‹ Le dernier chant du cygne sur le tumulus du gallicanisme [microforme]Chapitre 4 sur 15 · PRE · texte numérisé non relu

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de M. de Montalembert! et le « Correspondant ! » et tous les: échos de la presse gallico-libérale ! Comme tout allait bravement au milieu de ce silence gallican ! Pourquoi faut-il qu’une certaine presse soit venue si mal à propos troubler une si belle harmonie ? Pourquoi jeter si brutalement «es bons messieurs d'Oriéans dans de si cruelles inquiétudes, eux qui n° demandaient qu’à faire tranqui'lement leur petit bon-homme de chemin en compagnie du Correspondant et du Français? Car, voyez-vous, la question n’était pas posée, le silence s’é. tait fait, tant que ia presse gallico-libérable était seule à discourir. Alors, Mgr. d'Orleans gardait l’antique ‘ silence respectueux ” du gallicc-jansénisme, qu’il r'interrompit qu'un moment, avec une rare modération, quand l’un de la bande s’avisa un jour de jeter son froc pour sortir de la prison de l’âme, et protester contre ‘ ces doctrines romaines, qui ne sont pas carétienues. ”

Aprés cette petite escapade d’un inembre de la confrérie libérale, Mgr. d'Orléans rentra dans le silence, et s’occupa de revoir le manifeste du Correspondant, et de préparer son manifeste anti-papal. Mais quand Mgr. Manning, Mgr. Deschamps, Mgr. Pie, Mgr. de Nimes, la Civiltà cattolica, l'Univers, le Monde, eurent l’audace de crier gare à l’Evêque de la Sorbonne, au Correspondant, et à tous ces bons apôtres de la doctrine gallico-'ibérable, alors il parait qu'une certaine presse venait enfin de poser la question ; e comme bientôt elle parut prendre une posture peu décente aux yeux des gailicolibéraux, soudain l’'Evêque d'Orléans rompt le silence pour s’'élancer à la rescousse, et faire une charge à fond contre ces. polémistes téméraires qui venaient de mettre le désarroi dans le camp gallico-libéral, il tonne, il éclate avec une véhémence digne de son ancienne ardeur, alors qu’il rédigeait un certain journal gallican qui périt dans la bataille.

. Tel Achille sortit furieux de sa tente, pour aller perforer le ‘hère chéri ” des braves Troyens. L'illustre chef des gallicans en déroute cherche entre tous :on rude et vieil antagoniste, le brave Veuillot, encouragé et béni par Pie IX et une

. foule d’illustres évêques ; rien n’y fait, 1l faut à tout prix bri-

ser la plume invincible de ce polémiste violent, intempérant, audacieux, présomptueux, intolérable, enfin accusator fratrum, ouf ! Et voilà comment la question fut posée, et le silence rompu avec éclat, par la. faute d’une ‘certaine presse.”

Et voilà comme il faut s'y prendre pour pacifier les uns, et calmer les inquiétudes des autres ; et voilà comment on procède à Orléans pour donner une preuve frappante de la science de l’opportunité.

Après quoi, on a bien le droit de reprendre haleine, et de dire pieusement, ‘‘ Hélas, on peut prévoir déjà, à l’âpreté des débats préliminaires, ce que cette question, si on l’y portait, pourrait soulever de discussion au sein du Concile.”

On peut prévoir, au moins, que si l’âpreté est écartée du Concile, ce ne sera pas à l’Evêque d'Orléans qu’en reviendra le mérite et la gloire.

‘“ Mais pourquoi l'y porter ? Est-ce que la nécessité y force ? Est-ce que “les périls du temps :’imposent ? Non.

Là ; tout est fini ; la question est jugée :— ce n’est pas plus difficile que cela. Et vous Mgr. Manning, Mgr. Deschamp, Mgr. Pie, vous tous, Pères du Concile, sachez qu’il n’y a pas lieu de s’en occuper ; non, entendez-vous ? non,—voilà. Eh, bien ! vous doutez encore ‘—-Est-ce donc que vous ignorez,

Que Pie IX n'en a pas parlé aux évêques assemblés à Rome en 1867 ?

Est-ce que vous ignorez,

Qu'il n’en a pas fait mention dans la Bulle d’indiction ?

