‹ Le dernier ami de J.-J. RousseauChapitre 27 sur 91 · I. Ms. de l'abbé Brizard · texte numérisé non relu

I. Ms. de l'abbé Brizard

arbres antiques couverts de mousse et de lierre, et formant des guirlandes au-dessus du gazon, des fleurs et des eaux qui s'étendent sous ces ombrages rustiques : « Ah ! « quelle magie, dit-il, dans tous ces vieux (( troncs entr'ouverts et bizarres que l'on ne « manquerait pas d'abattre ailleurs ; et a cependant, comme cela parle au cœur, « sans qu'on sache pourquoi ! Ah ! je le vois, (c je le sens jusqu'au fond de mon àme, je « trouve ici les jardins de ma Julie! — Vous « n'y serez pas, lui répondis-je, avec elle ni (( avec Wolmar, mais pour en être plus « tranquille vous n'en serez pas moins heu- « reux. » Il me serra la main, tout fut dit, « tout fut entendu'. »

Il semble bien que Rousseau passa à Ermenonville un peu plus d'un mois dans un très grand calme. Il fut aussi heureux que son âme agitée et aigrie le lui permettait. Il semble avoir eu dans la famille de

I, Souvenirs de Stanislas de Girardin .

Girardin toute la confiance possible pour lui, et avoir réellement aimé la belle campagne d'Ermenonville, ses champs, ses prés, ses bois austères dont les solitudes plaisaient à son « romantisme ».

Installé dans le pavillon avec sa femme et une servante, il vivait simplement et rustiquement. Il se couchait avec le soleil et se levait avec l'aurore. Il allait contempler le lever du jour tous les matins au milieu delà campagne. Il rentrait ensuite vers huit heures, et déjeunait de café à la crème avec Thérèse et sa servante. Puis il repartait ensuite promener en quête de plantes nouvelles jusqu'à l'heure du dîner. On sait qu'il avait alors deux passions : la botanique et la copie de musique, et qu'en paroles du moins il maudissait sa renommée littéraire. Dès son arrivée à Ermenonville il se livra sans partage à la botanique ; le pays possédait une flore assez nouvelle pour lui, et c'était une distraction continuelle pour soutenir ses rêveries.

8o LE MARQUIS RENÉ DE GIRARDIN

Il préférait les endroits solitaires et évitait les visiteurs des jardins célèbres de son hôte. Pour cela il se lia d'affection avec le second des petits Girardin qui avait alors douze ans. Amable-Ours-Séraphin de Girardin, ou le « petit gouverneur » de Jean- Jacques, était un enfant mélancolique et sauvage. 11 était bien de cette génération en qui l'auteur des Confessions trouva ses vrais disciples et dont le plus brillant représentant fut le passionné « René », grandi dans la solitude de Combourg. C'est pourquoi Amable fut le dernier ami de .Jcctn- Jacques, et son continuel compagnon de promenades. Il lui ramassait ses plantes et le guidait dans les bois, pour lui faire découvrir les endroits les plus solitaires et les plus écartés ^

Ils rentraient vers midi ou une heure pour le dîner. Bien souvent le rôti de Thérèse était brûlé et la pauvre femme se plaignait

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