POUR MONSIEUR DUCHATEL
Mon cœur a partagé votre amour, cher Duchâtel , et cependant je ii j ai pas expressément répondu j parce qu'il n'y avoit entre nous aucun rapprochement possible sur la terre.
Aujourd'hui vous subissez votre arrêt, je reçois mon acte d'accusation, et vous ne me précédez que de quelques jours au lit nuptial. Allez m' attendre , mon ami. Mon cœur et ma main vous appartiennent dans l' éternité.
Cécile.
— O bonheur! s'écria Duchâtel, ô jour qui rassemble plus de joies dans mon cœur que je ne le croyois capable d'en contenir! . . . — Puis
se retournant du côté de l'exécuteur : — Atattaclie-moi ce bouquet et ce ruban, continuat-il avec exaltation — C'est moi qui suis le marié !
— Sans rancune, heureux ami, interrompit Mainvielle; vous étiez digne sous tous les rapports d'une préférence qui me condamne à d'éternels regrets, mais que je ne saurois désapprouver. Montrez-vous seulement généreux en me choisissant pour garçon de noce. Vous verrez si ]e sais faire les honneurs d'un bal!....
Le rapprochement grotesque de ces idées auroit fourni un texte inépuisable à ses bruyantes plaisanteries, que Ducliâtel n'entendoit pas, absorbé comme il l'étoit dans le sentiment d'une grave et puissante félicité, si, dans l'instant où Main vielle étoit prêt à redoubler d'éclats et de folies, la première porte de la Conciergerie ne se fût ouverte pour faire passage au convoi.
Et en même temps on s'aperçut d'un mouvement dans l'intérieur, et on entendit un cri.
— Ce n'est rien, dit le délégué du tribunal. Ce n'est pas une révolte. C'est une femme qui meurt.
Les vingt condamnés furent entassés dans la cour sur une longue charrette à ridelles. Ils sortirent suivis d'une autre charrette que traînoit un seul cheval, et sur laquelle on avoit jeté la claie de Yalazé. mal couverte d'un linge grossier qui laissoit échapper un de ses bras, un bras pâle et une main ensanglantée.
— Vive la Montagne! cria le peuple.
— Vive la République ! répondirent les Girondins.
Jamais une des journées sombres et pluvieuses de l'automne ne s'étoit annoncée d'une manière plus lugubre que le 51 octobre. Jamais un brouillard plus ténébreux n'avoit voilé le soleil ; jamais une pluie plus subtile et plus pénétrante n'avoit dû rebuter les curieux qu'appelle ordinairement de toutes parts le spectacle piquant d'un assassinat public commis au nom de la loi, par un égorgeur à brevet qui rentre ensuite paisiblement chez lui
LES GIROINDINS. ]Gû
SOUS la protection de la justice^ puis se lave les mains et déjeune avec sa femme. Cependant le concours fut immense , et tel qu'aucun événement du même genre n'en avoit réuni un pareil. C'étoit une profonde cohue, mobile comme les flots d'une mer agitée, qui sembloit tourmentée de passions et d'émotions diverses , parmi lesquelles dominoient, sans doute, l'étonnement et la terreur, et d'oii s'échappoient par intervalles d'épouvantables clameurs , semblables aux grondements du tonnerre dans une tempête. Les condamnés y répondoient par le cri répété de p^ive la République ! ou par celui de V^we la France ! dont la voix vigoureuse de Le Hardy frappa sur tout son passage les vitrages frémissants.
— Vive la République ! reprenoitGensonné
en persiflant — la République, que vous
n'avez pas et que vous n'aurez jamais.
— Soyez soumis aux lois , disoit Fonfrede , et n'oubliez pas la France qui est votre mère ! —
iÔÂ LES GIRONDINS.
— Combien faudroit-il de baïonnettes pour disperser cette canaille altérée de sang? murmuroit entre ses dents Fintrépide Yiger.
— Ecartez ces enfants , crioit Fauchet , les maladroits sont capables de les blesser ! . . .
Souvent aussi tputes les voix confondues en chœur faisoi^it retentir les airs de ces beaux vers de Rouget de Lille, qu'on auroit crus inspirés par la prévision du poète, pour le supplice des Girondins :
Allons , enfants de la patrie , Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé ! , . . .