Est-ce que vous ignorez,

Que dans aucun des actes du Saint-Père, cette préoccupation de grandir son autorité un moven du Concile, et à la faveur de ce respect dont le monde entoure ses vertus et ses malheurs, n'apparait un seal instant ?

Maintenant, n’êtes-vous pas convaincus par cette lumineuse logique, et surtout par cette respectueuse insinuation gallico-libérale ?—Ne comprenez-vous pas que tant que le Pape ne dira pas :—(Faites-moi la faveur de grandir mon autorité —le Concile ne doit pa: s’en occuper ?—Cela a été règlé, décidé et ordonné à Orléans pour pacifier les ultramontains et calmer les inquiétudes du Discèse. Vous me demandez de nouvelles raisons ; je veux bien vous répondre ; mais je vous

préviens que nous allons sortir de la question d'opportunité, la seule que Mgr. d'Orléans ait l'intention de traiter, comme vous savez. Ecoutez donc :—

J'entends dire qu’il s'agit d’un principe. D'un principe ? Eh quoi ! répondrai-je à mon tour, ce principe, si ç'en est un, il est donc nécessaire à la vie de l'Eglise qu'il devienne dogme de foi ? Comment alors expliquez-vous que l'Eglise ait vécu dix-huit siècles, sans que ce principe essentiel à sa vie ait été défini ? Comment expliquez-vous qu'elle ait formulé toute sa doctrine

produit tous ses docteurs, condamné toutes les hérésies, sans cette défini-

S tion ? De nécessité, il n’y en a évidemment aucune ici, et la solution de

cette question n’est pas plus indispensable qu’elle n'était réclamée.

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k Craignez-vous que l'Eglise ne puise vivre à l’avenir sur les mêmes bâses qui l’on4 soutenue dans un passé de dix-neuf siècles ? Que parlez-vous de la nécessité de faire dans un Concile une définition nouvelle sur la règle de foi, et de constituer dogmatiquement une nouvelle règle de foi? Quoi! c’est en notre siècle qu'il devient nécessaire de venir mettre cela en question, de toucher à ce principe constitutif, à ce ressort principal de la vie de l'Eglise ? Nous aurions été constitués durant tant de siècles d’une façon défectueuse et incomplète !

f Aprés 1870 années d'enseignement, il faut qu’on en vienne à se deman- 4 der dans un Concile qui a le droit d'enseigner infailliblement! Et cela, à à la face du monde incrédule et protestant qui nous regarde ! Non, laissons ià ces questions que rien n’appelle,

Que des publicistes téméraires n'aillent pas, avant l’heure, étonner ei désorienter les fidèles par des controverses violentes, qui semblent vouloir imposer d'avance les questions aux évêques. Pour moi, ma penseé est formelle sur ce point. Quand le chène est vingt fois séculaire, creuser pour chercher le gland originaire sous ses racines, c’est vouloir ébranler l’arbre ie entier.

| Vous vouliez de la doctrine gallicane ; en voilà, et de res- \ te ; mais que nous sommes déjà loin de la question d’opportunité, la seule qui nous avait été annoncée !

Ainsi, depuis dix-huit siècles, l’on n’a jamais cru à l’infaillibilité du Pape, mais seulement à l’infaillibilité de l'Eglise en général, sans trop s'expliquer où réside cette fnfaillibilité. Ainsi, depuis dix-huit siècles, toutes les erreurs condamnées immédiatement par les Papes seuls, l’ont été sans que les Papes fussent réputés infaillibles, par cette solennelle afir-

