‹ Le dernier chant du cygne sur le tumulus du gallicanisme [microforme]Chapitre 5 sur 15 · TROISIÈME CHANT · texte numérisé non relu

TROISIÈME CHANT

Les menaces.—La dissection.—La chute.

Et d’un voix stridente, il dit :

C’est au milieu de tant d’urgentes et nécessaires questions qu'on voudrait, tout-à-coup, en jeter une nouvelle imprévue, inattendue, d’une solution difficile assurément, et pleine d'orage ; et que l’on s’exposerait en suivant la voie tracée par les journalistes, au lieu de ce magnifique spectacle d'union que l’on attend de vous, à en donner un tout contraire !

Et les magnifiques ouvrages d’un grand nombre de savants. Evêques sur cette question ! Quelle puérilité dans cette affectation à rejeter sur le compte des journalistes ce qui, en réalité, est avant tout le fait d’illustres Evêques et des meilleurs écrivains, en dehors de la presse ! Qui donc peut troubler l'union, si ce n’est le gallicanisme, et le libéralisme bâtard, soi-disant Catholique ?

Voilà ce qui ne doit pas s’oublier, si on ne veut point s’exposer à mêler, sans le vouloir, la querelle à l’amour, et faire d’une question de théologie une question d'enthousiasme ou de colére.

Laiïssons-là ces vaines et ridicules menaces. Ce quos ego! fera sourir plus d’un qu’on croit effrayer.—Avançons.

Si la question se traite déjà de la sorte devant le public, que sera-ce, si elle vieut à être introduite devant le Concile ? Ma question, en effet, est

très-grave, car il s'agirait de proclame” un dogme nouveau, le dogme de l'infaillibilité personnelle et séparée du Pape.—

Nouveau en ce sens que jamais, depuis 18 siècles, les fidèles ne furent tenus sous peine de cesser d’être catholiques, à croire ainsi.—

A quoi bon ce sophisme ? Depuis 18 siècles les fidéles étaient-ils tenus à croire au dogme de l’Immaculée Conception proclamée en 1854 ? N’en at-il pas toujours été Cla sorte de siècle en siècle, avant la définition successive des dogmes ? Si ce sophîsme a été fait sérieusement, où est la logique ? sinon, où est la sincérité ?

Il s’agirait donc d’obliger désormais tous les catholiques à croire, sous peine d’anathème, que le Pape est infaillible, même, je me sers des expressions de Mgr. l’Archevêque de Westminster, quand il prononcerait seul, en dehors du Corps épiscopal réuni ou separé ; et qu’il peut définir les dogmes seul, indépendamment de l’Episcopat !

Précisément, c’est cela même : Mgr. Mani: 1g n’en rougira pas.

Et c’est cette énormité dont les Papes se rendent coupables depuis 18 siècles, sans en excepter Pie IX lors de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. Alors Mgr. d'Orléans citait avec éloge «le sens commun des fidèles, » qu’il repousse au sujet de l’infaillibilité du Pape. L’opportunité était bonne et valable en 1854; elle a cessé de l’être en 1869 : Encore, si c'était la seule contradiction !—

Mgr. l’'Evêque d'Orléans prend plaisir à disséquer, pour ainsi dire, l’infailibilité personnelle, non pour en faire admirer les merveilles, mais, au contraire, pour en mettre au grand jour de la publicité mille impossibilités, dangers, inconvénients, scandales, principes de trouble, incertitudes, luttes présentes et futures, tempêtes dans l'Eglise, schisme, dissolution, —que sais-je encore ? Tous les maux possibles et impossibles pour l'Eglise, sont mis hardiment à nu sous le scalpel de ce véhément chef de l’école gallico-libérale.

C'est de cette façon que l’auteur de la brochure de 88 pages écrit ‘ pour pacifier et calmer les inquiétudes,” et prouver ‘sa contention d’amour pour le Vicaire de Jésus-Christ,”

mais s'agit-il du sujet déterré par Mgr. Maret, et par ses amis du Correspondant, du petit Français, oh! alors il prodigue toutes les ressources de sa féconde rhétorique d'Académicien toute la fougue de son éloquence, sauf la logique qui n’est pas de mise dans ce genre d'opportunité. Il s’agit de vernir à neuf ce vieux sujet, enlevé du cimetière gallican, de l’habiller à la moderne, pour le rendre ua peu plus présentable ‘ aux esprits contemporains,” et si, possible, de le faire entrer décemment au Concile.