La voiture s'arrêta enfin , et la multitude suspendit un moment ses acclamations, afin de rester sans trouble et sans mélange au plaisir de ses yeux, car il se passoit alors des choses propres à fixer son attention. Le corps de Yalazé venoit d'être enlevé du petit baquet qui l'avoit conduit, pour être transporté sur un brancard placé au-dessus de l'échafaud; comme il y arrivoit , le pied manqua sur les
marches glissantes à un des deux porteurs, et le cadavre échappé à leurs mahis roula en bondissant de degré en degré jusque sur le pavé de la place. Pendant ce temps-là d'autres aides de l'exécuteur achevoient de s'assurer du jeu de l'instrument, tandis que leur maître debout sous un parapluie vert, et le front couvert de son chapeau que masquoit à demi une large cocarde aux trois couleurs, présidoitde la parole et du geste aux dernières dispositions de cet exécrable appareil.
Bientôt une rumeur, qu'on ne peut comparer qu'à celle des bêtes féroces auxquelles on porte leur curée, roula sur cet océan d'hommes et de femmes impatients qui attendoient un supplice. Un vieillard montoit, escorté et non soutenu, avec plus de légèreté que son âge et ses infirmités ne paroissoient le permettre , et saluoit , en souriant à droite et à gauche , les innombrables spectateurs. Parvenu au point le plus élevé de l'estrade , il salua de nouveau en criant : J^ive la République! après quoi il se jeta sous le fer, en répétant le même cri. Cette fois la mort l'empêcha d'achever.
Ses amis suppléèrent à sa voix interrompue. f^ii^e la République ! s'écrièrent-ils en se soulevant de leurs banquettes , dans le transport le plus immodéré d'enthousiasme. Vive la République ! répondit le peuple en battant des mains.
La voix de Duprat retentissoit encore , quand un souvenir subit des derniers entretiens de la veillée vint égayer l'imagination de Mainvielle : — Tais-toi , dit-il , c'est trop de bruit ! Sillery dort !
— Pourquoi, répondit Duprat, cette couchette n'en vaudroit-elle pas une autre , si elle avoit un oreiller?
— Tu me fais là , reprit Mainvielle avec le rire qu'on lui connoît , la plus sotte question que tu aies faite de ta vie ! A quoi serviroit un oreiller quand on n'a plus de tète ?
Les condamnés se succédèrent ainsi avec rapidité sur la planche sanglante, sans que le calme de leur esprit parût s'obscurcir du moindre nuage. Carra seul resta plongé dans une méditation plus morne et plus soucieuse que de coutume.
LES GIRONDIÎSS. iGT
Boyer-Fonfrede et Ducos étoient assis l'un près de l'autre. Quand on vint pour les séparer, ils se donnèrent un baiser d'adieu.
— Mon frère, hélas! dit Fonfrede, c'est moi qui t'ai conduit à la mort ! . . .
— Ne me plains pas, répliqua vivement Ducos , et console-toi ! ne mourons-nous pas ensemble ?
Chaque exécution fut suivie du cri qui avoit suivi l'exécution deSillery, réfléchi, comme par un écho, du haut de l'échafaud sur le char des mourants, et de là sur toute la vaste étendue de la place 5 maiss'affoiblissant peu à peu dans le groupe des martyrs à mesure qu'il s'éclaircissoit d'un martvr de plus , et s'évanouissant enfin tout-à-fait au moment oii la République descendit tout entière avec Brissot (XLIV) dans le tombereau des enterreurs.
Il étoit onze heures quand le massacre commença, et trente minutes après, vingt-un des juges du roi de France a voient comparu devant leur juge éternel.
DucHATEL. Ce nom est souvent écrit Duchastel, On afFecta de l'écrire Du Chastel , dans la procédure, parce que cette orthographe sembloit impliquer un crime de plus , la noblesse. Rien en
•172 NOTIÎS HISTORIQUES.
prouve qu'il ait été garde- du- corps du tyran , comme l'insinuèrent aussi les journaux de cette époque. Au reste , je déclare à partir d'ici qu'il n'y a rien de plus difficile que de se procurer des notions exactes , même dans leur pays natal , sur ces grands citoyens en l'honneur desquels la convention, affranchie de ses oppresseurs , a décrété depuis des solennités anniversaires.
