‹ Le dernier ami de J.-J. RousseauChapitre 41 sur 91 · Archives du marquis de Girardin · texte numérisé non relu

Archives du marquis de Girardin

Il4 LE MARQUIS RENÉ DE GIRARDIN

et la date de sa naissance et de sa mort » , A minuit on transporta le corps dans nie des Peupliers. Les paysans d'Ermenonville et des alentours, des torches à la main, garnissaient les berges de l'étang. Sous les mélancoliques rayons de la lune, une barque noire glissait lentement chargée de la dépouille mortelle de Jean-Jacques Rousseau. Ce devait être une nuit d'été splendide, toute tiède et parfumée, un silence religieux troublé seulement par le frisson de la brise dans les rameaux des arbres et les cris des onrillons dans l'herbe.

Il n'y avait dans la barque que trois fidèles : Girardin, Le Bègue de Presle et Gorancez. Le genevois Gorancez, d'après Girardin, « indiqua les coutumes funèbres du pays natal de Jean-Jacques ». On peut se demander ce que c'était.

Le marquis de Girardin resta jusqu'à trois heures du matin pour faire bâtir, à chaux et à sable, un très simple tombeau surmonté d'une urne, dont pas mal d'es-

LA. MORT DE ROUSSEAU Il5

tampes, notamment les belles planches de Moreau, nous ont conservé le souvenir. Par la suite, il mit à Fétude un monument plus digne du grand homme. Hubert Robert donna un dessin général. Le sculpteur Lesueur fit plusieurs projets ', et enfin exécuta les gracieuses sculptures du tombeau actuel.

Girardin avait fait aussi dans le premier mouvement une épitaphe :

« Ici sous ces ombres paisibles.

Pour les restes mortels de Jean-Jacques Rousseau,

L'amitié posa ce tombeau,

Mais c'est dans tous les cœurs sensibles,

Que cet homme divin, qui fut tout sentiment,

A laissé de son cœur l'éternel monument. »

Il abandonna cette épitaphe sur le conseil de Ducis, qui lui-même en proposa plusieurs. Enfin, on se décida pour cette simple phrase :

« Ici repose l'homme de la Nature et de la Vérité. » I . Mnqiietten dans la coUectinn du marquis de Girardin.

Page 1