I. Mémoires de Stanislas de Girardin
sages de l'Italie, modèles des Poussin et des Lorrain le séduisirent, mais l'Angleterre l'intéressa plus encore. C'était alors le pays des lumières, le pays d'un très grand et très nouveau développement agricole, surtout relativement aux misérables campagnes françaises de la même époque. C'était le pays des belles routes déjà en « macadam », des courses de chevaux et, découverte principale pour notre voyageur, des jardins anglais. René de Girardin, comme beaucoup de Français contemporains, donna dans « l'Anglomanie ». Il faisait toutefois quelques réserves à son admiration pour les Anglais. « Les courses de Newmarket, écrivit-il plus tard, seraient sans doute une extravagance, si elles ne contribuaient à soutenir l'éducation des races de chevaux. Peut-être aussi ont-elles conduit à trop négliger les races utiles pour les races inutiles. Quoi qu'il en soit, c'est une chose digne de la curiosité d'un étranger et un objet de fortune nationale. » Il a laissé des
lO LE MARQUIS RENÉ DE GIRARDIN
observations sur le commerce et l'industrie, les ateliers de Birmingham. « J'aime, écrivit-il encore, la situation de Hotwells près de Bristol, mais la ville de Bath réunit nombreuse compagnie. On s'y divertirait davantage s'il y avait comme autrefois moins d'étiquette et de pose. Les hommes cherchent partout à se mettre des cols et des jarretières. » 11 admira beaucoup aussi les jardins et les parcs d'Angleterre, le nouvel art de Kent et de Brown, mais toujours avec des réserves et certaines critiques. « Tel est le parc célèbre de Milord Cobham à Stovi^e. C'est un composé de lieux très beaux et très pittoresques, dont les aspects ont été choisis en différents pays, et dont tout paraît naturel excepté l'assemblage, » écrivit Rousseau dans la Nouvelle Héloïse ; ce fut aussi l'avis de Girardin. a Quant aux jardins de Blenheim, disait-il, et de Stowe, ils ont certainement plus de magnificence que de conséquence et de vérité. » Son Ermenonville devait, suivant Tabbé De-
LE MAKQLIS KE.NE DE CIKAKDIN
D'après le portrait à l'huile de Greuze. Collection du marquis de Girardin.
1735- 1766 ti
lille, former un magnifique ensemble \ Mais il découvrit près de Birmingham le vrai modèle de ses futurs jardins, le cadre d'églogues qu'il rêvait. C'était un petit domaine, une ferme ornée en Arcadie moderne, des prairies vertes d'Angleterre, animées des travaux champêtres etdes paysages délicieusement composés. « Mon Leasowes *, écrivait-il plus tard, à un de ses parents, vous ne m'en dites rien, decette composition vraiment charmante et poétique... L'aurait-on gâtée depuis que je ne l'ai vu ; cela pourrait être, car le domaine de l'aimable poète, M. Shenstone, venait de tomber entre les mains d'un nabab. Sans quelque attentat de l'aveugle Plutus contre le dieu du Goût, jamais le charme touchant de Leasowes n'eût manqué la conquête d'un homme sensible. »