Vergniaud. Qui croiroit que les prénoms de Vergniaud ne sont pas exactement connus ? On l'appelle presque toujours Pierre-Victorin, au lieu de Pierre- Victurnien, qui étoit son nom véritable. Chose bien plus étrange encore ! il n'est pas décidé s'il terminoit sa signature par un n ou par un x. Le Moniteur l'écrit Vergniaux , les biographes l'écrivent comme moi ; je m'en suis rapporté à l'orthographe de l'orfèvre qui a reproduit son nom dans la boîte d'une montre dont il sera souvent parlé ici. Les plus proches
iSOTES HISTORIQUES. 175
parens que je lui aie connus signent des deux manières.
ViGER OU YiGÉ. L'orthographe du nom de Viger est aussi fort équivoque , et ceci se comprend mieux. Plusieurs l'écrivent \igée, par fidélité mécanique à l'orthographe d'un nom littéraire beaucoup plus populaire à cette époque. Viger , comme Mainvielle , n'a paru à la Convention nationale que pour mourir.
Le 3 1 octobre à midi. Les variantes d'orthographe lu^ sont rien auprès de celle-ci. La date de l'exécution des girondins est presque une question. La moitié des actes les plus immédiatement contemporains la ])lacent au 3i octobre, et l'autre moitié au premier novembre; mais tous sont d'accoid sur la date du jugement qui est du 3o octobre , vieux
\7A TSOTES HISTORIQUES.
style, neuvième jour du deuxième mois de l'an deux de la République. Il est incontestable que ce jugement prononcé vers dix heures du soir fut çxécuté le lendemain , qui étoit le 3i octobre. Cette méprise s'explique aisément ; la condamnation des GIRONDINS concouroit avec l'introduction du nouveau calendrier où les mois avoient été fort judicieusement réglés à trente jours , comme ils le seront quand nous aurons obtenu les deux premiers élémens d'une société intelligente, un alphabet et un calendrier. Jusque-là nous n'avons pas fait un pas au-delà des sauvages dans la civilisation. L'inscription de la montre léguée par Vergiiiaud à mademoiselle Adèle Sauvan , au moment où il marchoit à l'échafaud, porte la date du i*^* novembre ; mais quand cette inscription fut substituée par un goût malheureux, ou par une précaution touchante , à quelques égratignures d'épingle que la main de Vergniaud avoit tracées , la confusion de ces dates s'étoit augmentée par l'habitude. Il est bien probable, du moins, que celte opération
^O^ES HISTORIQUES. ilô
ne liil coiitîée aux soins d'un graveur , que lorsqu'il n'y avoit plus de danger à la faire ; et celui-ci tomba dans une erreur assez naturelle, en oubliant que le mois d'octobre avoit trente et un jours. La date du i^^' novembre est donc abusive dans la montre et dans les biographies. Le i*^'' novembre , Vergniaud étoit mort.
DuPERRET. Dans les deux assemblées législatives dont il a fait partie , il n'a pris d'autre titre que celui de cultivateur, qui convenoit seul en effet à sa vocation politique. Son fils , qui a donné depuis des écrits très - remarquables , a rétabli ce point de sa biographie en attribuant à sa famille une origine , sinon plus honorable , au moins plus illustre. Tous les faits qni concernent Duperret sont détachés ici ligne à ligne des pages du Moniteur.
Mainvielle. Il est impossible de jus-
tifier Ma in vielle de ses violences d'Avignon avant la réunion du Comtat, mais quelles violences une guerre civile ne peut-elle pas du moins expliquer dans un adolescent de tête ardente que n'éclaire pas encore l'expérience de l'histoire? Ce n'est pas d'ailleurs ici une question de notre révolution. C'étoit pour le pays de Mainvielle une cpiestion d'état et de patrie , comme celles qui ont soulevé depuis la Grèce et la Belgique. Il n'y a certainement pas un conventionnel que les biographies aient d'ailleurs plus faussement apprécié, ou pour mieux dire il n'y a pas une seule biographie cpii parle de Mainvielle avec connoissance de cause.
On assure par exemple que ses crimes révoltèrent tellement la Montagne ellemême qu'elle le repoussa avec horreur comme factieux et comme assassin. C'est prêter à la Montagne une délicatesse bien timorée, et au parti de la modération qui fit admettre Mainvielle une bien étrange abjuration de principes. Cette discussion fournit à Guadet une de ses improvisafions les plus éloquentes. Il est vrai que
Mainvielle étoit accusé d'une tentative (l'assassinat, désignation impropre d'une altercation menaçante et qui faillit devenir tragique, selon l'usage du pays, mais qui ne fut point suivie d'effet. Le dénonciateur étoit Duprat l'aîné, le plus fougueux révolutionnaire d'Avignon , qui avoit demandé à grand cris la tête de son frère le modéré^ le fédéraliste, le conspirateur, de Duprat le conventionnel . Mainvielle , si étroitement uni à Duprat le jeune, s'étoit livré à cette occasion à tous les emportements dont son caractère étoit capable. Voilà le crime que lui reprochoit Marat, et pour lequel il est permis d'être plus indulgent que Marat, qui étoit ordinairement moins méticuleux en matière de crimes.
