ! '■
Pour le visiteur d'Ermenonville vers 1 776, quand tout était à peu près achevé, le domaine était bien différent de l'ancienne terre seigneuriale où René de Girardin était venu s'installer. Le château n'était plus qu'une maison de campagne entourée d'eaux vives, de fleurs et de verdure ; les fleurs et les arbres venaient jusque dans la cour. Des fenêtres de la façade du midi, en lieu et