Ce n’était pas une médiocre entreprise. Mgr. Maret s’y était employé sans succès, peu auparavant, à l’aide de ses gros volumes qui furent mis en pièce par un souffle de Poitiers. Après lui, la rédaction du Correspondant s’y employa avec un zèle artistique ; mais un brutal coup de plume de M. Veuillotrenvoya ce pauvre sujet au cimetière. Ce fut alors que le chef vint au secours de la confrérie au désarroi, et qu'il résolut de rrfaire le sujet à neuf au moyen de son pinceau aux vigoureuses et éclatantes couleurs.

Pourquoi tant de peines? pourquoi tant d'efforts ? ui bono ? Car enfin, si le Saint-Esprit inspire au Concile de définir l’infaillibilité personnelle de son chef suprème, c’est en vain que ce pauvre déterré, même embelli par la plus brillante livrée de l’Evêque d'Orléans, aura crié sur les toits ; — «Quoi! on ferait cela dans notre siècle ! sous les yeux du monde incrédule et protestant ! de nécessité, il n’y a aucune, NON.» En vain se serait-il enroué à crier, à menacer; le Concile passera outre, mais n'inventera pas pour cela une nouvelle doctrine et une nouvelle règle de foi; non, il ne fera rien de semblable, quoiqu’en dise le gallicanisme ; il ne fera que constater, au temps fixé par le Saint-Esprit, un fait constant qui a pris naissance avec l'Eglise elle-même. 11 ne se fatiguera pas non plus, en curieuses recherches, encore moins en discussions orageuses, pour découvrir « le gland originaire s sous le chène vingt fois séculaire »—non ; mais il dira simplenl { ment, sans agitation, ni bruit, voilà le Pape tel que Jésushr | Christ l’a fait. Et après cette définition, le Pape sera ce qu’il | était auparavant in foro interno, ni plus ni moins, quoique,

én foro externo, il pourra avoir plus d'éclat et de Majesté, parce que Jésus-Chris l'aura voulu ainsi pour sa gloire, et le bien de son église.

Si donc cette définition a lieu, elle se fera avec la plus majestreuse simplicité, comme toutes les grandes œuvres de Dieu ; Dixit Deus, fiat, et factum est ia.

Ainsi s’évanouiront les fantômes conjurés à plaisir par l’Evêque d'Orléans. Ils n'auront pas d’entrée au Concile ; semblables aux brouillards nocturnes, qui disparaissent au soleil’ levant, ils se dissiperont devant le soleil radieux de la Papauté apparaissant enfin telle qu’elle sortit des mains de son créateur :—et vidié quod esset bonum.

Alors, illustre Académicien, sera venu, pour vous, le moment favorable pour ramasser le gland originaire caché sous le chène vingt fois séculaire.

QUATRIÈME CHANT. Les Sophismes— Les insinuations venimeuses—Qu'en dit-on? La | Chüte.

Mgr. Dupanloup affirme hardiment qu'il n’est ni utile, ni opportun de faire cette défimtion, dangereuse selon lui. Il s'indigne contre les ‘ étourdis, les téméraires, les imprudents,” qui ôsent le désirer et en parler.

Mais ne pourrait-on pas lui demander quelle nécessité, quelle utilité, quelle opportunité, quel motif d’édification peut-il y avoir d’exhiber à tuus les regards le côté humain de la Papauté ?

Croit-il que les Papes n’ont jamais lu dans Saint-Paul :— habemus thesauruwm istud in vasis fictilibus ? Qui donc l’a établi moniteur des Papes ? Quelle convenance ! quelle belle poportunité de qualifier si audacieusement le jugement porté par Paul III, contre Henri VIII, de Bulle cffrayante, de nature à précipiter plutôt qu'à ramener la nation anglaise : de Bulle qui fut un grand malheur pour la chrétienté !!! Dans quel but parler de Papes faibles, ambitieux, entreprenants, confondant le spirituel et le temporel, affectant des prétentions dominatrices sur

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