Puis disparu dans le corridor, derrière une porte-, etc. Cet épisode d'un amour de prison a deux grands défauts; le premier, c'est d'être romanesque, prétention insupportable dans un travail bis-
torique studieusement fait, qui annonce le ferme dessein d'être aussi vrai que possible; le second, c'est d'être commun dans un genre oii le commun est intolérable. Je ne peux l'excuser qu'en attestant qu'il m'a été raconté plusieurs fois, avec des variantes de peu d'importance; il n'en falloit pas davantage pour m'imposer le devoir de le conserver, même sous la forme assez obscure que lui a laissée l'incertitude de mes enseignements. Sa brièveté lui ' méritera d'ailleurs quelque indulgence. Il n'occupe en tout qu'une page.
Bo^']^EVILLE. Nicolas Bonneville, d'Evreux , collaborateur de Berquin , traducteur du Théâtre allemand^ poète, publiciste et philosophe , associé de Fauchet dans la rédaction de la Bouche de fer., un des hommes les plus élevés d'esprit et de cœur que la période révolutionnaire ait produits, au roit sans doute laissé plus de souvenirs comme écrivain dans
une époque plus favorable aux lettres.
Le désordre des temps qui favorisoit la fougue de sa jeune imagination , et surtout la malheureuse haJDitude d'un verbiage maçonique porté au dernier degré d'impénétrabilité par le docteur Se^^ffer et quelques autres illuminés d'iiUemagne, le détournèrent d'une voie où il avoit de nombreux succès à recueillir ; mais rien ne pouvoit détourner cette belle organisation de la modération et de la vertu. Passionné pour la liberté, mais ennemi de tous les excès et incapable de condescendre à l'idée d'une violence politique, il fut dénoncé comme royaliste par Marat , et la beauté remarquable de ses traits le défendit seule des furies de la populace. Il étoit l'ami d'André Cliénier qu'il devança dans d'admirables dithyrambes contre les assassins de septembre, et André Chénier lui-même ne les a pas surpassés. Il fut depuis celui de Thomas Payne, de Kosciusko, et l'hôte assidu de tous les malheureux de tous les partis ; car des entreprises industrielles l'avoient fait riche un moment. La publication du
i80 NOTES HISTORIQUES.
Bien informé , rédigé de moitié avec Louis-Sébastien Mercier, le rendit odieux à Bonaparte qui le ruina par la saisie illégale de ses presses, dès la première année du gouvernement consulaire. C'est le temps oi^i je le connus dans les prisons et où je reçus de lui ce beau type de Fauchet tout neuf encore dans sa mémoire, mais que le temps et la succession de tant d'impressions diverses ou contraires, ont nécessairement beaucoup altéré sous ma plume. Bonneville dont les j^iemiers vers , si gracieux , si doux , si nouveaux dans notre langue , avoient vivement excité la prédilection de la Reine, qui prit sous sa protection l'essor de cette muse de dix-huit ans , a survécu de beaucoup à la Restauration. Il est mort bien pauvre, et n'ayant pas une çliaise où s'asseoir, dans une échoppe de bouquiniste de la rue des Grés. Une demande, hélas trop tardive , de M. de Vigny, de M. Victor Hugo et de moi , à mon illustre ami M. de Martignac, toujours si disposé à protéger le talent et à secourir le malheur , n'aboutit qu'à payer les frais d(; l'enterrement.