mation de la foi contre l'erreur. Ainsi, c’est sur ces bases que l’Eglise a vécu dans un passé de dix-neuf siècles. Ainsi, la proclamation de l’infaillibilité papale deviendrait une nouvelle règle de foi. Ainsi, on ne sait pas à l’heure qu'il est, qui a le droit d'enseigner infailliblement. Ainsi, ce serait une honte de traiter cette question en face du monde incrédule et protestant, Aïnsi, dire que le Pape est infaillible, c’est proclamer que l'Eglise a été constituée d’une manière défectueuse et incomplète, jusqu’à ce jour. Ainsi, tous les saints et les docteurs qui ont cru et enseigné partout, toujours, et dans tous les siècles, l’infaillibilité papale, ont ignoré que c'est là une nouvelle règle de foi. Ainsi, tous les écrivains, évèques et laïques, qui démontrent invinciblement cette doctrine, en s’appuyant sur la croyance traditionnelle des siècles, ne font qu'étonner et désorienter le bon sens des fidèles. Ainsi, il faut se tenir coi quand le monde incrédule et protestant nous regarde, et ne faire un acte de foi qu’en secret. Oh ! la belle opportunité de cette doctrine gallico-libérale ! Quan& à la comparaison du chêne, elle fit image, et plaît à l'imagination ; mais au fond, elle n’est pas moins mal sonnante au point de vue de la doctrine.

I! n’y a pas lieu de craindre, en aucun temps, d’ébranler l'arbre de l'Eglise planté par Jésus-Christ même sur le roc de Pierre, par la raison qu'il n’y a pas lieu Ge creuser du tout, pour se mettre à la recherche de l’infaillibilité, qui n’a jamais été enfouie sous terre. N’a-t-elle pas toujours briilé au grand jour sur cette chaire de Pierre, plus élevée que tous les irônes des rois de ce monde? Tous les siècles ne l’ont-ils pas contemplée avec admiration et amour, illuminant et instruisant les nations depuis St. Pierre jusqu’à Pie IX ? Depuis St. Augustin jusqu’à St. Liguori, tous les docteurs de l’Eglise n’ont-ils pas dit : “ ubi Petrus, ibi Ecclesia” ? Tous les regards et tous les cœurs dés vrais fidèles ne se tournent-ils pas instinctivement sur elle, quand l'écho divin de ces paroles retentit à travers les âges: ‘ Tu es Petrus, et super hanc petram ædificabo Ecclesiam meam : rogavi pro TE ut non defciat fides Tua : dabo TiBt claves. ”

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Et voilà comme la ais de foi est nouvelle. Donc, abanbandons le chêne vingt fois séculaire aux jeunes gens de la rhétorique, et le gland à qui de droit.

Après cela, que nous importe ce que le Pape Paul IV parlant au Concile de Trente, ce que Clément XI répondant à Bossuet, et ce que Pie IX en 1867, ont jugé convenable de faire ou de dire dans leur sagesse pour ménager les esprits? Est-ce là un argument logique contre les savants et illustres polémistes qui défendent l’infaillibilité papale contre les attaques modernes des gallicans libéraux ?

N'y aurait-il pas opportunité à citer, à ce sujet, ce que Mgr. d'Orléans dit d’un ton si tranchant au sujet des doctrines ultramontaines, ‘* laissons-là ces questions que rien n’appelle ? ” Et l'écho répond : appelle, comme pourprotester contre ce faux jugement.

Ce qui n’est pas douteux, c’est l'opportunité de retourner contre l’auteur son observation :

— Vous ne connaissez ni Pie IX, ni l’Episcopat. ”

Bien différente est la doctrine de l'éminent Evêque de Versailles, dans la lettre qu’il adresse à son clergé, avant de partir pour Rome, et dans laquelle il s’attache à les prémunir contre Lane ennemi qui s’efforce de semer l’erreur dans l'Eglise. Nous sommes forcé de nous borner au court extrait suivant :

Soit qu’on examine dans leur ensemble les textes de l'écriture sainte, soit qu’on pénètre dans la nature de la grande institution dont il s’agit, (la papauté), soit qu’on consulte les monuments de la tradition et l’enseignement des meilleurs théologiens, on est obligé de reconnaître que l’infaillibilité personnelle du Pape est établie par des preuves dont la force et la clarté subjugueront tous les esprits sincères et non prévenus. Que ce puisse être défini et devenir un dogme de foi, c’est incontestable.