NOTES HISTORIQUES. "f 8^
Le Hardy. Ces renseignements, et tous ceux qui le concernent dans la suite de cet essai, m'ont été donnés il y a plus de vingt-cinq ans par madame Magot, sœur de Le Hardy, femme d'un ancien et brave capitaine d'infanterie, devenu receveur des contributions à Saint-Ylie, près de Dole. Je lui ai dû en même temps la communication d'un grand nombre de lettres de son généreux frère, plus honorables les unes que les autres pour le caractère de ce digne homme , et dont j'ai grand regret de n'avoir pas pu conserver cpielques traits simples et touchants , d'un grand bonheur de sentiment et d'expression.
itvoiH iî floii-f
-iiOi) ' * V} ;JîJC
La brune Gahrielle et lllyrineV évaporée. Jen'aurois pas cru remplir toute ma tâché si j'avois laissé échapper quelqu'un
de ces détails du temps qui me sont parvenus par hasard, et qu'on peut trouver assez caractéristiques , mais je me serois fait scrupule de les inventer. J'ai vu ces dames, un peu plus mûres d'âge et non pas de raison , revenues des passions et non pas de l'intrigue j femmes politiques , et qui pis est , peut-être , femmes auteurs. Leurs romans, assez mal écrits, et fort suspects pour l'histoire , ne manquent pas d'un certain intérêt anecdotique , et plusieurs des lettres qui y sont rapportées ont été en autographe dans mes mains.
Bailleul. Avocat, député de la Seine- Inférieure , alors âgé de 3i ans. Il avoit été le compagnon de captivité des proscrits après son arrestation à Provins , et sa conduite énergique et pure à la convention nationale lui méritoit bien cette distinction. On se contenta cependant de le colloquer parmi les soixante - treize dont il partagea la rigoureuse destinée
iNOTES HISTORIQUES^ 185
jusqu'à leur rappel solennel et expiatoire dans le sein de l'assemblée. — Selon la tradition des vieux amis des Girondins, ils étoient convenus entre eux que les absous pourvoiroient au festin funèbre des condamnés, et M. Bailleul, seul échappé à la mort, n'oublia pas, dit -on, cet engagement. Je ne pouvois pas me dispenser de faire allusion à une anecdote si glorieuse pour lui, et qu'il n'appartient qu'à lui de démentir. M. Bailleul est vivant.
Jean-Baptiste Morand. La touchante action du domestique de Duprat s'est conservée dans tous les recueils, mais il n'en est pas de même de son nom, sur lequel toutes mes recherches ne m'ont fourni qu'une approximation fort douteuse. Le prix Monthyon n'étoit pas encore fondé, et s'il avoit été possible de le lui décerner en ce temps-là, Jean-Baptiste l'auroit expié à l'échafaud de son maître. Je suis encore plus mal à mon
iSA NOTES HISTORIQUES.
aiseavecPiene Romond, le SuissedeGensonné, dont je n'ai jamais pu retrouver la trace , quoique son histoire ne soit pas moins authentique. Pierre Romond est un personnage vrai dont le nom est d'invention dans mon livre. 11 vaut la peine d'être cherché I
JIB fJil::
Ce ne sont pas là des hommes de sang. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Ce mouvement n'est pas de Carra, mais de M. Real, qui l'employa d'une manière merveilleuse et décisive dans le procès du comité révolutionnaire de Nantes. M. Real devint depuis un des hommes de l'empire, et dans sa vieillesse virile qui promet de longs jours, il est aujourd'hui connu sous le nom de M. le comte Real, que je ne lui ai pas donné plus tôt pour ne pas jeter de vague entre les époques. Ma déplorable vie de jeune homme a été loin cle lui devoir de la reconnoissance, mais ce sentiment ne sauroit influer sur l'expression de mes cou-
viciions littéraires; et je déclare hautement que les brillantes circonstances de position où il s'est trouvé lui ont ravi plus d'avenir que nous n'en avons perdu, mes amis et moi. Trois ou quatre plaidoyers presque improvisés lui promettoient le premier rang au barreau si dramatique de cette période révolutionnaire, qui n'est pas finie. Je les savois par cœur en prison, comme je les sais encore , et je ne me les rappelle jamais sans me sentir ému d'admiration et de regrets sur un si beau talent, malheureusement sacrifié aux honneurs et à la fortune.
Danton .... dont la figure hideuse épouçante la liberté. Cette violente hyperbole est de Saint-Just.
GuADET. . . . CussY. Quclqucs-uns des personnages dont il est cpestion dans ce
186 NOTHS HISTORIQUES.
paragraphe ont trop de rapport avec les miens pour que je ne les fasse pas connaître du lecteur. Je les reprends donc selon l'ordre alphabétique:
Barbaroux, Charles-Jean-Marie, né à Marseille, avocat et homme de lettres, député des Bouches -du -Rhône, âgé de 26 ans ( au moment de l'action ) , mort sur l'échafaud à Bordeaux le 25 juin 1794, après s'être frappé inutilement de deux coups de pistolet. C'étoit un des membres les plus jeunes et les plus éloquents de la Convention. Sa force et sa beauté en faisoient une espèce de héros épique , dont la physionomie est supérieurement tracée dans d'excellentes pages des Mémoires de Louvet et de madame Rolland.
BuzoT, François-Nicolas-Léonard, né à Evreux, avocat, député de l'Eure, âgé de 33 ans , mort l'été suivant dans un champ des environs de Saint-Emilion, où il fut trouvé à demi dévoré par les loups.
La Montagne l'appeloit le roi Buzot, parce qu'elle le regardoit comme le chef et l'àme des prétendus complots des fédéralistes.
GiREY-DupRÉ, Joseph-Marie, né à Paris, homme de lettres et journaliste , âgé de 24 ans , exécuté à Paris vingt jours après les Girondins , le 20 novembre 1 793. Il n'étoit pas de la Convention nationale ; mais il avoit adhéré d'une manière assez vive aux principes des hommes d'état pour se signaler à leurs bourreaux. A l'époque où parle Gensonné, il étoit déjà prisonnier à Bordeaux; mais il ne fut amené à la conciergerie qu'après la mort de ses amis.
GuADET, Marguerile-Elie, né à Saint- Emilion, avocat, député de la Gironde, âgé de 35 ans, mort sur l'échafaud à Bordeaux le 17 juillet 1794? ^vec la plus grande partie de sa famille. Guadet fut le rival d'éloquence de Vergniaud et de Gensonné dont il ne cessa pas d'être l'a-
188 ISOTES HISTORIQUES.
mi. Quelques-uns de ses mouvements oratoires l'emportent même en véhémence tribunitienne sur tout ce qui s'est conservé de plus remarquable dans ce genre, chez les anciens et chez les modernes.
LouvET, dit de Couvray, Jean -Baptiste, né à Paris, homme de lettres et journaliste, député du Loiret, âgé de 39 ans; mort le 25 août 1797, à l'âge de 33 ans. Le seul des ]>ersonnages historiques de ce récit qui ait été emporté par une mort naturelle. Le roman de Faublas lui a voit acquis, très-jeune, une réputation d'esprit dont peu d'écrivains de nos jours seroient jaloux. Il y a de l'éloquence, bien qu'un peu apprêtée, dans quelques-unes de ses philippiques, et le récit de sa proscription renferme des pages admirables,..
If "'IFjÉd-DC^-' ou Péthion de \illeneuve, Jérôme^ «né à Chartres, avocat, maire de Paris, député d'Eure et Loir, âgé de
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4o ans, mort de faim dans les champs de Saint-Emilion, où il fut dévoré par les chiens et les loups, vers le milieu de l'année 1794- Son parti l'avoit appelé Aristide. Les biographes ne s'accordent pas même sur Fortographe de son nom.
Salles, Jean-Baptiste, né à Vezelise, médecin et homme de lettres, député de la Meurthe , âgé de 33 ans, exécuté à Bordeaux quelques mois après la mort des Girondins, le 20 juin 1794*
Deux des députés nommés plus haut, Mazuyer et Noël, sont morts aussi sous le couteau révolutionnaire. Une multitude d'autres, ou victimes ou fugitifs, échappent à ces rapides revues, déjà trop multipliées par rapport à la dimension de cet écrit. La catastrophe du 3i mai demanderoit à elle seule une longue biographie spéciale.
Les anthropophages du NouQeau- Moiide. Ces expressions sont en eflet cel-
190 ÎSOTES HISTOKIQUES.
les de Baibaroiix qui a pu s'en servir avant de se séparer de ses amis, mais qui les a consignées plus tard en caractères immortels dans une lettre à son fils au berceau. Nous recommandons aux études des républicains à venir cet admirable monument d'éloquence et de raison.
Jacob Dupont. C'est le nom d'un conventionnel , d'ailleurs peu connu , qui avoit fait à la tribune profession d'athéisme. Il disparut devant l'étrange théisme de Robespierre, et mourut, suivant les biographes, en état de démence,
La révolution est comme Saturne^ etc.
Cette phrase célèbre de Vergniaud a été prononcée dans une question d'assignats.