Que dira, que fera le Concile à ce sujet? Nous ne pouvons le savoir C’est une ouestiori à laquelle l’Esprit-Saint se cherge de répondre quand le moment sera venu.—D’une part, le clergé et tous les vrais catholiques font des vœux pour qué le Pape soit conciliairement déclaré infaillible. D'autre part, tous les hommes qui se placent au point de vue de l’hérésie, du rationalisme, et de la politique moderne, se prononcent fortement dans un sens opposé. ;

Ceux qui désirent de tout leur cœur que l’infaillibilité personnelle soit

définie par le Concile, savent très-bien que le Pape n'aurait rien de plus intrinsèquement, que ce qu’il a maintenant, mais ils pensent avec raison Que ce serait une manifestation extérieure de puissance qui mettrait fin à de déplorables divisions, et qui contribuerait 4 raffermir l'autorité trop attaquée et trop ébran!ie de nos jours.

Les hérftiques, les incrédules, les hommes imbus d’une civilisation toute matérielle et payénne sont conséquents. Ils ont combattu le Syllabus, ils combattront le Concile. Ils se serviront de toutes les passions qui troublent les esprits, de toute la confusion qui règne dans les idées, pour porter de nouveaux coups à l'Eglise et pour essayer de la déconsidérer et de l'affaiblir dans son chef suprème.

Après ces deux catégories, il y en a une troisième dans laquelle so rangent les catholiques libéraux. Ceux-ci voulant conserver des opinions qui ont fait leur temps, et sacrifiant à l’idole moderne, prétendent «w’il serait mieux que le Concile s’abstint de toute décision concernant la Papauté, et qu'il retranchât même du Syllabus tout ce qui leur déplait, Qu'ils y fassent attention; il y a dans leur manière de voir les germes du schisme et de l’hérésie. Ils ne peuvent rester dans le vrai que par une inconséquence.

En effet, admettre le libéralisme dans le sens que l'Eglise doit nécessairement repousser, c’est entan.er l’œuvre de Jésus-Christ, c’est saper les fondements de l'édifice. Sans doute l'Eglise veut ja liberté ; elle est la mère et la tutrice de la liberté bien entendue et bien réglée. Mais dès que la li berté, s'appuyant sur dés droits que la raison n’a pas, dégénère en libéralisme, l'Eglise l’arrête et le condamne : c’est ce qu’elle a toujours fait, c’est ce qu’elle fera toujours.

Pour éviter le schisme, les auteurs de la fameuse Déclaration de 1682 ne furent-ils pas obligés de battre en retraite ? Qui maintenant oserait soutenir la doctrine des parlements à l’époque dont 1l s’agit ? Or, les parlements étaient logiques, ils tiraient les conséquences des principes posés. On sait d’où sortit la constitution civile du clergé à la fin du dernier siècle. Et puis n’avons-nous pas sous les yeux des symptômes et des faits assez significatifs ? N'est-ce pas au nom du libéralisme qu’on a débité en chaire et dans les congrès de la paix des idées aussi fausses que dangereuses, et qu’on n’a pas craint de mettre les principes de 89 au-dessus des maximes de l’Evangile ? N'est-ce pas au nom du libéralisme qu’on souille le froc et qu'on donne au monde l’affreux scandale de l’apostasie ? N'est-ce pas en s’inspirant du libéralisme qu’on compose de gros volumes, non pour éclairer les Pères du Concile, mais pour révolutionner l’Eglise, et pour répandre à dessein des obscurités sur l’imposante et radieuse figure des Papes dans l’histoire ? Ponrquoi parle-t-on d'unité, de paix, de conciliation dans l'Eglise, quand on s’épuise à jeter dans son sein de nouveaux ferments de discorde? Vraiment on demande au libéralisme ce qu’il n’a pas. Sachons-le, la

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paix et tous les avantages spirituels et temporels dont ell: est la source ne nous sauraient venir que par le Concile du Vatican.

Quid potest Capere, capiat ,

Ces lignes résument fidèlement la fameuse brochure ab trato de l’Evêque d'Orléans.

Quelle différence entre cette doctrine si-pleine de vraie science sacrée, de lumière et de paix, et celle du fougeux chef de l’école gallico-libérale, faite, comme l'ouvrage de Mgr. Maret, ‘ pour jeter dans l’église de nouveaux ferments de discorde, et répandre à dessein des obscurités sur l’impotante et radieuse figure des Papes dans l’histoire! ”

Sault-au-Recollet, 16 Décerabre 1869

CHRONIQUEUR

Domine, lu scis quia : amc Te!

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