En m'exposant ^u danger de faire parler des orateurs tels que ceux-ci d'une ma-
nière indigne d'eux, je n'ai rien négligé du moins pour recueillir et encadrer leurs plus belles paroles, toutes les fois que j'ai pu les lier au sujet. Ce genre de centon n'a rien de disgracieux, à mon avis, tant qu'il n'est pas postiche et forcé.
Comme Mirabeau celui de la m.onarchie. « J'emporte le deuil de la monarn chie; les factieux s'en disputeront les » lambeaux. « Dernières paroles de Mirabeau, rapportées par Cabanis.
Sur le peuple tout entier. Ce discours n'est qu'un pastiche sur la faiblesse duquel je ne me fais pas illusion, mais qui représente du moins avec quelque vérité le mouvement du langage et les formes familières de l'orateur. ^ l'avais détaché des Girondins comme spécimen dans un
i9^ NOTES HISTORIQUES.
iragment sur V éloquence de la tribune qui a trouvé sa place ailleurs , de manière qu'il fera double emploi dans mes (JEuçres^ puisqu'un libraire a jugé à propos de réunir sous ce titre pompeux quelques écrits profondément oubliés qui ne méritoient pas tant d'honneur. J'aurois lacilement pourvu à cette redondance inutile en le remplaçant par un autre ,- car il n'y a rien de plus facile qu'un mauvais pastiche , mais c'est déjà trop d'un ])astiche de Vergniaud. Il faut étudier toute sa vie les grands écrivains et les imiter si l'on peut. Il ne faut pas les contrefaire. Ici, la circonstance et le sujet m'excusent peut-être.
'Oubliez nos déplorables disputes. La Source, préoccupé du projet d'usurpation ou de dictature du duc d'Orléans, n'avoit cessé de le poursuivre de cruelles philippiques. Ce fut lui qui demanda l'arrestation du prince, et celle de Sil-
lery qu'il devoit retrouver à l'écliafaud. J'ai appris du vénérable abbé Emery, dont il sera question plus tard, que La Source et Sillery s'étoient embrassés à plusieurs reprises le jour de l'exécution. En général , et je ne saurois trop le répéter, il n'y a ici de mon invention que l'enchaînement logique des paroles, et j'ai cherché à le rendre aussi rationnel que possible. Tout ce qui fait allusion aux faits est fondé sur des écrits ou des traditions verbales dignes de foi.
Tu mourras comme Sidney. Cette phrase est de Girey-Dupré (V. note xy)^ qui la prononça peu de temps après devant le tribunal assassin , en répondant à l'interpellation qui lui étoit laite sur ses rapports avec Brissot. Je la donne ici à un autre , en vertu d'un privilège dont j'ai usé souvent sans dissimuler cette licence , celui de m'emparei- de quelques belles paroles des abseiits^'
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dans les occasions où elles ont pu se présenter naturellement à un de mes personnages.
La Fayetie^ l'idole devant laquelle j avois si long - temps sacrifié .^ . le Mo niteur , séance du Corps législatif, 19 août 1792. Puissent de nouvelles révolutions ne jamais rappeler au noble vieillard dont parle ici La Source , l'ingratitude et l'injustice des républiques !
LAMOUREtTE , AdHcu , né à Tervent , dans le Boulenois, homme de lettres, prêtre, évéque constitutionnel de Lyon, membre du corps législatif, exécuté à Paris à l'âge de Sa ans, le 10 janvier 1 794 V soixante-dix jours après les Girondins. Il dut se trouver en même temps qu'eux .à la conciergerie , où M. l'abbé Emer}^ le réconcilia , comme
NOTKS HISTORIQUES. ^95
il avoit fait pour Fauchet, avec Dieu et l'Eglise. C'est de la bouche même de M. l'abbé Emery qu'a été recueillie l'expression fort connue à laquelle on fait allusion ici, et qui est rapportée par la plupart des biographes.
Par le saint Evangile. Duperretétoit protestant, ce qui explique l'interjection familière que la tradition lui attribue.
Il y a un an à Beaucaire- Bonaparte pouvoit s'y être effectivement rencontré en ce temps-là. Un des petits pamphlets politiques par lesquels il paya son tribut aux orageuses passions de l'époque , étoit intitillé : J^e souper de Beaucaire ^ et on n'ignore pas qu'il fïit imprimé à Avignon dans les premiers mois de 1793; c'est-à-dire sous les yeux des amis de Diiprat.
■\9G NOTES HTSTORTOUES.